thumb|Le beffroi d'Armentières, symbole de l'autonomie des villes de Flandre et du Hainaut L'histoire du territoire que recouvrait le Nord-Pas-de-Calais, ancienne région administrative française qui a regroupé de 1955 à 2015 les départements du Nord et du Pas-de-Calais, fut longtemps commune avec l'histoire de la Belgique, celle d'une terre qui « pendant près de mille ans servit de champ de bataille à toute l'Europe » et fut disputée depuis la Guerre des Gaules ; à l'époque des invasions barbares, les Francs saliens s'y établirent, et elle fut le berceau de la dynastie mérovingienne.

À partir du , la région, divisée par la frontière de l'Escaut, connut l'émergence de plusieurs principautés, dont les comtés de Flandre, de Hainaut et d'Artois. Cette époque, confuse d'un point de vue politique, est celle où les villes gagnèrent une grande indépendance, et une prospérité économique et culturelle qui vit son apogée au dans les Pays-Bas bourguignons. Après les longs conflits franco-espagnols du , la région fut annexée à la France, lors des guerres de conquête de Louis XIV.

Lors de la révolution industrielle du , le Nord, puis le Pas de Calais, connurent un développement économique et un essor démographique sans précédent qui en fit la « première usine de France », et un haut lieu des luttes du mouvement ouvrier.

Au , la région fut durement touchée lors des deux guerres mondiales : elle fut au cœur des combats pendant toute la Première Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est rattachée au commandement militaire allemand de Bruxelles.

Après avoir subi une grave crise économique à partir des années 1970, avec la fin simultanée des houillères et des industries sidérurgique et textile qui étaient au centre de son activité, le Nord-Pas-de-Calais tente de retrouver son dynamisme en tirant parti de sa position géographique centrale dans les voies de communication de l'Europe.

Préhistoire Les plus anciens indices permettant d'attester la présence de l'homme dans la région datent du pléistocène moyen ; il s'agit de bifaces datant de avant notre ère découverts sur le littoral, à Wimereux. Les plus anciens trouvés dans le département du Nord le furent dans les environs de Quiévy, dans le Cambrésis ; ils sont estimés à avant notre ère24.

Jusqu'au pléistocène supérieur, la présence humaine fut intermittente pendant les périodes où le climat était plus favorable, les glaciers nordiques s'étendant alors jusqu'aux Pays-Bas et à la Grande-Bretagne25. Sur le territoire de la commune de Marcoing, des traces d'occupation semblent remonter à , d'autres à Busigny ou Hamel de à La première présence d'homo sapiens fut découverte à Rouvroy dans le Pas-de-Calais26.

thumb|Cromlech des Bonettes, à Sailly-en-Ostrevent. Après la dernière période glaciaire, la région se couvrit de forêts ; la découverte de microlithes utilisés comme armatures de flèches atteste la présence de chasseurs.

L'apparition de l'agriculture et surtout de l'élevage caractérisant le début du Néolithique à la fin du est difficile à dater précisément dans la région (voir Europe néolithique) ; les plus anciennes traces sont, d'après la nature des céramiques retrouvées, issues de la culture de Cerny ; puis on note également l'influence de la culture de Michelsberg. La présence d'outils utilisant du silex ou d'autres pierres absentes du sol de la région témoigne de nombreux échanges, entre autres avec le site du Grand-Pressigny en Indre-et-Loire27-28.

Les croyances et pratiques religieuses de la période préhistorique sont, comme ailleurs, mal connues. Le Néolithique a laissé plusieurs sites de mégalithes constitués de dolmens, allée couverte, de menhirs comme les « Pierres jumelles » à Cambrai ou dans la vallée de la Sensée, de cromlech et polissoirs. Leur usage reste à déterminer, mais serait probablement religieux..

La Gallia Belgica et l'empire romain La Guerre des Gaules thumb|upright=1.3|La guerre des Gaules en 56 :Après avoir vaincu les Atrébates et les Nerviens à la bataille du Sabis, César poursuit ses conquêtes vers la mer du Nord

Entre le , les Belges s'implantèrent dans la région, continuant les mouvements migratoires des peuples celtes qui la marquèrent dès l'époque de la Tène38. Connus par les descriptions de César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, les Belges ne sont pas un peuple homogène et se répartissent en plusieurs tribus qui vont se partager la terre disponible : les Ménapiens et les Morins s'installent sur le littoral de la mer du Nord; les Atrébates, quant à eux, colonisent l'Artois, tandis que les Nerviens, enfin, sont séduits par les terres riches et verdoyantes de l'Avesnois, entre la Sambre et l'Escaut38-39. L'habitat est essentiellement constitué de hameaux autour de fermes. Les oppida, camps fortifiés comme Etrun (dans l'Artois), sont très rares dans la région, et servent plutôt de refuge que d'habitation permanente 39.

L'année 57 marque le début de l'invasion romaine, menée par Jules César. Une bataille décisive se joue sur les rives du SabisCésar j., 1990, Guerre des Gaules - Tome I, Livres I-IV, Paris, éd. les Belles lettres, éd., 124 p., Livre II, p. 23., un cours d'eau qui pourrait être la Selle, la Sambre ou même l'Escaut41. Les Nerviens et les Atrébates y sont vaincus, mais la région n'est pas encore soumise pour autant. Les Morins mènent une guérilla contre l'armée romaine jusqu'à 54 , ainsi que les Ménapiens; ceux-ci se joignent aux combats d'Ambiorix. En 52 , comme la plupart des peuples belges, les Nerviens, Morins et Atrébates fournissent des guerriers qui se joignent à Vercingétorix. La Gaule Belgique, vaincue en 50 , connaît une occupation militaires jusqu'à 27 42.

Pax Romana

thumb|Chaussée romaine de Bavay à Trèves, une des sept « Chaussée Brunehaut » rayonnant autour de Bavay (Bagacum Nerviorum). Après une victoire assez durement acquise, les Romains menèrent une politique de pacification et de romanisation de la région qui porta ses fruitsD'après Tacite, quand un siècle plus tard les Bataves se rebellèrent, les Nerviens choisirent de soutenir Rome. cf . Ils la dotent de leur organisation administrative : la riche province romaine de Belgique ne compte pas moins de dix-sept cités, qui associent à leur prospérité les anciennes tribus celtesCésar j., 1990, idem, Paris, éd. les Belles lettres, éd., 124 p.. La cité de Bagacum Nerviorum (Bavay, dans le Nord) est fondée ainsi comme capitale des Nerviens, Namur (Aduatuca), celle des Aduatiques dont un oppidum est à Gembloux ; il en va de même pour les Ménapiens avec Castellum Menapiorum dans la Flandre avec (Cassel, dans le Nord). Nemetocenna devient Nemetacum (Arras, dans le Pas-de-Calais) capitale des Atrébates et Tervanna (Thérouanne), celle des Morins installés jusqu'au littoral de la Mer du Nord. Au nord-est, les Eburons (Tongres) sont installés le long de la Meuse et proches du Rhin.

L'habitat était dense, hormis dans la région littorale ; il était essentiellement composé de villae (grandes fermes)63-64. La région connut la prospérité grâce à l'élevage des moutons et à la culture du blé déjà pratiqués par les peuples belges; Pline dans son Histoire naturelle vante leur technique de moissonnage par l'usage du vallus31, ainsi que la grande variété de légumes produits.

Mais un apport essentiel des Romains est celui du développement du réseau routier46, dont certains axes sont encore visibles de nos jours, souvent connus sous le nom de « chaussées Brunehaut ». Sept d'entre eux rayonnaient ainsi autour de Bagacum, permettant à la cité de commercer avec tout l'empire, d'importer la céramique sigillée de Lezoux, les poteries de Rhénanie ou le vin et l'huile d'olive d'Espagne51 et d'exporter toiles de lin et jambon ménapien. Des vici (hameaux) s'établirent près de ces routes68. Dans les vallées de la Scarpe et de l'Escaut, plus du tiers des communes actuelles tirent leur nom d'un bourg gallo-romain.

Déclin et invasions barbares thumb|Invasions barbares Dès la fin du , des peuples germaniques remontent le cours de l'Escaut et atteignent la voie Tongres-Bavay où ils se livrent à des pillages. Au milieu du , en 253-254, les Francs passent le Rhin, sont repoussés par l'empereur Gallien et reviennent entre 259 et 263. En 275, les Alamans se joignent aux Francsp.57. Au cours des brefs intermèdes de paix que permettent ces raids ponctuels, de nouvelles capitales affirment temporairement leur autorité : Cassel et Bavay cèdent la place à Tournai et Cambrai.

Cette époque tourmentée fut aussi celle les débuts de la christianisation de l'EmpireEn 380, l'empereur Théodose Ier ordonna par l'édit de Thessalonique la conversion au christianisme et l'interdiction des autres cultes.. Certains temples furent détruits, mais la christianisation resta cependant très limitée dans la région jusqu'au Si parmi les quelques missionnaires mentionnés dans les traditions locales l'existence de Superior, évêque des Nerviens, parait avérée, celles de Chrysole de Comines ou Piat à Tournai ne laissent pas de traces hors du martyrologe chrétien114-115.

En 406, le gel du Rhin occasionne un déferlement des peuples barbares, Francs ou Germains, eux-mêmes poussés pas les Huns. Les derniers vestiges de l'autorité romaine dans la région sont en passe d'être abattus.

Les royaumes francs thumb|Vers 440, invasion des Francs saliens

La germanisation partielle de la région En 428, les Francs saliens menés par Clodion le Chevelu conquirent Cambrai et toute la région jusqu'à la Somme. Le général romain Aetius préfèra négocier la paix et conclut avec Clodion un traité (fœdus) qui fit des Francs, des « fédérés » combattant pour Rome, et les autorisa à s'installer dans l'Empire, en l'occurrence près du fisc impérial de Tournai.

Le degré de colonisation par ces peuples d'expression germanique est variable selon les endroits, et se fait plus important au nord qu'au sud. Il s'ensuit l'apparition d'une frontière linguistique assez nette aux environs de Lille : au nord, la germanisation plus intense donnera naissance à la langue flamande. Au sud, les Gallo-Romains arrivent à conserver davantage d'influence et adopteront la langue plus latinisée qu'est le français.

La christianisation de l'époque mérovingienne vignette|L'abbaye de Marchiennes fut fondée vers 630

Les francs saliens avaient conservé leur religion, contrairement à d'autres peuples germaniques convertis à l'arianisme prêché par Wulfila. Le choix de Clovis de se convertir au christianisme nicéen et non à l'arianismeUne partie de sa famille dont sa sœur, étant arienneest crucial car c'est la religion de ce qui restait de l'empire, mais lui apporta aussi une légitimité sacréeSelon Régine Le Jan "Mais c’est surtout la conversion au christianisme, religion monothéiste, qui a permis au roi de supplanter les reges subalternes en s’identifiant à un dieu unique et indivisible, supérieur à tous les autres dieux. Le christianisme, dans sa version impériale, a donc conféré à Clovis et à ses descendants une nouvelle sacralité, en particulier avec la mission religieuse de gouverner l’Église et d’assurer l’ordre dans le royaume, mais aussi avec l’assimilation du principe vital qu’est la loi" . Le retour à une certaine stabilité politique facilita le renouveau de l'urbanisation et l'implantation des autorités ecclésiastiques. Vaast fut nommé évêque d'Arras puis de Cambrai dès le début du ; mais la région n'était pas suffisamment christianisée en 511 pour être représentée au concile d'Orléans.

Entre Neustrie et Austrasie Les mérovingiens ignoraient la notion d'État, les fiefs étaient des domaines privésPage 45. Aussi à la mort de Clovis, le royaume franc qu'il avait conquis fut partagé entre ses fils. D'après les chroniques de Frédégaire, la région fut alors partie du Dentelin; elle dépendit de la Neustrie ou de l'Austrasie au fil des luttes dynastiques, dont la plus connue est la rivalité entre les reines Brunehaut et Frédégonde.