Jean de Bourbon, (en espagnol : ), infant d'Espagne, prince de Bourbon puis comte de Montizón, est né au palais royal d'Aranjuez, en Espagne, le , et mort à Hove (près de Brighton), au Royaume-Uni, le . Membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon, il est, de à , le prétendant carliste à la Couronne d’Espagne sous le nom de « », puis de à le prétendant légitimiste au trône de France.

Exilé du royaume d'Espagne en même temps que son père, en 1833, Jean de Bourbon passe son enfance dans l'ombre de son père puis de son frère, lesquels sont successivement prétendants carlistes au trône d'Espagne. Jean épouse l'archiduchesse Marie-Béatrice de Modène en 1847. Malgré la naissance de deux fils, en 1848 et en 1849, le couple se sépare à la fin des années 1850. Jean succède à son frère le comte de Montemolín en 1861 lorsque ce dernier décède subitement du typhus à Trieste. Peu intéressé par la politique, le nouveau prétendant carliste fait sa soumission à sa cousine la reine et se retire au Royaume-Uni où il s'installe avec sa maîtresse, laquelle lui donne deux enfants.

La mort du comte de Chambord le , fait de Jean de Bourbon l’aîné des Capétiens et le chef de la maison de FrancePatrick Van Kerrebrouck, La maison de Bourbon (1256-1987), Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, Patrick Van Kerrebrouck, Villeneuve-d'Ascq, 1987, 302. pour les légitimistes. Le prince qui vit toujours retiré à Hove, assiste aux funérailles de son cousin et beau-frère, qui, selon la volonté de la comtesse de Chambord (qui suit les instructions de son défunt mari) sa belle-sœur, le place en tête du cortège. Toujours aussi peu intéressé par la politique, le nouveau prétendant légitimiste relève néanmoins la succession de son cousin dès la mort de ce dernier. Peu apprécié par certains carlistes pour ses idées libérales et sa vie peu conventionnelle, Jean meurt le à Hove.

Famille Issu de la maison de Bourbon, Jean de Bourbon est le deuxième fils de l'infant Charles de Bourbon (1788-1855) et de sa première épouse la princesse Marie-Françoise de Portugal (1800-1834). Par son père, Jean est donc, par son père, le petit-fils de (1748-1819), roi d'Espagne de 1789 à 1808, tandis que par sa mère il descend du roi (1767-1826), roi du Portugal de 1822 à 1826.

Jean est le frère du prince Charles de Bourbon (1818-1861) et du prince Ferdinand de Bourbon (1824-1861) ainsi que l'oncle par alliance du roi (1845-1921) et le beau-frère du comte de Chambord (1820-1883). Il est également le cousin germain de la reine (1830-1904) et de son époux l'infant François d'Assise (1822-1902), duc de Cadix.

Le , Jean de Bourbon épouse, à Modène, l'archiduchesse Marie-Béatrice de Modène (1824-1906), fille du duc (1779-1846) et de son épouse la princesse Marie-Béatrice de Savoie (1792-1840).

De ce mariage naissent deux enfants :

Charles de Bourbon (1848-1909), duc de Madrid, prétendant carliste au trône d'Espagne (1868-1909) et prétendant légitimiste au trône de France (1887-1909), qui épouse la princesse franco-parmesane Marguerite de Parme (1847-1893) ; Alphonse-Charles de Bourbon (1849-1936), duc d'Anjou et de San Jaime, prétendant carliste au trône d'Espagne (1931-1936) et prétendant légitimiste au trône de France (1931-1936), qui épouse l'infante Marie-des-Neiges de Portugal (1852-1941).

De sa relation avec la britannique Ellen Sarah Carter (1837-1910), Jean a également eu deux autres enfants :

Helen Mary Anne Joan Monfort (1859-1947) ; John Monfort (1861-1929).

Jean de Bourbon a engendré une nombreuse descendance européenne, ses descendants s'unissant aux maisons royales et impériales d'Autriche, de Roumanie, de Wurtemberg, ou encore aux maisons princières de Schönburg-Waldenburg, Massimo et .

Biographie Un prince espagnol

Une enfance terne gauche|vignette|Jean de Bourbon avec sa mère l’infante Marie-Françoise de Bragance (1824) Deuxième des trois fils de l’infant d’Espagne Charles de Bourbon (1788-1855) futur comte de Molina, et de sa première épouse l'infante Marie-Françoise de Portugal (1800-1834), elle-même fille du roi , Jean naît au Palais d’Aranjuez, le . Second dans l'ordre de succession au trône, Jean de Bourbon reçoit le titre d'infant d'Espagne, offert par son oncle le roi . La famille royale est alors déchirée entre conservateurs soutenus l'infant Charles, frère du roi et héritier du trône et les libéraux soutenus par l'infant François de Paule, second frère du roi. Leurs épouses exercent une influence importante su les princes.

Considéré comme intelligent mais indiscipliné, Jean grandit dans une ambiance , marquée par la mésentente entre le roi et son frère. Son éducation ne diffère pas de celle de son frère aîné, pourtant appelé à succéder à leur oncle dans un avenir prévisible.

Premier exil En 1833, après la mort du roi, son père réclame le trône sous le nom de et déclenche la première guerre carliste, qui s'achève en 1839 avec la défaite des partisans carlistes et l'exil du roi Charles et de ses enfants.

Devenu adulte, et en exil, Jean prit le titre de courtoisie de comte de Montizón.

Entre 1845 et 1847, il sert comme colonel au d'infanterie du royaume de SardaigneCalendario Generale pe' regii stati, Turin, 1847, Ch. X "Armata", p.362 avec l'appui du roi Charles-AlbertMelchor Ferrer, Historia del Tradicionalismo Español, tome XXII, Editorial Católica Española S.A, Séville, 1941, pp. 10-12.

thumb|left|Jean de Bourbon en tenue de colonel sarde.

Le à Modène, Jean de Bourbon épousa la princesse Marie-Béatrice de Habsbourg-Lorraine-Este (1824-1906), fille de (1779-1846), duc souverain de Modène, de la maison de Lorraine, et de son épouse la princesse Marie Béatrice de Sardaigne (1792-1840), de la maison de Savoie. De ce mariage Jean de Bourbon eut deux fils, Charles (1848-1909) et Alphonse (1849-1936). Il aura également deux enfants adultérins, nés d'une liaison avec une Britannique (Ellen Sarah Carter) : Helena Monfort (1859-1947) et John Monfort (1861-1929), lequel a eu huit enfants et quinze petits-enfants, qui laissent une nombreuse descendance de nos jours Richard Thornton, La esposa y la familia británicas desconocidas del pretendiente carlista don Juan de Borbón : Anales de la Real Academia Matritense de Heráldica y Genealogía, XII, année 2009, 421-441, lire en ligne, ..

Vie politique Prétendant carliste au trône d'Espagne

Depuis l'échec de la deuxième guerre carliste en 1849, Jean de Bourbon ne croyait guère aux chances de la cause.. De plus, ses idées et ses centres d'intérêt l'éloignaient de ses partisans carlistes. Dépourvu d'ambition personnelle, il se passionnait davantage pour les sciences que pour la politique : il avait suivi à Londres les cours de l'école polytechnique et mené des expériences en daguerréotypie puis en photographie ; il réalisa vers 1855 la première photographie d'un hippopotame en Grande-Bretagne, qui fut publiée dans le Times (mais sous son propre nom - ce qui l'obligea à déménager car il était sous protection judiciaire : il avait en effet été exfiltré en Grande-Bretagne sur ordre de la reine Victoria sur un navire de la Royal Navy). Ses photos (sur collodion) des animaux du zoo de Londres furent présentées à l'Exposition universelle de 1855 à ParisLes arts chimiques à l'Exposition universelle de 1855, Paris, Napoléon Chaix et , 1856, 456 , 279, lire en ligne..

vignette|Hippopotame au zoo de Regents park à Londres, tirage sur papier albuminé,vers 1855.

Doté d'un esprit inventif, le comte de Montizón avait mis au point un modèle de bateau en caoutchouc pour la marine préfigurant les zodiacs.. Ses réflexions personnelles le conduisaient à adopter des vues libérales et il était favorable à la souveraineté nationale, au suffrage universel, à l'indépendance de la justice, à la liberté d'expression et de culte, à l'égalité devant la loi et comprenait l'aspiration à l'unité italienneIl était aussi hostile au pouvoir temporel du pape.. Abhorrant les intrigues, il détestait aussi l'idée de faire couler le sang espagnol.

Ses idées étaient en opposition à celles de son épouse. Il refusa que l'éducation de ses enfants fût confiée aux jésuites et ceci entraîna la séparation des époux. Jean s'installa à Brighton et son épouse et ses deux fils partagèrent leur vie entre Modène et Venise. Le comte de Chambord envoya une garde hongroise pour veiller sur sa belle-sœur et ses neveux..

Au décès de son frère aîné le comte de Montemolín, dit , à Trieste le , le prince Jean devint pour les carlistes, le nouvel héritier légitime du trône des Espagnes et des Indes sous le nom de « ».

Ayant refusé le trône de l'empire du Mexique que lui proposa , Jean fit sa soumission à en et ne voulut plus porter que le titre de courtoisie de comte de Montizón, du nom d'une ancienne seigneurie andalouse fondée par en 1767..

Déçus par l'inaction de Jean de Bourbon, les carlistes se tournèrent vers son fils aîné, qu'ils proclamèrent héritier des Espagnes et des Indes à Londres le . Ce dernier parvient à déclencher la troisième guerre carliste et à se faire proclamer roi sous le nom de .

En conséquence de quoi, à la demande de son fils aîné, Jean de Bourbon abdiqua ses droits au trône d'Espagne, à Paris le .

Prétendant légitimiste au trône de France

Puis au décès de son cousin le comte de Chambord (dit ) à Frohsdorf (Autriche) le , Jean de Bourbon devint l'aîné des descendants d'Hugues Capet, de saint Louis, d' et de . Une partie des légitimistes français le reconnurent alors comme « roi de France et de Navarre » sous le nom de « ».

thumb|Pour les Légitimistes, Jean de Bourbon est .

Le à Gorizia, le nouvel aîné des Bourbons, ceint du cordon bleu (et aussi 16, juillet-août 2007, 7, pour la visite du comte de Montizón à la comtesse de Chambord)... de l'ordre du Saint-Esprit d', que lui avait remis la comtesse de Chambord, présida les obsèques du défunt prétendant : il fut le premier Capétien venant juste après le représentant () de l'empereur d'Autriche, tant pour suivre le convoi funèbre depuis la gare jusqu'à la cathédrale de Gorizia, que pendant la cérémonie des obsèques dans la cathédrale. À la suite de Jean de Bourbon, se tenaient ses deux fils — l'aîné, le duc de Madrid, étant le prétendant carliste au trône d'Espagne, et le nouveau dauphin des légitimistes français — et son petit-fils, puis le duc déchu de Parme (qui passera ensuite devant le petit-fils et le fils cadet de , donc à la quatrième place), le grand-duc déchu de Toscane, le prétendant migueliste au trône de Portugal (Michel de Bragance), et le prince royal Louis-Ferdinand de BavièreRécemment marié () à l'infante Marie de la Paix de Bourbon, sœur du roi d'Espagne .. Le roi déchu des Deux-Siciles et le comte de Paris (prétendant orléaniste au trône de France) avaient refusé d'assister aux obsèques (bien qu'ils fussent présents l'avant-veille, à l'office funèbre qui eut lieu à Frohsdorf), ce dernier n'ayant pu jouir de la première place qu'il convoitait. Le comte de Chambord sera ensuite inhumé en dehors de la ville, au couvent de Kostanjevica (auprès de , du dauphin, de la dauphine, et de la duchesse de Parme), situé depuis 1947 à deux cents mètres derrière la frontière italo-slovène.

Jean de Bourbon déclara :

Le texte avait été rédigé par Maurice d'Andigné (ancien secrétaire du comte de Chambord) au début de l'année 1886, à la demande du prétendant , qui souhaitait protester solennellement contre l'usurpation de la succession dynastique d'Henri d'Artois par les Orléans. Mais bien que satisfait du texte écrit par d'Andigné, le comte de Montizón en ajourna la publication pour des raisons extérieures.. Finalement, ce n'est qu'en , un mois après la mort du prétendant, que d'Andigné publia la déclaration de Jean de Bourbon dans le Journal de Paris.

Mort