Un clip vidéo, vidéoclip, clip musical, vidéomusique ou plus simplement clip est une œuvre audiovisuelle réalisée à partir d'une chanson ou d'une musique.

Très tôt dans l’histoire du cinéma, des inventeurs mettent au point des solutions permettant de coupler le son et l’image. Ainsi il est possible de concevoir des films dans lesquels les spectateurs entendent le son et sont invités à chanter en même temps que la chanson jouée. Les Phonoscènes, dès 1902, font partie, dans leur dispositif, des premiers clips Clipausaurus Rex de Philippe Truffault (2005) in: La fiche du film sur film-documentaire.fr.

Plus tard, la télévision musicale prend son envol et diffuse des clips, dont l’importance pour le succès commercial d’un titre ne cesse de croître. Avec le clip précurseur "Thriller" de Michael Jackson, l’image n’est plus reléguée au second plan mais les deux médias se servent mutuellement.

Puis Internet prend le relais et devient le principal canal de distribution des clips avec des plateformes comme YouTube, Dailymotion, Facebook ou Vevo. Certains clips deviennent culte, d’autres remportent des prix ou se distinguent en accumulant un nombre record de vues.

De nombreux clips ont été censurés pour un contenu jugé offensant au regard des lois ou des principes moraux en vigueur, lesquels principes changent au fil du temps.

On observe des différences dans l’histoire du clip et son évolution selon les pays comme la Belgique, la France, l’Italie ou le Royaume-Uni.

Contexte historique

Dans les années 1960 et 1970, des films destinés à des jukebox alliant le son et l'image, installés dans des cafés, notamment sous la formule du Scopitone, projettent sur un écran les images animées correspondant à une chanson. Pour une pièce de monnaie, le client est invité à sélectionner parmi une vingtaine de titres le petit film qu'il souhaite visionner et entendre. C'est une idée des labels, distributeurs et maisons de disques pour promouvoir leurs ou albums .

Sur le même principe, en utilisant la technologie des enregistrements vidéos, la fin des années 1970 voit se généraliser, surtout pour la télévision, ce type d'outils promotionnels. L'avantage est double : il procure aux éditeurs et aux distributeurs un moyen d'accroître leurs ventes et il permet aux chaînes de télévision de meubler avantageusement et à faible coût leur grille de programmes.

À partir des années 1980, avec la multiplication des chaînes de télévision, le clip est considéré par les producteurs et les artistes comme faisant partie de leur métier et ils investissent plus de temps et de moyens financiers et matériels pour les fabriquer.

La première projection mondiale en 1983 du clip Thriller de Michael Jackson, réalisé par John Landis, marque un tournant dans l'histoire de ce média, malgré sa durée assez longue. À la suite de sa diffusion, les ventes de l'album s’accroissent, atteignant un record dans l'industrie phonographique. Le clip est également distribué sous forme de vidéocassette dont les ventes cartonnent.

En France, ce rôle de pionnier est généralement attribué au clip de Luc Besson et Isabelle Adjani : Pull marine.

Des émissions spéciales, sur les chaînes nationales, puis des chaînes thématiques musicales comme MTV, TV6 ou MCM voient le jour et consacrent un temps important aux clips.

Des récompenses sont spécialement créées comme les MTV Video Music Awards ou, ultérieurement, les NRJ Music Awards.

Grâce aux plateformes de vidéos en ligne telles que YouTube, le clip devient un format audiovisuel de masse qui comptabilise parfois plusieurs centaines de millions de visionnage, voire plus d'un milliard.

Origine du mot clip Clip est un faux anglicisme emprunté de l’anglais to clip signifiant « attacher ». Le mot anglais clip est mieux traduit par pince.

Histoire et évolution du clip

Avant 1926 : la « préhistoire » du clip thumb|left|Utilisateur du Kinétophone muni d’écouteurs acoustiques (identiques au stéthoscope inventé depuis le milieu du ) qui propagent le son du phonographe à cylindre situé avec l’image à l’intérieur du coffre (1895).

Chercher à coupler les images animées et le son est un souci qui apparaît dès les premiers films. En 1891, l’inventeur et industriel américain Thomas Edison, avec l’aide primordiale de son assistant William Kennedy Laurie Dickson, conçoit une caméra argentique, la caméra Kinétographe (Kinétographe : en grec, écriture du mouvement), comme l’affirme Laurent Mannoni, conservateur des appareils de la Cinémathèque française : . Les films sont ensuite présentés au public sur une machine à visionnement individuel, le Kinétoscope. Edison lance une exploitation fructueuse de cet appareil en ouvrant des Kinetoscope Parlors dans quelques villes, ou en autorisant l’exploitation sous licence dans d’autres villes du territoire américain et à l’étranger.

Devant ce succès, Edison se refuse à mettre au point un appareil pour projeter les films sur grand écran, malgré les conseils de Dickson pour qui un tel procédé ne se heurterait à aucun problème de conception mécanique. Dickson va d’ailleurs mettre ses talents à la disposition d’un concurrent d’Edison pour concevoir un appareil de projection, avant même que les frères Lumière ne démontrent l’attractivité supérieure de la projection des images photographiques animées devant un public assemblé. Ce refus d’Edison trouve sa justification dans la démarche même de l’inventeur : il a déjà inventé et commercialisé le phonographe qui fonctionne encore avec des cylindres gravés. Le rêve d’Edison, qui l’a poussé à étudier l’enregistrement et la reproduction du mouvement, c’est de coupler les images avec le son. Dès les années 1887-1888, il a pensé avoir résolu le problème en assemblant sur le même axe de rotation (donc en parfait synchronisme) un graveur de cylindre et à côté, un cylindre (appelé tambour photographique) de verre enduit de collodion humide, un produit photosensible. Le négatif image obtenu sur verre est ensuite tiré sur une feuille de papier, et ce positif est découpé pour former un ruban comportant les différentes phases du mouvement. Une difficulté apparaît : si le son se contente de peu de place pour être gravé, les images, elles, nécessitent d’être nombreuses (au moins 12 par seconde, ainsi que l’avait démontré le Belge Joseph Plateau en 1832) et le cylindre image doit être de grandes dimensions. Mais le problème devient insoluble quand Edison veut visionner le ruban obtenu : d’abord, il n’est pas transparent, et d’autre part, ses images ne sont pas égales et ne se prêtent pas au visionnement. Des chercheurs, comme les Français Étienne-Jules Marey et Louis Aimé Augustin Le Prince vont se heurter également au même problème du visionnage (pour leur part, cependant, ils ne cherchent pas à coupler le son et l’image). Une invention fondamentale est faite en 1887 par l’Américain John Carbutt : un film souple, transparent et résistant en nitrocellulose que l’industriel George EastmanLe créateur de la future société Kodak. Le mot anglais film, qui désigne un voile ou une couche, sera adopté par Edison pour désigner les bobineaux de celluloïd impressionnés met sur le marché un an plus tard pour l’usage des photographes, sous la forme de rouleaux de de large, avec ou sans substance photosensible, et sans perforations. En le perforant sur les côtés et en le découpant en deux sur sa largeur,

En 1895, le kinétophone (ou phonokinétoscope, ou, ainsi que le désigne Dickson, le kinéto-phonographe) est la première tentative de visualisation individuelle d’un film sur un kinétoscope, associée à l’audition d’un cylindre de cire gravé, lu par un phonographe solidaire. Le pilote de ce procédé audio-visuel est conservé sous le titre Dickson Experimental Sound Film et date de 1895. On y voit Dickson en personne qui C’est la plus ancienne forme de film musical, et l’on peut le citer comme étant l’ancêtre de tous les clipsL’air joué au violon est une barcarolle, La Chanson du mousse (Acte I, scène 1, air ), tirée de Les Cloches de Corneville (« Va, petit mousse, le vent te pousse… »).. Moins d’une cinquantaine de films ont été tournés pour le projet global car, en mars 1895, lorsque la société Edison Studios met cet appareil sur le marché, les films joints sont des films muets figurant déjà dans le catalogue Edison, et les exploitants doivent se contenter de choisir parmi une gamme de cylindres celui qui leur convient pour offrit un semblant de rythme avec l'image. Par exemple, trois cylindres différents sont proposés pour accompagner la danseuse américaine hispanisante Carmencita : Valse Santiago, La Paloma et Alma-Danza Spagnola. thumb|Essai de film sonore synchrone de Dickson (1895). En 1914, un incendie a éclaté dans le complexe Edison de West Orange et a détruit tous les films et les enregistrements sonores, mettant un point final aux essais d’Edison pour marier le son et l’image..

Durant la période du cinéma muet (1891-1927), les essais de couplage images et sons ont été nombreux, mais les plus remarquables ont été ceux que le Français Léon Gaumont produisit à partir de 1902 jusqu’en 1917, dont 140 titres ont été conservés (sur une production de plus de 700).). Le procédé utilisé différait de celui mis au point chez Edison. L’enregistrement du son utilisait un disque de cire au lieu d’un cylindre, et était effectué indépendamment du film. Ensuite, sur le plateau de tournage, on actionnait la caméra et on lançait la lecture du disque par un gramophone de la société Gaumont, un elgéphone (LG=Léon Gaumont). Le chanteur mimait alors sa propre chanson, inaugurant ainsi la technique du playback. Ce procédé astucieux permet encore aujourd’hui de se baser sur un enregistrement sonore de bonne qualité et favorise le jeu du corps et du visage du chanteur filmé. Comme la durée du spectacle exploité était courte ( au maximum), le départ simultané de l’appareil de projection et de l’elgéphone permettait de conserver jusqu’à sa fin le synchronisme du son avec l’image. Les films étaient commercialisés sous l’appellation de phonoscènes (mot féminin). C’est grâce à Gaumont et à Alice Guy, première réalisatrice du cinéma, que l’on peut voir de véritables clips des chanteurs célèbres de l’époque, tels Polin, Félix Mayol, Dranem, Adolphe Bérard, Lina Lande, etc. De nombreux airs célèbres d’opéra ont aussi été enregistrés, également des chants folkloriques, tous ces éléments font des phonoscènes Gaumont une source de documentation audiovisuelle inestimablevisible sur le DVD Naissance du son de Lobster Films.

1926-1959 : les expérimentations successives

Certains historiens citent des expérimentations qui peuvent être rattachées à ce qui deviendra le clip. Ainsi, Peter Fraser cite les expérimentations d’Oskar Fischinger, dès les années 1920. Martin Barnier évoque Georges Lordier qui, durant la Première Guerre mondiale, présentait des films illustrant La Marseillaise et Quand Madelon... en invitant les spectateurs (les poilus, c’est-à-dire les soldats) à reprendre en chœur les coupletsVoir les travaux de Martin Barnier.