thumb|Thaksin Shinawatra, le .

Thaksin Shinawatra (), né le à San Kamphaeng, dans la province de Chiang Mai, est un homme d'affaires et homme d'État thaïlandais. Il est Premier ministre du au .

Il commence sa carrière politique lorsqu'il est nommé ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement de Chuan Likphai le . D'abord membre du Palang Dharma (PD), il est élu, lors des élections législatives de 1995, membre de la Chambre des représentants pour la seconde circonscription de Bangkok, succédant ainsi à Chamlong Srimuang, celui qui l'a invité à rentrer en politique. Il est ensuite vice-Premier ministre au sein des gouvernements de Banhan Sinlapa-acha puis de Chawalit Yongchaiyut.

En 1998, il quitte le Palang Dharma et fonde son propre parti, le Thai Rak Thai (TRT), parti qui lui permettra de remporter la nomination en tant que Premier ministre lors des élections législatives de 2001. Largement reconduit lors des élections de 2005, une contestation agite cependant en et des élections anticipées sont annoncées. Elles seront boycottées par l'opposition. Il démissionne le . Il est finalement renversé par un coup d'État, le alors qu'il se trouve à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies.

En exil durant 15 ans, il retourne en Thaïlande en et obtient une grâce royale controversée après les élections de 2023. Malgré son exil, le parti qu'il a fondé, le Pheu Thai, reste très influent en Thaïlande grâce à des mesures économiques ayant largement profité aux populations rurales et défavorisées. Sa sœur, Yingluck Shinawatra, devient première ministre en avant d’être elle-même renversée par un coup d’État en , et sa fille, Paethongtarn Shinawatra, exerce à son tour cette fonction d' jusqu'à sa destitution moins d'un an plus tard par la Cour constitutionnelle.

Homme d'affaires influent avant son entrée en politique, sa fortune est évaluée, en 2025, à 2,1 milliards $ par Forbes, ce qui fait de lui la plus grande fortune de Thaïlande.

En , après la destitution de la première ministre Paethongtarn Shinawatra, la cour suprême ordonne sa réincarcération pour une durée d'un an.

Aussi polarisante qu'influente, la famille Shinawatra est soutenue par les populations rurales et défavorisées, mais combattue par les élites conservatrices et l'armée.

Biographie Thaksin Shinawatra étudie à l’Ecole de Préparation aux Académies des forces armées et en sort avec la promotion en 1969. C'est un ancien lieutenant-colonel de police, docteur en criminologie, diplômé de l'Université du Kentucky (États-Unis). Il est issu d'une famille aisée sino-thaï de la province de Chiang Mai.

La famille Shinawatra commence à émerger sur la scène politique dès les années 1970 : le père de Thaksin et de Yingluck, Lert, est le premier Shinawatra élu député de la province de Chiang Mai en 1969 ; dans les années 1980, le frère cadet de son père Lert devient à son tour député de Chiang Mai ; en 2001, l'une de ses sœurs cadettes, Yoawapa Wongsawat est élue députée de Chiang Mai ; son beau-frère Somchai Wongsawat est Premier Ministre en 2008 durant un trimestre etc. (mais le fils de Taksin, Phanthongthae, directeur d'une chaîne de télévision anti-militariste, encore jamais impliqué officiellement en politique, est soigneusement préservé afin de prendre un jour le relais de son père, son oncle et sa tante).

En 1987, Thaksin Shinawatra commence sa carrière dans le monde des affaires et crée le Shinawatra Computer and Communication Group. Il obtient par ses anciens collègues un contrat pour équiper toute la police thaï en ordinateurs A fit and proper Premiership?, BBC News, 31 juillet 2007.. Puis, profitant de l'essor spectaculaire de la téléphonie mobile, des liaisons satellite et du boom boursier, il fait rapidement fortune et est avec sa famille, encore aujourd'hui, une des plus grandes fortunes du pays. En , Forbes évalue sa fortune à et le classe comme personne la plus riche de Thaïlande.

Il disposerait également de la nationalité monténégrine.

Débuts politiques Ensuite, il entame une carrière politique et gravit rapidement les échelons, député du parti Palang Dharma, puis ministre des Affaires étrangères en 1994. Il devient vice-Premier ministre en 1997. Mais son parti explose à la suite de la crise de 1997.

En 1998, il crée un nouveau parti le Thai Rak Thai (, « les Thaï aiment les Thaï ») afin d'appuyer son ambition de devenir Premier ministre. Thaksin (les Thaïlandais utilisent le prénom de préférence au nom de famille) est relativement jeune, dynamique et sait séduire la population. Son programme est assez populiste, mais les milieux d'affaires ne sont pas oubliés. Comme toujours, les problèmes de corruption et de détournement de l'argent public sont d'actualité en Thaïlande, mais Thaksin arrive à se dépêtrer de diverses accusations. Sa famille prend le contrôle financier de la seule chaîne de télévision indépendante et 21 journalistes sont renvoyés après avoir critiqué le contrôle de la famille sur la ligne éditoriale. Il finance le parti avec sa fortune personnelle, utilise des techniques électorales modernes, cible les paysans pauvres et remporte les élections législatives du avec un score élevé. Le roi le nomme effectivement Premier ministre.

Selon la politologue Eugénie Mérieau, Thaksin « bouscule l’ordre hiérarchique traditionnel en réclamant une réforme de l’espace politique réservé jusque-là à des personnes qualifiées de « supérieures » en termes moraux et de compétences, excluant les travailleurs pauvres et les petits paysans jugés trop incultes pour voter. Cette volonté de démocratisation s’est accompagnée sur le plan économique, à côté de politiques nettement néolibérales, de stimuli keynésiens destinés à combattre la pauvreté et à contrecarrer les inégalités galopantes résultant de la crise de 1997 ».

Premier ministre

Il crée une sécurité sociale dans les trois premiers mois de son mandat, ce qui constitue sa réforme la plus importante, conférant aux Thaïlandais démunis le droit de se soigner. En réponse au surendettement dont sont victimes les paysans à la suite de la crise financière de 1997, Thaksin déclare un moratoire sur les dettes. Il lance en outre un micro-crédit et des fonds pour les villages, permettant de relancer l'économie dans les campagnes, ainsi qu'un système de bourses pour les provinciaux. Il met aussi en place une couverture de santé universelle, l'une des mesures les plus populaires de son gouvernement, destinée aux personnes qui n’ont pas de sécurité sociale. La réforme a notamment un grand impact en Isan, région agricole et déshéritée.

Il parvient à financer ses réformes et obtient de bons résultats en matière de gestion de la dette publique ou du taux de croissance, tout en diminuant la pauvreté.

Il montre une volonté d'action radicale et même ses adversaires doivent reconnaître ses succès, bien que ceux-ci soient parfois obtenus avec des méthodes qui lui vaudront le surnom de Thaksinator. Il s'attaque au problème de la drogue, promettant de le régler en six mois, son action se solde par plus de deux mille morts dans des opérations de police litigieuses et des critiques contre les exactions d'escadrons de la mort : l'activiste et avocat Somchai Homlaor déclare que « la guerre contre la drogue n'était rien d'autre qu'un permis de tuer ». . Dans le sud du pays, il traite le problème des revendications des populations musulmanes d'une main de fer ce qui entraîne une insurrection et plus de morts. Mais le bilan économique de son mandat paraît positif et sur le terrain social son gouvernement a travaillé à un système de salaire minimal et de sécurité sociale qui lui ont valu une popularité à travers le pays. Cependant, l'échec inattendu du candidat qu'il soutenait pour le poste de gouverneur de Bangkok en a démontré que les critiques de l'opposition commençaient à être entendues.

Des élections législatives se déroulent le afin de renouveler la Chambre des représentants. La popularité de Thaksin avait légèrement baissé fin 2004 et ces élections pouvaient sembler indécises. Mais, d'une façon imprévisible, le tsunami du 26 décembre qui a durement frappé la région de Phuket a été l'occasion pour le Premier ministre de raffermir ses positions. Il a très bien géré la crise, en étant très présent sur le terrain et en montrant l'image d'un gouvernement efficace et actif. Les résultats obtenus par le parti de Thaksin ont dépassé ses espérances et en gagnant 399 sièges sur les 500 de la Chambre, il peut se permettre de gouverner sans coalition. Le Parti démocrate ne recueille que 80 sièges.

Déclin politique

En , la famille Shinawatra vend Shin Corp, la maison-mère, pour plus d'un milliard de livres sterling. Les comptes, alors rendus publics, montrent que la valeur de l'entreprise a quadruplé depuis que Thaksin est au pouvoir et que l'entreprise n'a jamais payé d'impôts. À partir de , la situation se dégrade pour Thaksin. Accusé une nouvelle fois d'avoir profité de sa position pour favoriser des opérations financières bénéficiant à ses proches alors que la Constitution du pays impose formellement que les dirigeants politiques abandonnent toutes fonctions dans le domaine privé, il se retrouve mis en cause et fragilisé. Il pense cependant redresser la situation en décrétant des élections législatives anticipées le .

Les partis d'opposition thaïlandais annoncent alors leur intention de boycotter ces élections nationales du pour protester contre le rejet de leurs propositions de réforme politique par le Premier ministre. Thaksin entame des négociations avec eux, mais refuse leurs propositions. Le boycott est donc décrété par le Parti démocrate, le Chart Thai (CTP) et Mahachon. Le bras de fer a accentué la crise déclenchée par un mouvement d'opinion croissant (dizaines de milliers de manifestants à Bangkok) en faveur d'une démission de Thaksin, soupçonné de corruption et d'abus de pouvoir.

Coup d’État et exil Thaksin est finalement renversé par un coup d'État militaire, mené par le général Sonthi Boonyaratglin, le alors qu'il se trouve à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies.

Le , il se rend au Royaume-Uni en visite privée. À la suite de ces événements, l'ex-premier ministre reste en exil à Londres, où il possède une résidence.

thumb|Mandat d'arrêt lancé contre Thaksin Shinawatra en août 2008 En , Thaksin est reconnu coupable de conflit d’intérêts dans le cadre d’une transaction immobilière liée à son épouse et condamné par contumace à deux ans d'emprisonnement par la Cour suprême criminelle des délits politiques, une justice fortement politisée affirme la politologue Eugénie Mérieau, alors qu'il est en fuite à Hong Kong. Les autorités thaïlandaises essayent d'obtenir son extradition Le journal Pattaya-News du 26-02-2009.

Début , des manifestations monstres, menées par les Chemises rouges, demandant le retour de Thaksin au pouvoir, se sont déroulées à Bangkok. La répression violente du Gouvernement d'Abhisit Vejjajiva a fait trois morts et 113 blessés.

Il a ensuite vécu à Dubaï avant de s'installer dans un pays voisin de la Thaïlande, le Cambodge, où il est arrivé le , à l'invitation du Premier ministre Hun Sen. Thaksin Shinawatra a été nommé conseiller économique du gouvernement cambodgien. La Thaïlande a aussitôt réclamé l'extradition de Thaksin Shinawatra, refusée par le Cambodge. Les relations, déjà tendues, entre les deux pays, se sont donc un peu plus dégradées.