Martin Bormann, né le à Wegeleben, près de Halberstadt en province de Saxe et mort le à Berlin, est un haut dignitaire nazi. Conseiller d'Adolf Hitler, il devient un des hommes les plus puissants du Troisième Reich. Plusieurs historiens l'ont qualifié d'éminence grise du parti nazi (NSDAP).

Il est membre de la SS, au grade d’Obergruppenführer. Il côtoie Hitler partout, dont au Berghof, devenant entre-temps une sorte de factotum indispensable dans sa sphère privée, comme les remontrances de celui-ci envers le photographe Heinrich Hoffmann tendent à le démontrer :

À ce titre, il devient chef de la chancellerie du parti nazi et secrétaire particulier du Führer. Après le suicide d'Hitler et conformément au testament de celui-ci, il prend la direction du NSDAP. Il disparaît durant la bataille de Berlin et, présumé en fuite mais probablement mort pendant la chute de Berlin, est condamné à mort par contumace pour crimes contre l'humanité au procès de Nuremberg.

Un cadavre, découvert lors de travaux de voirie à Berlin en 1972, est ensuite officiellement identifié comme étant celui de Bormann, mais des rumeurs sur sa fuite en Amérique latine ont longtemps persisté, jusqu'en 1998, date d'un contrôle de l'ADN sur le cadavre.

Biographie Jeunesse Il est le fils de Theodor Bormann (1862–1903), employé des postes, et de sa seconde épouse, Antonie Bernhardine Mennong, qui auront ensemble deux autres enfants, dont un deuxième fils Albert (1902-1989). Il a également une demi-sœur Else, et un demi-frère Walter, issu du premier mariage de leur père avec Louise Grobler, décédée en 1898. Son prénom de Martin lui fut attribué à la naissance parce que son père, luthérien très croyant, souhaitait ainsi honorer la mémoire du fondateur de la Réforme protestante, Martin Luther.

Il abandonna l'école pour travailler dans une ferme dans le Mecklembourg. Après un bref service au cours de la Première Guerre mondiale, il rejoignit le Freikorps dans cette province.

En , il fut condamné à une année de prison comme complice de son ami Rudolf Höß (futur commandant des camps d'Auschwitz) pour le meurtre de Walter Kadow (supposé avoir dénoncé l'activiste nationaliste Albert Leo Schlageter aux Français qui occupaient à l'époque la Ruhr).

Après sa libération, il rejoint le NSDAP en Thuringe en 1927, devient l'officier de presse régional et, en 1928, chargé d'affaires.

Le Troisième Reich vignette|De gauche à droite : Adolf Hitler, Albert Speer, Martin Bormann, Hermann Giesler et Arno Breker à Paris, le 30 juin 1940.

Fonctions officielles

En , Bormann devient le secrétaire personnel de Rudolf Hess, un des Reichsleiter du NSDAP et ami proche de Hitler ; en , Bormann est élu au Reichstag.

Proche de Hitler vignette|Le nid d'aigle en 2017. vignette|Martin Bormann (au fond à gauche) en compagnie de Hitler (à gauche au premier plan), de Hermann Göring (au centre) et de Baldur von Schirach, sur une terrasse, sans doute celle du Berghof, . Bormann fait construire la Kehlsteinhaus (le « Nid d'aigle »), à Obersalzberg, à au dessus du Berghof, la résidence de montagne de Hitler, près de Berchtesgaden dans les Alpes bavaroises, à toute proximité de la frontière autrichienne. Au nom du parti nazi, il en « fait cadeau » au Führer pour son le . C'est une réalisation luxueuse et très coûteuse, avec un ascenseur creusé dans la montagne ; Hitler ne s'y rend que très rarement car il s'agit d’un lieu de rassemblement pour les dirigeants du parti nazi, où ils peuvent être accueillis avec leurs familles. Perché à d'altitude, le lieu offre une superbe vue panoramique sur le pays de Berchtesgaden, les Alpes bavaroises, vue qui porte jusqu'à Salzbourg à une quinzaine de kilomètres au nord.

D'après Nicolaus von Below :

Les habitants de l'Obersalzberg l'appelaient la « maison du Kehlstein » ou, parfois, la « maison des diplomates » (D-Haus), car quelques-uns y passèrent un moment. Le surnom de « nid d'aigle » lui fut attribué par un journaliste du Daily Mail, Ward Price, qui la visita le Thierry Lentz, Le diable sur la montagne, Perrin, 2017, ..

Hitler s'y rendait rarement. Une confusion a avec la « maison de thé », but presque quotidien des promenades d'Hitler quand il était à la villa Berghof, qui se situait en dessous de cette dernière.

Chef de la chancellerie du parti

Ayant mené une carrière discrète au siège du parti et au service de Hitler (gérant notamment sa fortune privée), son efficacité et sa fidélité sans faille à son chef lui procurèrent les moyens de contrôler la bureaucratie centrale du parti. C'est donc tout naturellement que la fuite de Rudolf Hess vers le Royaume-Uni permit à Bormann de prendre la tête de la Parteikanzlei en mai 1941, où il prouva qu'il était un maître dans le combat politique et administratif. Il administra et développa le fonds Adolf-Hitler pour l'industrie, des ressources obtenues par des contributions « volontaires » d'entrepreneurs à succès qui furent versées aux fonctionnaires au sommet du parti. De plus, il administra les finances personnelles de Hitler, ainsi que ses rendez-vous et sa chancellerie particulière. Il était toujours aux côtés de lui pendant les discours publics, prenant des notes.

Acteur des rivalités au sein du Reich

En 1943, sorti victorieux du conflit de préséance et de pouvoir qui l'opposait à Hans Lammers, Bormann contrôla l'accès à Hitler, obligeant les ministres et les fonctionnaires du parti à dresser une liste des points qu'ils souhaitaient aborder avec le Chancelier. Ce pouvoir se concrétisa dans un titre, reçu le , de « secrétaire du Führer » , qui lui conféra un pouvoir énorme puisqu'une bonne partie de la législation était assise sur le Führerprinzip (la volonté du Führer). Il disposait en effet de la possibilité de transformer en décret contraignant des propos tenus par Hitler lors d'échanges plus ou moins informels..

À partir de cette période, appuyé sur Robert Ley, chef de l'organisation du parti, il donna au parti nazi un nouveau souffle qui lui attribua davantage encore de pouvoirs., même s'il dut les partager avec les Gauleiter, qui disposaient d'un accès direct à Hitler et ainsi court-circuitaient le contrôle centralisé symbolisé par Bormann..

Derniers mois

La réorganisation des pouvoirs consécutive à l'échec de l'attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 renforce considérablement les pouvoirs du parti nazi et par conséquent les siens : il ranime le parti, appuyé par la politique de Goebbels, qui souhaite en faire un instrument dans la mise en place de la guerre totale..

Dans les faits, il utilise les mesures mises en place par le ministre de la Propagande pour renforcer à la fois le pouvoir du parti sur la population et le pouvoir des Gauleiter sur l’administration.. Il conçoit le renforcement des pouvoirs de ces derniers comme un moyen d'augmenter ses propres pouvoirs, tout d'abord aux dépens de la chancellerie du Reich, transformée selon les circonstances en simple boîte aux lettres ou en courroie de transmission d'ordres donnés par Bormann. Dans les faits, Bormann, en contrôlant l'administration du parti, non seulement usurpe les pouvoirs de l'administration du Reich, mais aussi accélère la fragmentation administrative du Reich..

Il joue aussi un rôle dans la répression des conjurés du 20 juillet 1944, en réfrénant la colère des militants du parti, tout en incitant ces derniers à mettre en avant les velléités de révolution sociale dont ils ne s'étaient jamais complètement départis., ce qui lui permet de resserrer son contrôle sur le parti nazi à la suite de l'attentat.. De même, il compte parmi les adversaires les plus déterminés d'Albert Speer, dont il présente le ministère comme un ramassis de responsables économiques réactionnaires, et qu'il subordonne à Goebbels et au parti pour tout ce qui touche à la guerre totale.

Dans cette logique de guerre totale, confiée au parti, non seulement il accentue la pression du parti sur tous les secteurs de la société, l'industrie, la population, mais il s'immisce aussi dans le contrôle de l'armée et exerce ainsi un droit de regard sur les affaires militaires : en lien avec Himmler, il prépare au mois de septembre 1944, le projet de décret destiné à légaliser une levée d'hommes supplémentaires, anticipant ainsi de quelques semaines la levée du Volkssturm; rapidement, il exerce une forte influence dans la direction de ces troupes, prenant l'ascendant sur Himmler et la SS dans la lutte pour le contrôle de ces unités..

De même, le parti hérite, alors que les frontières du Reich sont menacées, de compétences en matière de fortifications : des bunkers, des pièges anti-chars et des barrages routiers doivent être érigés dans l'ensemble des Gaue menacés, à partir de la fin de l'été 1944. Confiée au parti, cette tâche est coordonnée au niveau du Reich par Bormann, qui dispose ainsi de la possibilité légale, octroyée par Hitler, tout d'abord de donner aux Gauleiter, commissaires à la défense du Reich, les consignes nécessaires à la réalisation de ces travaux de défense dans chaque Gau, ensuite de demander à Robert Ley, chef du Front du Travail, toute la main d’œuvre nécessaire.; les hommes, originaires des Gaue occidentaux, mis à sa disposition pour les constructions défensives, reçoivent aussi des consignes pour aider au dégagement des décombres des villes bombardées à partir du mois de novembre 1944..

Durant les derniers mois de la guerre, Bormann transforme la chancellerie du NSDAP, dont il a la responsabilité, en instance bureaucratique très prolifique ( et circulaires, sans compter les ordres de Hitler, en 1944.), mais dont la vanité et l'inutilité des ordres et décrets n'échappent pas à GoebbelsLe Troisième Reich, 1939-1945, ., qui évoque une : sa grande capacité de travail, son accès privilégié à Hitler, son contrôle de l'accès à ce dernier lui confère un pouvoir quasi absolu dans le Reich.

À partir du mois de décembre 1944, parfaitement informé des signes de désagrégation de la Wehrmacht., il se réfugie, pour fuir la réalité de la situation militaire qui se dégrade, dans le travail bureaucratique et le contrôle tatillon, allant jusqu'à se livrer à une inspection détaillée du quartier général de Ziegenberg, préparé pour l'offensive des Ardennes., ou bien dans des projets chimériques de réaménagement du Reich.. À partir de janvier 1945, il ordonne aux responsables du Parti nazi de rester à leurs fonctions, sous peine de sanctions sévères, face aux avancées des troupes alliées, même si, de façon paradoxale, il prend la défense d'Arthur Greiser, Gauleiter de Wartheland, qui a abandonné la ville de Posen..

Vie privée

Bormann se marie avec Gerda Buch (1909-1946), nazie convaincue et fille du juge de la cour suprême du parti, Walter Buch, avec laquelle il a dix enfants : Martin Bormann Junior (1930-2013) ; Ilse Bormann (née le ) ; jumelle de la suivante ; Ehrengard (Eicke) Bormann ( – ) ; jumelle de la précédente ; professeur en 1953, épouse le chimiste Natalino Moreni à Milan le . Ils ont une fille, Elisabeth, en . Ehrengard meurt emportée par la maladie de Werlhof (maladie cutanée hémorragique). Après la mort de sa mère, Elisabeth sera placée dans un orphelinat ; Irmgard (Irma) Bormann (née le ) ; en 1957 elle épouse le menuisier Klotz ; Gerhard Rudolf Bormann (né ) ; Heinrich Hugo Bormann (né le ) ; a été conducteur de bulldozer à Duisburg ; Eva-Maria Ute Bormann (née le ) ; a été vendeuse chez un marchand de meubles ; Gerda Bormann (née le ) ; a été aide-ménagère à Essen ; Friedrich Hartmut Bormann (né le ) ; a été apprenti dans un commerce à Essen ; Joseph Volker Bormann (né le – mort en 1946).

Les Bormann forment un couple uni mais peu conventionnel : sa femme se réjouit des conquêtes féminines de son époux, jusqu'à espérer en que l'une d'entre elles, l'actrice Manja Behrens lui donne un autre enfant. Anticlérical et antichrétien, Bormann rédige avec son épouse, dans le courant de l', une proposition de loi autorisant la bigamie dans le Reich.

Un nazi convaincu