vignette|« Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes », Journée internationale des travailleurs à Lausanne (Suisse), le . vignette|« Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008).
L'expression Prononciation en anglais standard retranscrite selon la norme API. (« bloc noir » en anglais) désigne :
dans le cadre d'une action«Avant et après une manifestation, un Black Bloc n’existe pas» Francis Dupuis-Déri, Black Bloc et carré rouge, Montréal, Le Devoir, 28 avril 2012, texte intégral. : des structures éphémèresThomas Legrand, Les black blocs, d'où viennent-ils ?, France Inter, 3 mai 2018, lire en ligne. utilisant des tactiques de manifestation ou des formes d'action directe collectivesFrancis Dupuis-Déri, Black Blocs : bas les masques, Mouvements, , janvier-février 2003, , texte intégral. éventuellement violentes, et de façon plus informelle : des groupes d'affinitéCédric Moreau de Bellaing, Casse, politique et représentation dans la France contemporaine, Droit et cultures, , 2009-2, texte intégral.Jacques Leclercq, Ultras-gauches : Autonomes, émeutiers et insurrectionnels (1968-2013), 2013, , page 239. ou individus partageant une idéologie formée autour de la nécessité d'utiliser de telles méthodes.
L'expression ne renvoie pas à un mode d'action spécifique et unique mais plutôt à la juxtaposition ou la combinaison, dans une même action ou à des moments différents, de courants de pensée potentiellement opposés : violents, de ceux qui voient dans la violence le seul moyen de réellement donner une portée à leur action, et considèrent que les actions non violentes ne sont que des exutoires inefficaces permettant d'éviter l'accumulation du sentiment de frustration au sein des populations. néanmoins, certains black blocs participent à des manifestations sans avoir recours à la force.
Sans organigramme, ni figures centralisées, le black bloc est constitué d'activistes et de groupes d'individus organisés ou non, tout de noir vêtus et masqués pour préserver l'anonymatAFP, Qui sont les « Black Blocs » ?, Libération, 23 février 2014, lire en ligne.. Historiquement ancrée dans l'altermondialisme et l'anarchisme de l'extrême gauche, les individus composants un black bloc n'ont généralement ni appartenance formelle ni hiérarchie .
Les actions du black bloc ciblent généralement les symboles de l'État (commissariats de police, tribunaux, bâtiments administratifs) et du capitalisme (banques, agences d'intérim, entreprises multinationales, sociétés de publicité, restauration rapide). Afin de justifier leurs interventions parfois violentes face à la mondialisation, les militants soutiennent que le capitalisme est infiniment plus destructeur qu'aucune de leurs actions directes.
Le black bloc est médiatisé lors des manifestations contre la Première guerre du Golfe en 1991, puis en 1999 à Seattle lors du contre-sommet de l'OMC, lors des manifestations contre les G8 à Gênes en juillet 2001, à Évian en 2003, à Heiligendamm en 2007, à Strasbourg lors du contre-sommet de l'OTAN en , à Hambourg pendant le G20 en 2017, ou encore le 2018 ainsi que lors de la crise des Gilets jaunes à Paris.
Étymologie Le terme anglais est une traduction de l'allemand (littéralement « bloc noir »). Ce serait la police de Berlin Ouest, en 1980, qui aurait attribué le nom à cette forme d'action collective issue du mouvement 'autonome' des squats, et qui consiste à se grouper en manifestation, tous vêtus et masqués de noir, pour manœuvrer en bloc compact, se protéger mutuellement, et possiblement affronter les policiers ou lancer des frappes contre des ciblesAlexandra Bogaert, http://www.metronews.fr/x/metro/2009/04/05/LlY7DrtPkUKU/ « Il n'y a pas un Black Bloc, mais des Black Blocs »], Metronews, 5 avril 2009.Pierre Pascallon, Quelles menaces, demain, sur la sécurité de la France ?, L'Harmattan, 2005, page 61..
Plusieurs nouvelles appellations sont apparues au sein du black bloc par la suite : le « Radical Anti-Capitalist Blocs » (RACB) composé d'un millier de personnes a émergé lors du rassemblement contre le FMI et la Banque mondiale à Washington les et ou encore le « cortège de tête » des manifestations contre la loi Travail en 2016 en France, nommé ainsi car il prit place en première ligne des manifestations, position traditionnelle des grandes centrales syndicales.
Histoire Origine
Il est courant de faire remonter les origines du black bloc aux autonomes allemands de Berlin-Ouest du début des années 1980Sylvie Dugas, Ian Parenteau, Le pouvoir citoyen : la société civile canadienne et québécoise face à la mondialisation, Centre Études internationales et mondialisation, Université du Québec à Montréal, Les Éditions Fides, 2006, .David Dufresne, Tarnac, magasin général, Calmann-Lévy, 2012, lire en ligne.. Face aux incursions policières, les autonomes allemands se sont organisés en pour mettre en pratique des actions directes collectives afin de défendre, en masse, des squats () et des « lieux autogérés » menacés d’expulsion. Les black blocs se sont ensuite multipliés en marge des mouvances anticapitalistes, internationalistes, antifasciste radicale et antiautoritairesNicolas Delisle-L’Heureux, Anna Kruzynski, La fourmilière anticapitaliste et antiautoritaire globalisée : subvertir, bloquer, préfigurer et construire des alternatives au Québec, Colloque Mouvements sociaux et transnationalisation des pratiques : les Amériques sont-elles différentes ?, ACFAS, Université du Québec à Trois-Rivières, 7- 8 mai 2007, page 4..
L'historienne Dominique Baqué a écrit en 2004 : « Visages recouverts d'un masque, casqués, difficiles à cerner et à saisir, les black blocs ne se revendiquent d'aucune organisation, d'aucun courant [...] ils ont fait leur apparition à Berlin-Ouest au cours de l'hiver 1980, souvent issus des squatts, libertaires et anarchistes, prônant l'appropriation violente des biens matériels produits par le capitalisme. »Dominique Baqué, Pour un nouvel art politique. De l’art contemporain au documentaire, Paris, Flammarion, 2004, page 22.
Internationalisation Dans les années 1990, les militants du mouvement nord-américain (ARA) qui privilégient la confrontation directe contre les néo-nazis et les suprémacistes « Blancs » reprennent la tactique black bloc.
La tactique du black bloc apparaît dans les médias en 1991 aux États-Unis à l'occasion d'une manifestation contre la guerre du Golfe où des participants effectuèrent des actions directes en marge des cortèges conventionnels, notamment contre des locaux de la Banque mondiale.
Le , lors du congrès de l’OMC à Seattle, un black bloc d’environ s'est attaqué aux locaux de sociétés multinationales se trouvant sur le parcours de la manifestation, et a bloqué les rues avec du mobilier urbain pour en faire des « zones autonomes temporaires », attirant l'attention des médias.
Cette tactique consistant à se regrouper et circuler, les visages masqués, pour s’en prendre physiquement aux symboles de l’État et du capitalisme se diffuse « principalement à travers le réseau de la contre-culture punk et d'extrême ou d'ultragauche, grâce à des fanzines, à des groupes de musique en tournée et à des contacts personnels »Les black blocs sont-ils des groupes d'extrême droite comme le suggère Jean-Luc Mélenchon ?, liberation.fr, 2 mai 2018
Sociologie Historiquement, le « black bloc » a été fondé par des étudiants allemands tous issus de la classe moyenne supérieure. Ses membres viennent principalement « de milieux sociaux privilégiés » et non des banlieues pauvres. Pendant longtemps, il s'agit, selon Olivier Cahn, « d'une fraction relativement éduquée de la population issue de l'ultragauche anarcho-autonome »Paul Véronique, Moins éduqués, plus violents : avec les gilets jaunes, les "blacks blocs" se transforment, lexpress.fr, 23 mars 2019. Pour Thierry Vincent, « ce sont plutôt des blancs, assez peu de racisés, avec un capital culturel élevé »Yovan Simovic, "Black bourges" dans les black blocs : des fils à papa sous la cagoule ?, marianne.net, 27 mars 2023.
Néanmoins, une évolution semble avoir lieu au profit de groupes plus populaires qui feraient diminuer la proportion de jeunes gens issus de la bourgeoisie. Certains viennent des « Kops » d'Auteuil, des supporters de l'ultra-gauche opérant au Parc des Princes qui montrent des origines sociales plus populairesOlivier Cahn : "Le profil social des interpellés du "Black bloc" n'a rien de nouveau", marianne.net, 4 mai 2018.
Poursuites en justice et condamnations Après les manifestations liées aux différents sommets du G8 en Europe au début des années 2000, poursuivent des personnes accusées d'être « membres de Black Blocs » pour « vandalisme », « association de malfaiteurs » et « association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste ».
Un certain nombre de condamnations ont été prononcées contre des membres des black blocsUn Black Bloc grenoblois condamné à de la prison ferme, grandgrenoble.alpes1.com, 17 septembre 2019Voiture de police incendiée à Montpellier : un Black bloc condamné à deux ans de prison, actu.fr, 6 janvier 2020, néanmoins, selon Le Point, les black blocs tombés aux mains de la police suivent le plus souvent un document de deux feuillets intitulé « Que faire en cas d'arrestation ? », qui leur donne la marche à suivre pour éviter de fournir des éléments à charge. Ils peuvent également s'appuyer « sur un réseau de journalistes amis et communicants des réseaux sociaux »Aziz Zemouri, Les ficelles des black blocs pour échapper à la justice, lepoint.fr, 3 mai 2019.
Mode de fonctionnement vignette|350px|Un black bloc à Hambourg, 15 décembre 2007, avec une banderole : « Brûler la répression - Contre le délire sécuritaire et l'état de surveillance, notre solidarité contre leur répression ».
Schématiquement, les black blocs sont des rassemblements de groupes d'affinité, d’inspiration libertaire, qui prônent une action directe de rue incluant de manière explicite dans leur répertoire d’actions la violence contre certains biens et certaines personnes (policiers et militants d’extrême-droite).
Certains black blocs ne comptent que quelques dizaines de personnes, d'autres des milliers. Les black blocs comportant de nombreux militants libertaires et égalitaires, parfois féministes, se constituent d'un nombre important de femmes, mais son principe même étant l’anonymisation des militants, il est difficile d'identifier réellement la proportion d'hommes et de femmes à l’intérieur des cortègesJeanne Cassard, Violences du : « Les femmes sont très présentes à la périphérie du Black Bloc », Le Parisien, 11 mai 2018, lire en ligne.Jeanne Cassard, Qui sont ces femmes qui rejoignent les Black Blocs, Le Parisien, 11 mai 2018, lire en ligne..
Selon l'analyste Jacques Baud,
Modus operandi Les black blocs se forment généralement au point de rendez-vous des manifestations loin du regard des policiers, derrière des bannières ou cachés dans la foule, ou pendant les manifestations quand une intervention policière ou une action directe se prépare. Les activistes s'habillent et se masquent de noir pour symboliser l'unité, leur solidarité et l'égalité des hommes et femmes au sein d'un black bloc et créer un effet de masse, mais surtout pour se protéger des caméras de vidéo-surveillance et pour éviter d’être identifiés par les forces policières. Ils portent souvent des blousons de cuir et des protections de fortune adaptées à la guérilla urbaine (équipement sportif, lunettes de ski ou de plongée, bannière renforcée).
Selon Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur français, en 2009 :
Usage de la force Selon la politologue Sylvie Dugas : . Pour Francis Dupuis-Déri, enseignant-chercheur en science politique à l’Université du Québec à Montréal, affirmant que le black block n’a jamais causé de morts, estime :