Georges Mikhaïlovitch de Russie (en russe : ), grand-duc de Russie, est né le à Tetritskaro, près de Tbilissi, en Géorgie, et a été exécuté à Saint-Pétersbourg, en Russie, le . C’est un membre de la maison Romanov, un général de l’armée russe et un numismate distingué.

Famille

Georges Mikhaïlovitch de Russie appartient au quatrième rameau issu de la première branche de la maison de Holstein-Gottorp-Romanov (ou Oldenbourg-Russie), elle-même issue de la première branche de la maison de Holstein-Gottorp. Ces trois branches sont issues de la première branche de la maison d'Oldenbourg. Georges Mikhaïlovitch apparteint à la branche agnate des Mikhaïlovitch.

Il est le troisième fils et le quatrième enfant du grand-duc Michel Nicolaevitch de Russie (1832-1909) et de son épouse la princesse Cécile de Bade (1839-1891), devenue, après son baptême orthodoxe, Olga Feodorovna de Russie. Par son père, il est le petit-fils du tsar (1796-1855) tandis que, par sa mère, il a pour grand-père le grand-duc (1790-1852).

Le , le grand-duc Georges épouse, à Corfou, en Grèce, la princesse Marie de Grèce et de Danemark (1876-1940), elle-même fille de , roi des Hellènes, et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).

De l'union de Georges et de Marie naissent deux filles :

Nina Georgievna de Russie (1901-1974), grande-duchesse de Russie, qui épouse, en 1922, le prince géorgien Paul Chavchavadze (1899-1971), lui-même fils du prince Alexandre Chavchavadze (????-1931) et de son épouse Marie Rodzianko (1867-1958). D’où un fils : le prince David Chavchavadze (1924) ; Xenia Georgievna de Russie (1903-1965), grande-duchesse de Russie, qui épouse en premières noces, en 1921, l’Américain William B. Leeds Jr, fils de la princesse Anastasia de Grèce (1883-1923) et de son deuxième époux le magnat de l'étain William B. Leeds Sr (1861-1908), avant de se remarier, en 1946, à l’Américain Herman Jud (1911-????). D’où une fille, née du premier mariage : Nancy Leeds (1925-2006).

Biographie Premières années thumb|left|Le grand-duc Michel Nikolaïevitch de Russie, père de Georges Mikhaïlovitch.

Connu dans sa famille sous le nom de « Gogi », le grand-duc Georges grandit en Géorgie, où son père est gouverneur de Transcaucasie. Il y reçoit une éducation spartiate, donnée par des professeurs particuliers qui l’élèvent dans la discipline militaire. Son père, occupé par ses fonctions publiques, représente pour lui une figure distante tandis que sa mère, qui est une femme autoritaire, fait régner une stricte discipline au sein de la famille.

Comme ses frères, le grand-duc Georges est destiné, très jeune, à la carrière militaire. Juste après son baptême, il est ainsi nommé patron d’un bataillon de cavalerie et promu au rang d’adjudant général. Plus tard, le prince commence sa formation de soldat dans le Caucase et la poursuit à Saint-Pétersbourg, où sa famille s’installe lorsqu’il atteint l’âge de dix-huit ans. Cependant, une blessure reçue pendant des exercices laisse d’importantes séquelles au prince, dont la jambe ne lui permet plus de jouer un rôle militaire autre que symbolique dans l’Empire.

Dans sa jeunesse, le grand-duc Georges mène le genre de vie typique d’un aristocrate russe : il boit, joue et multiplie les liaisons féminines. Mais le prince est également un intellectuel qui possède un don pour la peinture. Son intérêt pour l’Art le conduit d’ailleurs à servir, pendant plusieurs années, de curateur pour le musée Alexandre-III de Saint-Pétersbourg (institution aujourd’hui connue sous le nom de Musée russe). En 1898, le prince obtient par ailleurs un siège à la Société russe de généalogie.

Un prince numismate Depuis son plus jeune âge, le grand-duc Georges se livre avec passion à la numismatique. Au fil des ans, il accumule ainsi la plus belle et importante collection de pièces et de médailles de Russie et parvient à posséder au moins un exemplaire de presque toutes les monnaies jamais utilisées dans le pays. Il est également l’auteur de dix monographies sur le sujet, parmi lesquelles on trouve un Catalogue des monnaies impériales russes, 1725-1891, œuvre réimprimée aux États-Unis en 1976 et qui est encore aujourd’hui la plus importante référence sur le sujet.

Lorsque le grand-duc Georges est nommé directeur du musée Alexandre-III en 1895, il utilise tout son savoir et son influence pour augmenter les collections de numismatique de l’institution. Grâce à lui, le musée acquiert ainsi la section russe post-1700 du cabinet du comte Hutten-Czapski. En 1909, le grand-duc Georges fait, en outre, lui-même don de ses collections au musée Alexandre-III.

Les bouleversements causés par la Première Guerre mondiale font craindre au grand-duc pour la sécurité de ses collections, qui sont finalement placées à la Banque nationale russe de Saint-Pétersbourg pour en assurer leur protection. Pendant la révolution, quatre des cinq coffres-forts contenant les collections du prince sont cependant subtilisés et envoyés à l’étranger, dans des circonstances mystérieuses. Une partie des collections arrive finalement à l’Ouest mais la veuve du grand-duc en reçoit la majorité. Après être passées par la Yougoslavie, Rome, New York et Berkeley, les pièces rejoignent finalement la Collection nationale de numismatique de Washington D.C.. Cet important regroupement de pièces et de médailles se trouve ainsi, depuis les années 1950, à la Smithsonian Institution, dont plus de pièces et médailles russes ont autrefois appartenu au grand-duc Georges Mikhaïlovitch.

Vie sentimentale thumb|Georges Mikhaïlovitch et son épouse Marie de Grèce le jour de leur mariage.

Pendant sa jeunesse, le grand-duc Georges tombe amoureux de la princesse Nina Chavchavadze, descendante des souverains Bagratides de Géorgie. Cependant, les lois qui régissent le mariage des membres de la famille impériale russe interdisent au grand-duc d’épouser la jeune fille, sous peine de contracter une union morganatique : depuis la réunion de la Géorgie à la Russie, les descendants des anciens rois de ce pays ne sont en effet plus considérés comme des princes issus de maisons royales.

Le cœur brisé, Georges de Russie reste célibataire jusqu’à l’âge de trente-sept ans. En 1892, il entreprend cependant d’épouser la princesse Marie de Saxe-Cobourg-Gotha mais la mère de celle-ci organise promptement son mariage avec le prince héritier de Roumanie.

Le grand-duc Georges entreprend finalement d'épouser la plus jeune fille du roi des Hellènes, la princesse Marie de Grèce. Dans un premier temps, la jeune fille, qui n’est pas d’une grande beauté, ne se montre nullement intéressée par son cousin. Pourtant, le prince persévère dans sa cour et la demande officiellement en mariage en avril 1896. À l’époque, le plus ardent désir de la princesse est de rester vivre dans son pays mais sa famille lui interdit d’épouser un roturier, ce qui ne lui laisse d’autre choix que de s’exiler si elle souhaite un jour se marier. Marie de Grèce finit donc par accepter la proposition du grand-duc et rejette celle de son autre prétendant, le roi Alexandre de Serbie . La princesse met cependant plusieurs années à prendre sa décision et son mariage avec le grand-duc Georges n’a lieu que quatre ans après le début de leur relation. La jeune femme fait d’ailleurs clairement comprendre au grand-duc qu’il ne s’agit, pour elle, que d’une union de convenance et pas du tout d’un mariage d’amour.

Après leur lune de miel en Italie et en Autriche, Georges et Marie s’installent en Russie, au palais Mikhaïlovsky, non loin de la capitale impériale. Puis, en 1905, le couple et ses enfants s’installent dans un petit palais de Crimée, construit dans le style anglais et qui reçoit le nom grec d’Harax. Durant neuf ans, la famille mène une vie tranquille et Georges se révèle être un père dévoué pour ses enfants. Cependant, malgré tous ses efforts, son mariage est un échec. La princesse Marie n’aime pas la Russie et s’éloigne progressivement de son époux. En juin 1914, elle emmène ses deux filles avec elle en Angleterre, sous le prétexte de prendre soin de leur santé, mais son souhait est en réalité de se retrouver loin de son mari et de la Russie.

Un mois après son arrivée au Royaume-Uni, la Première Guerre mondiale éclate et la princesse ne se précipite pas pour rentrer dans son pays d’adoption. Or, après quelque temps, il devient trop dangereux pour elle et ses filles de regagner la Russie. Jusqu'à sa mort, le grand-duc Georges ne revoit donc jamais plus sa famille .

La guerre et la révolution thumb|left|Le grand-duc Georges Mikhaïlovitch

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le prince reprend son poste de lieutenant-général dans l’armée et cela en dépit de son handicap. En 1915, il est nommé aide-de-camp du tsar Nicolas II et celui-ci lui demande de superviser les opérations militaires. Le grand-duc doit alors informer l’empereur de la situation générale sur le front mais découvre, par la même occasion, la terrible désorganisation de l’Armée russe. Le grand-duc met ainsi en lumière une incroyable corruption et ses rapports lui valent de puissants ennemis. Outre ces activités, le prince Georges organise un hôpital privé dans son palais de Saint-Pétersbourg.

En , le grand-duc est nommé patron du Bataillon Kabansky Sentry. La même année, il est envoyé en mission au Japon, alors allié de la Russie dans la guerre contre l’Allemagne. À cette occasion, il visite la Corée et, de là, prend un bateau pour l’empire du Japon . Au début de l’année 1916, il retourne en Russie par Vladivostok et inspecte la situation à l’Est durant son voyage de retour. Par la suite, il est chargé par le tsar de rendre visite aux prisonniers de guerre allemands et autrichiens. En 1917, il est envoyé auprès du corps d’armée russe présent en Bessarabie et en Roumanie. Pendant ce voyage, il rend visite à l’impératrice douairière, à Kiev, et à la reine Marie de Roumanie, qu’il avait souhaité épouser quelques années auparavant, à Bucarest. Puis, le grand-duc retourne au quartier général de l’empereur, à Moguilev. Il est ensuite présent à Saint-Pétersbourg lorsqu’éclate la révolution .

En 1916, convaincu de l’imminence de la révolution, le grand-duc Georges avait tenté de persuader Nicolas II de la nécessité de donner à l’empire une constitution, mais en vain. En 1917, il est aux côtés du souverain, à Gatchina, lorsque celui-ci abdique . Avec la chute de la monarchie, le prince démissionne de ses fonctions militaires le . Il cherche alors à gagner l’Angleterre mais le gouvernement britannique interdit l’entrée des membres de la famille impériale sur son territoire tandis que le Premier ministre de la nouvelle république russe, le prince Georgy Lvov, lui refuse l’autorisation de quitter le territoire national . Trois mois après la chute des Romanov, le grand-duc Georges est finalement autorisé à partir en Finlande, où il espère pouvoir gagner la Suède et ainsi rejoindre sa famille en Angleterre.

En , le prince arrive donc en Finlande, toujours sous domination russe, et s’installe dans une petite villa, à Retierve, puis à Helsinki . Cependant, le prince commet l’erreur de se signaler aux autorités locales. Désireux de gagner l’Angleterre afin d’y retrouver sa famille, il demande en effet au gouvernement des Soviets un nouveau passeport et la permission de quitter le pays. Le , il est alors arrêté et ramené à Saint-Pétersbourg sous l’escorte de la Garde rouge .

Captivité