Le de tirailleurs tunisiens ( RTT) était un régiment d'infanterie appartenant à l'Armée d'Afrique qui dépendait de l'armée de terre française. Créé en 1913 à partir de six bataillons du RTT, il appartient à la famille des régiments de tirailleurs tunisiens.
Régiment d'élite, composé majoritairement de Tunisiens, il s'illustre durant la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il est cité cinq fois à l'ordre de l'Armée et reçoit la fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille militaire en . Il prend également part à la pacification du Maroc, à la guerre du Rif en 1925 et à la bataille de France en 1940, avant de connaître, jusqu'en 1964, plusieurs dissolutions et reconstitutions liées aux guerres de décolonisation.
Création et différentes dénominations Le régiment est créé le , en application de la loi du , à partir de six bataillons du RTT dont il est ainsi issuJean Bournizeau, « Les tirailleurs tunisiens dans la guerre du Rif », Revue historique des armées, , 1987, (lire en ligne)... Ses appellations officielles successives sont : – : régiment de tirailleurs indigènes (appellation peu employée) ; – : régiment de tirailleurs tunisiens ; – : régiment de tirailleurs nord-africains (appellation peu employée) ; – : régiment de tirailleurs tunisiens ; – 1960 : bataillon de tirailleurs tunisiens ( BTT).
Sur le plan opérationnel, le régiment est dissous une première fois en , brièvement recréé en 1941, puis reconstitué en 1946, dissous en 1949, reconstitué en 1955 et de nouveau dissous en 1957 ; la compagnie qui lui survit est versée au régiment d'infanterie en 1964.
Historique des garnisons, campagnes et batailles Première Guerre mondiale
À la mobilisation, les bataillons du régiment sont répartis sur plusieurs théâtres. La plupart rejoignent le front français au sein du régiment de marche de tirailleurs (qui devient en 1920 le RTT), tandis que le bataillon est maintenu au Maroc pendant toute la durée de la guerreHistorique du bataillon : régiment de tirailleurs tunisiens, bataillon de marche, Oran, L. Fouque, 1920.. Le détail des opérations sur le front français est traité dans l'article Histoire de la Tunisie pendant la Première Guerre mondiale.
Affectations 1914 Bataille des Frontières Attaque du plateau de Craonne en septembre. 1915 Belgique, sur l’Yser. 1916 De mai à juillet, Verdun, cote 304. Août, à Fleury. Octobre, prise de Douaumont. Décembre, Vacherauville et Bezonvaux. 1917 Bataille du Chemin des Dames Bataille de la Malmaison 1918 Mars, Orvillers-Sorel. Juillet, Longpont et Parcy-Tigny. Août et septembre, Carlepont. Octobre, Thiérache
Le bataillon de marche au Maroc (1914-1919) Arrivé au Maroc peu avant la déclaration de guerre, le bataillon débarque à Oran le en provenance de Bizerte et gagne le territoire de Taza. Placé d'abord sous les ordres du chef de bataillon Cretin, il ne quitte pas le Maroc de tout le conflit : désigné en pour rejoindre le front français, il y renonce lorsque le bataillon du régiment, appelé à le relever, disparaît dans le naufrage du transport Calvados, torpillé au large d'Oran.
Son séjour se partage entre la région de Fez et le Maroc oriental (1914-1915), puis le territoire de Bou-Denib, dans le Sud-Est marocain, où il demeure plus de quatre ans. Il y tient des postes, escorte les convois et prend part aux colonnes lancées vers le Tafilalet. Ces opérations lui coûtent plusieurs dizaines de tués, notamment lors de l'attaque d'un convoi au col de Kadoussa, le , qui fait vingt-six morts dans ses rangs. Sa conduite au combat de Gaouz, dans le Tafilalet, le , lui vaut une citation à l'ordre de l'armée ; la Croix de guerre est attachée au fanion du bataillon le . Après l'armistice, le bataillon regagne en 1919 la subdivision de Taza, dans le nord du Maroc.
Guerre du Rif (1925) En , le régiment, alors en garnison en Tunisie, forme un bataillon de marche pour combattre au Maroc pendant la guerre du Rif. Constitué autour de son bataillon, complété par des volontaires des deux autres et commandé par le chef de bataillon Bocat, ce bataillon de marche quitte Bizerte le et gagne, par Oujda et Taza, la base d'Oued Amelil, qu'il atteint le . Il combat les 22 et vers le poste de Beni Fourhal, où le capitaine Duclos est tué, puis participe, à partir du , à l'offensive de la brigade Dosse vers Dar Caïd Medboh et enlève le Kef el-Kounsou ; le commandant Bocat, évacué, est remplacé par le capitaine Guibert. L'avance se poursuit jusqu'à Aknoul, avant le retour à Taza le puis à Bizerte, atteinte le . Le bataillon a perdu quinze tués — dont le capitaine Duclos — et une quarantaine de blessés ; sa compagnie est citée à l'ordre de l'armée.
Au sein des groupes mobiles, le bataillon de marche du RTT combat aux côtés de bataillons des , et RTT, soit huit bataillons de quatre régiments de tirailleurs tunisiens engagés au total dans le Rif.
Seconde Guerre mondiale alt=Stèle du 16 juin 1940, rue du 8ème Régiment de Tirailleurs Tunisiens, Boisville-la-Saint-Père, Eure-et-Loir, France.|vignette|Stèle du , rue du régiment de tirailleurs tunisiens, à Boisville-la-Saint-Père (Eure-et-Loir). Campagne de France (1939-1940) À la mobilisation du , le RTT forme, avec le RTT et le régiment de tirailleurs sénégalais, l'infanterie de la division d'infanterie d'Afrique. Après avoir laissé son bataillon, versé au RTT alors reconstitué, le régiment quitte ses garnisons de Bizerte, Aïn Draham et Souk el Arba pour tenir un secteur de la ligne Mareth jusqu'en .
Ramenée dans la région de Tunis au printemps 1940, la division embarque à Bizerte entre le 25 et le à destination de Marseille. Débarqué le 27 mai, le régiment est engagé au début de juin sur l'Oise, vers Pontoise. Pris dans la débâcle, il se replie de la Beauce jusqu'à la Loire, qu'il franchit le 17 juin vers Chaumont-sur-Loire, puis jusqu'à la Dordogne, où il reçoit l'ordre de cessez-le-feu le 25 juin. Réduit à environ le quart de son effectif initial, il stationne en Haute-Vienne avant de rembarquer, le , pour la Tunisie.
Débarqué à Tunis le 9 septembre, le RTT est dissous le ; son personnel non démobilisé est versé au régiment mixte de zouaves et tirailleurs. Le régiment est brièvement recréé de février à comme renfort destiné au Levant.
Guerres de décolonisation et dissolution (1946-1964) Le RTT est recréé le , à Bizerte, au Camp du Nador et à Zaghouan, puis réduit à un seul bataillon. En 1947, celui-ci contribue à la formation du bataillon de marche du RTT envoyé en Indochine. Le régiment est dissous le , son unique bataillon devenant le 2/ RTT.
Le , le RTT est reconstitué à Bizerte à partir des deux bataillons de marche du RTT rentrés d'Indochine. Pendant les événements de Tunisie et la guerre d'Algérie, ses deux bataillons opèrent en 1955-1956 dans les régions de Feriana, des Nemencha, de Gafsa et de Redeyef, ainsi que dans le massif des Matmata.
Le , le régiment est dissous : son bataillon devient le 2/ RTT, tandis que les tirailleurs tunisiens volontaires pour continuer à servir la France forment le bataillon de tirailleurs tunisiens ( BTT), dirigé sur Castelnaudary. Dissous administrativement en 1960, il subsiste sous la forme d'une compagnie, versée au régiment d'infanterie le .
Traditions Drapeau du régiment Il porte, cousues en lettres d'or dans ses plis, les inscriptions suivantes Décision /SGA/DPMA/SHD/DAT du 14 septembre 2007 relative aux inscriptions de noms de batailles sur les drapeaux et étendards des corps de troupe de l'armée de terre, du service de santé des armées et du service des essences des armées, Bulletin officiel des armées, , 9 novembre 2007 : Guise 1914 L'Yser 1914 Verdun 1916 La Malmaison 1917 L'Avre 1918 Mont d'Origny 1918
Le régiment reçoit son premier drapeau le à Longchamp. Porté sur le front par le régiment de marche de tirailleurs, il en conserve, à l'issue de la guerre, la Croix de guerre à cinq palmes et la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire ; lorsque ce régiment de marche devient le RTT en , le drapeau le suit jusqu'en 1923. À la dissolution du régiment en 1940, son drapeau est déposé dans la salle d'honneur du RTT, avant d'être remis au régiment lors de ses reconstitutions, puis versé au musée de l'Armée. En 1994, il est déposé dans la salle d'honneur du régiment de tirailleurs recréé à Épinal.
left|100px 400px|Drapeau du RTT
Décorations Croix de guerre 1914-1918 avec 5 palmes. Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille militaire ().
Insignes Panthère brochant sur un T et 8 entrelacés dans un croissant aux inscriptions arabes.
Devise Sans peur et toujours en avant
Citations
Texte des cinq citations à l'ordre de l'Armée obtenues au cours de la Première Guerre mondialeBulletin des armées de la République, n°226-238, Ministère de la Guerre, 1916R. Drevet, L'Armée tunisienne, éd. Imprimerie Ch. Weber, Tunis, 1922
A enlevé, en moins de quatre heures, sous l'énergique commandement de son chef, le lieutenant-colonel Dufoulon, deux puissantes lignes successives ennemies, contre lesquelles de nombreuses attaques antérieures s'étaient brisées, faisant prisonniers, trente officiers, dont trois officiers supérieurs. A soutenu avec un moral, qui a fait l'admiration de tous, des bombardements ininterrompus pendant plusieurs jours, résistant à deux contre-attaques particulièrement violentes, sans céder la moindre partie du terrain conquis.
Régiment indigène d'élite, modèle de courage, de dévouement et de loyalisme. Énergiquement commandé par son chef, le lieutenant-colonel Dufoulon, le , a fait l'admiration de tous par le brio et l'entrain avec lesquels il a enlevé dans un élan magnifique tous les objectifs importants qui lui avaient été assignés, arrivant le premier sur la position et favorisant par ses habiles manœuvres la progression des régiments voisins. A capturé plus de mille prisonniers, 10 mitrailleuses, un important matériel et, au cours de reconnaissances particulièrement audacieuses et périlleuses, a détruit 9 pièces de canon ennemis.
Régiment indigène de grande valeur, entraîné au moral comme au physique par son chef, le lieutenant-colonel Dufoulon ; a, pendant les journées des 23, 24 et , sous l'énergique impulsion des chefs de bataillon Morand, Rothenflue et Pidaut, montré sa fougue habituelle et son mépris du danger. A puissamment contribué à l'enlèvement de la formidable position du fort de la Malmaison, puis du bois des Pelleries et d'Entre-Deux-Monts, où il a mis en déroute les bataillons de contre-attaque ennemis. A atteint avec un entrain admirable tous ses objectifs, poursuivant l'ennemi au-delà de l'Ailette, lui infligeant de lourdes pertes, faisant de nombreux prisonniers, prenant 17 canons et un grand nombre de mitrailleuses.
Pendant les opérations récentes, sous les ordres du lieutenant-colonel Dufoulon, a combattu sans répit des forces supérieures et constamment renouvelées. Malgré la fatigue et les pertes, a mené trois attaques successives avec l'allant et l'enthousiasme qui le caractérisent et réussi à arrêter et à refouler l'ennemi, faisant des prisonniers et prenant des mitrailleuses.
Régiment d'élite, sous l'habile direction de son chef, le lieutenant-colonel Dufoulon, s'est particulièrement distingué les 16, 17 et en attaquant avec un entrain et une énergie admirables, une position défendue par un ennemi supérieur en nombre, puissamment organisée dans un village dominant tout le terrain, résistant avec le sang-froid des troupes habituées au succès, aux plus violentes réactions de l'ennemi ; renouvelant jusqu'à quatre fois ses attaques sans se laisser impressionner par les vides creusés dans ses rangs, conservant jusqu'au bout un mordant superbe, qui a fait l'admiration des corps voisins et obligeant l'ennemi à engager devant lui des forces considérables.
Liste des chefs de corps
1914 - 1915 : lieutenant-colonel Vallet du au : colonel Bourgeois à partir du : lieutenant-colonel Dufoulon ... 1927 : lieutenant-colonel Duchat ...