vignette|À Genève, devant l'Organisation mondiale de la santé, la vaccination est érigée en statue, œuvre du sculpteur Martin William dévoilée le , date de la commémoration du anniversaire de l'éradication de la variole. : un agent de santé utilise une aiguille bifurquée à la place du vaccinostyle, afin de vacciner toute une famille contre la variole. vignette|Administration d'un vaccin. vignette|La Sorbonne. Laboratoire de physiologie, carte postale du tableau La vaccination par Story (Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, NuBIS).

La vaccination est l'administration d'un agent antigénique, le vaccin, dans le but de stimuler le système immunitaire d'un organisme vivant afin d'y développer une immunité adaptative contre un agent infectieux. La substance active d'un vaccin est un antigène dont la pathogénicité du porteur est atténuée afin de stimuler les défenses naturelles de l'organisme (son système immunitaire). La réaction immunitaire primaire permet en parallèle une mise en mémoire de l'antigène présenté pour qu'à l'avenir, lors d'une vraie contamination, l'immunité acquise puisse s'activer de façon plus rapide et plus forte.

La vaccination s'effectue sur un individu sain soit par injection sous-cutanée ou intramusculaire soit par voie orale, selon des pratiques le plus souvent réglementées. En général, chaque acte de vaccination est documenté (par exemple dans un carnet de vaccination).

L'Organisation mondiale de la santé estime que la vaccination est l'une des interventions sanitaires les plus efficaces et les plus économiques. Elle a permis d'éradiquer la variole, de réduire de 99 % à ce jour l'incidence mondiale de la poliomyélite et de faire baisser de façon spectaculaire la morbidité, les incapacités et la mortalité dues à la diphtérie, au tétanos, à la coqueluche, à la tuberculose et à la rougeole. Pour la seule année 2003, les autorités sanitaires estiment que la vaccination a évité plus de deux millions de décès.

Histoire

vignette|L'Inoculation par Louis Léopold Boilly (1807). Des méthodes empiriques de variolisation sont apparues très tôt dans l'histoire de l'humanité, grâce à l'observation du fait qu'une personne qui survit à la maladie est épargnée lors des épidémies suivantes. L'idée de prévenir le mal par le mal se concrétise dans des pratiques populaires sur les continents asiatique et africain.Jan Van Alphen et Anthony Aris (dir.), Médecines orientales : Guide illustré des médecines d'Asie, 1998 . Joseph Needham, Science and Civilization in China, Volume 6: Biology and Biological Technology, Part 6: Medicine, 1999, Cambridge University Press, .. La pratique de l'inoculation était en tout cas connue en Afrique depuis plusieurs siècles et c'est de son esclave Onesimus que l'apprit le pasteur américain Cotton Mather George Lyman Kittredge, Lost Works of Cotton Mather, , cité dans Clifford D. Conner, Une Histoire populaire des sciences , .. La première mention indiscutable de la variolisation apparaît en Chine au . Il s'agissait d'inoculer une forme qu'on espérait peu virulente de la variole en mettant en contact la personne à immuniser avec le contenu de la substance qui suppure des vésicules d'un malade (le pus). Le risque n'était cependant pas négligeable : le taux de mortalité pouvait atteindre 1 ou 2 %. La pratique s'est progressivement diffusée le long de la route de la soie. Elle a été importée depuis Constantinople en Occident au début du grâce à lady Mary Wortley Montagu. Voltaire lui consacre en 1734 sa lettre philosophiqueTexte de la philosophique de Voltaire., « Sur la petite vérole », où il la nomme inoculation, lui attribuant une origine circassienne et précisant qu'elle se pratique aussi en Angleterre : En 1760, Daniel Bernoulli démontra que, malgré les risques, la généralisation de cette pratique permettrait de gagner un peu plus de trois ans d'espérance de vie à la naissance. La pratique de l'inoculation de la variole a suscité de nombreux débats en France et ailleursCatriona Seth, Les rois aussi en mouraient : Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Desjonquères, 2008..

Pour la première fois, des années 1770 jusqu'en 1791, au moins six personnes ont testé, chacune de façon indépendante, la possibilité d'immuniser les humains de la variole en leur inoculant la variole des vaches, qui était présente sur les pis de la vache. Parmi les personnes qui ont fait les premiers essais figurent en 1774 un fermier anglais nommé Benjamin Jesty et, en 1791, un maître d'école allemand nommé Peter Plett , vol. 90 (2), , 2006, Stuttgart, Allemagne.. En 1796, le médecin anglais Edward Jenner fit la même découverte et se battit afin que l'on reconnaisse officiellement le bon résultat de l'immunisation. Le , il inocula au jeune James Phipps, âgé de , du pus prélevé sur la main de Sarah Nelmes, une fermière infectée par la vaccine, ou variole des vaches. Trois mois plus tard, il inocula la variole à l'enfant, qui se révéla immunisé. Cette pratique se répandit progressivement dans toute l'Europe. Le mot vaccination vient du nom de la , la vaccine, elle-même dérivée du qui signifie « vache ».. Un auteur récent fait remarquer que la pratique aurait pu s'appeler « équination ». vu l'origine équine de la vaccine.. Il est par ailleurs attesté qu'en de multiples occasions, des lymphes vaccinales ont été produites à partir de chevaux (l'un de ses premiers biographes rapporte même que Jenner a inoculé son fils aîné, en 1789, avec des matières extraites d'un porc malade du The Quarterly Journal of Science, Literature and Art, Volume 23, 1827, ..).

Le principe de la vaccination a été expliqué par Louis Pasteur et ses collaborateurs Roux et Duclaux, à la suite des travaux de Robert Koch mettant en relation les microbes et les maladies.. Cette découverte lui permit de développer des techniques d'atténuation des germes. Sa première vaccination fut la vaccination d'un troupeau de moutons contre le charbon le . La première vaccination humaine (hormis la vaccination au sens originel de Jenner) fut celle d'un enfant contre la rage le .. Contrairement à la plupart des vaccinations, cette dernière fut effectuée après l'exposition au risque et non avant (le virus de la rage ne progressant que lentement dans le système nerveux).

Aspects scientifiques Vaccinologie Le terme « vaccinologie » a été créé en 1976 par Jonas Salk (1914-1995) pour désigner une branche de médecine de santé publique consacrée aux vaccins (statut de médicament) et à la vaccination (action d'immunisation préventive). La vaccinologie est pluri-disciplinaire, avec un double aspect biomédical et politique (de santé publique)..

La vaccinologie fait appel aux disciplines suivantes : l'infectiologie, qui étudie les maladies infectieuses et leur épidémiologie (maladies vaccinables) ; l'immunologie, qui étudie le système immunitaire et le mécanisme d'action des vaccins ; les biotechnologies, pour identifier les antigènes vaccinaux pour la production des vaccins modernes ; la politique vaccinale, politique de santé publique qui comprend le développement clinique des vaccins, des premiers essais jusqu'à l'autorisation de mise sur le marché ; la mise en œuvre d'une politique vaccinale (recommandations, obligations), et l'application de cette politique (couverture vaccinale, surveillance des effets secondaires ou pharmacovigilance, rapport bénéfice/risques, suivi épidémiologique de l'efficacité vaccinale et de l'immunité collective…).

La dimension économique de la vaccinologie est celle de l'activité industrielle liée aux vaccins : le coût recherche-développement d'un vaccin est comparé au coût de la maladie infectieuse évitable, certes dans le cadre général d'une économie libérale (recherche de profits) mais aussi d'une gestion budgétaire (limitation ou contrôle des dépenses d'un système de santé).

Les dimensions sociologiques et éthiques sont représentées par les problèmes posés par l'obligation vaccinale et les droits individuels (information, liberté de choix…), les résistances et les oppositions aux vaccinations, les problèmes de communication et de gestion de crise face à des rumeurs ou des évènements médiatisés..

Définitions et principes de la vaccination vignette|Infirmière vaccinant un enfant. vignette|Infirmière vaccinant un homme.

Un vaccin est une préparation d'un ou plusieurs antigènes microbiens utilisés pour induire une immunité protectrice et durable de l'organisme, en faisant appel à l'immunité adaptative, par opposition à l'immunité innée. Le but principal des vaccins est d'obtenir, par l'organisme lui-même, la production d'anticorps et l'activation de cellules T (lymphocyte B ou lymphocyte T à mémoire) spécifiques à l'antigène. Une immunisation réussie doit donc procurer une protection contre une future infection d'éléments pathogènes identifiés. Un vaccin est donc spécifique à une maladie mais pas à une autreParfois deux bactéries ou virus peuvent déclencher la même réponse immunitaire (exemples : vaccine et variole)..

La vaccination est une technique d'immunisation active, par opposition à l'immunisation passive par transfert d'anticorps (par exemple, la sérothérapie).

Le schéma vaccinal définit le nombre et l'intervalle des injections nécessaires à l'obtention d'une immunité protectrice suffisante. La primo-vaccination est celle qui induit cette protection, et les rappels de vaccination sont celles qui l'entretiennent.

À l'échelle nationale, le calendrier vaccinal est l'ensemble des schémas vaccinaux, réactualisés chaque année, par et pour un pays donné. Ces schémas peuvent être recommandés ou obligatoires, selon l'âge ou la profession, en population générale ou particulière.

La couverture vaccinale correspond au taux de personnes ayant reçu un nombre donné d'injections vaccinales à une date donnée..

Types de vaccins

Deux grandes familles de vaccins existent : les vaccins issus d'agents infectieux et ceux sans agent infectieux.

Vaccins issus d'agents infectieux La famille dite de vaccins classiques se détaille en deux catégories : les vaccins vivants atténués : on injecte au patient une version modifiée du pathogène contre lequel on veut qu'il soit protégé. Cette modification de l'agent infectieux sert à réduire son efficacité sans le tuer. Le corps se défend comme s'il combattait le virus ou la bactérie non modifiée et produit des cellules mémoires pour le combattre plus efficacement la prochaine fois qu'il sera en contact avec ce même pathogène. Ce type de vaccination est efficace à long terme. Cependant, comme il s'agit d'inoculer la forme vivante du pathogène, même atténuée, il existe un faible risque infectieux qui constitue une contre-indication pour les personnes immunodéprimées. ; les vaccins inactivés : ils contiennent l'agent infectieux mort, ou alors fragmenté. Cette méthode de vaccination est moins efficace à long terme et nécessite des rappels..

Vaccins sans agent infectieux La deuxième grande famille est produite sans agent infectieux. Parmi ceux-ci, les vaccins à ARN, d'utilisation récente (même si le principe est connu depuis plus d'une dizaine d'années), se révèlent très prometteurs et très adaptables face aux mutations des virus.

Les vaccins multivalents ou combinés associent des combinaisons d'antigènes, permettant de cibler plusieurs maladies différentes en un seul vaccin (par exemple Rougeole-Oreillons-Rubéole ou Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite-Coqueluche-Hib-Hépatite B). Ces vaccins permettent de diminuer le nombre d'injections et d'augmenter la couverture vaccinale..

Acte vaccinal La vaccination est un acte médical qui engage la responsabilité du vaccinateur ; elle doit être expliquée et consentie. Le sujet à vacciner a le droit de recevoir une information personnalisée, adaptée à son niveau de compréhension..