vignette|450px|Les empires coloniaux en 1912 : britannique (violet), français (gris-bleu), belge (gris pâle), portugais (jaune), néerlandais (rose), allemand (noir), italien (vert foncé), japonais (vert clair); espagnol (orange) et états-unien (bleu clair)..

Le colonialisme est une doctrine ou une idéologie justifiant la colonisation entendue comme l'extension de la souveraineté d'un État sur des territoires situés en dehors de ses frontières nationalesSelon Margaret Kohn, dans L'encyclopédie de philosophie de Stanford, 2006, .Pour le dictionnaire Le Robert, le colonialisme est une tandis que, pour le Petit Larousse, c'est un ..

La notion intellectuelle du colonialisme est cependant souvent confondue avec la pratique même de la colonisation étant donné que l'extension de sa souveraineté par un État implique dans les deux cas la domination politique et l'exploitation économique du territoire annexéVoir également Margaret Kohn sur les difficultés de définition de la notion, notamment de sa parenté avec l'impérialisme, et de son évolution au cours de l'histoire..

L'idéologie colonialiste a été développée durant la seconde partie du par le mouvement colonial dans beaucoup d'États européens, se présentant notamment sous l'idée d'une « mission civilisatrice » ou sous celle du White Man's Burden (Le Fardeau de l'homme blanc). Elle était fondée sur la notion d'impérialisme et tentait de donner un fonds de doctrine politique à la nouvelle vague de colonisationHenri Wesseling, professeur néerlandais d'histoire à l'université de Leyde, Le partage de l'Afrique, Denoel, 1991, et suivantes. Voir également son livre Europe’s Colonial Age, 2003, 397 p.. Elle s'est appuyée sur la doctrine juridique élaborée depuis le qui justifiait l'occupation de territoires sans maître ou non constitués sous forme d'État comme mode légal d'acquisitionLexique de termes juridique, Dalloz, 1988, et Simone Dreyfus, Droit des relations internationales, éléments de Droit international public, Cujas, 1987, et .

Elle s'est concrétisée par la mise en place d'une administration politique, militaire et économique de ce territoire, dirigée par les représentants du pays colonisateur et imposée à une population locale. Autrefois symbole de la puissance militaire et économique des peuples qui le pratiquaient, le colonialisme a été finalement reconnu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale comme une relation inégalitaire s'opposant au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Le colonialisme, au sens actuel du terme a été pratiqué notamment sous la Grèce antique et sous l'Empire romain, puis par les pays européens (à la suite des grandes découvertes), entre le et la Première Guerre mondiale. Il a également été pratiqué dans les pays d'Asie, notamment au (expansionnisme de l'empire du Japon en Mandchourie).

Le mot même de colonialisme fait son apparition au au Royaume-UniCharles Dilke, Greater Britain (1868) cité par Henri Wesseling, ibid. et entre dans le dictionnaire français au début du . D'abord assez neutre, l'apparition d'un autre néologisme, « anticolonialisme », contribue à amplifier le débat d'idées autour de ces notionsAlain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, .. Après la Seconde Guerre mondiale, il prend une coloration négative alors que la vague d'émancipation des colonies — ou décolonisation — débute en 1947 en Inde et se poursuit principalement tout au long des années 1950 et 1960.

Divers scénarios seront parfois construits par la suite pour pérenniser une certaine tutelle économique des pays colonisateurs. Le terme de néocolonialisme est alors forgé vers 1960 pour désigner cette nouvelle phase.

Apparition du terme vignette|450px|Les empires coloniaux en 1800. vignette|450px|Les empires coloniaux en 1945. Le terme de colonisation apparaît dès le , à partir de l'anglais colonization..

Le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey note que les mots « colonialisme » et « colonialiste » apparaissent respectivement en 1902 et 1903 (chez Charles Péguy pour ce dernier)Voir l'usage du terme Exposition Coloniale qui n'était initialement perçu comme porteur d'aucune connotation négative., ils prennent rapidement de l'ampleur dans le débat d'idées, comme l'atteste l'apparition du terme anticolonialisme en 1903. Ces différents mots nouveaux sont très liés, note Alain Rey, à impérialisme et impérialiste. Le terme de néocolonialisme est forgé aux alentours de 1960.

Aspects juridiques Les États ont fréquemment été animés d'une obsession territorialeGeorges Scelle cité par Pierre-Marie Dupuy, Droit international public, droit public et sciences politiques, Dalloz, 2006..

La colonisation de territoires par des États ou des peuples était à l'origine une pratique d'annexion pure et simple faite par des peuples conquérants pour accroître leur espace vitalLa colonisation se définit juridiquement comme l'annexion d'un nouveau territoire à un État. Elle intervient le plus souvent à la suite d'une guerre - Jurisprudence Dalloz, 1988, .. Le terme de colonisation ne distinguait pas si le fait considéré était celui d'un peuple ou d'un État constitué.

Le droit international public a été profondément marqué par l'expansionnisme des puissances occidentales tel qu'il s'est manifesté à partir de l'époque des grandes découvertes (-) et lors de la seconde vague d'expansion coloniale (-)Pierre-Marie Dupuy, Droit international public, droit public et sciences politiques, Dalloz, 2006, .. C'est à l'occasion de l'exploration et de l'annexion des terres lointaines par les États européens à partir du qu'a commencé à se poser juridiquement le statut de ces territoires et des personnes qui y vivaient. C'est au que la colonisation est juridiquement définie comme une « politique d'expansion pratiquée par certains États à l'égard de peuples moins développés obligés d'accepter des liens plus ou moins étroits de dépendance »Définition juridique de la colonisation dans le lexique de termes juridique, Jurisprudence générale Dalloz, 1988, ..

C'est d'abord au statut des personnes vivant sur ces territoires que la doctrine s'intéresse. Le théologien franciscain Francisco de Vitoria (1480-1546) est le premier ainsi à défendre le principe d'une obligation juridique et morale pesant sur le colonisateur européen vis-à-vis des personnes vivant sur les territoires qu'ils annexentSimone Dreyfus, l'expansion coloniale de l'Europe dans Droit des relations internationales, , Cujas, 1987, et s..

Le statut des territoires annexés est vite aussi l'objet de débats doctrinaires qui aboutissent d'abord à l'idée générale que l'occupation est un mode légal d'acquisition de territoires sans maître signifiant que le seul fait d'avoir pris possession peut conférer des droits sur le territoireSimone Dreyfus, ibid, et s.. Cette doctrine favorisant la priorité de la découverte, développée notamment par Grotius et ses successeurs, est ensuite complétée par une jurisprudence internationale, puis plus tard consacrée par les traités de Westphalie (1648) sur la définition de l'État et de la souveraineté de celui-ci, concrétisée par son pouvoir absolu sur un territoireGrotius a distingué deux éléments psychologiques et matériels concourant à l'acquisition d'un territoire : l'animus ou l'intention d'acquérir et le corpus ou la réalisation de cette volonté.. Accessoirement, cette souveraineté s'étend non seulement au territoire, au peuple qui y vit mais aussi à ses zones maritimesNotion dérogatoire à la liberté des mers qui débouchera bien plus tard sur les notions de zone économique exclusive lors de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.. Par conséquent, les territoires non constitués sous forme d'État sont considérés sans maître, libres d'être annexés, et tout territoire dépendant d'un État ne possède aucune personnalité juridique distincte de cet État. En pratique, la notion de territoire sans maître manifestait souvent une négation des droits des populations indigènes comme de l'identité étatique des formes d'organisation sociale rencontrées par les diverses vagues de colonisateursPierre-Marie Dupuy, Droit international public, droit public et sciences politiques, Dalloz, 2006, ..

Ainsi, lors de la conférence de Berlin en 1884 sur le partage de l'AfriqueSur le partage de l'Afrique issu de la conférence de Berlin, voir Henri Wesseling, Le Partage de l'Afrique, Denoel, 1991. entre les grandes puissances européennes, l'acte général du fondant le droit positif moderne en la matière définissait l'opposabilité aux autres États de l'occupation de territoires par les notions d'effectivité (installation sur place de l'État disposant d'une autorité suffisante pour assurer l'ordre et la liberté commerciale) et de notification (mesure de publicité adressée aux autres puissances). Sur cette base, en Afrique, les puissances européennes reconnurent l'existence de quatre États indépendants tels que définis, pouvant structurellement échapper à la convoitise des États européensL'Éthiopie, le Liberia, le Transvaal et l'État libre d'Orange. Ces deux derniers ont été fondés néanmoins par les descendants des colons néerlandais, allemands et français du ..

Durant le , les pays européens se lancèrent dans une nouvelle vague de colonisation, poussés par la nécessité d'une expansion économique hors d'Europe et la quête de marchés commerciaux et de matières premières pour une industrie récente et en expansionSimone Dreyfus, ibid, .. Quand le terme de colonialisme apparaît dans le sens de projection de l'État souverain sur un autre territoire, il n'est plus juridiquement qu'une application de toute la doctrine antérieure consacrée sur la définition de l'État (un territoire, un peuple, un gouvernement ayant le pouvoir de contrainte), de la souveraineté de celui-ci et de son territoire. Le terme visait alors à donner des motivations ou des justifications de l'extension territoriale entrepris hors de ses frontières nationalesLe concept de nation a été défini comme le groupement d'hommes et de femmes ayant entre eux des affinités tenant à des éléments communs à la fois objectifs ("race", langue, religion, mode de vie) et subjectifs (souvenirs communs, sentiment de parenté spirituelle, désir de vivre ensemble) qui les unissent et les distinguent des autres groupements nationaux - Lexique juridique, jurisprudence Dalloz, 1988, . Le colonialisme ne s'adresse donc pas aux groupements d'hommes et de femmes regroupés sous cette notion mais à ceux qui sont soumis avec ce groupe à un même pouvoir souverain..

Aspects politiques vignette|Colonialisme en 1945. L'idéologie colonialiste qui a abouti au colonialisme a été développée durant la seconde partie du dans la plupart des États européens. Elle était fondée sur la notion d'impérialisme et tentait de donner un fonds de doctrine politique à la nouvelle vague de colonisationHenri Wesseling, ibid., et suivantes..

Les possessions coloniales que la France détenait au début des années 1870 étaient maigres et dispersées. Elles ne résultaient pas d'une politique globale cohérente d'expansion. Cependant, des écrivains français comme Alexis de Tocqueville commençaient à exposer les perspectives qu'offrait une colonisation cohérente en comparant les ressources de l'Algérie à celles des Indes britanniques. En fait la France tout comme l'Allemagne n'avait pas à ce moment de vocations ni d'idéologie coloniale, la première étant traumatisée par l'amputation de l'Alsace-Lorraine par sa voisineHenri Wesseling, ibid., ..