Un snob, c'est-à-dire une personne qui fait preuve de snobisme, cherche à se distinguer du commun des mortels. Désireux d'appartenir à une élite, le snob tend à reproduire le comportement d'une classe sociale ou intellectuelle qu'il estime supérieure. Souvent, il imite les signes distinctifs de cette classe, qu'il s'agisse du langage, des goûts, des modes ou des habitudes de vie. Il traite avec mépris ceux qu'il considère comme ses inférieurs.
Cette forme de mimétisme social, définie pour la première fois par William Makepeace Thackeray, fut analysée par des sociologues tels que l'Américain Thorstein Veblen ou l'Allemand Norbert Elias. En outre, au cours du , le snobisme inspira des études théoriques et pratiques à différents auteurs, parmi lesquels le français Marcel Proust ou les anglais Evelyn Waugh et Nancy Mitford.
Les origines thumb|Gravure de Thackeray dans Le Livre des snobs (1848). Les enfants sont initiés au Peerage, autrement dit au guide généalogique de la noblesse britannique. Les deux références en ce domaine sont le Debrett (1769) et le Burke (1826). Le sens actuel de snob se met en place en Angleterre dans la première moitié du . Dans un texte de 1781, il désigne un cordonnier ou fabriquant de chaussure, puis dans un texte de 1796 un habitant de Cambridge qui n'est pas étudiant, et enfin à partir des années 1830, une personne de basse extraction prétendant à la noblesse.
Une hypothèse sur cette évolution est le passage par un usage argotique dans le milieu universitaire de Cambridge, snob y étant utilisé pour désigner les gens du commun à partir de la représentation du cordonnier.
Cela mène à l'opposition au « nob » comme membre de la réelle noblesseLincoln Herald en date du : ( - jusqu'à la légende apparaissant en 1850 d'une origine romaine comme abréviation « s.nob. » pour « sine nobilitate » ( sans noblesse) qui aurait été inscrit pour les enfants non-nobles dans les écoles patriciennes et qu'on retrouverait dans les registres de Cambridge, d'Oxford ou Eaton.
Finalement, le mot passe dans le langage courant avec le sens qu'on lui connaît, à la suite du succès du Livre des snobs de Thackeray paru en 1848, recueil de nombreux articles publiés par cet auteur dans le magazine satirique Punch..
Le Début du
À l'orée du , Gustave Guiches (1860-1935) écrit une comédie intitulée Snob, créée le au théâtre de la Renaissance, suivie en 1913 par Der Snob, comédie du dramaturge allemand Carl Sternheim (1878-1942). Dans les premières années du siècle, Bernard Shaw emploie le mot « snob » à propos d'un personnage qui juge les autres inférieurs à son rang.
Marcel Proust Dans À la recherche du temps perdu, Proust trace le portrait d’un certain nombre de snobs : Madame Verdurin et les membres de sa « coterie », l'ingénieur Legrandin et sa sœur la jeune marquise de Cambremer... Comme dans l’acception anglaise, le qualificatif de « snob » se situe pour lui à l’opposé de « noble ». Dans La Prisonnière, par exemple, il évoque une femme « snob bien que duchesseÀ la recherche du temps perdu, Gallimard, Pléiade, 1954, t. II, p. 266. ».
Le snobisme des personnages de Proust passe par le mimétisme avec la classe jugée supérieure – en l'occurrence, l'aristocratie – et par l'adoption de ses codes, y compris dans la prononciation de certains mots ou patronymesPour les signes de reconnaissance verbaux, voir Schibboleth.. Ainsi, dans Sodome et Gomorrhe, de Cambremer née Legrandin a-t-elle appris à dire « Ch'nouville » au lieu de « Chenouville », « Uzai » pour « Uzès » ou « Rouan » pour « Rohan »À la recherche du temps perdu, op. cit., t. II, pp. 818-819.. Une jeune fille de la noblesse ayant dit devant elle « ma tante d'Uzai » et « mon onk de Rouan », Legrandin (future de Cambremer)
Les années 1950 En Grande-Bretagne et en Nouvelle-Angleterre, au cours des années 1950, la notion de snobisme a connu un intérêt accru auprès du grand public grâce au double concept de U and non-U. L'initiale U signifiait upper class, autrement dit la classe dominante et son mode de vie. À l'inverse, non-U désignait non pas les milieux populaires mais la petite bourgeoisieCette section s'inspire en grande partie de l'article WP :en:U and non-U English.. Cette classification était due au professeur de linguistique , qui en 1954 consacra un article à ce sujet dans une revue finlandaise, Linguistic class-indicators in present-day English, Neuphilologische Mitteilungen (Helsinki), vol. 55 (1954), 113-149.. L'article accordait une attention toute particulière aux différences de vocabulaire entre ces deux groupes U et non-U.
La romancière Nancy Mitford écrivit la même année un essai sur ce thème, The English Aristocracy, publié par Stephen Spender dans son magazine Encounter. Elle y proposait un glossaire comparatif entre des termes apparemment synonymes mais en réalité connotés selon l'appartenance à la classe sociale. Par exemple, le mot looking-glass (miroir) était U ; le mot mirror ne l'était pas. Étaient U : drawing-room (salon), scent (parfum), schoolmaster (instituteur), spectacles (lunettes), vegetables (légumes), napkin (serviette de table), lavatory (WC), sofa. À l'inverse, étaient non-U leurs équivalents : lounge, perfume, teacher, glasses, greens, serviette, toilet ou WC, settee.
Loin d'en percevoir les intentions humoristiques, le public prit ce texte très au sérieux. L'essai de Nancy Mitford fut réédité en 1956 dans Noblesse oblige : An Inquiry into the Identifiable Characteristics of the English Aristocracy, enrichi par des contributions d'Evelyn Waugh, de John Betjeman et d'autres auteurs, ainsi que par l'article d'Alan S. C. Ross. Un poème de Betjeman, How to Get on in Society, concluait l'ensemble.
L'extrême gravité avec laquelle l'opinion publique se passionna pour le débat « U et non-U » reflétait peut-être les inquiétudes de la petite bourgeoisie britannique confrontée aux privations de l'après-guerre. Relayée par les médias, l'idée se propagea que chacun pouvait « progresser » en adoptant la culture et les usages d'une classe plus « distinguée » – ou, au contraire, ne le devait à aucun prixCf. Richard Buckle (éd.), U and Non-U Revisited, Debrett, 1978.. Autrement dit, la différenciation entre U et non-U, censée fournir le mode d'emploi des us et coutumes de l'upper class, servit de bréviaire aux snobs.
Dans la culture populaire En France, dans sa chanson J'suis snob (1954), Boris Vian affirme être « encore plus snob que tout à l'heure »Cf. Paroles de chanson J'suis snob de Boris Vian - nomorelyrics.net.
Quelques années plus tard, le personnage de Marie-Chantal, inventé par Jacques Chazot et incarné au cinéma par Marie Laforêt, représentera l'archétype de la jeune femme snob.
En 1967, dans l'épisode Meurtres distingués de la série Chapeau melon et bottes de cuir, l'intrigue tourne autour d'une école baptisée S.N.O.B. (Sociability, Nobility, Omnipotence, Breeding). Le professeur principal indique lui-même que le but de cette école est de faire ..
Bibliographie En langue française Jacqueline Bel, Till R. Kuhnle (dir.), Péripéties du snobisme (Germanica 49), Université Lille-III, 2012 Jacques Chazot, Les Carnets de Marie-Chantal, Stock, 1975 Norbert Elias, La Société de cour, Champs/Flammarion, 1985 Philippe Jullian, Dictionnaire du snobisme, préface de Ghislain de Diesbach, Bartillat, 2006 Jean-Noël Liaut, Petit Dictionnaire du snobisme contemporain, Payot, 2006 Nancy Mitford, Voyages et snobismes, Stock, 1964 Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Gallimard, Pléiade, 1954 Philippe du Puy de Clinchamps, Le Snobisme, PUF, 1966 Frédéric Rouvillois, Histoire du snobisme, Flammarion, 2008 William Makepeace Thackeray, Le Livre des snobs, GF Littérature, 1992 Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir (1899), trad. fr. 1970, préf. Raymond Aron, Gallimard, coll. « Tel » Antonius Moonen, Petit bréviaire du snobisme, L'Inventaire, 2010. Antonius Moonen, Mini Bréviaire du Snobisme: (de 0 à 18 ans), Librinova, 2020. Virginia Woolf, Suis-je snob?, Poche, 2012.
Autres langues Jilly Cooper, Class, Corgi Adult, 1999 Joseph Epstein, Snobbery : The American Version Kate Fox, Watching the English : The Hidden Rules of English Behaviour, Hodder & Stoughton, 2004 Nancy Mitford, Noblesse oblige, Hamish Hamilton, 1956 Charlotte Mosley (éd.), The Letters of Nancy Mitford and Evelyn Waugh, Hodder, 1996 Olghina di Robilant, Snob. Sine nobilitate, Mursia, Milano
Notes et références
Annexes Articles connexes
Lien externe In a Snob-Free Zone - Joseph Epstein, The Washington Monthly,
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