Ambroise Croizat, né le à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie). et mort le à Suresnes (Hauts-de-Seine), est un syndicaliste et homme politique français, membre du Parti communiste français (PCF) et un des fondateurs de la Sécurité sociale.

Ouvrier ajusteur-outilleur, il travaille en usine depuis ses 13 ans et devient en 1928 secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, puis député de la Seine sous le Front populaire, et dès les premières élections sous le Gouvernement provisoire de la République française.

En tant que ministre du Travail et de la Sécurité sociale de à et de janvier à , il met en place le régime général de la sécurité sociale sur le territoire français, en coopération avec le haut fonctionnaire Pierre Laroque. Il est alors surnommé le .

À sa mort en 1951 d'un cancer du poumon, un million de personnes l’accompagnent au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé.

Biographie Enfance Le père d'Ambroise Croizat, Adolphe-Antoine, est ferblantierAdolphe Antoine Croizat (1867-1937), ferblantier, est militant socialiste puis communiste de Lyon. En 1906, il lance la première grève en Savoie. Il gère aussi Le Travail, journal régional du Parti communiste. Voir sur humanite.fr.Jean Marie Mayeur, Arlette Schweitz, Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République, 1. et sa mère, Louise-Jeannette Piccino, employée dans un tissage de velours. Lui-même travaille en usine dès l'âge de lorsque son père est appelé sous les drapeaux en 1914. Apprenti métallurgiste, il suit en même temps des cours du soir et devient ouvrier ajusteur-outilleur dans la région lyonnaise..

Parcours syndical et politique En 1917, il s'inscrit aux Jeunesses socialistes et adhère au Parti socialiste - SFIO en 1918.. Il se déclare partisan de l'affiliation de la Section française de l'Internationale ouvrière à l'Internationale communiste. Il anime les grandes grèves de la métallurgie lyonnaise. Ambroise Croizat est considéré comme antimilitariste et anticolonial. Il entre au Parti communiste dès sa fondation en 1920, et il est l'un des dirigeants des Jeunesses communistes de 1920 à 1928. Il devient permanent du Parti communiste en 1925. En 1926, il suit une formation à Moscou. En 1928On trouve aussi 1927, cf. Michel Etiévent, Ambroise Croizat le bâtisseur de la Sécurité sociale, humanite.fr, décembre 2009., il est nommé secrétaire de la Fédération unitaire des métaux. En 1929 — et jusqu'à sa mort en 1951 — il est membre du comité central, puis membre du bureau de la Fédération de la jeunesse. Il déploie une intense activité militante dans de multiples endroits en FranceMichel Étiévent, « Ambroise Croizat, "militant ambulant" », humanite.fr, le 31 janvier 2001..

En 1936, au moment où se réalise l'unité syndicale entre la CGTU et la CGT, il devient secrétaire général de la fédération CGT des métallurgistes qui regroupe alors 20 % des effectifs de la CGTMichel Dreyfus, Histoire de la CGT, éditions Compexe, 1995, p. 165 et suivantes., et y sera réélu en .

Aux élections législatives de 1936, il est élu dans la deuxième circonscription du de la Seine, représentant le quartier de Plaisance..

Il est négociateur de la convention de la métallurgie parisienne, rapporteur sur la loi des conventions collectives à la Chambre. Il est également négociateur dans le secteur des grands magasins et membre à la Chambre de la commission sur les armements..

Membre du Groupe ouvrier et paysan constitué légalement en remplacement du groupe parlementaire communiste dissousSa création figure au Journal officiel (Chambre des députés / Modifications aux listes électorales des membres des groupes, JO du 29 septembre 1939).. et rassemblant la majorité des députés communistes qui avaient approuvé le Pacte germano-soviétique, il est arrêté dans la nuit du 7 au Par application du décret-loi promulgué le et réprimant les activités liées à la Troisième Internationale (cf.)., déchu de son mandat le et condamné le par le tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques et politiquesCondamnation des ex-députés communistes, Le Matin du 4 avril 1940 p. 1-2, gallica.bnf.fr.Florimond Bonte, Le Chemin de l'Honneur, 1949, p.346-345.. Ayant transité par 14 prisons, il finit par être transféré en au bagne de Maison Carrée, dans la banlieue d'Alger.

Fondation de la sécurité sociale

Libéré le , trois mois après le débarquement allié en Afrique du Nord, il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d'Alger. Au titre de la CGT, à partir du Anne-Marie Gouriou, Roseline Salmon : Annexe du répertoire, Assemblée consultative provisoire (Alger) et Annexe du répertoire, Assemblée consultative provisoire (Paris), Archives nationales, Paris, 2008., il siège à l'Assemblée consultative provisoire et participe à ses délibérations, notamment au sein de la Commission du travail et des affaires sociales, dont il devient le président.. Il est à nouveau confirmé le dans le cadre de l’Assemblée consultative provisoire de Paris. Certaines mesures concernant la sécurité sociale sont examinées par cette commission dès décembre 1944. Ces dernières sont alors jugées insuffisantes par Ambroise Croizat qui considère qu'elles « ne touchent pas au fond du problème » et qu'il faut s'attendre à une « refonte complète de la législation » concernant la retraite des vieux travailleurs.

La commission du Travail et des Affaires sociales aura notamment pour rôle de rendre un avis sur le projet d'ordonnance instituant la sécurité sociale. Le , une sous-commission consacrée au nouveau régime d'allocations aux vieux travailleurs est créée à l'initiative d'Ambroise Croizat. Auditionnées par la commission, les organisations syndicales sont associées aux travaux.

Aux côtés du rapporteur de la commission, Georges Buisson (CGT), Ambroise Croizat décrit le projet qui conduira à l'ordonnance du 4 octobre 1945 comme : « le produit d'une année de travail, au cours de laquelle des fonctionnaires, des représentants de tous les groupements et de toutes les organisations intéressées, des membres de l'Assemblée consultative provisoire, dont certains font partie de la présente Assemblée, ont associé leurs efforts pour élaborer un texte que le gouvernement de l'époque a, en définitive, consacré conformément à l'avis exprimé par 194 voix contre 1 à l'Assemblée consultative ».

À la Libération, il est élu membre des deux Assemblées constituantes (scrutins du et du ) puis de l'Assemblée nationale de 1946 à 1951.

Ambroise Croizat est nommé ministre du Travail du au par de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République. Il est à nouveau nommé ministre du Travail et de la Sécurité sociale du au (gouvernements Gouin et Bidault) puis du au (gouvernement Ramadier, fin de la participation communiste au gouvernement). Pierre Roland-Lévy est son chef de cabinet. Dans son premier discours en tant que ministre à l’Assemblée, le , Croizat affirme la priorité, pour le gouvernement, que doivent constituer la Sécurité sociale et la retraite des vieux travailleurs :

Il est chargé d'organiser la Sécurité sociale (assurance maladie, retraites, allocations familiales), en application des ordonnances des 4 et émanant du programme du Conseil national de la Résistance.., et en subversion de certaines lois promulguées par le régime de Vichy., notamment en matière de retraites. S'appuyant sur le travail de son prédécesseur Alexandre Parodi, bénéficiant des compétences techniques de Pierre Laroque, Croizat impulse la création du régime général de Sécurité sociale qui sera mis en œuvre par les militants de la CGTBernard Friot, Vaincre Macron, Paris, Éditions La Dispute, 2017, .. Sous son ministère, les allocations familiales sont doublées, puis il augmente de 50 % la rémunération des heures supplémentaires et supprime l’abattement de 10 % sur les salaires féminins. II contribue à l'amélioration du droit du travail français en renforçant les comités d'entreprise, il organise et généralise la médecine du travail, réglemente les heures supplémentaires et crée le statut des mineurs.

Il met en place un régime général de couverture sociale qui non seulement mutualise une part importante de la valeur produite par le travail, mais qui en confie aussi la gestion aux travailleurs eux-mêmes. Croizat n’invente pas la sécurité sociale, dont les éléments existent déjà ; il rassemble en une seule caisse toutes les formes antérieures d’assurance sociale et finance l’ensemble par une cotisation interprofessionnelle à taux unique. Ainsi, les allocations familiales, l’assurance-maladie, les retraites et la couverture des accidents du travail ne dépendent ni de l’Etat ni du patronat, mais d’une caisse gérée par des représentants syndicaux. Selon l’estimation de l’Assemblée consultative provisoire en , le régime général socialise dès le départ le tiers de la masse totale des salaires. Avec Pierre Laroque, il supervise l’installation du nouveau système unifié en lieu et place du préexistant millefeuille de couvertures par profession, par branche, par catégorie de salariés, par type de risque, auxquelles s’ajoutaient les mutuelles et les caisses syndicales et patronales.

Vie personnelle Ambroise Croizat épouse le , à Villeurbanne, Germaine Marie Girod (1902-1977), dont il divorce pour épouser en secondes noces le , à Bagneux, Denise Mettetal (1912-1972). Il a une fille naturelle, Liliane Caillaud Croizat (1936-2018) reconnue le .

Un fils issu de son premier mariage, Victor Roger Croizat, né le à Lyon 2e, électricien, meurt d’un accident de chantier EDF, électrocuté lors d’une intervention sur une ligne à haute tension, le Voir sur ftm-cgt.fr...

Mort thumb|Tombe d'Ambroise Croizat au Père-Lachaise. Il meurt d'un cancer du poumon à 50 ans le à l'hôpital Foch de Suresnes.. Le Parti communiste lui fait de grandioses funérailles : son corps est exposé à la Maison des métallurgistes (aujourd'hui Maison des métallos) puis au siège de la CGT ; un million de personnes endeuillées (chiffre gonflé d'après certains historiens) l’accompagnent au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé... Pourtant, d'après Bernard Friot et Christine Jackse, l'histoire officielle décidera ensuite de l'ignorer..

Contributions Surnommé le « ministre des travailleurs », le nom d'Ambroise Croizat reste attaché aux grandes lois relatives au régime général de la Sécurité sociale : chargé de son organisation (contre le système capitaliste de sécurité sociale mis en place tout au long du ..), organisation administrative des caisses et des élections aux conseils d'administration des caisses et régimes des fonctionnaires.

Son influence s'exerce aussi sur les projets concernant les comités d'entreprise, le statut des délégués du personnel, les conventions collectives, la prévention et la réparation des accidents du travail, le régime des prestations familiales.

Fonctions gouvernementales Ministre du Travail du gouvernement de Gaulle II (du au ) Ministre du Travail et de la Sécurité sociale du gouvernement Gouin (du au ) Ministre du Travail et de la Sécurité sociale du gouvernement Bidault I (du au ) Ministre du Travail et de la Sécurité sociale du gouvernement Ramadier I (du au )

Hommages et postérité vignette|Plaque au 79 rue Daguerre à Paris. vignette|Plaque de la place Ambroise-Croizat, de Paris. vignette|Biographie dans la station Porte d'Orléans du métro de Paris.

Plaque Une plaque commémorative se trouve au 79 rue Daguerre ( arrondissement de Paris), où il a vécu.

Voies,