thumb|300px|alt=Monument Millénaire de la Russie|Le monument Millénaire de la Russie (1862), conçu pour la célébration du millième anniversaire de la venue de Riourik en tant que premier prince de Novgorod (862).
L’histoire de la Russie en tant qu’État actuel commence en 1991 par la dislocation de l'URSS, mais elle fait suite à une histoire beaucoup plus ancienne. L’actuel territoire russe est de jure (selon le droit international, non reconnu par Moscou) celui de la république socialiste fédérative soviétique de Russie défini en 1954.
La Russie soviétique était l’une des nombreuses républiques communistes mises en place dans les années 1917-1922 dans le périmètre de l'éphémère république russe qui a succédé à l’Empire russe dont l’histoire s’enracine dans le tsarat de Russie, agrandissement de la grande-principauté de Moscou issue de la Rus’ kiévienne dont l’histoire commence au . Durant ce millénaire, les pays slaves orientaux ont connu des périodes de paix et de développement, mais aussi de nombreuses invasions, guerres et tyrannies ; la culture russe a puisé aux influences autochtones staroslaves, nordiques scandinaves, méridionales gréco-byzantines, orientales mongoles, occidentales germaniques et révolutionnaires communistes qui dessinent l’identité actuelle de la Russie.
Préhistoire Le premier établissement humain sur le territoire de la Russie remonte au début du Paléolithique inférieur. Il y a environ d'années, Homo erectus a migré de l'Asie occidentale vers le Caucase du Nord (le site archéologique de Kermek sur la péninsule de TamanЩелинский В. Е. и др. (ru) Раннеплейстоценовая стоянка Кермек в Западном Предкавказье (предварительные результаты комплексных исследований) // Краткие сообщения ИА РАН. Вып. 239, 2015. a révélé des outils en pierre de la culture Oldowayen). Sur le site archéologique Bogatyri/Sinyaya Balka dans le crâne d'un Elasmotherium caucasicum, qui a vécu 1,5- d'années, un outil en pierre a été trouvéЩелинский В. Е. // Краткие сообщения Института археологии. Вып. 254. 2019..
L'Homme de Denisova est un fossile daté d'environ retrouvé en SibérieA fourth Denisovan individual, 2017. L'ADN d'un fragment osseux trouvé dans la grotte de Denisova, celui d'une adolescente morte il y a environ , montre qu'elle était l'hybride d'une mère néandertalienne et d'un père dénisovien.. La première trace Homo sapiens sur ce grand territoire remonte à en Sibérie centrale (Homme d'Ust-Ishim).
Néolithique et Antiquité Alors qu'à l'ouest d'une frontière qui relie la mer Noire à la mer Baltique, s'opère la transition néolithique accompagnée par des remplacements à grande échelle des populations locales de chasseurs-cueilleurs par une composante anatolienne, à l'est de cette ligne, aucun remplacement majeur de population n'est observé jusque vers Cette continuité génétique est en accord avec la documentation archéologique montrant la persistance d'une céramique utilisée par des groupes de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs et le retard de l'introduction de l'agriculture et de l'élevage dans ces régions Morten E. Allentoft, Martin Sikora, Alba Refoyo-Martínez et al., Population Genomics of Stone Age Eurasia, biorxiv.org, 5 mai 2022, doi.org/10.1101/2022.05.04.490594.
La culture de Khvalynsk (c. 4900 - 3500 avant notre ère); située dans la région de la Volga moyenne, est importante de par l'apparition de nombreuses « innovations » dans cette zone steppique : apparition des premiers objets en cuivre, de restes de moutons, chèvres et bovins. Tout comme la culture de Samara qui la précède, la culture de Khvalynsk est caractérisée par la présence de poteries et de restes de chevaux, bien qu'aucune trace d'agriculture ou de domestication du cheval n'ait pu être établie David W. Anthony, A. A. Khokhlov, S. A. Agapov et al., The Eneolithic cemetery at Khvalynsk on the Volga River, Praehistorische Zeitschrift, 23 mars 2022.
Vers , dans les steppes de la Russie du sud et de l'Asie centrale, se développe la civilisation des Kourganes. La culture Yamna ou « culture des tombes en fosse » ( à ) correspond à des populations essentiellement nomades, des peuples cavaliers pratiquant un peu de culture le long des fleuves et construisant quelques castros James Patrick Mallory, « Yamna Culture », in Encyclopedia of Indo-European Culture, Fitzroy Dearborn, 1997. Elle est généralement associée aux Proto-Indo-Européens tardifs (PIE) et proposée comme le plus solide « candidat » pour être le foyer de l'indo-européen commun. Une migration très importante se produit à partir du début du depuis les steppes pontiques vers le centre de l'Europe, puis les autres parties de l'Europe. Cette expansion est probablement le résultat de cette économie pastorale nouvellement mobile caractérisée par la traction équestre, le transport en charriots et une dépendance alimentaire régulière à la viande et au lait Shevan Wilkin, Alicia Ventresca Miller, Ricardo Fernandes et al., Dairying enabled Early Bronze Age Yamnaya steppe expansions, nature.com, 15 septembre 2021, doi.org/10.1038/s41586-021-03798-4 Ashley Scott, Sabine Reinhold, Taylor Hermes et al., Emergence and intensification of dairying in the Caucasus and Eurasian steppes, Nature Ecology & Evolution, 7 avril 2022, doi.org/10.1038/s41559-022-01701-6
Vers avant notre ère, les Iraniens septentrionaux, appelés Peuples des Steppes ou Cimmériens, occupent un immense territoire entre l'actuelle Pologne et l'ouest de l'actuelle Chine. Vers 1000 avant notre ère d'autres Iraniens septentrionaux, les Scythes, créent un empire qui dure jusqu'au de notre ère entre le Dniestr et la Volga. Vers 200 avant notre ère les Sarmates, eux aussi Iraniens septentrionaux, finissent par supplanter les Scythes..
Vers , ce sont les Goths, cette fois des Germains venus du Nord, qui s'établissent dans l'actuelle Ukraine, tandis qu'en Russie d'Asie, les Huns constituent un immense empire qui s'étend sur l'Europe sous le règne d'Attila. L'empire des Huns, trop étendu et peu organisé, ne résiste pas à la mort d'Attila, et les Avars s'installent à leur place et dominent la région jusqu'au , remplacés à leur tour par les Khazars. C'est au cours de la période correspondant aux dominations des turcophones Huns, Avars et Khazars que les Slaves, en provenance des plaines de l'actuelle Biélorussie, s'établissent peu à peu sur le territoire de la Russie européenne..
Des origines de la Russie à la chute de l'empire en 1917
La Rus' de Kiev (882-1240)
La Rus' de Kiev ou principauté de Kiev (dite aussi Russinie, Russynie ou Ruthénie) est le premier État organisé à s'être formé dans la région occupée aujourd'hui par l'Ukraine, la Biélorussie et la Russie occidentale (862). Fondée par des Varègues venus de Scandinavie à travers les différents fleuves de la plaine russe et ukrainienne, elle est dirigée par la dynastie des Riourikides, et son nom vient du scandinave rodslagen : le gouvernail. Elle forme un État peu structuré dont les sujets sont les tribus de Slaves orientaux, venus par les vagues de colonisation slave du nord-est de la Russie et des peuples finno-ougriens comme les Tchoudes et les Maris. Les princes varègues développent la route commerciale qui relie la mer Baltique, la mer Caspienne et la mer Noire en empruntant le Dniepr et la Volga..
À partir de 860, ils deviennent pour l'Empire byzantin un important partenaire commercial (bois, tourbe, poisson fumé, fourrures, cuirs, ambre contre produits manufacturés, miel, vin, épices, parfums, soieries). En 882, Oleg le Sage déplace sa capitale de Novgorod à Kiev après s'être emparé de Smolensk. La paix commerciale est entrecoupée de guerres (voir guerre russo-byzantine de 907, de 941 et de 1043). Pour la Rus', l'Empire byzantin est tantôt un allié contre les peuples nomades des steppes, venus de l'est (Khazars, Petchenègues, Coumans et autres) tantôt un adversaire à piller, qui s'allie à ces mêmes peuples contre elle.
Ainsi, en 907, Oleg le Sage s'allie à l'Empire byzantin en campagne contre les Bulgares du Danube : ces campagnes débouchent en 911 sur un accord commercial avec Constantinople, mais aussitôt la Bulgarie vaincue, l'alliance est rompue et la Rus' est à nouveau en guerre contre les Byzantins… aux côtés des Bulgares. Byzance en sort victorieuse, et l'armée de la Rus' doit se retirer des Balkans.
Entre 912 et 913, la principauté de Kiev tente d'accroître son influence sur de nouvelles tribus slaves comme les Drevlianes. Peu après Igor de Kiev organise une campagne de pillage vers l'Empire perse via la mer Caspienne avec 500 navires. Il prend Gillian, le Tabaristan et Chirvan et ramène un grand butin. La troupe du prince de Kiev est cependant repoussée par la suite par les Khazars. Igor doit retourner à Kiev pour reconstituer ses forces.
Entre 915 et 916, les Petchenègues, un peuple cavalier turcophone de la steppe eurasienne, s'établit dans la steppe pontique au sud du territoire de la principauté de Kiev, entre les Carpates et la boucle du Don, et pendant un siècle ils se substituent aux Kiéviens comme adversaires ou partenaires des Byzantins à travers la mer Noire.
En 941, Igor de Kiev à l'instar d'Oleg le Sage, après avoir fait la paix avec les Petchenègues, organise une nouvelle expédition de pillage en traversant la mer Noire : il est repoussé par la marine byzantine, qui utilise le feu grégeois. Entre 943 et 945, la Rus’ combat successivement les peuples de la mer Caspienne et Constantinople sans plus de succès. Enfin, la paix est signée avec les Byzantins aux bouches du Danube. Mais en 945, Igor de Kiev est tué par les Drevlianes à Iskorosten alors qu'il menait une expédition pour percevoir leur tribut.
Sous le règne de Vladimir, le territoire s'étend et en 988, il se convertit au christianisme orthodoxe, qui devient religion d'État et l'un des facteurs de l'unité nationale russe. En 1054, alors que la pentarchie chrétienne se scinde en deux, la Rus' reste fidèle à l'orthodoxie de rite byzantin, alors que les Slaves occidentaux (Polonais, Tchèques, Slovaques…) ainsi que les peuples baltes, passent dans l'obédience de Rome de rite latin ; les Finnois se divisent : ceux de l'Ouest (les futurs Finlandais et les futurs Estoniens) passent dans l'obédience de Rome, tandis que ceux de l'Est (les futurs Vepses et Caréliens) restent orthodoxes. Plus tard encore, les Finlandais, les Estoniens et une partie des Lettons deviendront protestants.
À partir du la principauté de Kiev entre dans une longue période d'instabilité en raison des partages successoraux entre les descendants de Vladimir, et se désintègre au fil des années, tandis que les Coumans remplacent et assimilent les Pétchénègues au sud. La population slave s'étend vers le nord-est et de nombreuses villes-principautés nouvelles sont ainsi créées, parmi lesquelles Moscou en 1147. La Rus' fait alors place à une quinzaine de principautés. Outre ces principautés, la république de Novgorod se forme au nord, autour de la ville hanséatique de Novgorod. En 1276, la principauté de Moscou ou Moscovie, voit à son tour le jour.