L'avortement thérapeutique, également appelé interruption médicale de grossesse (IMG) ou interruption thérapeutique de grossesse, est une interruption de grossesse (avortement provoqué) en raison d'une affection médicale grave touchant la mère ou le fœtus.
Selon les pays, la législation concernant sa légalité, les conditions d'accès et les délais autorisés varie.
Différences entre IMG et IVG Contrairement à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), réalisée en début de grossesse à la demande de la femme ou du couple, l'interruption médicale de grossesse (IMG) n'est faite qu'après un diagnostic de nécessité médicale, le plus souvent après le (douzième semaine de grossesse).
En France, l'IMG découle très généralement d'un diagnostic prénatal. Elle peut s'effectuer à tout moment de la grossesse en vertu de l'article L. 162-12 du Code de la santé. Si l'IVG peut être pratiquée sans motif particulier avant la fin de la de grossesse ( d'aménorrhée), L'IMG n'est autorisée que pour des raisons médicales (y compris de santé mentale), lorsque la grossesse met en « péril grave la santé » de la femme ou s'il « existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ».
L'IMG ne doit pas être confondue avec l'IVG médicamenteuse en croyant lire Interruption Médicamenteuse de Grossesse. De plus dans IMG, médical indique ici les raisons, et non pas les moyens (une IMG peut être effectuée, si nécessaire, par des moyens chirurgicaux).
Techniques Elle varie en fonction du terme de la grossesse au moment de l'interruption. Avant d'aménorrhée, l'IMG est effectuée en provoquant l'accouchement par prise de mifépristone par voie orale avant la date prévue, suivi de prises de prostaglandines (voie orale ou vaginale) pour déclencher les contractions.
Exceptionnellement, en cas d’échec de la technique médicamenteuse, une technique chirurgicale peut être envisagée similaire à celle de l'IVG jusqu'à la quatorzième semaine d'aménorrhée.
Dans la grande majorité des cas, pour les IMG se déroulant après d'aménorrhée, une injection est nécessaire pour interrompre l'activité cardiaque du fœtus avant l'accouchement. Ce geste nécessite au préalable l'injection fœtale (dans le cordon ombilical (cordocentèse) ou directement dans le fœtus) d'un médicament anesthésiant et/ou sédatif. L'arrêt de l'activité cardiaque est obtenu par l'injection d'un médicament arythmogène (lidocaïne ou chlorure de potassium).
Le déclenchement du travail est ensuite obtenu par l'administration de prostaglandines ou d'ocytocine, avec éventuellement rupture de la poche des eaux, sous la forme d'un accouchement dirigé, sous anesthésie péridurale si la patiente le souhaite.
En cas d’échec de la technique médicamenteuse, une technique chirurgicale d'IMG est envisagée par l’équipe médicale, elle consiste en une dilatation-évacuation (dilatation du col de l'utérus, et curetage et aspiration du contenu utérin).
En France, pour les grossesses de plus de ou pour les fœtus pesant plus de , une déclaration à l'état civil est obligatoire que l'enfant soit né vivant ou mort. S'il est né vivant, l'inhumation ou la crémation sont également obligatoires, et possibles pour les mort-nés. Pour les fœtus de moins de ou de moins de nés sans vie, l'inscription à l'état civil et l'inhumation sont possibles à la demande des parents.
Facteurs socio-culturels Il est difficile d'évaluer les facteurs déterminants qui conduisent à l'avortement thérapeutique, car la plupart des études sur ce sujet ne font pas de distinction entre IVG et IMG.
Âge maternel Dans les pays développés, le taux absolu d'IMG est le plus élevé chez les femmes de 20 à . Ce qui pourrait correspondre à la période où la fertilité féminine est la plus forte, avec un plus grand nombre de fœtus atteints. Cependant le taux relatif d'IMG (par rapport au nombre de grossesses dans une même tranche d'âge) est le plus élevé chez les femmes de moins de et de plus de . Ces périodes correspondent à une fertilité faible, mais avec un risque plus élevé de maladies fœtales et de malformations congénitales.
Dans le tiers monde, l'âge moyen de la première grossesse est nettement inférieur à celui des pays occidentaux et la majorité des femmes nécessitant un avortement est âgée de moins de (89,5 %).
Statut familial Dans les pays occidentaux, chez les divorcées, l'IMG est trois fois plus fréquente que chez les célibataires, et cinq fois plus que chez les mariées ou vivant en couple. La relation de couple et le rôle du père apparaissent déterminants dans le choix d'un avortement thérapeutique. Il existe une corrélation avec le nombre d'enfants : les femmes qui ont deux enfants ou plus ont un taux d'avortement cinq fois plus fort que les femmes sans enfants ou un seul.
Dans les pays en développement, la corrélation avec le nombre d'enfants est similaire. Toutefois, la majorité des femmes qui demandent ou nécessitent un avortement sont mariées ou célibataires, probablement parce que dans la plupart de ces pays, la famille monoparentale et le divorce, même légaux, ne sont pas culturellement acceptés.
Les femmes victimes de violence conjugale ont trois fois plus de risques de terminer leur grossesse par un avortement. Les cliniciens doivent en tenir compte lors de l'évaluation médicale d'un avortement.
Urbanisation, niveau d'éducation et de revenus La fréquence de l'IMG est plus élevé dans les zones urbaines, en raison des services de santé disponibles. En Inde, le coût d'avoir un enfant est plus élevé dans les grandes villes, car contrairement aux zones rurales, l'enfant ne peut être employé dans le travail agricole. Plusieurs études de la région méditerranéenne indiquent que les femmes de niveau secondaire ou universitaire ont un taux d'IMG 10 à le taux des femmes non scolarisées. Alors qu'en Europe du Nord et en Australie, les IMG s'observent plutôt chez les femmes de bas niveau socio-économique et culturel.
En Éthiopie, la majorité des IMG s'effectuent chez les femmes illettrées ou de niveau primaire, alors qu'en Inde les femmes acceptant l'IMG ont un niveau supérieur d'éducation.
Dans les pays occidentaux, les femmes employées ont une fréquence absolue d'IMG près de deux fois plus élevée que les femmes au foyer et les étudiantes. Cependant, par rapport à leur indice de fécondité, ce sont les étudiantes qui ont la fréquence relative la plus élevée, du fait que les étudiantes n'ont pas leur propre revenu, ce qui influe sur leur décision. Chez les femmes employées, celles qui ont le revenu mensuel le plus faible sont celles qui ont le plus recours à l'avortement.
Croyances religieuses Une croyance religieuse forte (comme les catholiques pratiquants en Espagne) peut réduire l'accès aux services d'IMG. En Iran, les femmes les moins religieuses ont plus souvent recours à l'avortement. En Pologne, la peur d'être mal jugées par leur communauté religieuse contraint les femmes à recourir à des services éloignés de leur domicile. Cependant, la religion pourrait apporter de meilleures conséquences psychologiques lors de la découverte de malformation fœtale létale, comparativement à celles qui se décident pour une IMG.
Législations France
En France, en pratique, l'interruption médicale de grossesse . Elle est possible en France à tout âge, et jusqu'au terme de la grossesse (article L. 2213-1 du code de la santé publique).
Le fœtus, aux yeux du droit français, n'est pas une personne juridique bien qu'il bénéficie d'une certaine protectionStatut de l'embryon et du fœtus (Université de Droit Paris 5), sur Comment ça marche.
Les modalités pratiques de « l'interruption médicale de grossesse » ont été précisées à partir de 1975 avec la loi du instaurée par Simone Veil, et entre autres, par l' de la loi 94-654 du , qui précise que
Dans le cadre de la révision de la loi sur la bioéthique de 2020, un amendement a fait spécifiquement mentionner la « détresse psychosociale » comme critère autorisant l'avortement IMG jusqu'au terme de la grossesse, critère déjà présent selon le député Jean-François Eliaou, mais insuffisamment défini selon les promoteurs de l'amendement. L'amendement est finalement supprimé en commission en deuxième lecture au Sénat et ne figure pas dans le texte définitif adopté à l'issue du parcours législatif.
Canada À l’époque de la fondation de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) et dans le premier Code criminel du Canada, entré en vigueur en 1892, l'avortement était un crime tant pour le médecin qui le pratiquait que pour la femme enceinte elle-même.
En 1967, le Conseil général de l'Association médicale canadienne a réclamé la légalisation de l'avortement sous certaines circonstances. La Loi modifiant le droit pénal, adoptée en 1969, a permis la pratique de l'avortement dans les hôpitaux à condition que la grossesse représente un danger pour la santé de la femme, conformément à la définition établie par un comité de trois médecins sur l'avortement thérapeutique.
États-Unis La procédure chirurgicale de l'avortement thérapeutique par dilatation-évacuation a été interdite aux États-Unis par une loi de 2003 dite (, désignant l'avortement thérapeutique chirurgical selon les opposants à l'avortement aux États-UnisL’invention de l'avortement « par naissance partielle » , sur arcc-cdac.ca, Coalition pour le droit à l'avortement au Canada.).
Maroc Au Maroc, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est autorisée si elle est justifiée par la nécessité de sauvegarder la vie de la mère par un médecin. Cependant, l'avis de deux médecins consultants est obligatoire, et l'un d'entre eux doit figurer sur la liste des experts auprès des tribunaux ; après examen et discussion, les médecins attesteront par écrit que la vie de la mère ne peut être sauvegardée qu’au moyen d’une telle intervention thérapeutique.
Le médecin qui l'exerce n'engage pas sa responsabilité pénale s'il respecte les conditions prévues par l' du Code pénal.
Indications Le cadre légal français concernant l'interruption médicale de grossesse a été encore modifié en 1999 par la création des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (49 répartis sur le territoire national), et par la loi du qui définit deux indications : pour une interruption médicale de grossesse pour raison fœtale : elle ne peut se faire qu'à la demande de la femme enceinte, après avis d'un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDP, agréé par l'Agence de la Biomédecine) et si deux médecins de ce Centre attestent qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection de particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Hors urgence médicale, la femme se voit proposer un délai de réflexion d'au moins une semaine avant de décider d'interrompre ou de poursuivre sa grossesse ; pour une interruption médicale de grossesse pour raison maternelle : elle ne peut s'envisager que si la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme. Dans ce cas, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme comprend au moins quatre personnes dont un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique et membre d'un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal. Dans tous les cas, la possibilité d'une IMG relève d'une option dans les choix qui existent pour la femme enceinte. Ainsi, le CPDP ne « propose » pas l'IMG mais informe la patiente que la situation clinique ou la pathologie diagnostiquée est suffisamment grave pour qu'une interruption de grossesse soit possible si la patiente en fait la demande.
Bioéthique