alt=|vignette|371x371px|Un accouchement par césarienne.
La césarienne est une intervention chirurgicale visant à extraire un enfant de l'utérus maternel par incision de la paroi abdominale et utérine. La césarienne est pratiquée depuis des millénaires, mais l'invention de la suture utérine, datée de 1882, est attribuée à Max Sänger. Longtemps la césarienne fut opérée sur des femmes mortes, et ce depuis la Rome antique, pour tenter de sauver un enfant possiblement viable, car assez développé physiologiquement.
Étymologie Le mot « césarienne » dérive du latin caesar, du verbe caedere (« couper », « inciser »), terme utilisé pour le nom d'une loi de la Rome antique, la , qui oblige à pratiquer une césarienne sur une femme enceinte morte ou sur le point de mourir.
Une étymologie populaire, qui a pour origine un passage de Pline l'AncienPline, Histoires Naturelles, ., la lie à la naissance de Jules César.. Mais il est fort peu probable qu'Aurelia Cotta, la mère de Jules César, ait pu survivre jusqu'à l'âge de 66 ans après une telle intervention chirurgicale..
Historique
Antiquité
Durant l'Antiquité, la césarienne est pratiquée sur une femme morte ou sur le point de mourir.
Le code de Hammurabi rapporte une naissance par césarienne après la mort d'une femme en couche au .. La première naissance notoire par césarienne parait être celle de Scipion l'Africain en 234 av. J.-C., rapportée par Pline l'Ancien. Elle aurait été tentée sur une femme vivante, mais qui serait morte durant l'intervention. Il apparaît que les motifs des Romains étaient d'abord politiques (pouvoir du pater familias).
La « naissance par incision » du corps de femmes enceintes, ou « naissance par le côté » fait partie de la catégorie des « naissances miraculeuses ». Ce thème légendaire ou mythologique se retrouve en Europe du Nord, au Proche-Orient, à Madagascar, comme en Inde et jusqu'en Corée. Cette naissance peut se faire par un abcès ou une blessure involontaire. Ces naissances concernent des hommes exceptionnels, fondateurs, ancêtres, héros ou rois. En Chine, le motif de la naissance miraculeuse est si répandu qu'il est difficile de savoir s'il s'agit d'une authentique notion ancienne, ou d'une inflation pseudo-littéraire..
Dans la Mythologie grecque, Dionysos (Bacchus pour les Romains) et Asclepios (Esculape pour les Romains) sont nés après une césarienne ; c'est aussi le cas du héros perse Rostam..
Chez les Romains, sous le règne du roi Numa Pompilius (), une loi royale (), connue sous le nom de , est promulguée. Elle interdit .Rapporté par Marcellus Empiricus, lib. 28 dig., D., 11, 8, 2, LEGES REGIAE, ROGATAE, DATAE, NUMA, citation 12...
À la fin du , Servius explique que les enfants nés de césarienne d’une mère décédée sont consacrés à Apollon dans la Rome antique.
Moyen-Âge
Les Hébreux pratiquaient l'opération césarienne sur une femme morte au cours d'accouchement, selon le Talmud. La Mishna et le Talmud rapportent toutefois des cas de césariennes sur des femmes vivantes entre le et le .. Des historiens relèvent que Maïmonide, au , s'étonnait qu'une femme, ayant déjà subi une césarienne, puisse être enceinte et accoucher à nouveauIsidore Simon, « La médecine hébraïque au Moyen-Âge », dans Jean-Charles Sournia (dir.), Histoire de la médecine, de la pharmacie…, Albin Michel/Laffont/Tchou, 1978, tome III, ..
Chez les musulmans, l'opération serait mentionnée par Albucassis dans son Al-Tasrif, et Avicenne consacre trois chapitres de chirurgie obstétricale dans son Qanûn. C'est ce savoir technique (au moins théorique) qui est transmis en Occident vers le , et qui se retrouve chez les chirurgiens comme Guy de Chauliac, Lanfranc de Milan, ou Bernard de Gordon. Il a pour but, soit d'extraire un enfant mort d'une femme vivante, soit un enfant vivant de femme morte.
Dans le monde chrétien, en Occident latin, l'opération est appelée sectio in mortua (incision sur femme morte), c'est une question théologique plus que médicale : la césarienne post mortem est commandée par la nécessité d'extraire l'enfant en vue de son salut par le baptême. La Lex Caesarea de la Rome antique est reprise jusque dans le Corpus juris civilis (). Le geste était probablement effectué non par des médecins (Soranos d'Éphèse ne le mentionne pas dans son traité de gynécologie), mais par des membres du clergé. Bien qu'Odon de Sully ait recommandé le recours à une césarienne au cas d'un fœtus vivant d'une mère morte et bien qu'en Angleterre, le concile de Canterbury ait en 1236 stipulé qu'en cas de décès de la mère son corps devait être incisé et l'enfant extrait, l'opération ne semble pas avoir été pratiquée en Europe avant le début du .. et y reste rare, voire exceptionnelle, au moins jusqu'au . Guy de Chauliac, qui n'envisage l'opération que , la décrit dans sa Grande Chirurgie (1363).. On connait deux cas médiévaux de césarienne sur femme morte (documentés sur archives historiques), celui de Florence en 1305, et celui de Marseille en 1331.
Il existe plusieurs miniatures médiévales représentant la naissance de César dans différents manuscrits des Faits des Romains ou dans des manuscrits médicaux comme le Quanûn d'Avicenne (version latine du ). Leur réalisme et leur précision donne à penser que les illustrateurs se sont renseignés directement auprès de sages-femmes.. L'incision siège le plus souvent sur le flanc droit, parfois sur la ligne médiane ou le flanc gauche. L'assistance est aussi variable : l'opération est conduite uniquement par des femmes, ou par un homme qui dirige des matrones, ou par un homme chirurgien qui opère de ses propres mains. Des historiens y ont vu une évolution, allant du où les matrones disparaissent ou sont reléguées en arrière-plan..
Renaissance Césarienne rurale La première opération connue et réussie en Occident sur une femme vivante l'a été en l'an 1500, rapportée en 1582 par Gaspard Bauhin dans son appendice à l'Hysteromotokie de François Rousset. : Jakob Nufer, châtreur de porcs à Siegershausen (intégrée dans la commune actuelle de Kemmental, dans le canton suisse de Thurgovie) sollicite de la magistrature locale l'autorisation d'accoucher sa femme, Marie Alepaschin, par voie artificielle. Les médecins avaient déclaré impossible l'accouchement par la voie naturelle, de même que les 13 « ventrières » (sages-femmes) qui ont vainement tenté de l'accoucher. Il réussit parfaitement son exploit, puisque son épouse accoucha plus tard à cinq reprises dont une fois de jumeaux. La véracité de ce récit est mise en cause par plusieurs historiens, au motif notamment qu'il n'a été rapporté que plus de après les faits... Certains auteurs estiment qu'il s'agissait d'un cas de grossesse abdominale, ce qui expliquerait la bonne récupération de l'opérée. D'autres auteurs jugent toutefois que cette dernière explication n'est pas satisfaisante, eu égard à l'existence d'un travail douloureux et à l'absence de malformation chez l'enfant..
Selon Jacques Gélis, les campagnes ont été les premières à tenter la césarienne sur des femmes vivantes, mais elles n'ont laissé aucune trace écrite. Pour les chirurgiens lettrés, ce n'était qu'une possibilité théorique, pour les praticiens ruraux (barbier chirurgien, matrones…), c'était une nécessité pratique de dernier recours. Gaspard Bauhin rapporte que l'intervention était fréquente en Suisse aux . En l'absence de récits antérieurs, l'histoire du châtreur de porc serait devenue un « texte fondateur ». Ce qui, selon Gélis, ne laisse pas indifférent (gêne ou étonnement), car il y aurait un passage réel ou symbolique de l'animalité à l'humanité.
Césarienne savante La première monographie consacrée à la césarienne sur une femme vivante parait en langue vulgaire en 1581, sous le titre L’hysterotomotokie ou enfantement caesarien, par le médecin parisien François Rousset. Elle est traduite en latin par Gaspard Bauhin publiée à Bâle, avec un supplément Appendix ad Roussetum où se trouve l'histoire du châtreur de porc. Ces publications attirent l'attention sur la césarienne : les chirurgiens et barbiers-chirurgiens disposent d'un manuel et, à partir de la fin du , l'information médicale sur la césarienne passe par la publication d'études de cas dans des périodiques.
Selon Pundel, historien de référence sur la césarienne, François Rousset serait « le père de la césarienne ». Il semble qu'il ne l'ait pas pratiquée lui-même, mais son texte est le premier à décrire l'intervention avec une précision technique suffisante. Rousset s'appuie sur Galien qui indiquait que l'incision des muscles de l'épigastre était sans danger et que, une fois l'enfant sorti, la matrice se rétractait d'elle-même. Il propose d'inciser entre le nombril et le flanc droit. Après avoir tiré l'enfant et le délivre (placenta), il fallait . La suture ne porte que sur ..
L'idée que la césarienne fait partie de « l'arsenal de la chirurgie » se répand. Certes, elle est risquée pour la mère et pour l'enfant, mais ne rien faire, c'est laisser mourir les deux, c'est la « césarienne du désespoir ». Cependant, après une courte phase d'engouement suivant la publication de Rousset, les résultats s'avèrent catastrophiques, « césariens et anti-césariens » seront en violentes disputes jusqu'au . Parmi les premiers partisans, on trouve en Italie Girolamo Mercuriale et aux Pays-Bas (1525-1596) et Hendrik Van Roonhuyze (1625-1672).
Ambroise Paré en est d'abord partisan, et son élève Jacques Guillemeau est le premier à la réaliser en France, mais au vu des résultats, Paré change d'avis. Le gendre de Guillemeau, le chirurgien Jacques Marchant, publiera contre Rousset de violentes diatribes pour son opération funeste.
Il faudra attendre la fin du pour que soit suturée la matrice, et que l'erreur de François Rousset soit reconnue.
Âge classique Débat religieux et juridique vignette|Saint Césaire diacre est invoqué pour la bonne exécution des césariennes. Saint Césaire diacre et martyr de Terracina (Italie) est le patron de césariennePasero Roberta, Cesareo di Terracina, un santo poco conosciuto: è il protettore del parto cesareo, in "DiPiù", anno XIV, n° 48, 3 dicembre 2018, parce que le jeune saint a remplacé et christianisé la figure du César païenEx ossibus S. Caesarii: Ricomposizione delle reliquie di San Cesario diacono e martire di Terracina, testi ed illustrazioni di Giovanni Guida, [: ], 2017. (selon la tradition, Caius Julius Caesar est né par césarienne). Le saint martyr (Cesareo, en italien) est invoqué pour la bonne exécution de cette intervention chirurgicale.
L'Église approuve la césarienne sur femme morte, afin d'assurer le salut de l'enfant par le baptême, mais dans un premier temps, elle s'oppose absolument à l'incision de la femme encore vivante, car si le choix consiste en l'une des deux vies, ce choix ne relève pas des hommes, mais de Dieu..
Une option possible est le baptême in utero, qui se fait par ondoiement du fœtus par un clystère ou une canule. Cependant, la validité théologique de ce baptême fait l'objet de controverses durant plusieurs siècles. Les discussions portent sur des interprétations de Tertullien, ou de Thomas d'Aquin notamment lorsqu'il déclare que « l'enfant doit naître à la vie avant de naître à la grâce ». Aussi ceux qui pensent que l'ondoiement in utero n'a pas de valeur préfèrent extraire l'enfant à tout prix, puisque la mère est déjà sauvée (baptisée)..
Au cours du , l'Église assouplit sa position, la césarienne sur une femme vivante est tolérée, mais l'enfant à baptiser reste prioritaire. En Italie, l'abbé Cangiamila publie en 1745 un Abrégé de l'embryologie sacrée où ne pas faire une césarienne sur une femme morte en couches est un péché mortel. L'intervention n'est requise que pour le temps d'une survie permettant le baptême. Cangiamila porte très loin sa nécessité, puisqu'il l'exige même pour des produits d'avortements spontanés de quelques semaines..