Andry Rajoelina (), né le à Antsirabe (Vakinankaratra), est un homme d'État anciennement détenteur de la nationalité malgache, et actuellement de nationalité française. Il est le chef de l'État de Madagascar du au en tant que président de la Transition puis président de la République du au et du au .
Chef d’entreprise, il est élu maire d'Antananarivo en 2007. Il mène le mouvement de contestation aboutissant à la crise politique de 2009 et au renversement du président Marc Ravalomanana. À la suite de ces événements, considérés comme une arrivée au pouvoir anti-constitutionnelle par plusieurs pays, il devient président de la Haute autorité de la transition et chef de l'État de facto. Il quitte le pouvoir en 2014, après avoir accepté de ne pas se présenter à l'élection présidentielle de 2013 dans le cadre d'un accord politique.
Candidat à l'élection présidentielle de 2018, il l'emporte au second tour face à Marc Ravalomanana. Son mandat est notamment marqué par la gestion de la pandémie de Covid-19, au cours de laquelle il promeut des traitements controversés, par la famine de 2021 dans le sud du pays et par le cyclone Batsirai, qui frappe l'île au début de l'année 2022. Mais aussi par l'affaire des Predator Files et le non respect des droits humains, en particulier de la liberté d'expression, d'association et de réunion.
Il démissionne deux mois avant l'élection présidentielle de 2023, comme exigé par la Constitution afin de pouvoir se représenter. Il est réélu de manière contestée dès le premier tour, l'opposition ne reconnaissant pas les résultats.
Le , des manifestations contre les fréquentes coupures d'eau et d'électricité se mettent en place et se transforme en mouvement de contestation contre le régime actuel. Violemment réprimées, elles feront une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Le , le CAPSAT fait défection et rejoint les manifestants, Andry Rajoelina fuit alors le pays avec l'aide de l'armée de l'air française via l'île de la Réunion. Le , il dissout l'Assemblée nationale par décret, mais celle-ci vote néanmoins sa destitution par 130 des pour abandon de poste, soit plus de la majorité des deux tiers requise. La Haute Cour constitutionnelle constate la vacance de la présidence de la République et invite celui-ci assumer les fonctions de chef de l’État. Le colonel Michaël Randrianirina prend alors le pouvoir. Le , il perd sa nationalité malgache pour avoir été naturalisé français en 2014.
Situation personnelle vignette|Andry et Mialy Rajoelina (son épouse) à l'occasion de la journée nationale du reboisement 2012 de Madagascar.
Origines Andry Nirina Rajoelina est né au sein de l'ethnie merina des Hauts-Plateaux de Madagascar. Son père, le colonel Roger Yves Rajoelina, est officier dans l'armée malgache.
Andry Rajoelina n'a pas qu'une nationalité malgache, il détient également la nationalité française depuis le , de même que sa femme Mialy Razakandisa ainsi que leurs trois enfants. La famille vit alors en France après le retrait temporaire de la sphère politique malgache d'Andry Rajoelina, président de la Haute Autorité de transition de 2009 à 2013, avant son élection à la présidence en 2018. Andry Rajoelina dit avoir bénéficié de la nationalité française par le biais d'une naturalisation par filiation, son arrière-grand-père ayant la nationalité. La naturalisation est cependant suspectée d'avoir été le fruit de négociations visant à faciliter son départ du pouvoir. Si la binationalité française est très courante à Madagascar, Andry Rajoelina garde la sienne secrète jusqu'à ce qu'elle soit dévoilée en , provoquant une polémique. Cette dissimulation est alors jugée politique, l'association avec l'ancienne puissance coloniale allant à l'encontre de la politique nationaliste du président, qui le voit notamment revendiquer les îles Éparses françaises.
Carrière professionnelle En 1994, Andry Rajoelina commence sa carrière comme entrepreneur événementiel.. Il organise ainsi les événements les plus courus de la capitale malgache et lance le concept des soirées « Live »....
En 1998, grâce au soutien de la société de capital-risque Fiaro, filiale de la compagnie d'assurances de l'État ARO, il crée l'entreprise d'impression numérique et de gestion de panneaux publicitaires Injet, et en devient ensuite propriétaire à 100 %. Celle-ci est la première entreprise à Madagascar à acquérir la technologie d'impression grand format, ce qui lui permet de rapidement dominer le marché de l'affichage publicitaire. Il rachète aussi la société Domapub spécialisée dans la publicité et la communicationAndry Rajoelina en 2002 et 2004 : Le début de la fin pour Ravalomanana, www.madagate.com, 6 juillet 2011 (consulté le 6 octobre 2018)..
En 2003, Andry Rajoelina est nommé meilleur manager de l'année par la BNI, et gagne un crédit à taux zéro auprès de cette banque en récompense. Il investit alors dans un parc de panneaux publicitaires Trivision lumineux, mais l'année suivante, les autorités malgaches lui refusent la pose de ces nouveaux panneaux.
En 2007, Andry Rajoelina élargit ses investissements dans les médias en rachetant la radio et chaîne de télévision Ravinala, propriété de l'homme politique Norbert Ratsirahonana, qu'il rebaptise VivaJean-Dominique Geslin, Andry Rajoelina, www.jeuneafrique.com, 11 février 2009 (consulté le 6 octobre 2018)..
Vie privée et familiale En 2000, il se marie avec Mialy Razakandisa, fille de la femme d'affaires Nicole Razakandisa (morte en 2012). Le couple a trois enfants (deux garçons et une fille).
Au cours de sa carrière dans l'événementiel, Andry Rajoelina participe aussi à l'animation des soirées qu'il organise, ce qui lui vaut le surnom de .. .
Parcours politique Maire d'Antananarivo Le , Andry Rajoelina annonce qu’il est candidat à la mairie de la capitale de Madagascar, et crée l'association Tanora malaGasy Vonona () ou TGV. Il se déclare indépendant et non affilié à l'opposition. Le , il est élu maire de Tananarive avec 63,3 % des voix face au candidat du parti au pouvoir Tiako I Madagasikara (TIM), parti favori.
Andry Rajoelina annonce que la mairie est endettée à hauteur de 8,2 milliards de MGA (environ 3 millions d'euros)Andry Rajoelina hérite de 41 milliards FMG de dettes. Au début de , des coupures d'éclairage public et de l'approvisionnement en eau des bornes fontaines perturbent la stabilité de la ville. La Jirama, , compagnie nationale d'électricité (Jiro, littéralement ) et d'eau (Rano), réclame à la commune des arriérés de paiement s'élevant à 3,3 milliards MGA. Déduits de 717 millions MGA de taxe communales, les arriérés sont ramenés à 2,58 milliards MGA (environ ). Il s'avère par la suite que la JIRAMA doit elle-même une somme plus importante à la mairie que ce qu’elle lui réclamait, ce qui permit de résoudre instantanément une coupure d’eau de dans la villeRandria N., Antananarivo est-elle sanctionnée ?, www.madagascar-tribune.com, 7 janvier 2008 (consulté le 6 octobre 2018)..
Lors de son mandat, il pilote l'informatisation des services de la mairie. Il promet l'installation d’un représentant de la mairie dans tous les conseils de quartier pour prévenir les phénomènes de corruptionMadagascar. Les ambitions du maire d'Antananarivo, www.courrierinternational.com, 22 février 2008 (consulté le 8 octobre 2018).. En 2008, il lance les travaux de reconstruction de l'Hôtel de ville d'Antananarivo, incendié plus tôt, et propose une collecte communale à Marc Ravalomanana pour réunir les fonds nécessaires aux travaux de finitionMamy Rajaobelina : à propos de l’Hôtel de Ville, www.madagate.org, (consulté le 6 octobre 2018)..
À la tête de la capitale, il affirme que les pratiques du pouvoir entravent administrativement et financièrement l'exercice de son mandat. C'est le début du bras-de-fer entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Le , après l'arrêt des émissions de la chaîne de télévision Viva TV, ordonné par le gouvernement à la suite de la diffusion de l'interview de l'ancien président Didier Ratsiraka, Andry Rajoelina exige la réouverture de sa chaîne télévisée et lance un ultimatum au gouvernement qui expire le . Il prend alors la tête d'un vaste mouvement de contestation du régime Ravalomanana dans la capitale.
Président de la Haute Autorité de transition Crise de 2009
Andry Rajoelina s'inscrit dans l'opposition politique depuis son projet de panneaux publicitaires lumineux trivision bloqués en 2003 par les autorités gouvernementales, et de la coupure d'eau générale de suivant son accession à la mairie. De nombreux industriels malgaches lésés par l'État-Tiko se sont rangés derrière Andry Rajoelina qui personnifie la fronde antiprésidentielle, surtout à la suite des fermetures par les autorités de sa télévision et de sa radio Viva les et Mathieu Pellerin, Madagascar : un conflit d’entrepreneurs ?, www.politique-africaine.com, mars 2009 (consulté le 6 octobre 2018)..
Le , Andry Rajoelina dénonce les emplois fictifs de sa mairie servant à rémunérer les cadres de la société Alma, et présente une liste des infractions du président Ravalomanana dont la facture s'élève à 240 milliards d'ariary. Le , il appelle à une grève générale qui dégénère en émeutes et en pillages, notamment des sociétés liées au groupe Tiko. Le , Andry Rajoelina s'autoproclame « en charge des affaires du pays »Coup d'État à Madagascar : Andry Rajoelina s'autoproclame dirigeant, accusant le président Ravalomanana de haute trahison et de violations graves et répétées de la Constitution, et invoquant l'article 126 de ce texte pour lui faire retirer légalement ses pouvoirsPhilippe Randrianarimanana, Madagascar. Coup d'État ou "révolution orange" ?, www.courrierinternational.com, 2 février 2009 (consulté le 8 octobre 2018).. Le , il dépose une demande officielle de destitution du président Ravalomanana. Le , il est destitué de ses fonctions de maire d'Antananarivo par le ministère de l'IntérieurMadagascar: le maire de la capitale destitué par le gouvernement, www.lexpress.fr, 3 février 2009 (consulté le 8 octobre 2018)..
Le , maintenant sa demande de destitution du président de la République, Andry Rajoelina organise une nouvelle manifestation sur la place du 13-Mai. Les dirigeants du proclament la mise en fonction d’une Haute autorité de la transition avec Andry Rajoelina à sa tête. Les partisans se dirigent ensuite vers le palais présidentiel, pourtant classé zone rouge par les autorités, pour faire valoir leurs revendications. Plusieurs dizaines de manifestants sont tués par les tirs de la garde présidentielle.