Les homards (Homarus) forment un genre de crustacés décapodes vivant dans la mer. Ce genre comprend deux espèces : le homard européen (appelé en France homard breton) — Homarus gammarus (Linnaeus, 1758) ; le homard américain (appelé aussi homard canadien) — Homarus americanus (H. Milne Edwards, 1837).

Présentation Le homard se distingue de la langouste par la présence de pinces imposantes et par une carapace moins épineuse. Les écrevisses ont une morphologie semblable à celle des homards, mais sont plus petites et vivent exclusivement en eau douce.

Étymologie Le mot homard vient du normand hoummar (prononcé \Xumar\ - rhoumar) et du vieux norrois hummarr.

Classification Le homard est un crustacé décapode. La notion de crustacé fait en partie référence à un animal muni d’une carapace dure. Décapode est l'adjectif signifiant dix pieds, c'est un être vivant à dix pattes, pinces incluses (une pince pour couper, une pince pour broyer).

Le nom valide complet (avec auteur) de ce taxon est Homarus Weber, 1795.

Liste des espèces actuelles et fossiles selon : Homarus americanus (H. Milne Edwards, 1837) — homard américain (appelé aussi homard canadien). † Homarus brittonestris Stenzel, 1945 † Homarus fami Garassino, Pasini & Nyborg in Garassino, Pasini, Nyborg & Haggart, 2021 Homarus gammarus (Linnaeus, 1758) — homard européen (appelé en France homard breton) ; † Homarus hungaricus Tshudy, Hyžný, Dulai & Jagt, 2018 † Homarus lehmanni Haas, 1889 † Homarus mickelsoni (Bishop, 1985) † Homarus morrisi Quayle, 1987 † Homarus neptunianus Polkowsky, 2004 † Homarus senonensis Forir, 1887 † Homarus travisensis Stenzel, 1945 (l'obèle † désigne une espèce éteinte)

Histoire et culture vignette|redresse|gauche|Vase en terre cuite en forme de pince de homard de la Grèce antique, vers 460 av. J.-C., du Metropolitan Museum of Art de New York. Apparu au Crétacé, il y a environ 100 millions d'années, ce fruit de mer est consommé sur les côtes littorales depuis l'Antiquité. Aristote lui consacre d'excellentes descriptions au livre IV de son Histoire des Animaux de 343 av. J.-C.. (alimentation en Grèce antique).

Il était utilisé dans la médecine traditionnelle du Moyen Âge et de la Renaissance (médecine médiévale dans l'Occident chrétien). Torréfié et réduit en poudre puis dissous dans du vin, il servait à traiter diverses maladies urinaires et comme purge des calculs rénaux. Sa chair était considérée comme diurétique (cuite en bouillon). Son gastrolithe (une masse riche en calcium qu'on trouve dans l'estomac des homards se préparant à muer) était utilisé pour traiter les inflammations oculaires et comme remède contre les maux d'estomac et l'épilepsie.

vignette|Homard européen (Homarus gammarus) Sa carapace ou celle d'autres crustacés semble avoir inspiré certaines armures. Vers 1630, un nouveau casque turc, le casque à queue de homard, ou « zischägge », a ainsi été utilisé en Europe de l'Est. Il se caractérisait par des plaques d'acier se chevauchant sur le cou, évoquant une queue de homard, qui fournissaient à la fois protection et aération. La partie frontale était aussi dotée d’une barrette nasale réglable, qui évoque l'épine frontale du homard. Les révolutionnaires américains appelaient avec moquerie les soldats britanniques « lobsterbacks »The lobster conservancy (Conservatoire du homard, États-Unis, consulté le 31 août 2008), à cause de leur uniforme rouge.

Répartition Les homards affectionnent les mers froides, au contraire de la langouste, dont l'aire de répartition s'étend plus loin au sud. L'aire de répartition du homard est très large, sur la quasi-totalité des côtes nord-atlantiques, du côté européen comme du côté américain. Le homard vit du bas de la zone infra-littorale (à la limite des zones découvertes aux grandes marées, sous les rochers où il peut creuser des terriers), jusqu'à environ 50, voire de profondeur.

Reproduction thumb|Larve de Homarus gammarus. Une femelle pond jusqu'à au cours de sa vie (soit jusqu'à une cinquantaine d'années pour les spécimens les plus âgés), en plusieurs portées, qu'elle porte pendant plusieurs mois sous son abdomen jusqu’à leur éclosion. Mais de nombreuses femelles sont pêchées jeunes, alors qu'elles n'ont vécu qu'un dixième de leur espérance de vie, et n'ont pas encore pondu beaucoup d’œufs.

Croissance vignette|gauche|Homard européen juvénile. La larve mesure quelques millimètres. Elle mène une vie planctonique au début de son existence, où elle est la proie de nombreux animaux marins, puis elle subit une mue de métamorphose et se pose sur le fond marin (vie benthique). Le homard juvénile subit une vingtaine de mues de croissance avant d'atteindre, vers l'âge de quatre ou cinq ans, l'âge adulte.

Après avoir atteint la maturité sexuelle, le homard, qui est, comme la plupart des crustacés, une espèce à croissance indéterminée, continue de muer régulièrement, en général une fois par an ou tous les deux ans, voire moins souvent pour les plus gros, le nombre de mues diminuant avec la taille et l'âge.. Il peut mesurer , peser , et vivre une quarantaine d'années. Le plus gros homard jamais recensé aurait été capturé en Nouvelle-Écosse au Canada en 1977 et pesait près de pour une taille d'un peu plus d'un mètre.

Espérance de vie vignette|redresse|gauche|Pinces de Homarus gammarus : une pince pour couper (à gauche) et une pince pour broyer (à droite). Au cours de sa vie, le homard ne présente que tardivement des signes de vieillissement : un homard âgé reste aussi vigoureux qu'un jeune, et il continue de se reproduire tout au long de son existence. Une explication a été attribuée en 1993 à une enzyme appelée la télomérase, qui maintient les télomères de chacun des chromosomes compris dans la totalité des cellules de son organisme. Ainsi entretenus, les télomères ne s'usent pas d'une division cellulaire à une autre. Mais il ne s'agissait que d'une hypothèse, contestée par un neuroéthologiste des invertébrés car sans lien avec des observations scientifiques. Is there a 400 pound lobster out there? | HowStuffWorks Big Lobsters and Eternal Life.

vignette|redresse|Bagage de protection des homards de l'océarium du Croisic en Loire-Atlantique. Cela ne signifie pas que les homards soient immortels. Leur mortalité naturelle est estimée être comprise entre 10 % et 15 % par an hors zooties pour les homards américains, dans les conditions les plus favorables. Au bout d'un moment, le homard est trop gros pour continuer à grandir : il n'a plus l'énergie nécessaire pour commencer une nouvelle mue. L'usure de la carapace et les maladies qui y sont liées ont alors raison de lui.. Le homard européen peut atteindre l'âge de ..

État des populations, pressions, menaces Les homards ont connu une forte raréfaction dans une grande partie de leur aire de répartition naturelle et potentielle, notamment dans l'hémisphère nord dans l'après-guerre. Depuis la fin des années 1980, les populations nord-américaines se sont fortement rétablies.

Causes de régression Surpêche La surpêche est la première cause historique de la régression des homards. vignette|gauche| On ne dispose pas de données permettant d'évaluer la densité de la population de homards en Europe depuis le Moyen Âge ou la préhistoire, mais, sur la côte atlantique nord des États-Unis, le homard était encore si commun aux qu'il était considéré comme une nourriture de pauvres. Selon les chroniqueurs de l'époque, c'était même un aliment qu’on offrait gratuitement aux veuves, aux orphelins, aux fonctionnaires et aux prisonniers. Il arrivait qu'on le prenne en si grande quantité à la pêche ou après des tempêtes (échoué sur le rivage) qu'on ne lui trouvait d'autre usage que d'en faire de l'engrais pour les champs et les jardins. Le Massachusetts a même voté une loi interdisant d’en servir plus de deux fois par semaine — manger du homard presque tous les jours de la semaine (comme du saumon, d'ailleurs) était alors considéré comme un châtiment inutilement cruel (généralement infligé aux prisonniers, aux esclaves et aux domestiques). Le homard, plus vite encore aux États-Unis qu'en Europe et dès le , s'est alors raréfié. On a commencé à manger les petits homards à peine matures, les grands individus ayant presque disparu et il est devenu — comme en Europe — un aliment rare et cher, en particulier aux périodes de forte demande.

vignette|Homard breton. La pêche au homard s'est mécanisée dans la seconde moitié du et est devenue dans certains endroits une industrie, . L'élevage conservatoire à des fins de réintroduction dans la nature .

Pollution La pollution marine et l'eutrophisation des eaux (qui peuvent exacerber les phénomènes d'anoxie et de zone morte en mer) sont probablement d'autres facteurs explicatifs d'une régression générale et d'épisodes locaux de surmortalité. Par exemple, alors que la zone estuarienne tempérée située à l'ouest de Long Island Sound était jusqu'en 1999 très productive en homards (Homarus americanus), une mortalité considérable y a été constatée (à partir de la fin de l'été 1999). En , une étude s’est penchée sur ce phénomène. Elle a mesuré les taux d'oxygène dissous, de sulfure d'hydrogène et d'ammoniac à du fond en août, septembre et . Des sédiments noirs ont été observés juste sous l'interface sédiment-eau sur une grande partie de la zone en 1999 et 2000, qui évoquent des phénomènes d'anoxie du sédiment propices au dégagement de méthane et de sulfures, lesquels étaient effectivement détectés dans les de la couche d'eau en contact avec le sédiment. La décomposition anaérobie de sédiments riches en matière organique en période chaude et au début de l'automne correspond à la date du début de l'épisode de mortalité (1999). Ces facteurs de stress pourraient avoir affecté l'immunité des homards, qui seraient alors devenus plus vulnérables à des pathogènes mortels.

Des teneurs élevées en métaux lourds ou en métalloïdes sont relevées dans les homards vivant dans des zones polluées par les panaches de rejets d'usines métallurgiques, par exempleUthe, J. F., D. P. Scott & C. L. Chou. (1987), Cadmium concentrations in American lobster (Homarus americanus) near a coastal lead smelter: use of multiple linear regression for management. Bull. Environ. Contam. Toxicol. 38:687–694., et le homard peut bioaccumuler certains de ces contaminantsBarrento, S., A. Marques, B. Texeira, P. Vaz-Pires, M. L. Carvalho & M. L. Nunes (2008) Essential elements and contaminants in edible tissues of European and American lobsters. Food Chem. 111:862– 867., plus ou moins selon la saison et le sexe de l'animalCanli, M. & R. W. Furness (1993), Toxicity of heavy metals dissolved in sea water and influences of sex and size on tissue distribution in the Norway lobster Nephrops norvegicus. Mar. Environ. Re s. 36:217– 236.. Une famille de protéines, les métallothionéines, joue un rôle majeur dans la captation des métaux toxiques et leur excrétion ou inertage dans l'organismeChavez-Crooker, P., P. Pozo, H. Castro, M. S. Dice, I. Boutet, A. Tanguy, D. Moraga & G. A. Ahearn. 2003. Cellular localization of calcium, heavy metals, and metallothionein in lobster (Homarus americanus) hepatopancreas. Comp. Biochem. Physiol. C 136:213– 224. (dans la coquille notamment).