La psychologie sociale est la branche de la psychologie qui étudie de façon empirique comment « les pensées, les émotions et les comportements des individus sont influencés par la présence, éventuellement imaginaire ou implicite d'autres personnes ».. Dans cette définition, proposée initialement en 1954 par Gordon Allport., les termes « présence imaginaire ou implicite » indiquent que l'influence sociale indirecte est possible, même en l'absence physique d'autres individus, par l’intermédiaire de normes sociales perçues ou intériorisées. La psychologie sociale procède selon la méthode scientifique et s'appuie sur des mesures quantitatives (par exemple : mesures du comportement observé en laboratoire lorsque des individus sont placés dans des situations expérimentales, mesures par questionnaires, mesures physiologiques, imagerie cérébrale), ou qualitatives (par exemple : observations de terrain dans des situations naturelles, entretiens semi-directifs, focus groups).
Les psychologues sociaux étudient les processus mentaux impliqués dans les comportements humains liés aux interactions sociales. Ces recherches concernent un grand nombre de situations et de variables (indépendantes et dépendantes) dont les liens sont souvent représentés sous forme de modèle théorique.
La psychologie sociale est parfois considérée comme un domaine interdisciplinaire situé à l'intersection de la psychologie et la sociologie. Edward Jones conclut toutefois à la catégorisation de la psychologie sociale comme une sous discipline de la psychologie en comparant le volume de production scientifique dans le domaine attribué à des psychologues à celui attribué à des sociologuesJones, E. E. (1998). Major developments in five decades of social psychology. In D. T. Gilbert, S. T. Fiske, & G. Lindzey (Eds.), The handbook of social psychology (p. 3–57). McGraw-Hill. (Reprinted in modified form from "Handbook of Social Psychology (3rd ed.)," 1985). p.8.. En France et en Belgique, les diplômes de master et de doctorat en psychologie sociale sont délivrés dans le cadre d'un cursus en psychologie. Néanmoins, les contributions à la psychologie sociale des chercheurs en sociologie sont importantes et ont parfois conduit à distinguer la psychologie sociale « sociologique » de la psychologie sociale « psychologique ».. L'approche sociologique met davantage l'accent sur les variables macroscopiques (telles que la structure sociale) alors que l'approche psychologique se focalise plutôt sur les variables individuelles (telles que les dispositions internes). Les deux approches sont complémentaires et s'enrichissent mutuellement.. D'autres proximités disciplinaires existent, notamment avec l'économie comportementale. dans le domaine de la prise de décision ou encore avec les sciences cognitives dans le domaine de la cognition sociale..
La psychologie sociale s'est historiquement développée avec des orientations différentes aux États-Unis et en Europe. De façon générale, les chercheurs américains se sont davantage penchés sur les phénomènes ayant trait à l'individu, alors que les Européens ont accordé plus d'attention aux phénomènes de groupe (tels que la dynamique de groupe ou la psychologie des foules).. La production scientifique en psychologie sociale est très majoritairement américaine, notamment en raison d'un développement plus précoce dans ce pays. La plupart des revues scientifiques de référence et des théories ayant eu une influence majeure dans le domaine sont américaines..
Elle se trouve à la base d'un grand nombre d'applications (psychologie sociale appliquée, psychosociologie), de techniques et de pratiques professionnellesSerge Moscovici, Psychologie sociale, PUF, éd. mise à jour, 1998. : gestion de groupes et d'équipes, sondages, groupes de formation et de créativité, brainstorming, publicité.
Histoire Origines : précurseurs et pionniers vignette|200x200px|Gabriel Tarde L'origine exacte de la discipline est incertaine mais on peut la situer entre la fin du et le début du . Les chercheurs européens citent volontiers les sociologues et psychologues sociaux français Gustave Le Bon qui publie Psychologie des foules en 1895 et Gabriel Tarde qui publie en 1898 un ouvrage intitulé Études de psychologie sociale ou encore les italiens Paolo Orano avec son ouvrage intitulé Psicologia sociale en 1902 et Carlo Cattaneo en 1864 avec son essai Dell’antitesi corne metodo di psicologia sociale. Les chercheurs américains préfèrent généralement citer l'étude réalisée par le psychologue américain Norman Triplett en 1897 portant sur le phénomène de facilitation sociale, ou encore les publications simultanées en 1908 de deux ouvrages en langue anglaise sur le sujet par le sociologue américain Edward Alsworth Ross et le psychologue britannique William McDougall.
Parmi les précurseurs français de la psychologie sociale Gabriel Tarde marque la discipline par le développement de ses idées sur l'imitation et ses conséquences sur l'influenceGabriel Tarde, Les Lois de l'imitation, 1890.. En 1900 se tient à Paris le international de psychologie sous la présidence de Théodule RibotH. Piéron, Histoire succincte des congrès internationaux de psychologie, L'Année psychologique, 1954, 54-2, .. Lors du discours d'ouverture de Ribot, la psychologie sociale est évoquée pour la première fois dans une instance scientifique internationale.
Première moitié du : avènement du behaviorisme
vignette|200x200px|John B. Watson|gauche
Inspiré par les travaux de Ivan Pavlov sur le conditionnement et rejetant le concept de conscience ainsi que la méthode de l'introspection, le psychologue américain John Broadus Watson publie un article en 1913 marquant le début du courant behavioriste. Watson part du principe que seuls l'environnement et les comportements sont observables. Les processus mentaux sont inaccessibles de manière fiable et directe, ils se déroulent dans une « boite noire » imperméable à l'observation. Il faut donc concentrer les efforts de recherche sur ce qui est observable. Ainsi, l'objectif de la science du comportement est pour Watson d'étudier les relations entre les stimuli (S) de l'environnement et les comportements réponses (R) qu'ils provoquent. Dans cette approche, il cherche à établir un « modèle unifié de la réaction animale » et ne distingue pas les comportements humains de ceux des autres animaux.
Les travaux initiés par Watson sont poursuivis par Burrhus Frederic Skinner dans les années 1930 qui développe une méthode expérimentale basée sur l'utilisation d'un instrument de son invention : la boite de Skinner. Placés dans cette boite, les animaux (rats ou pigeons) disposent de leviers dont l'action va déclencher une conséquence agréable (renforcement positif ou négatif) ou désagréable (punition positive ou négative) déterminée par le chercheur. Ils vont ainsi apprendre par essai-erreur un comportement cible. Ce processus d'apprentissage est nommé conditionnement opérant.
Vers la fin des années 1930, de nombreux psychologues de la Gestalt, notamment Kurt Lewin, fuient l'Allemagne nazie vers les États-Unis. Ils jouent un rôle majeur dans le développement de la discipline en initiant la séparation avec les courants behavioristes et psychanalytiques qui étaient dominants à cette époque. L'étude des attitudes et des phénomènes de groupe commence à prendre son essor.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les psychologues sociaux étudient les effets de la persuasion et de la propagande au profit de l'armée américaine.
Après la seconde guerre mondiale : émergence du courant de la cognition sociale Après la guerre, les chercheurs s'intéressent à une variété de problèmes sociaux, y compris les questions de sexe et des préjugés raciaux.
Les expériences de Stanley Milgram sur la soumission à l'autorité ont compté parmi les plus remarquables, révélatrices, et controversées des études menées dans les années 1960. En effet, au moment du procès Eichmann à Jérusalem, Milgram cherche à comprendre comment autant d'individus ordinaires ont pu se transformer en tortionnaires et commettre les atrocités des camps nazis. Dans sa première étude il montre que 26 des ordinaires recrutés pour l'expérience acceptent d'infliger des chocs électriques potentiellement mortels (en réalité fictifs) à un inconnu sous la pression de l'autorité incarnée par le scientifique.
Dans les années 1960, il y a eu un intérêt croissant pour de nouveaux sujets, comme la dissonance cognitive, l'effet du témoin (Bystander effect), et l'agression.
Dans les années 1970, la psychologie sociale a vécu une crise en Amérique. Il y avait un vif débat sur l'éthique de l'expérimentation en laboratoire : « est-ce que les attitudes prédisent les comportements », et « à quel point est-il possible de faire des recherches dans un contexte culturel ». Ce fut aussi le moment où l'approche situationniste radicale contestait la pertinence du soi et de la personnalité en psychologie.
La psychologie sociale atteindra un niveau plus mature dans les théories et les méthodes dans les années 1980 et 1990. Des normes éthiques prudentes seront établies pour désormais réglementer la recherche. Les perspectives pluraliste et multiculturelle ont commencé à émerger. à partir de la fin du , les chercheurs s'intéressent à de nombreux phénomènes tels que les processus d'attribution causale, la cognition sociale, ou encore le concept de soi. Les psychologues sociaux ont également maintenu leurs intérêts appliqués aux contributions en matière de santé, de psychologie environnementale et juridique.
Considérant que le comportement de l'individu social n'est pas uniquement le fait d'influences extérieures mais également dû à divers processus mentaux (donc internes), plusieurs chercheurs tels que Kurt Lewin (théorie des champs), Solomon Asch (formation des impressions) et Fritz Heider (attribution causale) s'inspirent de la théorie de la Gestalt pour développer le courant cognitiviste de la psychologie sociale. On en vient à penser l'individu et la société comme étant une globalité interdépendante et la perception d'autrui est au centre de la relation sociale. La cognition sociale devient prédominante dans le paysage de la psychologie sociale dans les années 1980. Les études se portent sur les processus cognitifs de la perception, du traitement de l'information, de son stockage et de sa récupération. On observe de même les facteurs influençant ces processus et on passe de l'observation des comportements à l'étude des processus cognitifs à l'origine des comportementsPsychologie sociale, volume coordonné par Marcel Bromberg et Alain Trognon, Presses universitaires de France, corrigée, 2007, ..
La cognition sociale peut se définir à partir de ses principes de base, constitués de : deux axiomes fondamentaux : Chaque individu a une vision, une conception personnelle de la réalité dont il fait partie. Cette conception est construite à partir des processus cognitifs et sociaux. L'étendue de l'influence sociale : un individu, ses émotions, ses pensées et son comportement sont grandement influencés par l’environnement, même en l'absence physique d'autres individus.
de trois principes motivationnels : Le besoin de maîtrise. Les gens ont tendance à essayer de prédire ou comprendre les évènements qui se produisent dans l'environnement extérieur et la société afin d'obtenir une récompense telle que la survie, la sécurité ou encore l'estime qu'ils ont d'eux-mêmes. Le besoin de contact. Les gens accordent de l'importance aux contacts sociaux tels l'amour et le soutien en provenance des individus et des groupes qui leur sont proches. La valorisation du « moi » et du « mien ». Les gens ont tendance à se comparer aux autres avec un biais positif et valorisent ce qu'ils aiment et possèdent.
et de trois principes de fonctionnement des processus cognitifs et sociaux :