Pierre Vidal-Naquet, né le à et mort le à Nice, est un historien français.

Spécialiste de l'histoire de la Grèce ancienne, .

Auteur de plusieurs ouvrages historiques ou politiques, il a aussi écrit de très nombreuses préfaces pour les livres les plus diversMarcel Bénabou, « PVN préfacier ou une forme latérale de l’histoire », in Pierre Vidal-Naquet, un historien dans la cité, La Découverte, 1998, p. 58-66. ; il a été un militant actif contre la torture pendant la guerre d'Algérie, contre la dictature des colonels grecs et a soutenu les efforts de paix dans le conflit israélo-arabe au Moyen-Orient, affirmant dès 1967 la nécessité de créer un État palestinien aux côtés d'Israël. À partir de la fin des années 1970, il a consacré une part de son activité intellectuelle à la lutte contre la poussée du négationnisme.

Biographie Pierre Emmanuel Vidal-Naquet a écrit plusieurs textes autobiographiques, notamment ses Mémoires, publiés en 1998, mais aussi des textes plus ponctuels comme : « Esquisse d'un parcours anticolonialiste » (2001)Les deux textes ont été rassemblés dans Le Choix de l'Histoire, éditions Arléa, 2004. et « Pourquoi et comment je suis devenu historien » (2003), issu d'une conférence prononcée aux Rendez-vous de l'histoire à Blois en 2002.

Famille Il est issu d'une famille juive comtadine de Carpentras (Vaucluse, jusqu'en 1791 possession pontificale), famille qui a des liens de parenté avec José de Bérys, Francine Bloch et Darius Milhaud, ainsi qu'avec Alfred Naquet (1834-1916).

Les Vidal-Naquet ont connu une ascension sociale au cours du , s'installant à Montpellier, puis à Marseille, enfin à Paris, dans le faubourg Saint-GermainRue de Varenne. « Protestants et juifs pendant la Seconde guerre mondiale », dans Les Juifs, la mémoire et le présent, Points Seuil, 1995, ..

Il est le fils de Lucien Vidal-Naquet (né le à ParisVoir, Klarsfeld, 2012. et mort en 1944 à Auschwitz), avocat, et de Marguerite Valabrègue (née le à Marseille et morte en 1944 à Auschwitz), mariés en 1929. Leur dernière adresse est au 9, avenue Frédéric Mistral. La sœur de Lucien, Isabelle (1898-1954) est l'épouse du polytechnicien Robert Brunschwig ; le frère de Lucien, Georges (1900-1978), épouse en 1931 Marthe Valabrègue (1907-1996), sœur jumelle de Marguerite.

C'est un milieu laïc (athée pour certains) et républicain, d'orientation dreyfusarde : « Protestants et juifs… », ..

Lucien Vidal-Naquet, devenu avocat en 1921, a d'abord été dans le cabinet de René Viviani, puis est entré dans celui d'Alexandre Millerand. C'est un civiliste, particulièrement intéressé dans les questions de propriétés intellectuelle ; dans les années 1930, une de ses affaires l'oppose à la compagnie cinématographique Tobis.

Pierre Vidal-Naquet s'est marié en 1952 et a eu trois enfants.

Enfance Après Pierre, naissent François (1932), Aline (1933), Yves (1940) et Claude (1942).

Scolarisé au sein de la famille, en liaison avec un cours privéHattemer-Prignet. Cf. Mémoires 1, p. 50., Pierre est admis en à entrer en septième au lycée Montaigne.

Une adolescence marquée par la Shoah En , les familles de Lucien et Georges Vidal-Naquet et de Robert Brunschwig viennent en vacances à Beg MeilVilla Ker Menez (commune de Fouesnant, Finistère). Elles vont y rester pendant la drôle de guerre, sans les pères qui sont mobilisés (Lucien dans l'artillerie à Charleville). En naît le second frère de Pierre, Yves. Le , en pleine débâcle de l'armée et du gouvernement, les trois femmes prennent la décision de partir à Marseille (en voiture). Elles y arrivent assez péniblement le ; le petit Yves, assez fragile, est mort le .

Lucien Vidal-Naquet, démobilisé, les rejoint, puis revient à Paris où il continue d'exercer son métier jusqu'à sa révocation de l'ordre des avocats. Dès 1940, il est entré dans la Résistance au sein du réseau de résistance du musée de l'Homme« Protestants et Juifs... », .. La révocation prend effet le et il vient alors vivre à Marseille.

Pierre entre en sixième au Lycée Périer en 1940. En même temps, il devient scout dans le cadre des Éclaireurs unionistes de France (protestants).

Après l'invasion de la zone Sud par l'armée allemande (), Georges Vidal-Naquet réussit à passer en Espagne, puis rejoint la France libre ; sa famille part pour Saint-Agrève, ville protestante offrant possibilité de refuge aux Juifs. Les autres enfants partent dans une institution à Megève. En , les enfants Vidal-Naquet reviennent à Marseille, mais les Brunschwig se rassemblent dans une demeure de famille à Dieulefit (Drôme). Pierre Vidal-Naquet y fait deux séjours ( et ), y rencontrant le poète Pierre Emmanuel.

Le , Lucien et Marguerite sont arrêtés par la Gestapo, amenés à Drancy, puis par le Convoi No. 75, en date du , déportés à Auschwitz où ils meurent l'un et l'autre peu aprèsMémoires tome 2, page 9., mais les trois enfants échappent à cette arrestation et sont d'abord hébergés par des professeurs. Le , Pierre et François sont emmenés chez le chauffeur Maurice, à Cucuron. Aline est emmenée à Saint-Agrève le , retrouver sa grand-mère maternelle et sa tante Marthe Vidal-Naquet ; ses frères la rejoignent le .

Après un dernier séjour à Dieulefit (mi septembre-mi ), il revient à Paris avec les Brunschwig, chez qui il va vivre jusqu'en 1948. Il entre en Seconde au lycée Carnot. Cette période est marquée par les doutes sur le sort de ses parents (il sait qu'ils sont passés par Drancy et ont été déportés) ; ce n'est qu'à la rentrée 1945 qu'il acquiert la certitude qu'ils ne rentreront pas.

Études et formation intellectuelle Après le baccalauréat (1947), il suit les traces de Jacques Brunschwig et entre en Lettres supérieures au lycée Henri-IV où il fait ensuite deux khâgnes sans être même admissible (son cousin est reçu premier à l'ENS en 1948) ; il y a pour condisciple et ami Charles Malamoud et pour condisciples Pierre Juquin et Robert FaurissonMes affaires Dreyfus, Pierre Vidal-Naquet, 24 janvier 2006.

Sa vocation d'historien résulte entre autres de la lecture de L'Étrange Défaite de Marc Bloch, mais il s'intéresse beaucoup à la littérature, notamment au surréalisme (André Breton, René Char et Antonin Artaud) et aux arts. En 1948-1949, il participe avec Pierre Nora à l'aventure de la revue Imprudence, qui publie trois numéros. Durant les vacances d'été de 1949 et 1950, il voyage en Italie avec Jacques Brunschwig. Sur le plan politique, il se situe nettement à gauche, mais malgré un certain intérêt, il n'adhère pas au Parti communiste, décision définitivement confirmée en 1949 après le procès de László Rajk en Hongrie, dont il perçoit le caractère truqué.

En 1950, il décide de faire une troisième khâgne, mais à Marseille, au lycée Thiers ; c'est une classe mixte, où il fait la connaissance de Geneviève RailhacMémoires tome 1, p. 246., qu'il épousera peu après.

Après un nouvel échec en 1951, il n'a pas d'autre diplôme qu'une « licence libre » ; il la complète avec des certificats qui lui donnent une licence de Lettres classiques, puis fait un mémoire sur Platon, avec Henri-Irénée Marrou (mémoire complémentaire sur Jean Jaurès, avec Ernest Labrousse), obtenant un diplôme d'études supérieures d'histoire (). Il prépare ensuite l'agrégation d'histoire et est reçu troisième en 1955 (ainsi qu'au CAPES de Lettres classiques)Mémoires 1, pp. 271-279..

Carrière universitaire Les premières affectations (1955-1966) Orléans (1955-1956) Il est d'abord nommé au lycée Pothier d'Orléans où il a pour collègue Georges Dupeux et pour élève Alain Corneau, qui lui rendra hommage à la sortie de Tous les matins du monde (1991).

À la demande de Robert Blum, il collabore à l'édition des œuvres de Léon Blum ; il travaille sous la direction de Robert Verdier sur les écrits des années 1945-1950, qui donnent finalement deux volumesŒuvres de Léon Blum, tomes VI et VII, Éditions Albin Michel. (l'édition du second étant dirigée par François Furet)Mémoires 2, p. 21..

L'université de Caen (1956-1961) À la rentrée 1956, il obtient un poste d'assistant à l'université de Caen, auprès de Henri Van Effenterre. Il consacre alors son activité professionnelle essentiellement à l'enseignement de l'histoire de la Grèce antique, tout en commençant à la rentrée 1960 à suivre le séminaire de Jean-Pierre Vernant à l'EPHEMémoires 2, p. 111..

Mais, à cette époque, il s'implique beaucoup dans les problèmes liés à la guerre d'Algérie (affaire Maurice Audin, manifeste des 121) : en 1961, il est suspendu à l'université de Caen, à cause justement du manifeste.

L'université de Lille (1961-1962) À la rentrée 1961, il est affecté à l'université de Lille<ref>[http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2013/05/la-parenthese-lilloise-de-pierre-vidal-naquet/ Christophe Hugot, « La parenthèse lilloise de Pierre Vidal-Naquet », Insula, mis en ligne le 27 mai 2013.]</ref>, comme assistant de Roger RémondonMémoires 2, p. 147..

Le CNRS (1962-1964) De 1962 à 1964, il est détaché au CNRS. Durant cette période, il participe toujours à l'EPHE au séminaire de Jean-Pierre Vernant, mais aussiMémoires 2, p. 162-163 à ceux d'André Aymard (sociologie de la guerre dans l'Antiquité), de Roger Rémondon (papyrologie) et de Louis Robert (épigraphie grecque). Il a aussi des activités archéologiques à Mallia en Crète (1963) avec Henri Van Effenterre et à Samos en 1964Mémoires 2, p. 173-174..

Il rédige alors le premier travail important dans son œuvre, en collaboration avec Pierre Lévêque : « Clisthène l'Athénien », d'abord projeté comme article pour les Annales, puis livre publié au début de 1964.

Il prend aussi connaissance de l'œuvre de Moses I. Finley, auteur de The World of Odysseus (1954), dont aucun livre n'a encore été traduit en français et qu'il introduit en France à travers une recension dans les Annales en 1963Mémoires 2, p. 171..

L'université de Lyon (1964-1966) En 1964, le dédoublement de la chaire d'histoire grecque, détenue par Antoine Bon, lui permet d'y être élu professeur.

L’École pratique des hautes études puis l’École des hautes études en sciences sociales (1966-1997) Entré comme sous-directeur d'études à l'EPHE dans la VIe Section (Sciences économiques et sociales) dirigée par Fernand Braudel - à partir de 1975, École des hautes études en sciences sociales -, il devient directeur d'études en 1969, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en Mémoires 2, p. 205..

Parmi ses élèves, on compte le cinéaste Alain Corneau, l'écrivain Frédéric H. Fajardie, les historiens Alain Corbin (à Caen), Nicole Loraux, François Hartog, Maurice Sartre, Pauline Schmitt-Pantel et Alain Schnapp.

Le , son directeur de thèse étant Édouard Will, il soutient à l'université de Nancy une thèse « sur un ensemble de travaux » (articles et ouvrages sur la Grèce ancienne publiés depuis 1960), devenant ainsi docteur ès-lettres. En 1981, paraît le recueil Le Chasseur noir, qui regroupe ses principaux articles sur la Grèce ancienne.

Lecteur de Dumézil et de Lévi-Strauss, il est considéré comme membre de l'« école de Paris » (formule issue du milieu universitaire américain), aux côtés de Jean-Pierre Vernant, avec qui il a écrit quelques livres, de Nicole Loraux et de Marcel Detienne : il s'agit du groupe des chercheurs liés à l'EPHE, qui se différencient des hellénistes classiques (François Chamoux) par le souci de mettre en œuvre des disciplines diverses, notamment l'anthropologie structurale.

De 1982 à 1992, il est membre du Conseil national des Universités et de la commission de recrutement du CNRS.

Il est l'un des lecteurs attitrés de la bibliothèque de la Fondation Maison des sciences de l'homme.

Succédant à Jean-Pierre Vernant, il prend la direction du Centre Louis Gernet de recherches comparées sur les sociétés anciennes.

Interventions militantes