François Truffaut est un cinéaste français, né le dans le et mort le à Neuilly-sur-Seine.
Il est une figure majeure de la Nouvelle Vague et l’auteur de vingt et un longs métrages qui ont contribué à révolutionner la narration cinématographique et le cinéma français.
Il a été pris sous l'aile du critique de cinéma André Bazin et a été engagé pour écrire dans la revue des Cahiers du Cinéma, fondée par ce dernier, où il est devenu un fervent défenseur de la théorie de l'auteur, selon laquelle le réalisateur d'un film en est le véritable auteur. Les Quatre Cents Coups (1959), avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle d’Antoine Doinel, l'alter ego de Truffaut, fut un film phare de la Nouvelle Vague. Les films Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) et L'Amour en fuite (1979) continuèrent à raconter l’histoire du couple formé par Antoine et Christine (Claude Jade). Parmi ses autres films notables, citons Tirez sur le pianiste (1960), Jules et Jim (1962), La Peau douce (1964) et Le Dernier Métro (1980). La Nuit américaine (1973) de Truffaut lui a valu le BAFTA du meilleur film et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il a écrit Hitchcock/Truffaut (1966), un livre d'entretiens avec son héros Alfred Hitchcock.
Il est marié de 1957 à 1964 à Madeleine Morgenstern, se fiance en 1968 à l'actrice principale de trois de ses films, Claude Jade, et a vécu avec Fanny Ardant, actrice dans ses deux derniers films, jusqu'à sa mort. David Thomson écrit que « pour beaucoup de cinéphiles, Truffaut restera toujours la figure de proue la plus accessible et la plus attachante de la Nouvelle Vague ».
Contre un cinéma de divertissement purement commercial, il est un producteur favorisant la espérée par Marcel L'Herbier. À l'occasion, il est aussi acteur.
Biographie L'enfance des quatre cents coups Enfant non désiré (1932-1942) vignette|gauche|Plaque 33 rue de Navarin (Paris). vignette|Dans le bas Montmartre, au 21 rue Henry-Monnier, entrée de l'immeuble des grands-parents maternels de François Truffaut. vignette|Autre vue de l'immeuble. François Truffaut naît sous le nom d’état civil de François Roland de Montferrand le dans le ., de père inconnu, chez une sage-femme installée au de la rue Léon-Cogniet... Au terme d'une grossesse qu'elle a cachée, sa mère, Jeannine (ou Jeanine) de Monferrand, secrétaire au journal L'Illustration, confie le bébé à une nourrice de Montmorency, puis à une autre nourrice de Boissy-Saint-Léger. La position de fille-mère, dans le milieu bourgeois et catholique conservateur dont elle est issue, est un objet de scandale. Les grands-parents maternels du petit François sont Jean et Geneviève de Montferrand.
En , Jeannine de Montferrand épouse Roland TruffautIls divorceront en 1962. qui avait reconnu l'enfant le 24 du mois précédent. L’enfant est en conséquence légitimé « Truffaut » le jour du mariage, en l’occurrence le . Roland Truffaut — que Jeannine avait rencontré au Club alpin, association dont père est vice-président — est dessinateur. dans un cabinet d'architecte-décorateur. Au printemps, moins de neuf mois après le mariage, Jeannine met au monde un petit René, qui ne survit pas plus de huit semaines. Le deuil de l'enfant légitime inscrit définitivement le petit François dans la position d'enfant rejetéBernard de Montferrand, cité in L'Express, op. cité..
À l'âge de , François est retiré de sa nourrice et il est souvent confié à ses grands-parents maternels qui habitent au 21 rue Henry-Monnier, dans le . Ses parents habitent à quarante mètres, dans un immeuble moins bourgeois. Ils gagnent peu, même si Roland Truffaut a trouvé un emploi stable aux Éclaireurs de France, rue de la Chaussée d'Antin, où il est chargé de concevoir l'aménagement des locaux utilisés pour les activités de scoutisme, tels que des chalets. L'enfant va à l'école maternelle du 12 rue Clauzel, puis à l'école élémentaire du lycée Rollin, où il est bien noté.
En 1939, le jeune François Truffaut, qui a pris goût à la lecture auprès de sa grand-mère maternelle, fréquente les cinémas, le soir et souvent pendant les heures de classe. Il collectionne près de trois cents dossiers — constitués d'articles de journaux découpés et de photographies volées dans les cinémas — sur des cinéastes, comme Renoir, Gance, Cocteau, Vigo, Clair, Allégret, Clouzot, Autant-Lara. Quand la guerre éclate, celui qu'il croit être son père est mobilisé et il reste un an avec ses grands-parents à la maison Ty-Rosen, que chaque été ceux-ci louent à Binic, une station balnéaire du département des Côtes-du-Nord.
En 1942, Geneviève de Montferrand, sa grand-mère, meurt de tuberculose. Il retrouve le deux-pièces de ses parents, au 33 rue de Navarin. Cinquante mètres plus haut dans la rue, au 22, dans un restaurant — qui en sert de cache à Mélinée Manouchian — habite un jeune homme nommé Charles Aznavour : dix-huit ans plus tard, ce dernier sera la vedette du film de Truffaut, Tirez sur le pianiste. Le jeudi, les Truffaut soupent avec Robert Vincendon, qui est l'amant de la mère de François. Le père de famille, Roland Truffaut, devenu membre du comité de direction du Club alpin en 1939, est vice-président de la section Paris-Chamonix. Il consacre ainsi tous ses loisirs à l'alpinisme, en particulier à la revue du Groupe de haute montagne, La Montagne et Alpinisme, et à l'intendance des refuges, raison pour laquelle il s'absente souvent.
Décrochage scolaire et école buissonnière (1943-1945) vignette|Roland Lévy, au centre, en août 1930. François Truffaut ne trouvera son père biologique qu'en 1968 à la suite d'une enquête de détective. En juin 1943, François Truffaut est refusé en classe de sixième et inscrit à l'examen de rattrapage. En vacances à Juvisy chez les parents de celui qu'il croit être son père, il écrit aux siens de venir le chercher le dimanche précédant le jour de l'examen. Ils ne viennent pasF. Truffaut, Lettre à son beau-père, 1959, cité in Alexandre Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, 2 novembre 2014.. Orienté vers le cours complémentaire de l'école communale, 5 rue Milton, il cesse d'être appliqué. Il trouve un complice de ses premiers « 400 coups » dans le Paris sous Occupation en son voisin de classe, Robert Lachenay, cancre redoublant qui a un an de plus que lui et habite un grand appartement à trois pâtés de maisons de chez lui, 10 rue de DouaiRobert Lachenay, cité in ..
Le vendredi soir ou le samedi, les parents de François Truffaut partent à bicyclette s'entraîner à l'escalade sur les rochers de la forêt de Fontainebleau, sans lui, le laissant seul à Paris. La mère de Claude Véga, autre camarade, l'héberge le temps du week-endClaude Véga, cité in Alexandre Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, 2 novembre 2014.. Découvrant le livret de famille au début de l'année 1944, un des jours où ses parents sont partis faire de la varappe, il apprend qu'il n'est pas le fils biologique de Roland Truffaut, mais il ne connaîtra l'identité de son père biologique qu'en 1968. Fugueur, il se précipite sans payer dans les salles de cinéma de Pigalle ou de la Nouvelle Athènes avec Robert Lachenay dès que ses parents s'absentent« François Truffaut, une vie. », Arte..
Son oncle, Bernard de Montferrand, est un résistant. En lien avec le maquis du Vercors, il participe à l'acheminement clandestin de courriers entre Amsterdam et Genève pour l'ORA. Il est arrêté en gare de Lyon le .
À la Libération, François Truffaut a douze ans mais n'a toujours pas de chambre et continue de dormir dans le couloir. Il entre en cinquième à l'école primaire supérieure de son quartier, 35 rue Milton. En , il est inscrit à l'école privée Notre-Dame-de-Lorette, 8 rue Choron, et découvre les camps de concentration nazis sur l'écran du Cinéac-Italiens. Il fait souvent l'école buissonnière, et s'évade dans la lecture de romans classiques ou dans les salles de cinéma.
Misère adolescente de l'après-guerre (1945-1947) Entre 1945 et 1946, François Truffaut voit douze fois Le Roman d'un tricheur de Sacha Guitry au cinéma Champollion. Le héros de Guitry, parricide, asocial, voleur, devient son idéal, incarnant une morale .. Le , François Truffaut, en classe de quatrième de l'enseignement primaire supérieur, obtient son certificat d'études primaires et arrête sa scolarité.
À la fin du mois de , il est embauché par un grainetier grossiste, 16 avenue de l'Opéra. Magasinier et homme à tout faire, il circule dans Paris entre les dépôts. Il reverse à ses parents les deux tiers de son salaire tout en habitant le plus souvent dans la chambre de bonne où Robert Lachenay s'est installé quand le père de celui-ci, secrétaire du Jockey Club poursuivi pour avoir participé durant l'Occupation à des activités de marché noir, a divorcé. C'est alors, à , qu'il connaît son premier amour, une certaine Geneviève S.. Chaque fin de mois est difficile mais, plutôt que de solliciter leurs parents, les deux jeunes gens (Truffaut et Lachenay), privés de gaz et d'électricité, préfèrent jeûner jusqu'à trois jours durant. Ils se prêtent mutuellement leurs vêtements présentables pour aller travailler à tour de rôle..
En , François Truffaut déménage ses dossiers cinématographiques dans le grand appartement de la mère de Robert Lachenay, au de la rue de Douai. C'est leur bibliothèque cinématographique. Ensemble, ils découvrent le cinéma américain et fréquentent les ciné-clubs, dont le « Ciné Art » au de l’avenue Pierre--de SerbieAlexandre Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, .. Ouvert par l’association « La Plaque tournante », fondée en Armand J. Cauliez, Lettre à Jean Epstein, , in Fonds Epstein, cote 420B94, Cinémathèque française, Paris. par Armand Jean Cauliez, le Ciné Art — qui qualifie sa revue homonyme de . — est, dans une démarche bien particulière, consacré à des films tirés de la vie quotidienne« Ciné Art », in Paris-Cinéma, Paris, , cité in Fonds Epstein, cote 432B97, Cinémathèque française, Paris.. , enseignant de l'IDHEC, et Jean Epstein, théoricien de la transformation de la civilisation par le cinéma, viennent y faire des présentationsLaurent Le Forestier, « Entre cinéisme et filmologie : Jean Epstein, la plaque tournante. », in Cinémas (revue d'études cinématographiques), , , Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'université de Montréal, Montréal 2009, ..
Première prison (1948-1949) En , François Truffaut démissionne de son emploi, par lassitude ou à cause d'une prime de départ. Il travaille à la librairie papeterie La Paix chez soi, à proximité de la Comédie-Française. En , il ouvre lui-même, malgré les avertissements bienveillants d'Henri Langlois, un cinéclub, Le Cercle Cinémane. Il dispose des douze mille francs de son indemnité de licenciement. Avec Robert Lachenay, il loue à la séance la salle 71 boulevard Saint-Germain, le Cluny-Palace.. Dès la seconde séance, Cinémane souffre de la concurrence du cinéclub voisin, où André Bazin donne des conférences. André Bazin, chrétien de gauche proche des personnalistes, anime un Centre d'initiation cinématographique dans le cadre du programme gouvernemental de diffusion du cinéma Travail et Culture, TEC.. En parallèle du programme de formation permanente Peuple et culture et avec l'appui de la CGT, ce sont des séances de cinéma, des achats groupés de billets et des créations de cinéclubs visant le public des ouvriers. François Truffaut rencontre le critique à son bureau, rue des Beaux-Arts, pour lui demander de décaler ses conférences du dimanche matin. C'est leur première rencontre.
François Truffaut publie sa première critique dans la revue Cités, que Jacques Enfer. vient de fonder.