Jean-Baptiste Sylvère Gaye, vicomte de Martignac, né le à Bordeaux et mort le à Paris, fut un poète, goguettier, vaudevilliste, avocat et homme d'État français.
Biographie Jean-Baptiste Gaye de Martignac est le fils de Jean Léonard Gaye de Martignac, avocat à Bordeaux, bâtonnier, conseiller à la Cour Royale de Bordeaux (1816), conseiller-général de la Gironde, et de Marie-Thérèse Lanusse. Il est issu d'une famille de vieille bourgeoisie, originaire de Brive.
En 1798 il est secrétaire d'Emmanuel Joseph Sieyès puis, après avoir servi un temps dans l'armée, se tournant vers la littérature et la chanson, il entre dans le Cercle des chansonniers de BordeauxArthur Dinaux Les sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes, leur histoire et leurs travaux, Bachelin-Deflorenne, Paris 1867, pages 152-153. et dans la Société des Vaudevillistes de BordeauxOn trouve de longs détails sur la Société des Vaudevillistes de Bordeaux, et de nombreuses pièces de vers de Jean-Baptiste Sylvère Gaye de Martignac, de Pierre-Denis de Peyronnet et de leurs confrères avocats, dans un ouvrage de Henri Chauvot, avocat : le Barreau de Bordeaux, de 1775 à 1815. (Paris, A. Durand,1856, in-8), p.530-577. Le Règlement et prospectus de la Société, mis en vers, par Jean-Baptiste Sylvère Gaye de Martignac, p.609-616..
Une carrière de juriste sous l'Empire Avocat de formation, il défend, en 1811, la cause d'une jeune Miramontaise, Elisabeth Milhet de Belisle-Philipeaux, au cours d'un des premiers procès en divorce.
En 1813, il épouse sa jeune cliente, ce qui l'amène à vivre d'abord dans une des belles maisons de la place, avant de faire construire un hôtel particulier qui est aujourd'hui le centre des Finances publiques de la commune de Miramont-de-Guyenne.
Sous l'Empire, il se fait remarquer par ses talents oratoires et plaide avec succès comme avocat à Bordeaux.
Au début des Cent-jours, en , il appuie la tentative de la duchesse d'Angoulême de défendre Bordeaux, puis, cette défense s'avérant impossible, organise le départ pour l'exil de la princesse.
Il reste à l'écart jusqu'au retour au pouvoir de Louis XVIII, à la seconde Restauration.
En 1818 il intègre la magistrature pour devenir avocat général à la Cour royale de Bordeaux, puis en 1820 procureur général près la Cour royale de Limoges.
Une carrière politique sous la Restauration vignette|Jean-Baptiste Gaye, vicomte de Martignac. Des « ultras » à la modération En 1821 il est élu, en Lot et Garonne, député de la circonscription de Marmande. Il siège au centre droit.
À la Chambre des députés, il soutient la politique de Joseph de Villèle, chef du gouvernement ultra, tout en s'impliquant activement, en particulier comme orateur, dans le processus législatif.
Rapporteur de la loi sur la Presse en 1822, il est nommé Conseiller d'État la même année.
En 1823 il accompagne le duc d'Angoulême lors de l'Expédition d'Espagne en qualité de commissaire civil. A son retour en France, Louis XVIII le nomme Ministre d'Etatsource : biographie de la fiche à l'assemblée nationale et en 1824, Directeur Général de l’Enregistrement et des Domaines.
En 1825, il soutient la loi du milliard des émigrés à la chambre des députés.
A la fin de 1826, il est rapporteur à la Chambre du projet du Code forestier en tant que Commissaire du Roi Charles X.
Par lettres patentes du , le Roi Charles X lui confère le titre de vicomte.
La vie et les pratiques politiques l'amènent à modifier graduellement ses vues ultra-royalistes pour tendre vers celles des Doctrinaires, et, à la chute de Villèle, il est choisi par Charles X pour appliquer la nouvelle politique de compromis.
Le chef d'un gouvernement modéré
Avec l'appui du duc d'Angoulême, dont il est devenu un proche, il est nommé le ministre de l'Intérieur ; il devient, en l'absence du titre de président du Conseil des ministres, le véritable chef du gouvernement. Martignac entend rompre avec l'ultraroyalisme de Villèle pour se rapprocher des classes moyennes, mais ne sera pas dans cette politique soutenu par Charles XBertrand Goujon, Monarchies postrévolutionnaires, Le Seuil, 2012.
Fondateur du Messager des Chambres, il fait passer la loi du abolissant la censure de la presse, ce qui favorise le développement de feuilles d'opposition.
Il persuade le Roi de signer les ordonnances du sur les Jésuites et les petits séminaires.
En il signe l'acte autorisant le don par la commune de Niort au département des Deux-Sèvres de l'ex-jardin des Plantes, destiné à édifier un nouvel hôtel de préfecture, par le jeune architecte niortais Pierre-Théophile Segretain (1798-1864).
L'Expédition de Morée Son ministère lance en Grèce, en , l'Expédition de Morée, avec l'objectif d'affermir le nouvel État grec dont les trois puissances alliées, France, Grande-Bretagne et Russie, appellent la création de leurs vœux.
Le volet militaire de cette expédition, sous le commandement du général Maison, voit le retrait des troupes d'occupation égyptiennes et ottomanes et prend fin dès le printemps 1829 avec le retour en France de la plus grande partie des troupes françaises.
Ce succès vaut au général Maison d'être élevé à la dignité de maréchal de France, en .
Une petite partie du contingent français reste en Grèce afin d'appuyer sur un plan logistique la mission scientifique qui est l'autre volet de cette expédition, en matière notamment de cartographie, d'archéologie, de géologie, de zoologie. Cette mission scientifique se prolongera jusqu'en 1833.
Dans la lignée du philhellénisme prégnant dans l'opinion française depuis plus d'un demi-siècle, elle facilite l'établissement, entre la France et le nouvel État grec, devenu une monarchie en 1831, de relations privilégiées, qui durent encore au XXIe siècle.
En parallèle, le ministère Martignac poursuit le blocus maritime d'Alger mis en place en 1827 par le ministère Villèle, blocus qui ne sera levé qu'en 1830, avec l'expédition d'Alger, lancée par le ministère Polignac.
Voyage du Roi et du Dauphin dans l'Est de la France Le ministère Martignac est marqué par le périple que Charles X, le Dauphin et leur suite, effectuent en dans les départements de l'Est de la France, voyage similaire à celui effectué l'année précédente dans les départements du nord. Partis du palais des Tuileries le , ils visitent les départements de Seine & Marne, de la Marne, de la Meuse, de la Moselle, de la Meurthe, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, à nouveau de la Meurthe, de l'Aube et de la Seine & Marne. Leurs étapes sont consacrées à la visite des principaux établissements industriels, militaires et hospitaliers, à la rencontre des autorités civiles, militaires et religieuses, auxquelles sont associés les cultes protestant et israélite. Elles donnent lieu à de nombreuses manifestations de liesse et de fidélité à la dynastie des Bourbons. Les principales étapes, à Metz, Strasbourg et Lunéville, permettent au Roi, au Dauphin et à leur suite d'assister à des manœuvres militaires. Ce voyage prend fin à leur retour, à Saint-Cloud, le .
Chute du gouvernement Martignac Exposé aux attaques des deux extrêmes, gauche et droite, son gouvernement est défait par une coalition de ces groupes à la Chambre, en août 1829. Charles X, n'ayant jamais cru en la politique modérée et libérale qu'il incarnait, le remplace par un gouvernement conduit par le prince de Polignac.
La fidélité aux principes légitimistes thumb|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.
En Martignac vote, avec la majorité de la Chambre, la motion contre les célèbres ordonnances ; mais, à la révolution qui suit, il reste fidèle à ses principes légitimistes et n'exerce plus de fonctions publiques.
Ainsi, sa dernière apparition publique, en , est pour faire office de défenseur à son successeur, Jules de Polignac, à la Chambre des pairs, lors du procès des ministres de Charles X.
Mort deux ans plus tard, il est inhumé au Cimetière du Père-Lachaise ().
Il est sans postérité et sa veuve lui survit jusqu'en 1886. Par une ordonnance du , l'un de ses neveux, Jean-Baptiste Degrange-Touzin, est autorisé à relever son nom de Martignac.
Décorations 106px|Grand-croix de la Légion d'Honneur Légion d'honneur : Chevalier : 1815 Officier : 1820 Commandeur : 1823 Grand officier de la Légion d'honneur en 1825 Grand-croix de la Légion d'honneur en 1829
Hommages Une rue à Bordeaux et une rue dans le ont été nommées en son honneur.
Œuvres Bordeaux au mois de (Paris, 1830). Essai historique sur les révolutions d'Espagne et l'intervention française de 1823, tome 1, 1832, Paris, A. Pinard, 455 pages. Tome 1, seul paru sur 3 en raison de la mort de l'auteur.
Pour approfondir Bibliographie .
Ernest Daudet, Le Ministère de M. de Martignac, sa vie politique et les dernières années de la Restauration,1875, Paris, Librairie E. Dentu, 422 pages, Lire en ligne ;
Benpît Yvert (sous la direction de) Dictionnaire des ministres, Perrin 1990, notice biographique sur Martignac, page 157. Fabrice Boyer, Martignac (1778-1832), l'itinéraire politique d'un avocat bordelais Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2002, 470 p.
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Articles connexes Ministère Jean-Baptiste de Martignac Hôtel de Martignac Expédition de Morée
Notes et références
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