La Vierge à l'Enfant, ou Madone, est un thème récurrent en peinture et en sculpture religieuses, renvoyant à la Nativité du Christ et à la maternité de la Vierge Marie. Il s'agit d'un thème iconographique permettant d'évoquer la double nature du Christ, humaine et divine.

Aperçu historique Paradoxalement, alors que l'enfance de Jésus est presque totalement éludée par les évangélistes canoniques, le sujet de la Vierge à l'enfant est le thème le plus représenté de tout l'art chrétien devant la crucifixion, alors qu'il ne fait référence à aucun texte biblique. , mais est probablement le fruit d'une réutilisation d'un thème archaïque (déjà présent dans la figure de la déesse égyptienne Isis allaitant Harpocrate, l'Horus enfant). On trouve, ainsi, de nombreuses représentations de la (allaitante ou pas) dans la plupart des cultures du monde, y compris dans l'Europe pré-chrétienne.

Dans les premiers temps du christianisme, l'art européen privilégie la Vierge représentée dans l'Adoration des mages. En peinture et sculpture romane, les Vierges les plus fréquemment représentées, du , sont des « Vierge à l’Enfant » assises sur un trône et tenant un Jésus adulte en miniature sur ses genoux. Elles sont appelées , « Siège de la Sagesse » ou « Trône de la Sagesse ». Au , l'art gothique privilégie la figure centrale de la Vierge au détriment de l'Enfant qui domine de moins en moins dans la composition, tandis que l'art baroque à l'époque de la Contre-Réforme le fait disparaître complètement pour mettre en exergue une Vierge pureMarie-France Morel, « Le corps du petit enfant et ses représentations dans l’histoire et dans l’art », in Bébés et cultures sous la direction de Michel Bugnat, Éditions Érès, 2008, .

L'axe des regards entre la mère et son enfant est fréquemment souligné, de même que les signes symboliques des doigts et mains du bébé, également trouvés chez un ensemble de personnages sculptés ou peints dans les églises de la chrétienté.

Peinture Vierge enceinte (Virgo paritura)

Sujet moins fréquent mais ayant néanmoins donné de très belles représentations, notamment la Madonna del Parto de Piero della Francesca, fresque détachée, restaurée, et transférée au musée de Monterchi en Toscane (Italie).

Madone (Vierge à l'enfant) La Vierge à l'Enfant ou Madone, en français écrit avec un seul n, se différencie de la Madonna en italien, avec deux n, signifiant le personnage seul de la Vierge. En italien l'expression consacrée est Madonna col Bambino.

Les peintres du Moyen Âge représentent l'enfant Jésus . À la fin du Moyen Âge et à la pré-Renaissance, les artistes privilégient un Jésus nu ou très légèrement vêtu, le sexe en général bien apparent, avec un corps d'enfant plus réaliste, les commanditaires des œuvres voulant montrer le mystère de l'Incarnation. Les peintres italiens dessinent un Jésus plus grassouillet que ceux de l’Europe du Nord, à la fois pour des raisons de préférences esthétiques, mais peut-être à cause de l’influence du climat sur la croissance des nourrissons (influence du soleil et de la vitamine D).

Quelques exemples :

La Madone byzantine La Madone byzantine, dite Hodigitria, est une Vierge au trône, soutenant l’Enfant sur le bras gauche, la main droite ramenée devant le buste : Guido da Siena

La Madone allaitant

La Madone allaitant ou Madonna del Latte, et en latin Maria lactans et en grec Galaktotrophousa : Madone Litta de Giovanni Antonio Boltraffio Ambrogio Lorenzetti

La Madone lisant

La Madone lisant (en italien : Madonna leggente). La Vierge tient un livre ouvert devant elle, qu'elle lit ostensiblement, parfois même avec l'Enfant. Nombreuses Madone lisant chez Raphaël Madone Solly Madone Connestabile

Vierge et l'Enfant, au centre du tableau, entourés Sainte Famille

Parfois, l'Enfant Jésus n'est pas seul avec sa mère Marie, mais accompagné de sainte Anne, mère de Marie, ou d'un saint, lui aussi enfant. La mythographie christique veut que ce soit saint Jean-Baptiste, avec sa peau de mouton (ou un agneau du sacrifice le symbolisant). Cette représentation rappelle qu'ils se connaissent de prime jeunesse puisque sainte Élisabeth, sa mère, est une cousine de Marie. On peut voir présents également d'autres personnages de la Sainte Famille.

Conversation sacrée Le thème de la Conversation sacrée (ou Sainte Conversation) comporte, en plus de la Vierge à l'Enfant (trônant au centre) et outre quelques personnages de la Sainte Famille, la présence de saints et du donateur ou commanditaire du tableau souvent dans un groupe parlant entre eux.

Vierge trônant

Vierge entourée d'anges

Vierge de l'humilité

Il s'agit d'une représentation sans trône, la Vierge assise sur le sol, portant l'Enfant nu.

Vierge à l'Enfant accompagnée d'un objet particulier

Un certain objet majeur (outre un quelconque attribut vestimentaire traditionnel), présent dans le décor du tableau, peut en soutenir le titre dans un but descriptif, mais aussi révélant parfois le commanditaire : Chez Michel-Ange : Vierge à l'escalier Chez Raphaël : Madone de la chaise, pour le style désignant le pape , commanditaire du tableau Madone aux œillets Les différentes Madones au livre (Madonna leggente) renvoient, elles, à l'iconographie chrétienne de la Vierge issue d'une famille lettrée. Liste d'œuvres, chez Raphaël, la Madonna del Cardellino et autres peintres

Vierge au Chardonneret Thème de la Vierge au Chardonneret

Vierge à l'Enfant et la Sainte Maison Le thème de la Vierge de Lorette ou Notre-Dame de Lorette est le nom sous lequel la Vierge à l'Enfant est vénérée par les chrétiens lorsqu’elle est associée à la Sainte Maison (couramment nommée La Santa Casa en italien), maison dans laquelle le verbe s'est fait chair et dans laquelle le Christ a grandi. Ce thème a donné lieu à plusieurs centaines d'œuvres : voir la liste d'œuvres représentant la Madone de Lorette.

Sculpture Céramique vernissée ou émaillée Terracotta invetriata

Vierges de gloire

Siège de la sagesse ou Sedes sapientæ

Vierges couronnées

Vierge et l'Enfant

Photojournalisme Le thème de la Madone fait partie des processus d'emblématisation ou d'iconisation de certaines images de presse qui montrent la douleur d'un personnage féminin (veuve, mère ou fille) ayant perdu des proches sans que ces derniers soient forcément représentés, s'inscrivant ainsi dans la tradition iconographique chrétienne.. Ces photographies de presse qui s'apparentent plutôt à l'antique figure de la pleureuse, contribuent à l'esthétisation de la catastrophe en représentant les effets des guerres ou des cataclysmes qui véhiculent des fonctions cathartique (pour apaiser la douleur), morale et épistémique : « La Madone » de Hocine Zaourar appelée aussi « La Madone de Bentalha », « La Madone algérienne » ou « La Madone en enfer » (1997).. ; « La Madone au niqab » de Samuel Aranda (2011). ; « La Madone du tsunami » ou « La Madone des décombres » de Yomiuri Shimbun (2011)..

Galerie

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Vierge au chardonneret Enfant-Jésus Représentation artistique de la Vierge Marie