(en géorgien : ), né en 1703 ou 1704 et mort en , est un monarque géorgien du . Membre de la dynastie des Bagrations, il est roi d'Iméréthie en 1720-1741 et en 1742-1752.
Fils de et de la reine Rodam, il grandit à la cour de où il reçoit une éducation chrétienne tandis que son père fait face à une série de guerres civiles pour le contrôle du royaume. En 1719, il accompagne son père à Constantinople pour s'assurer l'aide de l'Empire ottoman contre le prince de Gourie qui usurpe le trône, avant d’accéder lui-même au pouvoir à l'aide des forces turques en 1720 à l'âge de . Bejan Dadiani, prince de Mingrélie, est nommé régent du royaume par le pacha de Tchildir Ichak Djaqeli, ce dernier servant comme responsable du gouvernement ottoman pour les affaires de la Géorgie occidentale.
Le règne de d' est marqué par une lutte intestine constante du gouvernement central contre ses nombreux vassaux puissants, une continuation de la guerre civile commencée au . Au cours de son règne, il change souvent d'alliance : le duc de Ratcha devient son principal ennemi jusqu'en 1731, Levan Abachidzé s'oppose au pouvoir royal avant de servir comme conseiller d', et Bejan Dadiani le mène à sa chute aux mains des Turcs en 1728. Il est obligé d'apaiser de nombreux nobles en leur offrant des terres et citadelles, appauvrissant les coffres du royaume, déjà largement réduits par la suzeraineté ottomane.
Les Ottomans gagnent une grande influence en Iméréthie sous , stationnant des troupes dans une dizaine de villes imères, dont la capitale Koutaïssi, et annexant le littoral de la mer Noire, isolant officiellement la région de toute relation avec l'Occident. En 1733, il est contraint de participer à la campagne turque vers Azov ayant pour but la soumission des tribus littorales de Ciscaucasie, avant de mettre fin à son implication après avoir envahi l'Abkhazie et forcé la famille Chervachidzé, sa vassale, à adopter l'islam. L'expulsion de familles paysannes géorgiennes pour monopoliser le commerce agricole, l'augmentation des tributs sur le gouvernement central, le développement du commerce aux esclaves vers la Turquie et l'encouragement des révoltes nobiliaires par Constantinople font partie d'une politique de des Ottomans, qui remplace une annexion directe du royaume chrétien.
Dans une tentative de nouvel alignement géopolitique, il fait de nombreuses ouvertures vers la Russie, dont une ambassade en 1738 pour organiser une alliance militaire contre l'Empire ottoman. La convention de Nyssa de 1739 met toutefois fin à ce plan et est renversé par une alliance nobiliaire soutenue par Constantinople, en 1741, en faveur de son demi-frère . Il revient sur le trône un an plus tard grâce à une intervention de Nader Chah mais doit continuer à faire face à de nombreuses révoltes, dont une tentative d'usurpation par son frère Mamouka en 1746-1749. Alexandre reste connu pour son autoritarisme face aux rebelles mais aussi pour son incapacité à préserver l'ordre durant son règne. Il meurt en 1752 et est remplacé par son fils .
Biographie Origines et jeunesse Alexandre Bagration naît au début du , probablement en 1703 ou 1704, au sein de la dynastie des Bagrations d'Iméréthie, une branche cadette de la famille royale géorgienne qui gouverne la Géorgie occidentale depuis l'indépendance du royaume d'Iméréthie au . Il est le fils aîné du prince Georges Bagration, lui-même un fils illégitime du roi (1683-1690, 1691-1695), et de Rodam Bagration, fille du roi . La jeunesse d'Alexandre correspond à un chaos interne au sein de l'Iméréthie qui fait rage depuis les années 1650. À sa naissance, le puissant noble Georges Abachidzé contrôle la scène politique et l'économie du royaume via une diplomatie minutieuse avec l'empire ottoman voisin mais une révolte nobiliaire le dépose en 1707 et porte sur le trône le père d'Alexandre, qui devient .
La situation en Géorgie occidentale ne se stabilise guère avec l'ascension de , qui sera détrôné trois fois entre 1711 et 1716. Avec une guerre féodale constante et l'enracinement de la présence militaire des Ottomans dans la région, le roi établit Rodam et ses enfants (dont Alexandre) auprès de la cour royale de , le puissant souverain chrétien de Géorgie orientale (et oncle de Rodam) qui mène son royaume vers une renaissance socio-économique. Le jeune Alexandre est éduqué avec la famille royale de à Tiflis mais quand regagne sa couronne en 1712, il divorce de Rodam, une décision désapprouvée par la Karthli qui refuse de la rapatrier.
Pendant deux ans, Alexandre, en tant qu'héritier au trône d'Iméréthie, devient le sujet d'une crise diplomatique entre les deux États géorgiens. En , est toutefois forcé par la Perse d'abdiquer en faveur de Jessé et ce dernier s'accorde avec pour échanger Rodam et ses enfants avec la famille de , réfugiée dans la citadelle imère de KharagaouliMalgré cet accord de 1714, ne livre pas la famille de à Jessé, par peur de la tyrannie de celui-ci.. De retour en Iméréthie, la famille réside dans la région montagnarde de Svanétie. En 1716, le jeune Alexandre est toujours en Svanétie quand la région est ravagée par les princes Béjan de Mingrélie et Zourab Abachidzé durant la guerre civile.
Guerre civile et ascension Quand est déposé une nouvelle fois en 1716 par le prince , Alexandre accompagne son père à Constantinople pour implorer l'intervention de la Sublime Porte en sa faveur. En , père et fils retournent en Iméréthie avec un détachement turc qui facilite le dernier retour au pouvoir de . Celui-ci ne maintient toutefois pas la stabilité et la guerre féodale continue, tandis qu'Alexandre et un de ses alliés de la famille des Mamoukachvili s'établissent à Akhaltsikhé auprès du pacha ottoman Ishaq Djaqeli vers la fin de 1719. Le , est assassiné durant un complot organisé par la famille Abachidzé et Alexandre retourne immédiatement en Karthli pour prendre refuge auprès de (lui-même de retour au pouvoir depuis 1719), tandis que le trône imère est usurpé de nouveau par de Gourie.
Afin de remettre l'ordre dans les affaires régionales, le gouvernement ottoman décide de soutenir le jeune Alexandre contre la puissance du clan des Abachidzé. Ishaq Djaqeli envoie au palais royal de Gori le bey de Şavşat pour demander à non seulement le retour d'Alexandre mais aussi son soutien militaire. Bientôt, Alexandre, accompagné de nombreux présents et d'un cortège militaire sous la protection du général Vakhoucht Bagration, débarque à Akhaltsikhé en .
Les Ottomans et les Karthliens lancent une double invasion de l'Iméréthie après le feu vert du sultan . capture rapidement Kharagaouli et force Zourab Abachidzé à se replier vers l'ouest, où il est rejoint par les troupes de Béjan Dadiani de Mingrélie. Le duc de Ratcha offre son allégeance à Alexandre et lui livre la citadelle de Katskhi, dont les trésors sont offerts à Ishaq Djakeli. et Alexandre assiègent ensuite Tsoutskhvati, une des forteresses des Abachidzé, qui tombe quand des renforcements ottomans font exploser des mines creusées sous les murs de la citadelle. Des janissaires sont installés à Tsoutskhvati, tandis que les Ottomans poursuivent Bejan Dadiani et Zourab Abachidzé en Letchkhoumi. Cette province est rapidement ravagée par les Turcs, qui retournent par la suite à Koutaïssi, la capitale de l'Iméréthie.
En 1721, un accord entre Dadiani et Djaqeli met un terme à la guerre : la Mingrélie se proclame vassal des Ottomans et jure de payer un tribut annuel de douze bourses d'argent, tandis que les Turcs font décapiter Otia Tchkheïdzé, un proche allié de Chochita de Ratcha et ennemi de Béjan Dadiani. Le jeune prince, âgé de , est couronné par Ishaq Djaqeli, qui nomme Bejan Dadiani comme son régent avant de retourner à Akhaltsikhé. Le couronnement d' marque la fin de la large période d'instabilité en Iméréthie, qui avait vu violents du gouvernement royal depuis 1660.
Premier règne Roi sans pouvoir Devenu roi, devient officiellement souverain de toute la Géorgie occidentale. Toutefois, son pouvoir réel est très limité : la Gourie reste dans les mains de Gourieli, assassin de son père, les marches septentrionales du royaume, ses côtes maritimes et la capitale Koutaïssi sont sous occupation ottomane, l'Abkhazie (sous influence mingrélienne) est elle-même divisée entre différents princes et tribus montagnardes, tandis que l'eristavat de Ratcha refuse de reconnaître la légitimité du jeune roi. ne contrôle que les faibles domaines royaux, mais son gouvernement est entièrement sous le contrôle de Béjan Dadiani, le puissant prince de Mingrélie.
En 1721, afin de confirmer la puissance de Béjan, le roi Alexandre épouse sa fille Mariam Dadiani lors de noces organisées par le pacha Ichaq Djaqeli et financées par Bejan, une indication de la pauvreté du gouvernement central. , Bejan Dadiani est le gouverneur de la Géorgie occidentale et joue une politique à double tranche avec les Ottomans, officiellement les reconnaissant comme suzerains de la région et secrètement soutenant les factions anti-turques au sein du royaume. Il tente à plusieurs reprises de faire assassiner , mais échoue, soit à cause des interventions de la reine Mariam, soit à cause de la dévotion des servants royaux.
La faiblesse d' est utilisée comme excuse par Tamar Gourieli, la reine douairière veuve de , et l'évêque Gabriel de Tchqondidi pour se rendre auprès de Köprülü Abdullah Pacha, pacha d'Erzurum, et accuser Bejan d'avoir enrichi Djaqeli en échange de l'installation d'un « roi-esclave » sur le trône imère. Cette accusation force une audience devant le Köprülü Abdullah Pacha entre les deux Géorgiens et Ichaq Djaqeli, mais envoie une lettre au pacha justifiant sa légitimité et demandant l'arrestation de Tamar Gourieli et de l'évêque Gabriel, une requête acceptée par le pacha. Alexandre fait emprisonner Tamar dans la forteresse de Dekhviri et Gabriel est défroqué. Gabriel n'est pas le seul ecclésiastique avec qui entre en conflit. En 1725, l'évêque Guedevan de Guelati (frère de de Ratcha) capture la citadelle de Djvaristsikhé et se proclame révolté contre le gouvernement central. Alexandre et Bejan assiègent ensemble la forteresse, qui tombe quand les murs s'effondrent à la suite du minage des assiégeurs.
L'ascension d' signale la chute ultime de Georges Abachidzé, le puissant noble qui a contrôlé depuis les années 1690 la politique interne de l'Iméréthie et qui se réfugie en Karthli pour vivre auprès de la cour de jusqu'à sa mort en 1722. Le clan des Abachidzé continue néanmoins sa politique farouchement anti-royale et lance des raids militaires avec le duc Chochita de Ratcha. En 1726, Levan Abachidzé, fils de Georges, conquiert la citadelle de Chorapani mais celle-ci est rapidement reprise par les forces de Bejan, qui confisque ses trésors et la lègue à Zourab Abachidzé, un cadet de la famille princière loyal au pouvoir royal. En , , en déplacement à Skanda, est attaqué brièvement par , ce dernier détruisant le village mais épargnant la forteresse où le roi se fortifie. En représailles, Alexandre mène ses troupes contre le Ratcha et ravage les fiefs du Satsouloukidzo, la ville de Seva et les forteresses du sud du duché, avant de retourner à Koutaïssi avec un riche butin.
La puissance de Bejan Dadiani devient rapidement un problème pour le gouvernement ottoman, qui s'oppose à la centralisation de la Géorgie occidentale dans les mains d'un seul prince. Youssouf bin Ichaq Djaqeli, fils du pacha de Tchildir, organise une campagne militaire en Abkhazie pour forcer la soumission de Rostom Chervachidzé en . Quand Bejan s'accorde à la paix avec en lui offrant sa fille en mariage, Youssouf et se rencontrent dans le palais des Iachvili à Gegouti (toujours en ) et convoquent Bejan, qui vient avec son fils Otia Dadiani. Dans le palais, Bejan est décapité par un soldat ottoman et sa garde mingrélienne est massacrée, tandis qu'Otia est proclamé prince de Mingrélie, soumis au roi . Chochita est de même convoqué à Guegouti et forcé de prêter allégeance au roi.