vignette|Vitraux à Fès. Les grandes familles de Fès au Maroc sont appelées Ahl Fas (en arabe : ) ou plus communément les Fassis. Historiquement proches du pouvoir du Sultan, ces familles musulmanes constituent depuis des siècles l'aristocratie ou la haute-bourgeoisie, l'élite citadine et urbaine, politique, et financière du Maroc. Bien que n'habitant généralement plus Fès, les Fassis conservent leurs spécificités culturelles.
Ethnonymie
Le nom de gentilé en arabe est fasi (fassi), au pluriel fassiyin (bien que certains disent fwasa (fouassa)) ou encore Ahl Fas (signifiant les gens de Fes), en français diverses formes de gentilé existent ou ont pu exister pour désigner les Fassis : Fassi, Fésienhttp://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/no_106_janv-mars_2009_cle446315.pdf, Fassien., Fessoishttps://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2008_num_95_358_4323.
Histoire
Fès est une ville arabe fondée par les Arabes Idrisi et habitée par des tribus arabes andalouses et des tribus arabes Qaysite.
En 788, Idriss ben Abdellah, un chiite d'Arabie, fuit la persécution subie par les Abbasides et étant descendant direct du prophète Mahomet par sa fille Fatima ,fonde la ville de Fès avec les tribus Árabes . Sous le règne de son fils, Idriss II, la ville devient le siège de la nouvelle dynastie jusqu'à la seconde moitié du , le pouvoir Idrisside s'effondre sous l'effet des incursions et des interventions des Omeyyades d'Espagne, des Zirides — vassaux des Fatimides — et des Zénètes ; ils achèvent de perdre leur pouvoir effectif en 972. Les Idrissides quittent alors le Maroc et partent en exil pour l'Égypte. Ils sont définitivement écartés en 985, après l'échec de la restauration du dernier émir en exil, Al-Hasan ben Kannun, dernier descendant de la dynastie, qui est assassiné, marquant la fin des Idrissides au Maghreb.
À Fès, le nouveau sultan accueille en 825 quelque marchands arabes venant de Kairouan en Tunisie ; ces derniers, de passage, s'installent temporairement à l'ouest de l'oued dans le quartier dit des Kairouanais, en majorite numérique face à la minority de berbères. Des familles (juives et morisques) expulsées de Cordoue d'Al-Andalus (actuelle Espagne) peuplent progressivement les deux rives de la rivière en deux villes séparées :
la rive des Kairouanais sur la rive droite ; la rive des Andalous sur la rive gauche.
Ce melting pot civilisationnel permet à la cité de devenir en quelques décennies le centre économique, intellectuel et religieux du Maroc, chaque communauté apportant avec elle ses connaissances littéraires, scientifiques et artistiques.
Certains Fassis sont des Juifs qui se sont convertis à l'islam..
Types de famille
Il existe quatre groupes d'origines distinctes de familles que l'on dit de Fès (à ne pas confondre avec l'expression populaire « fassi » qui désigne principalement les familles marchandes andalouses ayant émergé financièrement entre la fin du et l'indépendance du Maroc) : Par leur présence dans la capitale et leur éducation, les familles fassies ont toujours joué un rôle politique clé dans l'histoire du Maroc depuis l'époque médiévale. Familles du makhzen traditionnel: "Jusqu'au protectorat les grandes charges politiques - celles d'ouzir el ad'am ou premier ministre, d'allef ou ministre de la guerre, de hajib ou chambellan, de caid mechouar ou chef de la garde impériale- continuèrent à être exercées par des familles du Makhzen traditionnel, c'est-à-dire recrutées parmi les serviteurs vivant au palais, les ashabs, parmi les bouakher et les chefs du guich ou permis certains grands caïds des tribus makhzen. D'autres charges, notamment les différentes charges d'oumana des corporations du palais, les charges de pacha et les autres grandes charges militaires étaient également exercées par familles de même origine makzenienne". Très liées entre elles par mariage : "Pour les alliances matrimoniales, je citerai, à titre d’exemple, l’alliance entre la famille Aâbabou et la famille Benslimane".. Quelques noms célèbres se détachent, certains marquant toujours l'histoire du Maroc moderne: Ababou, Mokri, Benslimane, ouled Jamai (Baghdadi), Ben Moussa (BA Ahmed), Mesfiou. Les Chorfa : Ils tirent leur pouvoir spirituel de leur rang. Ils prétendent (les plus anciens actes notariés ne datant que des Mérinides) être les descendants du prophète Mahomet par sa fille. Ils appartiennent soit à la dynastie des Idrissides (les Idrissi, les Benbachir (variante : Belbachir), soit à celle des Alaouites, soit à des clans d'aristocrates étrangers comme les Skalli (famille de Chorfas ayant vécu en Sicile) ou encore les Irakis ou Laraki (originaires de Mésopotamie dont l'ancêtre est Mohamed Al Hadi Ibn Abi Al Qasim Ibn Nafis, arrivé d'Irak à Fès à l'époque du sultan mérinide, après avoir séjourné quelque temps en Égypte). Eux seuls peuvent se faire appeler Sidi ou Moulay. Les Oulemas : Ils tirent leur pouvoir de leur savoir. Apparus surtout à partir du xviie siècle, ce sont des lettrés. Enseignants pour nombre d'entre eux à l'université islamique de Fès, ils apparaissent comme les garants de la tradition Les Marchands (ou andalous) : Ils tirent leur pouvoir de leur richesse. À partir du , ces familles profitent du développement du commerce international pour s'imposer. Les négociants de Fès exportent des cuirs et des tapis en Europe, importent des tissus et des produits industriels anglais. Certains vont jusqu'en Chine, en Inde ou en Perse. D'autres se spécialisent dans le commerce avec l'Afrique noire. Cette bourgeoisie émergeant au cours du siècle connaîtra un essor politique certain durant le protectorat français au Maroc sous l'impulsion de certaines « familles du Makhzen traditionnel », cherchant là des alliés dans leur éternelles luttes d'influence interne ainsi outre l'alliance historique Ababou/Benslimane déjà mentionnée, on peut citer aussi, l'alliance Ababou/el Fassi, Guebbas/Bensliman ou celles multiples de la famille el Mokri, entre autres. À l'exception des familles ayant fondé la ville (certains chorfas idrisides, les tribus Lyazhi et Arouaba), toutes les familles de Fès viennent d'ailleurs. Ainsi, les Tazi sont originaires de la ville de Taza, les Slaoui de Salé, les Kabbaj de Alcobaça au Portugal, les Ababou se réclament d'une origine yéménite (peut-être arabes Ansâr , peut-être almoravide via un nassab wattasside ) de Seguia el-Hamra (Sahara occidental). passés par Gzenaya et el Jaï dans le Rif, les Mokri de Tlemcen, les Benmoussa du Guich Cherrada (Beni Maquil yéménite), les Mernissi de la tribu Jbala Mernissa, les Filali de Tafilalet, les Squalli de Sicile, les Guebbas du djebel Zerhoun et les el Jaï (dont les Amrani non joutey) de la tribu Jbala du même nom.
Dans les faits, le mélange et la socialisation a donné naissance à une communauté de familles unies, parfois rivales, dont sont issus plusieurs riches commerçants, savants, oulémas, artistes et hommes politiques au fil de l'histoire marocaine. Comme en Europe, les aristocrates marient leurs filles à de riches personnes qui recherchent un titre de prestige. Les lettrés se lancent dans le négoce, les marchands deviennent commis de l'État. Apparaît alors une aristocratie bourgeoise sur laquelle le Palais royal va de plus en plus s'appuyer.
Influence politique
vignette|Région de Fès-Meknès. Elles ont tour a tour constitué soit le pouvoir du Makhzen ou une force politique dans la défense de leurs intérêts.
Le poids religieux des oulémas fassis permet à la ville de Fès de jouir d'une autonomie de gestion et souvent de participer à la vie politique du royaume selon son soutien ou son opposition au pouvoir des souverains marocains.
Exemples notables Au (h)/(c) : Les chorfas de Fès se révoltent contre le pouvoir de la dynastie Mérinide et tuent le sultan ‘Abd al-Ḥaqq II. Ils choisissent Mohammed ibn Ali Amrani-Joutey, un Fassi idrisside, comme le nouveau sultan du Marocallama kettani, zahr alas fi boyoutate fes. Inversement, le alem Abdeslam Guessous est exécuté par le sultan Moulay Ismaïl pour avoir dénoncé l'esclavage des Noirs au Maroc. (Voir Esclavage dans le monde musulman) Moulay Rachid (premier Alaouite) doit son acceptation par les Fassis à la propagande des ouléma andalous
Certaines familles se mettent au service des sultans du Maroc :
La famille Fassi Fihri (ou El Fassi, ou encore El Fihri) dont les origines remonteraient au clan Qurayshite des Banu Fihr dans l’Arabie antéislamique. Arrivés au Maroc à la fin du , les membres de cette famille sont proches de l’État depuis le et le règne de Moulay Ismaïl (qui nomme deux frères Fassi-Fihri et un cousin à des postes clés de la hiérarchie administrative). Ils restent proches du pouvoir pendant les siècles qui suivent. Plusieurs personnalités de cette famille exercent des très hautes responsabilités dans l'histoire du pays (vizirs, nationalistes, ministres, patrons d'entreprises, oulémas...). Les (en arabe :برادة) : D'origine andalouse, c'est l'une des plus anciennes familles de Fès, et la première élite politique et financière du Maroc. Au , de nombreux diplomates et conseillers royaux sont issus de Fès (dont Ahmed Bensouda, Abdelhadi Tazi, Abdelhadi Boutaleb...)
Les Fassis du siècle vignette|Porte de la kasbah de Fès (1891). À partir de la fin du , nombre de ces grandes familles de l'élite économique capitaliste émergente abandonnent Fès afin de s'établir à Casablanca qui devient la capitale économique du royaume. Tandis qu'au protectorat, Rabat devient la nouvelle capitale politique.
L'Europe est alors en pleine révolution industrielle. Casablanca attire les acheteurs européens et développe ses activités portuaires. En outre, la conquête de l'Algérie par les Français, en 1830, a coupé Fès de ses débouchés à l'Est. C'est de cette époque que date la puissance de ceux que l'on appelle aujourd'hui encore les « Fassis de Casablanca ».
L'un des principaux bénéficiaires de l'urbanisation de Casablanca est Hassan Benjelloun. Marchand de céréales, commissionnaire de la compagnie de navigation Paquet, il arrive à Casablanca en 1880. Pressentant le futur développement de la ville, il investit dans le foncier et l'immobilier. Aujourd'hui encore, ses héritiers - qui seraient près de 150 - perçoivent les rentes de ses judicieux placements. L'un des plus célèbres est Othman Benjelloun, à la tête de l'un des plus grands groupes du pays, ou encore la grande famille .
Protectorat Jusqu'en 1927, il n'existe au Maroc que deux collèges musulmans : les collèges (1914) à Fès et Moulay Youssef (1916) de Rabat. Ils accueillent, conformément à la décision du maréchal Lyautey, des élèves choisis parmi les titulaires du certificat d'études musulmanes, un diplôme délivré par les écoles aux fils de l'élite de toute la zone pacifiée du protectorat français.
Maroc contemporain Au lendemain de l'indépendance, le rôle historique joué par le parti de l'Istiqlal conforte la puissance des grandes familles fassies.
Leurs héritiers fréquentent les meilleurs lycées et les grandes écoles françaises. Diplômés des Mines, de Ponts et chaussées ou de Polytechnique, ils sont ensuite cooptés à la tête des grandes administrations, des banques, des sociétés industrielles ou commerciales et essaiment dans tous les secteurs stratégiques.
En 1966, la prise de contrôle des fédérations des chambres de commerce et d'industrie donne lieu à une véritable révolte de la part de gros commerçants soussis, qui disent vouloir en finir avec la domination unique des Fassis.
En 1972, un article du article du New York Times affirme :
"Fès a perdu son influence, mais pas les fassis. Avec une dextérité acquise au cours de plusieurs siècles dans la navigation du pouvoir politique et du monde économique, les Fassis sont présents la ou il y a de l'action, tout en conservant leur lien avec Fès. (..) Dans la ville de Casablanca, certains des plus grands industriels et hommes d'affaires sont fassis. Ainsi qu'un nombre important de médecins, avocats, ingénieurs ".