thumb|upright=1.5|Allégorie alchimique extraite de l'Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier () et représentant les énergies conscientes et inconscientes se combinant pour guérir la personnalité.|alt=Allégorie alchimique (extraite de l'ouvrage Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier ) représentant le caducée : bâton rouge surmonté d'un casque muni d'ailes (celui du dieu Hermès, patron des guérisseurs) et autour duquel s'enroulent deux serpents qui finissent par former une seule et même figure. En arrière-plan se détache un paysage bucolique.

La psychologie analytique ( en allemand), ou « psychanalyse jungienne. », est une théorie psychologique élaborée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung à partir de 1913. Créée au départ pour se différencier de la psychanalyse de Sigmund FreudEntrée « Psychologie analytique », 71., elle se propose de faire l'investigation de l'inconscient et de l'« âme », c'est-à-dire de la psyché individuelle.

L'histoire de la psychologie analytique est intimement liée à la biographie de Jung. Représentée dans ses débuts par l'« école de Zurich », avec Eugen Bleuler, Franz Riklin, Alphonse Maeder et Jung, la psychologie analytique est d'abord une théorie des complexes psychiques, jusqu'à ce que ce dernier, dès sa rupture avec Freud, en fasse une méthode d'investigation générale des archétypes et de l'inconscient, ainsi qu'une psychothérapie spécifique.

La psychologie analytique, ou « psychologie complexe » ( en allemand), est à l'origine de nombreux développements, en psychologie comme dans d'autres disciplines. Les continuateurs de Jung sont en effet nombreux, et organisés en sociétés nationales dans le monde. Les applications et développements des postulats posés par Jung ont donné naissance à une littérature dense et multidisciplinaire.

La faisant reposer sur une conception objective de la psyché, Jung a établi sa théorie en développant des concepts clés du domaine de la psychologie et de la psychanalyse, tels celui d'« inconscient collectif », d'« archétype » ou de « synchronicité ». Elle se distingue par sa prise en compte des mythes et traditions, révélateurs de la psyché, de toutes les époques et de tous les continents, par le rêve comme élément central de communication avec l'inconscient et par l'existence d'instances psychiques autonomes comme l'animus pour la femme ou l'anima pour l'homme, la persona ou l'ombre, communs aux deux sexes.

Considérant que le psychisme d'un individu est constitué aussi bien d'éléments de la vie personnelle du sujet que de représentations faisant appel aux mythes et symboles universels, la psychothérapie liée à la psychologie analytique se structure autour du patient et vise au développement du « Soi », par la découverte de cette totalité psychique à travers la notion d'individuation.

Le psychiatre suisse et ses continuateurs, dépassent en outre le cadre épistémologique de la psychanalyse freudienne pour explorer des disciplines comme la science physique ou les types de personnalités, qu'ils incluent dans une théorie psychique dite « analytique ». Cette intégration d'autres disciplines a provoqué des divergences théoriques nombreuses et les critiques de tous bords ont mis en cause la psychologie analytique, accusée d'être une , voire une mystique.

Histoire de la psychologie analytique

L'histoire de la psychologie analytique est intimement liée, à ses débuts, à la biographie du psychiatre suisse qui en a jeté les bases : Carl Gustav Jung (1875-1961). Celui-ci est en effet le premier à en développer les postulats, d'abord seul (à la suite de sa rupture avec Freud), puis, peu à peu, il est rejoint par des personnalités du monde médical, psychanalytique ou psychiatrique principalement qui élaborent ainsi une littérature abondante et diversifiée.

Les débuts : l'« école de Zurich » et la période psychanalytique Jung commence sa carrière comme psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich surnommée le « Burghölzli91. », en 1900. C'est dans cet hôpital universitaire, sous la direction d'Eugen Bleuler qu'il va, petit à petit, constituer sa nouvelle approche. Tout d'abord il amasse une somme importante de rêves et de délires de patients. Il met au point une méthode tenant de la psychanalyse, fondée sur l'échange verbal () et sur l'étude des manifestations inconscientes ainsi que sur le transfert. Refusant l'hypnose, comme Freud, Jung développe une approche amplificatoire des symboles oniriques, ce qui le distingue du fondateur de la psychanalyse. Enfin, il décrit un appareil psychique différent de la topique freudienne, notamment par l'hypothèse d'un inconscient collectif, qu'il conceptualise à la suite de l'étude des délires de son patient Emil SchwyzerChapitre « L'homme au soleil phallique ».. Au début, Jung définit cette méthode comme , empruntant à son mentor Eugen Bleuler le nom de « psychologie des profondeurs » ou ( en allemand)359.. Son versant expérimental, datant de ses travaux avec Franz Riklin., tente d'approcher les complexes grâce à la méthode dite des « associations de mots135. ». Il travaille aussi avec le psychanalyste Ludwig Binswanger173-177.. Dès ces années, Jung considère que l'inconscient est formé en partie d'éléments psychiques autonomes, souvent personnifiés, et qui influencent le conscient. Il se démarque dès lors de la doctrine des pulsions de Freud. Jung parle à ce moment de « psychologie des complexes ».

thumb|upright=1.5|left|alt=Gravure en noir et blanc de la clinique psychiatrique universitaire de Zurich, surnommée le Burghölzli, vers 1890. Il s'agit d'une grande bâtisse que découvre, au premier plan, une forêt.|La clinique psychiatrique du Burghölzli vers 1890.

C'est sa position de pionnier de la psychanalyse, et de Freud., qui valent à Jung d'être considéré comme le père de la psychologie analytique. C'est en effet à la suite d'une longue collaboration avec la psychanalyse de Freud, de 1909 à 1913714., qu'il peut développer ses concepts et approcher la structure de l'inconscient. Ainsi, en 1910 l'Association Internationale de Psychologie Analytique (« API ») est créée et Jung en est son premier président, et ce jusqu'en 1914297.. Dès les débuts de la psychanalyse, l'école de Zurich de Bleuler et Jung forme 96. reconnaît Freud. Publiant des (« Annales ») et accompagnant Freud lors de ses allocutions, le jeune Jung se démarque néanmoins rapidement de l'orthodoxie psychanalytique.

En 1906, Jung publie sa Psychologie de la démence précoce dans laquelle il utilise la psychanalyse mais où pointe déjà sa vision divergente du concept de libido161-162.. Cependant Freud signale cet ouvrage comme étant l'un des points d'aboutissement, avec celui de Bleuler sur la schizophrénie, de l'école de Zurich98.. Aux États-Unis, grâce à ses recherches sur les associations surtout14 : , et à la suite de son allocution à l'université Clark à Worcester, en 1908, Jung est davantage connu que Freud. L'année 1907 marque l'apogée des contributions de l'école suisse à la psychanalyse de Vienne100..

C'est un ouvrage de Jung qui va provoquer sa rupture avec la psychanalyse et précipiter la création de la psychologie analytique. Jung rencontre en 1912 « Miss Miller », portée à sa connaissance par les travaux de Théodore Flournoy, et dont le cas névrotique étaye davantage sa théorie de l'inconscient collectif324-327.. L'étude de ses visions lui procure les matériaux nécessaires pour fonder son raisonnement, qu'il développe dans l'ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles. Freud parle alors d'15-16. C'est dans la seconde partie de l'ouvrage que la divergence s'accuse ; Freud indique ainsi à Ernest Jones que c'est à la page 174 de l'édition d'origine (page 241 de l'édition française de 1953) que, selon lui, Jung s'est . Il s'agit de la conception élargie de la libido de Jung.328.. Jung est officiellement banni du cercle psychanalytique viennois dès le mois d'. Dès lors, le mouvement psychanalytique se divise en deux obédiences : les partisans de Freud d'un côté, avec Karl Abraham (qui écrit une critique de Jung.) et Ernest Jones en défenseurs de l'orthodoxie freudienne, et ceux de Jung de l'autre, dont , Franz Riklin, , Alphonse Maeder353..

Rupture avec Freud et fondation de la psychologie analytique Ce n'est qu'après avoir rompu avec Freud, en 1914, in ., que Jung donne à sa démarche le nom de « psychologie analytique », 386-387. parce qu'elle se propose d'analyser et d'identifier les phénomènes de la psyché. Les ouvrages de vulgarisation la feront connaître sous le nom d' « analyse jungienne », terme qui sera repris par ses successeurs pour la différencier de la psychanalyse. Quant à Freud, il l’a toujours ignorée.. Le docteur Ernst Bernhard, jungien italien, la nomme par ailleurs la « psychologie individuative » mais Jung préfère parler soit de psychologie analytique, soit, dans ses premiers travaux, de « psychologie complexe »723.17. « Psychologie complexe » s'entend comme psychologie fondée sur une méthode et des concepts liés les uns aux autres au sein d'un système structuré et non au sens de complexes psychiques.. Frieda Fordham explique néanmoins que l'expression « psychologie complexe » est plus appropriée que celle de « psychologie analytique » qui prête à confusion avec l'approche du psychologue George Frederick Stout qui est le premier à l'employer en 1886..

Jung définit précisément la psychologie analytique dès au Congrès International de Médecine organisé à Londres, lors d'une conférence intitulée « ». Il y présente cette comme étant née de la , la distinguant de la psychanalyse de Sigmund Freud et de la psychologie des profondeurs d'Eugen Bleuler. Jung y suggère également de libérer la théorie psychanalytique de son en se focalisant sur un nouveau point de vue, énergétique, se fondant sur la pensée d'Henri Bergson359 et 373 notamment. et sur le pragmatisme de William James pour son approche épistémologique. Mais ce n'est qu'en 1914, après sa démission de l'Association Internationale de Psychanalyse que Jung organise autour de lui un groupe de médecins qui rejettent comme lui l'école de Vienne372.. Ces derniers constituent donc l'école de psychanalyse de Zurich379.. Jung en partage la direction avec Alphonse MaederMaeder est l'assistant de Jung depuis 1906 (319) et l'épaule dans la direction de l'école de psychanalyse de Zurich (353). qui apporte à la conception des rêves comme compensation psychique une fonction prospective, orientée par la nécessité d'accomplir le développement du sujet422-423. Baudouin précise qu'Alphonse Maeder est un chercheur indépendant qui, s'il s'est séparé de Freud, ne peut être réduit à être le simple disciple de Jung.. Franz Riklin est quant à lui également affilié à Jung. En 1916 ce dernier publie simultanément une série d'articles à New York et Londres, écrits durant les quatorze dernières précédentes et intitulée . La préface de cet ouvrage constitue un véritable manifeste de ce courant, dans lequel Jung précise ses postulats de travail. Selon Charles Baudouin, 18., notamment les types psychologiques et les archétypes.