Le — traduit littéralement par « Bureau fédéral d'enquête » —, très couramment désigné par son sigle (), est, aux États-Unis, le principal service fédéral de police judiciaire et un service de renseignement intérieur.
Le FBI est compétent pour plus de deux cents catégories de crimes fédéraux (relevé de 2010), ce qui en fait l'organisme d'enquête principal du gouvernement américain. Ses attributions comprennent l'antiterrorisme, le contre-espionnage, la cybercriminalité et la médecine légale. Créé en 1908 sous l'appellation (ou , traduit littéralement par « Bureau d'enquête »), ce service a été renommé « » en 1935. Son siège est situé au J. Edgar Hoover Building dans Pennsylvania Avenue à Washington, tandis que ses bureaux sont disséminés dans plus de quatre cents villes américaines et cinquante ambassades dans le monde.
Le sceau du FBI a été créé par le chef illustrateur Leo Joseph Gauthier et a été utilisé pour la première fois en 1941. Sur le listel situé sous le blason est inscrite en anglais la devise du service qui est : , .
Depuis le , le directeur du Federal Bureau of Investigation est Kash Patel.
Structure du FBI Généralités Le FBI est placé sous la tutelle du département de la Justice des États-Unis qui lui accorde son budget et qui définit ses priorités.
Les activités du FBI portent notamment sur : l'antiterrorisme ; le contre-espionnage ; le crime organisé (mafia) ; les enlèvements (depuis l'affaire du bébé Lindbergh en 1932) ; le crime en col blanc et la criminalité financière ; la recherche de renseignements généraux.
Son siège est installé dans le J. Edgar Hoover Building à Washington et son centre de formation se trouve à Quantico en Virginie. Sa devise officielle est .
Informations ponctuelles sur des effectifs historiques En 1918, au sortir de la Première Guerre mondiale, le Bureau disposait d'environ .
Seuls étaient affectés en 2005 à la surveillance des fraudes sur les hypothèques (l'une des causes de la crise des subprimes). Ce nombre passa à 177 en 2008, mais cela représentait des centaines d'agents de moins que pendant la crise des Savings and loan des années 1980-1990.
Budgets récents et effectifs globaux associés Les documents budgétaires présentés au Congrès des États-Unis, en , pour l'année budgétaire suivante (2023), font état d'un budget total de de dollars et d'un effectif global de tous grades confondus et sous les statuts suivants : spéciaux, du renseignement et de soutienhttps://www.justice.gov/file/1491851/download.
Le , le département fédéral de la Justice communique les indications suivantes relatives au budget du FBI, pour l'année fiscale 2024 : le budget demandé au Congrès est de de dollars, valable pour les dépenses devant commencer au et se terminer au ; les effectifs du FBI prévus sont les suivants : répartis en spéciaux, du renseignement et de soutien ; le FBI dispose sur le territoire des États-Unis de (field offices) dans les grandes villes et environ satellites à travers le pays ; le FBI dispose de représentations sous la forme de de (LEGATs) et dans fbi_fy_24_pb_bud_sum_ii_omb_cleared_3-08-23 , sur justice.gov, .
Historique Émergence vignette|J. Edgar Hoover (photo de 1961), directeur du FBI de 1935 à 1972, après avoir été directeur du BOI de 1924 à 1935, record absolu de longévité. vignette|Poste de commandement mobile du FBI.
L'ancêtre du FBI, le « Bureau of Investigation » (BOI), a été créé le par le procureur général des États-Unis Charles Joseph Bonaparte (aussi connu sous le nom de Bonaparte-Patterson), petit-neveu de , sous la présidence de Theodore Roosevelt, pour lutter contre le crime organisé à partir d'un groupe d'agents du United States Secret Service. Son siège était alors installé dans l'immeuble du département de la Justice, à Washington.
L'origine même du BOI remonte à la décision de la Cour suprême de 1886, dans le procès , qui décréta que les États fédérés n'avaient pas le droit de réguler le commerce inter-étatique. L'année suivante, le Congrès passa lInterstate Commerce Act (« Loi sur le commerce inter-étatique », 1887), rendant l'État fédéral responsable de l'application de la loi dans les cas inter-étatiques. Mais jusqu'à l'arrivée de Bonaparte-Patterson en tant que secrétaire à la Justice, le département de la Justice se contenta d'effectifs limités pour assurer cette fonction. Bonaparte-Patterson fit alors appel à diverses autres agences, dont le Service secret, afin d'obtenir des enquêteurs, mais, en 1908, le Congrès vota une loi interdisant au département de la Justice de faire appel à des employés du Trésor (le Secret Service faisant partie du Trésor, à l’origine). C'est alors que le secrétaire à la Justice Bonaparte-Patterson créa le BOI en y intégrant ses propres agents spéciaux, issus du Secret Service (lequel accepta de transférer douze de ses agents au BOI). Ainsi, les agents du FBI étaient originellement des agents du Secret Service, et dépendaient, juridiquement, de l'Interstate Commerce Act de 1887.
La première mission officielle du BOI fut de contrôler les maisons de tolérance et d'établir des registres de celles-ci, afin de préparer l'application du Mann Act du (ou , « loi sur la traite des blanches »). Au début de son existence, le BOI eut pour rôle principal de lutter contre la corruption, Institut des hautes études de Défense nationale, conférence du à et contre les « voleurs de terres » qui, dans l’Ouest américain, s’étaient appropriés, avec la complicité de membres du Congrès et de fonctionnaires, des dizaines de milliers d’hectares appartenant à l’État.
Ère Hoover (1924-1972) Avant-guerre J. Edgar Hoover fut nommé directeur du BOI le , et demeura en poste pendant près de quarante-huit ans, jusqu’à sa mort en 1972. Hoover s'impliquait de près dans la plupart des enquêtes et projets du FBI. En 1932, le BOI fut renommé , tandis que le Scientific Crime Detection Laboratory (ou , la division de police scientifique du FBI) fut ouverte la même année, en grande partie grâce aux efforts de Hoover. L'année suivante, il fusionna avec le , chargé d'appliquer les lois sur la prohibition de l'alcool, et prit le nom de « » (service enquête) (DOI), avant d'adopter finalement son nom actuel de « » (FBI) en 1935.
vignette|gauche|Lester J. Gillis, alias Baby Face Nelson, tué par le FBI en 1934 lors d'un échange de tirs.
Durant l'entre-deux-guerres, ses pouvoirs s'étendent à la suite des difficultés des forces de police locale à faire respecter la loi. Les règlements de compte brutaux à Chicago sont monnaie courante ainsi que le trafic d'alcool. Le service se fit alors rapidement connaître grâce à une excellente politique de relations publiques. Lors de la « guerre contre le crime » des années 1930, le FBI arrêta ou tua un certain nombre de criminels célèbres, tels que John Dillinger, Baby Face Nelson, Kate Ma Barker, Alvin Creepy Karpis, et George Machine Gun Kelly. Durant cette période, le FBI était aussi chargé de lutter contre l'influence du Ku Klux Klan, dont les activités racistes étaient en recrudescence notable. Par ailleurs, grâce au travail d', le FBI arrêta un certain nombre de néo-révolutionnaires mexicains, près de la frontière de Californie, dans les années 1920.
Mais le FBI s'intéressa aussi, dès cette période, aux activistes politiques, mettant en œuvre une surveillance des mouvements politiques les plus divers. La « » (« peur rouge ») affectait en effet les États-Unis à ce moment. Il fallut que le président Franklin D. Roosevelt intervienne pour mettre un terme (temporaire) à ces enquêtes, qui visaient des écrivains tels que Truman Capote ou William FaulknerParmi les écrivains espionnés on dénombre Pearl Buck, Truman Capote, John Dos Passos, Theodore Dreiser, William Faulkner, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Thornton Wilder, Sinclair Lewis, Romain Gary, Tennessee Williams et bien d'autres. Voir « Quand le FBI espionnait les écrivains américains », Le Monde, 20 novembre 1987..
Jusqu’à la création de l'OSS lors de la Seconde Guerre mondiale, le FBI qui comptait alors fut le seul grand service américain qui faisait du renseignement humain à l'étranger, essentiellement grâce à ses bureaux en Amérique latine. Lors de la création de la CIA, successeur de l'OSS, le FBI fut cantonné aux activités de surveillance intérieure.
Pendant la seconde guerre mondiale À partir des années 1940, le FBI se chargea de nombreuses enquêtes de contre-espionnage, qui continuèrent tout au long de son existence. Lors de la Seconde Guerre mondiale, huit agents de l'Allemagne nazie furent arrêtés, accusés d'avoir préparé des opérations de sabotage. Six d'entre eux furent exécutés (voir l'arrêt de la Cour suprême, ). Aux côtés de la National Security Agency (NSA), le FBI participa aussi de façon importante au projet Venona, un projet de décodage cryptographique des codes utilisés par l'URSS, mené conjointement avec le Royaume-Uni. Le projet Venona était sous la supervision de Hoover, qui n'en informa la CIA qu'en 1952.
Après l'attaque de l'armée japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor, le FBI procéda à l'arrestation des personnes d'origine japonaise vivant aux États-Unis. Des camps d'internement furent établis dans le nord et à l’est de la Californie (Arizona, Arkansas, Colorado, Idaho, Utah et Wyoming), où furent enfermées .
Après la guerre vignette|gauche|Clyde Tolson, du FBI, très proche de Hoover. Certains historiens affirment qu'ils furent amants. Lors de la guerre froide, la cible prioritaire officielle du FBI fut les réseaux du bloc de l'Est (arrestation de l'espion Rudolf Abel en 1957). Toutefois, l'agence ciblait aussi tous les mouvements « dissidents » des États-Unis, du Ku Klux Klan au Parti communiste des USA et aux divers groupes du mouvement des droits civiques. Ainsi, lors de l'opération secrète de renseignement COINTELPRO, programme en œuvre de 1956 à 1971, le FBI surveillait, avec l'aide de la National Security Agency (NSA), de nombreux mouvements d'opposition ; révélé par la Commission citoyenne d'enquête sur le FBI — un groupe de gauche qui avait cambriolé des bâtiments du FBI pour récupérer des dossiers classifiés —, le programme COINTELPRO fut sévèrement critiqué par la commission Church de 1975.
La surveillance du FBI s'étendait aussi aux membres du gouvernement. Ainsi, Hoover ordonna à ses agents d'effectuer une enquête à propos de Jack Valenti, nommé conseiller spécial du président Lyndon Johnson juste après l'assassinat de Kennedy le Joe Stephens, Valenti's Sexuality Was Topic For FBI, Washington Post, 18 février 2009. L'enquête visait notamment à déterminer si Valenti était homosexuel, une accusation qui suffisait alors à briser une carrière (le conseiller de Johnson dut ainsi démissionner peu de temps avant l'élection présidentielle de 1964 pour cette raison). Hoover (qui n'était pas marié, fut pendant quarante ans le compagnon de son « bras droit » Clyde Tolson et a, de ce fait, été soupçonné par certains historiens d'être lui-même homosexuel) utilisait en effet les informations sur les élites obtenues par ses agents dans le cadre de ses tractations avec la Maison-Blanche.
Pendant les années 1950 et 1960, les dirigeants du FBI étaient de plus en plus préoccupés par l'influence des leaders des droits civiques. En 1956 par exemple, Hoover prit la rare décision d'envoyer une lettre ouverte dénonçant le , un leader des droits civiques, chirurgien et riche entrepreneur du Mississippi qui avait critiqué l'inaction du FBI pour résoudre les meurtres de George W. Lee, d’Emmett Till et d'autres Afro-Américains dans le Sud. Dans le but de les neutraliser, le programme COINTELPRO servait à enquêter sur des organisations politiques dissidentes aux États-Unis, y compris les organisations non violentes et militantes, dont la Conférence du leadership chrétien du Sud, leader dans les droits civiques..