vignette|alt=|Hamilton et Raikkonen au Grand Prix de Silverstone 2007 La saison 2007 de Formule 1 a été agitée par deux affaires d'espionnage industriel. L'une opposant Ferrari à McLaren et qui a abouti à l'exclusion de McLaren du championnat du monde des constructeurs, l'autre opposant McLaren à Renault.
L'affaire Ferrari-McLaren L'affaire d'espionnage opposant Ferrari à McLaren, également appelée dans la presse « Stepneygate » du nom de Nigel Stepney, le principal protagoniste du scandale, et de l'affaire du Watergate, a éclaté en .
Mise en cause de Nigel Stepney vignette|Nigel Stepney et Jean Todt dans le stand Ferrari lors du GP d'Italie 2005. Le , la presse révèle qu'à la suite d'une plainte de Ferrari, le parquet de Modène a ouvert une enquête judiciaire contre Nigel Stepney, l'un de ses cadres. Stepney est une personnalité bien connue du monde de la Formule 1 : en tant que chef-mécanicien puis manager technique de l'équipe de course, il était régulièrement cité dans les médias spécialisés comme l'un des membres clés de la « Dream Team Ferrari » qui a largement dominé la Formule 1 de 2000 à 2004. Néanmoins, lors de l'hiver 2006-2007, mécontent de la restructuration de l'organigramme de la Scuderia consécutive au départ de Ross Brawn, il s'était ouvertement opposé à sa hiérarchie et avait même exprimé son désir de quitter l'écurie Unhappy Stepney wants a sabbatical autosport.com; février 2007, avant finalement de rester, mais à un nouveau poste ne l'amenant plus à se déplacer sur les circuits Stepney moves in Ferrari reshuffle autosport.com; 23 février 2007.
Dans un premier temps, il apparaît que la plainte de Ferrari contre Stepney concerne une tentative de sabotage. Peu avant le Grand Prix de Monaco au mois de mai, une mystérieuse poudre blanche avait en effet été découverte à proximité des réservoirs des Ferrari F2007 Ferrari takes Nigel Stepney to court itv-f1.com; 22 juin 2007 et une perquisition au domicile de Stepney en Italie aurait permis de découvrir la trace de cette même poudre sur des vêtements lui appartenantStepney dans l'attente eurosport.fr; 24 novembre 2007.
Le , l'affaire connait un nouveau développement avec l'annonce par la Scuderia Ferrari qu'elle a porté plainte contre Nigel Stepney, cette fois pour communication d'informations confidentielles à un membre (qu'elle ne nomme pas) de l'écurie McLaren-Mercedes Ferrari confirm action against McLaren man autosport.com; 3 juillet 2007, sa principale rivale sur les pistes. Quelques heures plus tôt, Ferrari avait annoncé le licenciement de Stepney à l'issue d'une enquête interne Stepney dismissed by Ferrari autosport.com; 3 juillet 2007.
Mise en cause de Mike Coughlan Le jour même de l'annonce par Ferrari de l'implication d'un membre de McLaren, l'écurie britannique annonce de son côté avoir suspendu de ses fonctions l'un de ses techniciens McLaren employee suspected of espionage autosport.com; 3 juillet 2007. Tout comme Ferrari, McLaren ne donne pas le nom de l'ingénieur concerné mais il ne faut que quelques heures à la presse pour apprendre qu'il s'agit de Mike Coughlan McLaren suspect is Mike Coughlan autosport.com; 3 juillet 2007, le chef-designer de l'écurie britannique, chez lequel la police britannique a retrouvé quelques jours auparavant des documents techniques confidentiels appartenant à Ferrari. La manière dont Ferrari aurait appris que Coughlan recevait des documents lui appartenant est originale : la femme de Mike Coughlan (Trudy Coughlan) avait demandé de copier 780 pages de spécifications techniques de la Ferrari, à Woking, à proximité de l'usine McLaren, à un employé de magasin de photocopies. Ce dernier a immédiatement averti Ferrari pour les prévenir de ce qui apparaissant manifestement comme une fraude, article payant, Ferraru hail photocopy shop employee autosport.com; 16 septembre 2007 Photocopy shop employee wins accolade from Ferrari John Mehaffey, Reuters, 31 décembre 2007.
Mise en cause de McLaren Tandis qu'éclate la nouvelle de l'implication de l'un des techniciens les plus influents de l'écurie McLaren, la principale question qui agite le paddock est de savoir si Coughlan a agi pour le compte de l'écurie McLaren ou pour son propre compte. Le , dans le cadre du GP de Grande-Bretagne, Nick Fry, le directeur de l'écurie Honda F1, révèle qu'il a eu au cours du printemps des discussions (sans donner suite) avec Nigel Stepney et Mike Coughlan, tous deux en recherche d'une nouvelle orientation à donner à leur carrière Honda confirm Stepney, Coughlan approach autosport.com; 6 juillet 2007. Si Fry précise qu'à aucun moment les deux hommes n'ont évoqué avoir en leur possession des documents appartenant à Ferrari et susceptibles d'intéresser Honda (l'écurie japonaise ne sera d'ailleurs pas inquiétée), cette révélation semble indiquer que Coughlan agissait dans son propre intérêt, et non dans celui de McLaren. L'équipe britannique, qui affirme de son côté n'avoir pas eu connaissance du comportement frauduleux de son employé avant le , invite d'ailleurs la FIA et Ferrari à son usine afin de démontrer qu'en aucune manière, ses travaux n'ont pu bénéficier des documents retrouvés chez Coughlan.
Cette thèse, favorable à McLaren, ne tiendra que quelques jours. Dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte en Angleterre à la suite de la plainte déposée par Ferrari contre lui, Mike Coughlan et sa femme Trudy sont amenés à témoigner le devant la Haute Cour de Justice de Londres. À cette occasion, le couple passe un accord avec Ferrari et s'engage à révéler tout ce qu'il sait, en échange d'un abandon des poursuites Coughlan provides Ferrari with affidavit autosport.com; 11 juillet 2007. Bien que la déposition de Coughlan soit officiellement secrète, il apparaît rapidement que le technicien anglais a révélé sous serment que d'autres membres de l'écurie McLaren avaient connaissance qu'il était en possession de documents techniques appartenant à Ferrari Coughlan confided with several collegues autosport.com; 12 juillet 2007.
La FIA se saisit du dossier 26 juillet: premier Conseil mondial Les fuites indiquant que le comportement de Coughlan a pu profiter à McLaren amènent la fédération internationale, jusque-là simple observatrice des procédures judiciaires en cours en Italie et en Angleterre, à se saisir du dossier et à ouvrir le volet « sportif » de l'affaire. Le , la FIA annonce convoquer McLaren devant un Conseil Mondial extraordinaire (la juridiction de première instance de la FIA) afin de s'expliquer sur une éventuelle infraction à l'article 151c de son Code Sportif International FIA summons McLaren in spy case autosport.com; 12 juillet 2007. À l'issue de la réunion du Conseil Mondial le , la FIA reconnait McLaren coupable de possession illégale de documents confidentiels appartenant à Ferrari (ce qui est considéré comme une atteinte à l'article précité), mais ne prononce aucune sanction dans la mesure où il n'existe aucune preuve démontrant que McLaren a fait usage des documents en question FIA imposes no penalty on McLaren autosport.com; 26 juillet 2007. Dans son verdict, la FIA précise qu'elle se réserve le droit de rouvrir le dossier si de telles preuves venaient à apparaître. Bien accueilli par McLaren McLaren say decision 'balanced and fair' autosport.com; 26 juillet 2007, le verdict est jugé incohérent par plusieurs acteurs de la F1 Briatore baffled by FIA verdict autosport.com; 27 juillet 2007, et bien évidemment par Ferrari Ferrari furious with McLaren's reprieve autosport.com; 26 juillet 2007. L'écurie italienne n'ayant pas le droit de faire appel, c'est le président de sa fédération de tutelle (Luigi Maculoso) qui se charge d'en faire la demande auprès de Max Mosley FIA sends spy case to Court of Appeal autosport.com; 26 juillet 2007. En raison de la pause estivale observée par le monde de la F1, l'appel est renvoyé au .
13 septembre: deuxième Conseil mondial L'affaire connait un rebondissement décisif le , avec l'annonce par la FIA qu'elle possède de nouvelles preuves de nature à démontrer l'utilisation par McLaren de données techniques confidentielles en provenance de Ferrari FIA says has new evidence in spy case autosport.com; 5 septembre 2007. De ce fait, la FIA décide d'annuler l'audience du Tribunal d'Appel prévue le , et de convoquer un nouveau Conseil Mondial. Les nouvelles preuves dont dispose la FIA apparaissent comme ayant été fournies par Fernando Alonso et Pedro de la Rosa, deux des pilotes de l'écurie McLaren (respectivement pilote titulaire et pilote essayeur). Ces derniers ont accepté de témoigner contre leur propre équipe en échange de la promesse qu'aucune sanction ne serait retenue contre eux FIA reveals letter sent to McLaren drivers autosport.com; 7 septembre 2007 (la preuve d'une implication de leur part dans le scandale aurait pu aboutir à une suppression de leur superlicence, sésame indispensable pour piloter en Formule 1).
À l'issue des auditions, le Conseil Mondial reconnait l'écurie McLaren coupable de tricherie, décide de l'exclure du championnat du monde des constructeurs, et lui inflige une amende record de 100 millions de dollars McLaren lose 2007 points, fined $100m autosport.com; 13 septembre 2007 (sont toutefois inclus dans les 100 millions de dollars de manque à gagner consécutif à l'exclusion du championnat McLaren may not have to pay all $100m autosport.com; 14 septembre 2007). Par contre, aucune sanction n'est prononcée contre les pilotes, lesquels conservent leurs points acquis et donc la possibilité de se battre pour le titre mondial. Le lendemain, la FIA publie les attendus de son verdict, d'où il ressort que via des échanges de mails ou de SMS avec Nigel Stepney, plusieurs membres de McLaren (dont Fernando Alonso et Pedro de la Rosa) étaient régulièrement au courant du travail effectué au sein de la Scuderia Ferrari (réglages de la voiture, stratégies de course, etc.) FIA reveals evidence that led to penalty autosport.com; 14 septembre 2007.
La décision est accueillie diversement par les observateurs. Si certains la jugent très sévère, d'autres font remarquer que le championnat du monde des constructeurs n'a pas l'impact médiatique du championnat des pilotes que Lewis Hamilton ou Fernando Alonso conservent toutes les chances de gagner en ayant bénéficié (directement dans le cas d'Alonso, indirectement dans celui d'Hamilton) des pratiques déloyales de leur écurie, ce qui pose un problème éthique Mosley would have excluded the drivers autosport.com; 16 septembre 2007 McLaren got lucky let-off, says Trulli autosport.com; 25 septembre 2007. Bien que contestant la sévérité du verdict, l'écurie McLaren renonce à faire appel.
18 décembre: conclusion du volet sportif La disqualification de McLaren ne marque pas immédiatement la fin du volet sportif de l'affaire, la FIA suspendant l'inscription de McLaren au championnat du monde 2008 à la vérification que la conception de leur future monoplace n'aura pas bénéficié des données issues de chez Ferrari. Début décembre, la FIA annonce que McLaren devra faire face à une audition devant le Conseil Mondial le , soit tout juste un mois avant le début de la saison, afin de discuter de la validité de sa nouvelle voiture McLaren must wait for 2008 car clearance autosport.com; 7 septembre 2007. Mais le , à la suite de la publication quelques jours plus tôt par McLaren d'une lettre d'excuse dans laquelle l'écurie britannique reconnaissait son implication dans le scandale et promet de geler les développements de sa future voiture pouvant avoir été inspiré par les données issues de Ferrari McLaren apologise unreservedly to the FIA autosport.com; 13 septembre 2007, la FIA décide d'annuler l'audition de McLaren et donc d'accepter sans condition sa future monoplace. Ce faisant, elle met un terme définitif au volet sportif de l'affaire FIA cancels McLaren hearing to end spy saga autosport.com; 18 septembre 2007.
Suites juridiques de l'affaire