Moto Guzzi (Guzzi) est un constructeur de motos italien en activité sans interruption depuis sa création, en 1921, à Mandello del Lario près du lac de Côme. Moto Guzzi est le plus important fabricant italien de motos jusqu'aux années 1940 et remporte de très nombreux succès en compétition jusqu'à la fin des années 1950. Jusqu'à sa faillite en 1966, Guzzi a une offre très diversifiée : motos de petite, moyenne et grosse cylindrée, tricycles motorisés, engins agricoles, moteurs pour usages fixes, etc. L'entreprise subit ensuite plusieurs restructurations et, à partir de la fin des années 1980, concentre son offre sur des motos de forte cylindrée. L'un de ses modèles les plus renommés est le V7 de 1966 dont les choix techniques (moteur bicylindre en V face à la route et transmission finale par arbre) sont caractéristiques de l'offre Moto Guzzi encore au . La marque est propriété du groupe italien Piaggio depuis 2004.

L'ère Guzzi-Parodi: naissance d'un champion italien (1920-1960) Origines L'histoire de la marque italienne Moto Guzzi commence lorsque trois jeunes gens sont enrôlés, au cours de la Première Guerre mondiale, dans la même escadrille : Giorgio Parodi et comme pilotes et comme mécanicien. Ils projettent de se lancer ensemble dans la fabrication de motos une fois les hostilités terminées. Mais, fin 1918, Ravelli décède dans un accident d'avion.

Guzzi et Parodi, avec le soutien financier de la famille Parodi, produisent un premier prototype en 1920 et créent la société Moto Guzzi en 1921. Ils choisissent, en souvenir de leur période dans l'armée de l'air et en mémoire de leur camarade disparu, un aigle comme emblème de la marque. Ils utiliseront ensuite à plusieurs reprises des références aviaires dans la dénomination de ses modèles : Falcone (faucon) et Condor, la 250 de course Albatros, sa demi-sœur routière l'Airone (héron), le scooter Galletto (coq), le petit vélomoteur Cardellino (chardonneret)

Début de la production C'est sur les bords du lac de Côme, à Mandello del Lario que voit le jour la première moto portant la marque « Moto Guzzi » : le prototype "GP", qui présente des caractéristiques techniques très avancées pour l'époque. Ainsi, le moteur monocylindre à quatre temps en aluminium de , disposé horizontalementCette disposition a longtemps marqué la production Moto Guzzi, est doté de quatre soupapes entraînées par un arbre à cames en tête (ACT). Le système de lubrification, l'embrayage et le châssis sont également très innovants.

La Normale, premier modèle de série de la marque, est produite à partir de 1921. Elle conserve la disposition horizontale du bloc moteur monocylindre de la GP, mais la distribution est semi culbutée avec deux soupapes seulement : celle d'admission est latérale, celle d'échappement est culbutéeLa distribution semi culbutée est très moderne pour l'époque. La solution choisie par Moto Guzzi s'écarte de celles de ses concurrents : sur leurs moteurs semi culbutés c'est généralement la soupape d'admission qui est culbutée.. Cette motorisation devient caractéristique de Moto Guzzi, qui la déclinera pendant plusieurs décennies en diverses cylindrées.

Le champion italien (1920-1940) La Normale est produite de 1921 à 1924 : sa fiabilité établit la notoriété de la jeune marque. Durant les années 1920 , Moto Guzzi connait une forte croissance, qui s'appuie sur une gamme de modèles équipés de moteurs monocylindres à quatre temps de disposés horizontalement :

modèles C : destinés à la compétition, ce sont la C2V (Corsa Duevalvole) dotée d'un moteur monocylindre culbuté de à deux soupapes et produite de 1922 à 1930, et la C4V, dotée d'un moteur monocylindre culbuté de à quatre soupapes et produite à partir de 1924. modèles Sport : visant une clientèle recherchant la performance, ce sont la Sport 500, qui remplace la Normale et est produite jusqu'en 1928, puis les Sport 14 et Sport 15, toutes dotées d'un moteur monocylindre semi culbuté de . Les Sport 14 et 15 rencontrent un grand succès commercial : elles sont vendues respectivement à et près de en deux années de commercialisation. La Sport 15 est commercialisée jusqu'en 1939. modèles GT : ce sont les premiers modèles de Moto Guzzi à cadre entièrement suspenduEt parmi les tout premiers modèles de motos au monde avec un cadre entièrement suspendu.. La GT 500 est lancée en 1928 puis évolue en GT 16 . Entre 1921 et 1926, la production de Moto Guzzi passe de 17 à plus de , et ses effectifs de 17 à 350 personnes.

Durant les années 1930, la ligne des est déclinée en de nombreuses variantes. À partir de 1936, le modèle V/W à cadre rigide et moteur culbuté et sa déclinaison GTV/GTW à cadre suspendu deviennent le cœur de l'offre en . Les modèles S/GTS, moins sportifs et plus économiques, dont le moteur est encore semi culbuté, constituent l'entrée de gamme .

À partir de 1926, Moto Guzzi propose également des motos de cylindrée inférieure destinées à atteindre une clientèle plus large et, pour certaines, à concourir en compétition. Ces modèles sont tous équipés de moteurs monocylindres à quatre temps disposés horizontalement : 250 TT/TS (1926-1933) et P175/P250 (1932-1940), PL/PLS/Ardetta/Egretta (1937-1940).

Moto Guzzi s'essaye aussi à des motorisations multicylindres : quelques exemplaires d'un modèle à trois cylindres (Tre Cilindri) et d'un modèle à quatre cylindres (Quattro Cilindri) sont construits. Mais c'est un bicylindre, la Bicilindrica Corsa, qui assurera un grand nombre de succès en compétition pour la marque de 1933 à 1950.

Moto Guzzi propose également des engins à vocation utilitaire tel le tricycle Veicolo di Transporto puis le Motocarro, premiers modèles d'une ligne de produits qui connaitra un succès commercial durable, et vend des moteurs pour équiper diverses machines fixes.

En 1939, Moto Guzzi est devenu le principal constructeur italien de motos, avec plus de vendus depuis la création de la marque. La gamme est composée de monocylindres (Sport15, S/GTS, V/GTV, Alce, Condor), monocylindres (Ardetta, Egretta, Albatros, Airone) ainsi que du tricycle Motocarro et du bicylindre de course Bicilindrica Corsa.

Diversification et croissance avant la chute (années 1940-1950) L'Italie, alliée de l'Allemagne depuis le printemps 1939, entre en guerre en . Moto Guzzi, comme beaucoup d'autres entreprises industrielles italiennes, va participer activement à l'effort d'armement du pays.

Les forces armées italiennes, ainsi que la police, sont déjà clientes de Moto Guzzi : en effet l'entreprise a remporté plusieurs appels d'offres durant les années 1930 pour fournir divers modèles de véhicules, souvent dérivés de modèles civils. Plusieurs milliers de motos GT 17 ont ainsi été utilisées pendant la seconde guerre italo-éthiopienne et la guerre civile espagnole.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Moto Guzzi, dont la production est alors presque entièrement dédiée aux modèles militaires, livre aux forces armées italiennes et à leurs alliés, notamment (dont 700 avec side car), (tricycle dérivé de l'Alce), et plusieurs milliers d'exemplaires du Motocarro 500 U (tricycle de 1000 kg de charge utile). L'usine de Mardello, située à l'écart des grands centres industriels, n'a pas été bombardée. La production de motos reprend dès la fin 1945. Mais le marché italien des deux roues motorisés est désormais centré sur des moyens de transport très économiques, tant en prix d'achat qu'en consommation de carburant.

Pour répondre à cette nouvelle demande, Moto Guzzi lance à partir de 1949 une famille de motos monocylindres deux temps de 65 à : Guzzino/Motoleggera 65, Cardellino/Nuovo Cardellino et Zigolo. Cette ligne de produits, dont certains modèles seront fabriqués jusqu'au milieu des années 1960, rencontre un très grand succès commercial : en 1950, Guzzi produit , dont . Le succès est particulièrement durable pour le Cardellino, vendu à plus de entre 1946 et 1963, et le Zigolo, vendu à près de entre 1953 et 1965.

Guzzi introduit en 1950 un modèle original, intermédiaire entre un scooter et une moto : le Galletto. Il sera produit à plus de entre 1950 et 1966, avec une motorisation monocylindre culbutée à quatre temps de 160 à . Parmi ses caractéristiques remarquables se trouvent notamment des roues de 17 pouces, plus grandes que celles des scooters concurrents, une roue de secours fixée derrière la roue avant, et, à partir de 1961, un démarreur électrique.

Dans l'immédiat après-guerre, la gamme de motos à quatre temps de plus forte cylindrée est limitée (hors modèles de course) à l'Airone () et la GTV/GTW (), très proches de leurs versions d'avant-guerre. L'Airone sera produite jusqu'en 1961, pour un total de près de . Elle est progressivement remplacée à partir de 1956 par la Lodola, dotée d'un moteur à arbre à cames en tête de 175 ou , premier moteur à quatre temps de la marque à ne pas être disposé horizontalement, qui sera produite à près de jusqu'à son retrait en 1965. La GTV/GTW est remplacée à partir de 1950 par l'Astore puis le Falcone. Jusqu'en 1967 et l'arrivée du V7, le Falcone incarne le haut de gamme de la marque : dérivé des modèles de compétition Condor et Dondolino, c'est une moto sportive, plus légère et aussi puissante que la GTW, qui, déclinée en deux versions Sport et Tourisme, sera vendue à à des particuliers, ainsi qu'à diverses administrations italiennes (police, douanes, etc.). Durant les années 1950, Guzzi lance également plusieurs tricycles : Ercole, dérivé du Falcone avec une transmission finale par arbre et une charge utile de , Ercolino, avec un moteur de Galletto, ou encore Aiace équipé d'un moteur de Zigolo. Une version 3x3 dite « Mule » est même créée en 1961, équipée d'un tout nouveau moteur bicylindre en V de . Moto Guzzi produit également des machines agricoles, et continue de vendre des moteurs pour des machines fixes, notamment un modèle bicylindre à plat.

Au milieu des années 1950, Guzzi produit dont plus de 90 % sont des modèles de petite cylindrée (Cardellino, Zigolo, Galletto) : la firme n'est plus que le troisième constructeur italien de motos et sa situation financière est fragile. Pour économiser sur ses dépenses, Moto Guzzi se retire de la compétition moto en 1957.  

Naissance de la V7 et fin d'une époque (1960-1972) vignette|V7 Special (1968). Les années 1960 sont particulièrement agitées pour Moto Guzzi : ses marchés se contractent, notamment du fait de la concurrence des automobiles populaires comme la Fiat 500, et Carlo Guzzi meurt en 1964, laissant Enrico Parodi seul aux commandes de l'entreprise. Des dissensions apparaissent au sein de la direction de l'entreprise et, en , Moto Guzzi est en faillite. L'entreprise est sauvée grâce à l'intervention de l'État italien qui crée la SEIMMSEIMM : Societa Esercizio Industriale Moto Meccaniche pour la reprendre et lui permettre de continuer à fonctionner, au prix d'une restructuration importante qui entraine notamment le départ de Parodi ainsi que celui de Giulio Cesare Carcano. vignette|V7 Sport (1972). vignette|850 GT attelée (1973).