vignette|upright=1.5|Raids des wakō sur la Chine et la Corée au .

Les , et coréen : waegu hanja : ) sont des pirates qui pillent les côtes chinoises et coréennes du au Wakō Encyclopaedia BritannicaBatten Bruce. "Gateway to Japan" 2006.

Les équipages des wakō sont composés de marins provenant de diverses ethnies d'origines est-asiatique, et non pas seulement japonais, qui varient au fil du temps. Ils attaquent le continent à partir des îles de la mer du Japon et de la mer de Chine orientaleKwan-wai So. Japanese piracy in Ming China, during the 16th century. Michigan State University Press, 1975. chapter 2.. L'activité des wakō en Corée décline après le Traité de Gyehae (Traité de Kakitsu, 嘉吉条約) en 1443, mais continue sur les côtes de la Chine des Ming et culmine lors des raids des wakō de Jiajing, au milieu du . Les représailles chinoises et la forte répression des pirates par les autorités japonaises aboutissent à la disparition des wakō au .

Histoire vignette|Une peinture chinoise du représentant une bataille navale entre des pirates wakō et des marins chinois

On peut découper la période des raids wakō en deux époques distinctes. Les premiers wakō viennent principalement des îles situées en marge de l'archipel japonais, dans la mer du Japon, contrairement à ceux du , qui sont pour la plupart non japonais. Les premiers wakō lancent des raids contre les Japonais ainsi que les Chinois et les CoréensWang Xiangrong, "Periodizing the History of Sino-Japanese Relations" Sino-Japanese Studies v. 2 (1980), 31.

La première utilisation connue du terme wakō (倭寇) est sur la stèle de Kwanggaet'o, érigée en 414 pour célébrer les exploits du roi Kwanggaet'o, dit le Grand (374-413), dix-neuvième roi du Koguryo. Selon le texte gravé sur cette stèle, les «wakō» ont traversé la mer et ont été vaincus par le roi en 404. La stèle se trouve aujourd'hui sur le territoire de l'actuelle ville-préfecture de Ji'an, Jilin, en Chine.

Ce terme wakō est une combinaison du mot Wa (倭) désignant la confédération des États qui existaient aux archipels du Japon dans la période préhistorique (voir les articles Pays des Wa et Wajin), et Kō (寇) "invasion".

Première vague des raids wakō thumb|L'une des portes de la forteresse de Chongwu sur la côte du Fujian (construite à l'origine vers 1384) Si l'origine du terme wakō remonte au Ve siècle, la période d'intense activité des raids commence au XIIe et connaît un essor important dans la seconde moitié du .. Les pirates actifs lors de la première vague de raids, les « premiers wakō », sont directement lés aux tentatives d'invasions mongoles du Japon. Une fois tout risque d'invasion écarté, les défenses côtière de la Chine et de la Corée sont considérablement réduites et les habitants des îles de Tsushima, Iki et Gotō, à Kyushu, perdent les revenus liés à la présence militaire et souffrent d'une pauvreté extrême. C'est pour ces raisons que les wakō intensifient progressivement leurs pillages sur les côtes chinoises et coréennesWang Yong, Image of Japan in Chinese history. Section 2 of Chapter 6. Nousangyoson bunka Kyōkai, 2000, Hiroki Ōta, Naval timbers of Goryeo. In connection with the Yuan Dynasty's invasion of Japan. pp.2-20. Geirinkai, 1988. Les dirigeants de la dynastie Goryeo réagissent en envoyant Jeong Mong-ju au Japon pour régler le problème. Pendant la visite de l'envoyé coréen, le gouverneur de Kyushu, Imagawa Sadayo attaque et vainc les wakō, avant de renvoyer en Corée les biens et personnes capturés lors des raids de ces derniersŌta, Kōki, Wakō: nihon afure katsudōshi (Bungeisha, 2004), p. 98 (太田弘毅『倭寇: 日本あふれ活動史』.) Kawazoe, Shōji, Taigai kankei no shiteki tenkai (Bunken shuppan, 1996) p. 167 (川添昭二「対外関係の史的展開」) .. En 1405, Ashikaga Yoshimitsu envoie en Chine 20 pirates capturés par ses hommes. Les autorités chinoises les exécutent à Ningbo, en les faisant bouillir dans un chaudronYosaburō Takekoshi. The economic aspects of the history of the civilization of Japan. 1967. p. 344..

Selon les archives coréennes, les wâkō sont particulièrement actifs à partir de la décennie 1350. Après avoir attaqué de manière quasi-annuelle les provinces méridionales de Jeolla et de Gyeongsang, ils déplacent leurs attaques vers le nord et s'en prennent aux régions de Chungcheong et de Gyeonggi. On trouve dans le Goryeo-sa le récit de batailles navales se déroulant en 1380, date à laquelle une centaine de navires de guerre sont envoyés à Jinpo pour y mettre en déroute les pirates japonais. Au terme de l'expédition, 334 captifs sont libérés. Par la suite, le nombre d'attaques de wâkō diminue. Une des clefs de cette victoire contre les wâkō est l'utilisation par les coréens d'armes à feu, une technologie que ne maîtrisent pas les pirates, à la suite de la fondation par le Goryeo du Bureau des armes à poudre en 1377. Ce bureau est fermé douze ans plus tard.

En 1419, l'armée coréenne débarque à Tsushima et lance l'invasion Ōei, la plus importante de toutes les opérations anti-wâkō. Le , la flotte du général Yi Jongmu, composée de 227 navires transportant 17 285 soldats, part de l'île de Geoje en direction de Tsushima. Selon le récit de l'expédition que l'on trouve dans les Annales de la dynastie Joseon, un livre d'histoire coréen, le , l'armée coréenne capture 129 navires wâkō, brûle 1 939 maisons, tue 114 personnes, en capture 21 et libère 131 Chinois capturés par les wâkō세종실록 4권, 세종 1년 6월 20일 National Institute of Korean History.. Le , les troupes coréennes incendient 15 navires wâkō et 68 maisons, tuent 9 personnes et libèrent 15 prisonniers, dont des Chinois et des Coréens. Par contre plus de 100 soldats sont tués par les wâkō세종실록 4권, 세종 1년 6월 29일 National Institute of Korean History.. Le , l'armée coréenne se retire sur l'île de Geoje세종실록 4권, 세종 1년 7월 3일 National Institute of Korean History., et finit par se replier complètement, renonçant à occuper Tsushima en raison des pertes subies et de la dégradation des conditions météorologiques세종실록 4권, 세종 1년 7월 9일 National Institute of Korean History.. Dans l'entrée du des Annales, le nombre de soldats tués par les wâkō est rectifié à 180세종실록 4권, 세종 1년 7월 10일 National Institute of Korean History.. En revanche, selon les sources rédigées par le clan Sō, les dirigeants de Tsuchima, les Coréens ont perdu en tout 2 500 soldats宗氏家譜, 対州編年略.應永二十六年己亥六月廿日、朝鮮將李從茂率戰艦二百二十七艘、卒一萬七千二百八十五人、到對馬州與良郡淺海浦。州兵拒之海濱不利。朝鮮兵到仁位郡、分道下陸、竟進屯糠獄。貞茂率州兵、到糠嶽下。侵矢石攻之。連戰數日、七月初一日、與左軍朴松戰大破之。朝鮮兵狼狽走海濱乘船、貞茂使海人放火。以燒賊船。齋藤、立石等發兵撃之。賊兵大潰而還。我兵戰死者百二十三人。斬賊二千五百餘級。Ōei Invasion. Encyclopedia Nipponica..

Un traité est négocié entre le Joseon et le clan Sō le . Le gouvernement du Joseon décide d'accorder au clan Sō des privilèges commerciaux limités et un accès à trois ports coréens, sous condition que les Sō contrôlent les wâkō et mettent un terme aux raids de ces derniers. Le du de 1422, un émissaire du clan demande la libération des prisonniers de guerre japonais capturés par les forces coréennes. Il offre des tributs de cuivre et de soufre en retour. Le du de 1422, tous les prisonniers de guerre japonais sont libérés.. En 1443, Sō Sadamori, daimyo de Tsushima, propose le qui fixe le nombre de navires de commerce de Tsushima vers la Corée et octroie au clan Sō le monopole du commerce avec la Corée des JoseonTsushima tourist Association WEB site "1443 嘉吉条約(発亥約定)- 李氏朝鮮と通交条約である嘉吉条約を結び、歳遣船の定数を定める。これにより、宗家が朝鮮貿易の独占的な地位を占めるようになる。".

À la suite de ces traités, les activités des wâkō le long des côtes de la péninsule coréenne diminuent fortement. Certains des forts côtiers construits durant cette période pour contrer les raids des wâkō existent encore dans les provinces du Zhejiang et du Fujian. Parmi ces forts, on trouve la forteresse de Pucheng, située dans le Xian de Cangnan, Zhejiang, et la forteresse de Chongwu, située dans le Xian de Hui'an, Fujian, qui ont toutes deux été bien restaurées. Il y a aussi les ruines de la forteresse de Liu'ao dans la péninsule de Liu'ao, FujianYang Shuiming (杨水明), 六鳌古城:倾听历史的涛声 (The old Liu'ao Fortress: listening to the waves of history) ..

Seconde vague et déclin

thumb|Soldats des troupes anti-Wakõ de la dynastie Ming, équipés d'épées et de bouclier

Une seconde vague de raids de wakō a lieu au , visant cette fois-ci plus spécifiquement les côtes chinoises. Leurs activités atteignent leur paroxysme vers les années 1550, du fait de l'intensification de la guerre civile japonaise entre les daimyos (voir la période de Sengoku). À cette époque se constituent ainsi de puissantes flottes wakō, capables de piller régulièrement des villes comme Ningpo et Shanghai, et de remonter le cours du Yangtsé. Elles finissent même par se retrouver en Thaïlande, en Birmanie et en Inde.

Mais les wakō servent aussi des intérêts politiques et commerciaux. En effet, à cette époque, il n'est pas rare que l'on fasse appel à eux pour régler des différends entre daimyos ; surtout, lorsque les Chinois résilient les privilèges commerciaux des Japonais, ces derniers, pour assurer leurs profits, n'hésitent pas à recourir à la force pour se servir eux-mêmes.

Si à l'origine les wakō sont tous japonais, au cours du , de plus en plus de membres d'équipage sont d'origine chinoise et coréenne. En effet, selon l'Histoire des Ming, 30 % des wakō du , sont japonais et 70 % d'origine chinoiseHHistoire des Ming, Volume 322, "Biographie Section 210: Japan (3)" (明史·卷三百二十二~卷三百二十三": ére Jiajing 26 1547) . Selon un mémoire du Censeur Du Zhonglu daté de 1553, les équipages pirates sont composés à 10 % de « barbares », à 20 % de Ryukyuans et pour le reste de Chinois originaires du Fujian et de Ningbo. La conséquence de ce changement de composition des équipages est que le Japon n'est plus la base arrière principale des wakō : l'île de Taïwan (Formose) est une grande base d'opération des pirates jusqu'au ..

Pour l'historien sino-américain Ray Huang, même les pirates japonais collaborent fréquemment avec des groupes chinois, au point que des Chinois assurent même le commandement d'expéditions, les principaux combattants sont des pirates japonais. Toujours selon Huang, le Japon sert de base aux pirates japonais, et les Japonais fournissent toute l’expertise et l’équipement militaires nécessaires aux pirates..

Une des causes de cette seconde vague de piraterie est une série d'édits promulgués par les Ming, restreignant ou interdisant les activités commerciales. Ces édits sont à la fois une tentative de centralisation du pouvoir et une application de la pensée dominante de l'époque a la Cour, voulant qu'« un commerce sans restriction conduirait au chaos »Mann, C. C. (2011). 1493: Uncovering the new world Columbus created. Vintage.. Le commerce maritime étant interdit, la marine chinoise est réduite et, par conséquent, elle se retrouve incapable de lutter contre l'augmentation de la contrebande. Cette faiblesse conduit à la prise de contrôle de la côte sud-est de la Chine par les wakō. Bien que wakō signifie « pirates japonais », les principaux groupes de wakō du sont dirigés par des commerçants chinois qui ont perdu leur travail à cause des interdictions commerciales des Ming. En raison de l'ampleur de la corruption à la cour Ming, de nombreux responsables chinois entretiennent des relations avec les pirates et tirent des bénéfices de la piraterie, ce qui rend encore plus difficiles les tentatives de contrôle des activités des wakō par les autorités centralesKwan-wai So, Japanese piracy in Ming China, during the 16th century, Michigan State University Press, 1975, ch. 3..