Pierre Fourcaud, né le à Saint-Pétersbourg et mort le à Paris , est un militaire français, Compagnon de la Libération par décret du . Actif dans les services de renseignements, il rejoint dès 1940 le BCRA à Londres et contribue notamment à la création et à l'organisation d'importants réseaux de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
Personnage controversé, il s'attire l'animosité de ses anciens chefs et collègues du BCRA et du SDECE Roger Wybot, André Dewavrin « Passy » et Henri Ribière. Pierre Péan le qualifie de « comploteur-né ».
Après la guerre, il est nommé directeur général adjoint du SDECE. Il en est limogé en 1950 du fait de son rôle trouble dans l'affaire des généraux. Il continue cependant de diriger une petite officine de renseignements jusqu'à la fin de la république.
Biographie
Enfance et scolarité
Né d'un père médecin français et d'une mère russe, Pierre Fourcaud passe une partie de sa jeunesse à Nice où il effectue ses études secondairesDépartement des Alpes Maritimes, Table alphabétique des conscrits, classe 1918, Nice: Matricule 2390 Fourcaud Pierre Nicolas .
Premiers engagements (1916-1920)
Il s'engage dans l'Armée française en 1916. Affecté au d'infanterie, il fait preuve d'un grand courage et est blessé à trois reprises en avril puis . Nommé au grade de sous-lieutenant, il termine la guerre sur la Baltique et est démobilisé en 1920.
Plusieurs thèses s'affrontent sur ses activités de l'entre-deux-guerres. De ses propres dires, il aurait travaillé, lors de son affectation dans les pays baltes, avec les services britanniques dans la lutte anti-soviétiqueentretien de Pierre Fourcaud avec Fabrizio Calvi en novembre 1987 pour la rédaction de son livre OSS, la guerre secrète en France, paru en 1990 chez Hachette.. À sa démobilisation, il sera approché par le qui souhaite bénéficier de ses compétences linguistiques et de sa connaissance de la région baltiqueNotice biographique sur le site de l'Ordre de la Libération. Ceci semble confirmé par Alain Griotteray, ancien résistant et proche du général de Gaulle, selon lequel Fourcaud lui aurait confié avoir été contacté par le et, parlant russe, été employé plusieurs années pour des missions dans les pays baltes, avant d'obtenir un commandement dans la troupe, avec le grade de capitaine, vers 1934, et de repartir pour diverses missions secrètes. Georges Loustaunau-Lacau précise dans ses MémoiresMémoires d'un Français rebelle, Robert Laffont, 1948 que Fourcaud était ingénieur urbaniste et Marie-Madeleine Fourcade qu'il n'était que réserviste. De même, le colonel Passy, qui s'est violemment opposé à lui en 1946 affirme que Fourcaud n'était pas militaire de carrière avant la guerre, mais représentant de commerce. D'après l'historien du BCRA Sébastien Albertelli, il travaille dans le pétrole à la direction technique de la Standard Oil, tout en faisant du renseignement..
Des doutes subsistent également à propos de l'appartenance de Pierre Fourcaud à certains mouvements conspirationnistes des années 1930 tels que La Cagoule ou les réseaux Corvignolles. André Labarthe prétend qu'il a fait partie du premier groupe, ce dont témoigne Maurice Duclos. Cependant, nulle preuve n'a pu en être apportéeJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 726-733. . Alain Griotteray mentionne qu'à Londres, Maurice Duclos, ancien membre de La Cagoule, le reconnaît pour l'un de ses anciens compagnons. Fourcaud nie et donne sa parole à André Dewavrin qu'il n'a jamais appartenu à l'organisation d'Eugène Deloncle. Au cours d'un entretien dans les années 1990, Fourcaud affirme cependant y avoir été infiltré pour renseigner l'armée. Dans son ouvrage La Cagoule, l'historien Philippe Bourdrel assure que Pierre Fourcaud fut membre de cette organisation. Cette information est également attestée dans Histoire de la résistance en France. Sa présence et celle de Duclos au BCRA firent dire à certains « De Gaulle est entouré de Cagoulards ».
Combats de 1940
Mobilisé avec le grade de capitaine en 1939 au d'infanterie, il est blessé au combat le , au nord de Nancy. Hospitalisé à Biarritz, il décide de rejoindre le général de Gaulle en Angleterre, ce qu'il réussit à faire en prenant un bateau à Sète le , avec des troupes tchèques. Lors de la traversée, il fait connaissance avec le lieutenant André Manuel, qui deviendra le responsable de la section Renseignement du BCRA. Il débarque à Liverpool le ..
Officier du BCRA
Arrivé à Londres vers le , il rencontre Pierre Tissier, un conseiller d'État ancien du dans le corps expéditionnaire en Norvège et premier chef d'état-major du général de Gaulle. Après avoir été reçu par ce dernier, Fourcaud est affecté à l'état-major. Du fait de son passé et de ses connaissances linguistiques, il est immédiatement intégré dans les services de renseignement de la France libre, le Bureau, (futur BCRA) dirigé par André Dewavrin, alias colonel Passy. Celui-ci lui donne le pseudonyme "Barbès" et le nomme en tant qu'un de ses deux adjoints, l'autre étant Maurice Duclos (alias Saint-Jacques).
1940 : Le réseau Fleurs Début , il quitte Londres pour Lisbonne puis Madrid afin d'effectuer sous le pseudonyme de "Lucas" une première mission en France dans la zone non occupée. Il y est chargé de se consacrer à la création d'un réseau de renseignement. Parallèlement, le colonel Rémy est chargé de la même mission en zone occupéeDico de la Résistance, . Se rendant à Vichy, il y multiplie les rencontres avec des interlocuteurs connus dans les années 1930 dans les milieux du renseignement, comme le colonel Groussard. En octobre, Groussard qui est inspecteur général des services de sûreté de Vichy, le présente au colonel Guy d'Alès, directeur du Bureau des menées antinationales, et au commandant Georges Loustaunau-Lacau, chef de la Légion française des combattants. Ce dernier, en train de monter un réseau de renseignements avec l'appui discret de Groussard et les moyens de la Légion, lui propose de lui transmettre les informations qu'il réussira à rassembler. Fourcaud accepte, et reçoit en échange les précisions concernant les camps d'aviation allemands près de la ligne de démarcation.
Il séjourne ensuite à Marseille ou il entre en contact avec un certain nombre de socialistes du Sud de la France décidés à agirvoir Comité d'action socialiste, et qui commencent à se regrouper, à l'initiative de Daniel Mayer, autour de Félix Gouin. Il y crée le réseau "Fleurs", sans doute en référence à Léon Blum. Après son départ, son frère Boris (alias Froment) prend la tête du mouvement qui deviendra sous la direction d'André Boyer (Brémond) et de Gaston Defferre le réseau Brutus. Il repart en décembre pour l'Angleterre avec la complicité du colonel Baril, le chef du service de renseignement de Vichy, et muni d'un passeport signé par le ministre des Affaires étrangères de l'État français. Arrivé à Lisbonne le , il regagne Londres ou il fait son rapport au général de Gaulle, sur ces contacts avec les socialistes et sur des possibles rapprochements avec certains cercles de Vichy.
1941 : Entre Vichy et Londres Le , il repart en zone non occupée pour tenter de coordonner les premiers résistants sous l'autorité du général de Gaulle. Il reprend contact avec les socialistes marseillais et contribue au développement de ce mouvement dans le Sud de la France. Le il organise une importante réunion de coordination avec Eugène Thomas, délégué du Comité d'action socialisteNote sur le réseau Brutus, dictionnaire de la Résistance, Bouquins, .
Reprenant ses contacts à Vichy (notamment avec le commandant Rollin), il annonce à Loustaunau-Lacau qu'il a interdiction de travailler avec un réseau qui refuse le commandement de de Gaulle. Loustaunau-Lacau le connaît personnellement, étant un de ses condisciples de Saint-Cyr, mais il a fait passer, par l'ambassadeur du Canada Pierre Dupuy, un manifeste destiné à être diffusé par avion, qui a fortement incommodé le chef de la France libre. Néanmoins, Fourcaud lui confie francs, la moitié des moyens qui lui ont été attribués. Il facilite, avec Jacques Bridou, les contacts entre Georges Loustaunau-Lacau et les représentants britanniques. La rencontre à Lisbonne, le , entre Loustaunau-Lacau et Kenneth CohenK. Cohen (1900-1984) fut attaché de 1940 à 1943 à la section France (section A5) de l'Intelligence Service. Il devait recruter des sources en zone libre et à Vichy. permet le rattachement du réseau Alliance à l'Intelligence Service un mois plus tard. Loustaunau-Lacau prévient toutefois Cohen qu'il continuera à informer les gaullistes, par Fourcaud (« Foudroyant » pour le réseau), de ses activités, les Britanniques n'en ayant que la primeur et non l'exclusivité.
En mai, Loustaunau-Lacau, en accord avec Fourcaud et avec la bénédiction de Churchill, part en Algérie pour tenter de faire entrer l'armée d'Afrique en dissidence. En juillet, Fourcaud échappe à une souricière chargée de faire tomber le réseau « Saint-Jacques », fondé par Maurice Duclos.
Le , Pierre Fourcaud contacte l'amiral de Laborde, commandant en chef de la flotte de Toulon, pour tenter de le rallier à la cause gaulliste, lui donnant son nom réel et son grade de capitaine. L'amiral est furieux de cette initiative et traite son interlocuteur de traître, puis transmet l'identité et le signalement de Fourcaud aux autorités de Vichy. Le , il est arrêté avec le lieutenant Roger Warin, dit "Wybot", par la sûreté du territoire à la gare Saint-Charles à Marseille. Il est transféré à Clermont-Ferrand le et passe près de 11 mois entre prisons et hôpitaux.
Il parvient à s'évader le . Le , il parvient à quitter la France depuis le port de Cassis, puis rejoint les Baléares et Gibraltar. Il s'envole alors pour Londres en compagnie de Henri Frenay et Emmanuel d'Astier. Il accuse aussitôt Roger Wybot, arrivé à Londres quelques mois plus tôt et travaillant au BCRA avec André Dewavrin « Passy », d'être responsable de son arrestation. Wybot se défend et Fourcaud - qui a passé sous silence son intervention intempestive auprès de l'amiral de Laborde - abandonne ses accusations et s'excuse.
1942-1943 : Structuration des commandos parachutistes de la France Libre En , stationné à Camberley, il est chargé de gérer et entraîner les effectifs de français qui rejoignent l'Angleterre. Le , il prend le commandement d'une unité nouvellement créée : le Bataillon d'Infanterie de l'Air. Celui-ci est constitué des survivants de la Compagnie d'Infanterie de l'Air qui opérait sur le théâtre d'opération d'Afrique du Nord dans les SAS britanniques (the French Squadron) et les nouveaux arrivants en Angleterre. Promu lieutenant-colonel le il est rappelé à Londres au mois de novembre, laissant au commandant Bourgoin le commandement de son bataillon, renommé Bataillon d'Infanterie de l'Air.
1944 : Mission en Savoie