Daniel Johnson, né le à Danville, au Québec, et mort le à Manic-5, est un homme politique québécois..

Élu député de Bagot en 1946, il incarne au début de sa carrière la relève au sein de son parti, l'Union nationale. Cumulant différentes fonctions au sein du gouvernement de Maurice Duplessis, il est notamment ministre des Ressources hydrauliques de 1958 à 1960.

Devenu chef de l'Union nationale en 1961, il devient le principal adversaire des réformes entreprises par le gouvernement de Jean Lesage. Il mène son parti, sans succès, aux élections de 1962.

Appuyé par une plateforme interventionniste et par un manifeste politique ouvrant la porte pour la première fois à l'indépendance du Québec, à la surprise générale, il remporte les élections de 1966. Porté au pouvoir, il rompt avec ses positions antiétatistes traditionnelles et poursuit les réformes dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'économie, de la culture et de la constitution.

Sous sa gouverne, le rayonnement du Québec atteint un niveau sans précédent sur la scène internationale, grâce à son étroite collaboration avec le président Charles de Gaulle. Malade depuis plusieurs années, il meurt en plein vague de réformes, en .

Chef de l'aile traditionaliste de l'Union nationale devenu continuateur des réformes de l'État-providence, Daniel Johnson est une figure majeure « de deux époques que tout oppose : la Grande noirceur et la Révolution tranquillePierre B. Berthelot, « Daniel Johnson : La face cachée de la Révolution tranquille », Rendez-vous d'histoire de Québec, 15 août 2021. ».

Il est le père de Pierre Marc Johnson et de Daniel Johnson (fils), qui deviennent également premiers ministres du Québec après sa mort.

Biographie Jeunesse Daniel Johnson vient au monde à Danville dans les Cantons-de-l'Est, le . Deuxième enfant d'une famille en comptant neuf, il est le fils aîné de Francis Johnson, un anglophone d'ascendance irlandaiseSon ancêtre George Johnson, du comté de Mayo en Irlande du Sud, arrive au Québec en 1843 et s'installe à Tingwick, près de Warwick, entre Victoriaville et Asbestos., et de Marie-Adéline Daniel, une francophone.

Le père de Daniel Johnson est très actif dans son milieu. Organisateur pour le Parti conservateur, ses liens avec le parti d'opposition lui coûtent cependant très cher. À cette époque, le Parti libéral domine la scène politique au Québec, et les emplois sont réservés aux partisans libéraux. Cette situation empêche le père Johnson de trouver un emploi et même d'obtenir de l'assistance publique, ce qui place toute sa famille dans une grande précarité financière. Ainsi, Francis Johnson doit collectionner les petits emplois pour tenter de joindre les deux bouts. Commis dans une ferronnerie, il est également vendeur d'assurance et de machines à laver.

Malgré l'esprit de solidarité et la piété religieuse dans lesquels il grandit, Daniel Johnson reste profondément marqué par la misère et les privations de ses premières années.

Études En 1928, Daniel Johnson fait son entrée au collège Antoine-Girouard de Saint-Hyacinthe. Élève brillant, doté d'une excellente mémoire, il se retrouve en tête de classe. Sociable, il cultive ses relations et s'engage dans plusieurs activités parascolaires. Il est notamment membre de l'académie Girouard, cercle littéraire du séminaire rattaché à l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC). Au cours de ces années d'études, Johnson fait la connaissance d'un autre séminariste avec qui il partagera un destin en politique Jean-Jacques Bertrand.

Dans un premier temps, Johnson se destine à la prêtrise. Toutefois, tandis qu'il prépare sa vocation religieuse, le Québec se retrouve plongé dans la pire crise économique de son histoire. Ce contexte de Grande Dépression amène le jeune Johnson à s'intéresser aux questions sociales, économiques et politiques. Au printemps 1935, il termine son cours classique. Sa famille étant toujours sans argent, il reçoit toutefois l'aide d'une généreuse bienfaitrice : une amie de sa mère, la veuve Huot, épouse d'un riche médecin de Granby et belle-sœur d'un investisseur du secteur minier en Abitibi. Elle décide de prendre sous aile le jeune homme et de lui payer ses études. Daniel Johnson fait ainsi son entrée au Grand séminaire de Montréal à l'automne 1935.

Malgré son cheminement en théologie, Daniel Johnson est de plus en plus attiré par la politique. L'apparition d'un nouveau parti fondé par Maurice Duplessis (l'Union nationale), la défaite du Parti libéral aux élections de 1936, et la mort de la mère de Johnson (emportée par la tuberculose à l'été 1937) lui font remettre ses choix en question. En , il décide d'abandonner ses études en théologie et d'opter pour le droit. Or, ce choix survient à un moment où la session universitaire est déjà commencée. Pour pouvoir s'inscrire en droit, Johnson doit obtenir une permission spéciale du bâtonnier général, qui, en 1937, n'est nul autre que Duplessis. C'est de cette manière que Johnson rencontre pour la première fois le premier ministre. Grâce à sa permission, Johnson fait son entrée à la faculté de droit de l'Université de Montréal.

Fidèle à ses habitudes, Daniel Johnson s'investit dans de nombreuses activités parascolaires. Il s'implique dans la Fédération des étudiants catholiques et dans l'Union des jeunesses catholiques du Canada. Il est aussi élu président de l'association des étudiants de l'Université de Montréal et écrit dans le Quartier latin. Il participe à des conférences internationales, comme celle du World Student Relief, organisme chargé de l'aide aux prisonniers et aux étudiants victimes de la guerre, et au congrès de Pax Romana, organisme cherchant à favoriser la coopération internationale entre étudiants catholiquesPierre Savard, « Pax Romana, 1935-1962. Une fenêtre étudiante sur le monde », Les Cahiers des dix, n 47, 1992, p. 279-323. Consulté le 21 décembre 2022.. Enfin, comme la majorité des jeunes de sa génération, il milite contre la conscription.

Avocat et militant de l'Union nationale Aux élections de 1939, Daniel Johnson est invité par un ancien confrère de Saint-Hyacinthe, André Dumont, à participer à la campagne de l'Union nationale dans la circonscription de BagotL'oncle d'André Dumont, Edmour Gagnon, était organisateur de l'Union nationale dans Bagot. Il deviendra plus tard l'organisateur de Daniel Johnson et le suivra tout au long de sa carrière, y compris lors de sa dernière élection en 1966.. À l'issue du scrutin, l'Union nationale de Duplessis est battue par le Parti libéral d'Adélard Godbout, tout comme le candidat unioniste dans Bagot par le libéral Cyrille Dumaine. Malgré la défaite, l'expérience est déterminante pour Johnson. Ses ambitions politiques se tournent désormais vers cette circonscription de Bagot.

En , Johnson devient officiellement avocat. Il exerce d'abord à Montréal dans un cabinet du quartier des affaires sur la rue Saint-Jacques. En parallèle, il cherche à s'implanter durablement dans Bagot. Il ouvre donc un deuxième bureau d'avocat à Acton Vale, où il passe ses fins de semaine.

En 1942, Johnson entre dans un nouveau cabinet dont le principal avocat est Jonathan Robinson, député unioniste de la circonscription de Brome à l'Assemblée législative. Le cabinet de Johnson est prospère et s'occupe notamment des intérêts du colonel Robert McCormick, riche industriel américain, propriétaire du New York Times et du Chicago Tribune et fondateur de la ville de Baie-Comeau sur la Côte-Nord. Il y exploite également de vastes concessions forestières accordées par le gouvernement du Québec. Il est aussi, enfin, un ami de Duplessis. Ces rencontres permettent ainsi à Johnson de tisser des liens étroits avec plusieurs figures influentes et surtout avec l'Union nationale.

Député de Bagot En 1946, le député Cyrille Dumaine meurt subitement. La circonscription de Bagot se retrouve alors sans député, ce qui la tenue d'une élection partielle pour le remplacer. Daniel Johnson profite de l'occasion pour proposer sa candidature à Maurice Duplessis, redevenu premier ministre deux ans auparavant. Celui-ci refuse, jugeant que Johnson est « trop jeune ». Johnson accepte difficilement la décision du premier ministre. Lui écrivant une lettre dans laquelle il lui réitère sa loyauté, Duplessis revient sur sa décision. Il accepte de tenir une assemblée d'investiture, permettant à Johnson de faire ses preuves auprès des électeurs de Bagot. Finalement, le jeune avocat de 31 ans est choisi comme candidat.

À cette époque, Bagot est une circonscription fermement attachée au Parti libéral. À l'exception de la victoire de l'unioniste Philippe Adam à une élection partielle en 1938, Bagot demeure libérale depuis 1900. Ainsi, la campagne dans Bagot, comme celles dans Beauce en 1945 et plus tard dans Huntingdon en 1947, devient pour l'Union nationale l'occasion de prouver qu'elle sait rallier la population dans sa lutte contre la centralisation du gouvernement fédéral. Au terme d'une campagne marquée par l'appui de plusieurs unionistes (Maurice Bellemare, le ministre Paul Sauvé et Maurice Duplessis lui-même), le , Johnson est élu député de Bagot, avec une majorité de plus de 1 140 voixAprès cette élection, au début de 1947, il s'installe pour de bon à Saint-Pie..

Élu, Johnson devient la voix d'une nouvelle génération au sein de l'Union nationale. Le « député promis à un brillant avenir » apparaît régulièrement aux côtés de son chef dans les assemblées politiques et défend ses positions. En 1953, à la suite d'un drame personnel particulièrement douloureux, mettant son mariage à rude épreuve, Johnson passe près de quitter la politique. Toutefois, Maurice Duplessis décide de prendre le jeune député sous son aile. Il le nomme son secrétaire parlementaire. Deux ans plus tard, le , Johnson devient le nouveau vice-président de l'Assemblée législative. Cette position stratégique lui permet d'approfondir sa compréhension des rouages de la machine gouvernementale. Responsable du bon déroulement des débats, il peut ainsi découvrir le contenu des budgets de chacun des ministères dans leurs détails. Il occupe ces fonctions durant trois ans, au cours desquelles il devient un maître de la procédure parlementaire, comme son chef.

Ministre des Ressources hydrauliques Le , Daniel Johnson fait son entrée au cabinet de Maurice Duplessis en tant que ministre des Ressources hydrauliquesCette nomination a été faite en récompense pour son aide apportée aux candidats conservateurs de John Diefenbaker lors des élections fédérales de 1957 et 1958. L'organisation de l'Union nationale avait offert son soutien aux conservateurs lors de ces deux élections.. Cette entrée coïncide avec celle d'un autre jeune député, Jean-Jacques Bertrand de Missisquoi, comme ministre des Terres et Forêts.

Quelques mois plus tard, Johnson se retrouve éclaboussé par le scandale du gaz naturel. Dans cette affaire révélée par Le Devoir, des gens haut placés dans le gouvernement Duplessis ont profité d'une information inconnue du grand public (la vente du réseau public de gaz naturel à une corporation privée) pour réaliser un délit d'initié, et ce, à partir de la vente d'une propriété de l'État à des intérêts privés. Parmi ces personnes se trouve le jeune ministre. Après avoir acheté 150 actions à un prix unitaire de , Johnson aurait réalisé un profit de en un peu moins de 7 semaines. Ce scandale nuit considérablement à sa réputation.

Le , Duplessis meurt, ce qui bouleverse le gouvernement unioniste. Paul Sauvé est choisi comme nouveau premier ministre. Cependant, le , Sauvé meurt à son tour. Un nouveau chef est choisi dans la hâte. Il s'agit d'Antonio Barrette, ministre du Travail depuis 1944. Malgré ces changements, Johnson conserve son poste jusqu'aux élections de 1960.

Élections de 1960