La cathédrale Saint-Étienne de Metz est la cathédrale catholique du diocèse de Metz, dans le département français de la Moselle en région Grand Est.
Bien que sa construction, commencée vers 1235-1240, s'étale sur trois siècles, la cathédrale présente une grande homogénéité de style : les critères stylistiques furent respectés à chaque campagne de construction.
La cathédrale de Metz est non seulement la cathédrale de France ayant la plus grande surface vitrée, près de , mais également celle qui présente les plus grandes verrières gothiques d’Europe. Quant à la hauteur de ses voûtes, elle n'est surpassée en France que par les cathédrales de Beauvais (inachevée) et d'Amiens.
Le chevalier Joseph Bard a rendu hommage à la qualité de la cathédrale et à sa parure de vitraux dans l'article qu'il a rédigé dans le Congrès Archéologique de France de 1846. Il l'appelait la « lanterne de Dieu ». Dans le Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle de 1862, il est rappelé que l'archevêque de Bordeaux, Ferdinand Donnet a rendu hommage à la cathédrale de Metz. Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 1862, .
La cathédrale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .. Comptant parmi les dix cathédrales les plus fréquentées de France, elle fait partie depuis 2014 du bien « Metz Royale et Impériale », inscrit sur la liste indicative française du patrimoine mondial de l'UNESCO...
Propriété et gestion La cathédrale Saint-Étienne de Metz, comme la plupart des cathédrales de France, est propriété de l'État...
La DRAC Lorraine. en assure la conservation suivant les modalités suivantes : l'architecte des bâtiments de France (Chef du Service Territorial de l'Architecture et Patrimoine) est le conservateur en titre de la cathédrale. Il est par ailleurs responsable de la sécurité de l'édifice ; le service territorial de l'Architecture et du Patrimoine. assure la maîtrise d’œuvre des travaux d'entretien et de réparation sous l'autorité de l'architecte des bâtiments de France ; la conservation régionale des monuments historiques finance et pilote au titre de la maîtrise d'ouvrage les travaux de restauration, de réparation et d'entretien ; l'architecte en chef des monuments historiques assure la maîtrise d’œuvre des travaux de restauration.
Le clergé, en tant qu'affectataire, assure l'ouverture au public de l'édifice, sa sûreté et les offices.
L'association de l'Œuvre de la Cathédrale assure les visites de l'édifice, la visite de la crypte et du trésor de la cathédrale et possède une petite boutique dans la cathédrale.
Histoire L'oratoire Saint-Étienne () thumb|155px|droite|Statue de saint Étienne, portail de la Vierge. Au début du , saint Étienne est populaire et se voit célébré dans tout l’empire. L’essor du culte du premier martyr en Occident suit l’"invention de reliques" du saint à Jérusalem (415). Plusieurs cathédrales lui sont dédiées — en France : Agde, Auxerre, Bourges, Cahors, Châlons-en-Champagne, Limoges, Meaux, Paris, Sens, Toul, Toulouse, en Autriche : Cathédrale Saint-Étienne de Vienne — et remontent pour la plupart au .
Vieille cité gauloise, Metz ("Divodorum" en latin) devient le siège d’un évêché au . Comme nous l’apprend un passage de l’Histoire des Francs de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoires, Livre II, 6., rédigée vers 576, un sanctuaire dédié à Étienne (Oratorium beati Stephani) qui se trouvait à l’emplacement actuel de la cathédrale, fut le seul monument épargné par les Huns lors du sac de la cité le samedi saint La cathédrale était auparavant située hors des remparts de la ville, près des arènes.. L’oratoire de Saint-Étienne, réputé dans les grâces divines, devient alors fort populaire. On parle de miracle. Il accueille le siège de l’évêque et devient ainsi la première cathédrale de Metz, à l’intérieur même de celle-ci. On peut supposer que le sanctuaire dédié à Saint-Étienne était relativement récent lors du sac de Metz par AttilaEn 1970, l’aménagement du bras sud du transept, en vue de l’installation d’un nouvel orgue, mit au jour des fondations antérieures à l’époque romane. Ces vestiges présentent une abside orientée semblant correspondre à un sanctuaire d’époque mérovingienne. Le relief ne permettant pas une extension vers l’ouest, il est permis de penser qu’il fut réutilisé comme transept de l’église carolingienne, au moment de la reconstruction du chœur sous l’épiscopat de Chrodegang (742-766). Ainsi s’explique l’orientation inhabituelle nord-est/sud-ouest de la cathédrale..
En 623, Clotaire II confie l'Austrasie - dont la capitale est Metz - à son fils Dagobert auquel il donne comme conseiller l'évêque du lieu Arnoul de Metz. La tradition attribue à Dagobert la construction de la chapelle Sainte-Marie.
Vers 784, Paul Diacre, moine bénédictin de Lombardie qui séjourna à la cour de Charlemagne et à Metz, écrivit une Histoire des évêques de Metz selon laquelle Pépin le Bref aida financièrement l’évêque Chrodegang (742-766) à réaliser des travaux dans le sanctuaire (ciborium, chancel, presbyterium, déambulatoire).
En 835, le concile de Thionville, présidé par son demi-frère l’archevêque Drogon de Metz, rétabli Louis le Débonnaire comme empereur. Le , au cours d'une messe solennelle à laquelle assiste le souverain, les décisions du concile sont lues et l'archevêque de Reims Ebbon, reconnaît humblement avoir calomnié l'empereurMartin Meurisse, Histoire des Évêques de l’Église de Metz, Metz, 1634, (lire en ligne)..
Le , Charles II le Chauve y est couronné roi de Lotharingie par l’archevêque Hincmar de Reims.Martin Meurisse, Histoire des Évêques de l’Église de Metz, Metz, 1634, (lire en ligne)..
La basilique ottonienne () thumb|300px|Sur ce tableau de Migette représentant la naissance de la République messine en 1055, est représentée en arrière-plan la basilique de 1040, à l’emplacement de la cathédrale actuelle (Commencement de la république messine, Auguste Migette, 1862).
Entre 965 et 984,avec l’aide financière des empereurs Othon et Othon II, l’évêque Thierry entreprit de reconstruire le sanctuaire primitif. La nouvelle cathédrale, ou basilique en raison de son plan, fut achevée sous son successeur Thierry II et consacrée par celui-ci le en présence de l’évêque Gérard de Cambrai.Hans-Günther Marschall, Rainer Slotta, Lorraine romane, éditions Zodiaque (collection la nuit des temps ), La Pierre-qui-Vire, 1985, .Les fouilles de 1878-1881 et 1914-1915, dans le sol de la nef et du transept, mirent au jour ses fondations. Il est intéressant de constater que la cathédrale actuelle se superpose presque parfaitement à l’édifice ottonien, le chœur actuel est ainsi à l'aplomb direct de la crypte romane. De trois travées plus court, celui-ci présentait une élévation fort différente. Nous pouvons la reconstituer à partir des constantes rencontrées dans l’architecture ottonienne, dont la perfection géométrique de l’organisation des volumes et des proportions nous est connue.
La nef, flanquée de bas-côtés, haute d’environ , s’ouvrait sur un transept saillant de même hauteur, long de , pour de large. Deux tours de chevet s’élevaient de part et d’autre de l’abside centrale, et des chapelles donnant sur le transept les jouxtaient. Seule la constitution de la façade nous est inconnue, la présence d'une tour-porche est envisagée toutefois en vue de sa popularité dans les édifices ottoniensPlans supposés de l'ancienne cathédrale par l'historien Auguste ProstPlans de la cathédrale du et de la cathédrale en 1750 avec son état avant le , au et des d'après Auguste Prost en 1885 (voir). Selon Claire Decomps, la cathédrale ottonienne comportait peut-être un massif occidental à deux tours, dont seul le plan peut toutefois être reconstitué avec certitudeClaire Decomps, « La collégiale Saint-Léger de Marsal : architecture et mobilier », Les Cahiers lorrains, 2006, , , ici , note 20 (lire en ligne)..
Le plan de la basilique Saint-Vincent voisine, de style gothique, semble par ailleurs calqué sur celui de cette cathédrale primitive, malgré la différence de style.
Vers 1186, la collégiale Notre-Dame fut construite contre celle-ci, sans que l'on sache si un espace, même étroit fut laissé. Sa forme de demi-rotonde lui valut le nom de Notre-Dame-la-Ronde. La reconstruction de la basilique ottonienne débuta moins de deux siècles après son achèvement.
Vers 1160, le chapitre cathédral compte parmi ses dignitaires le princier Thierry de Bar (1136-1164), futur évêque élu de Metz, le doyen Simon de Waha (1158-1173) et l'archidiacre de Marsal Rocelin (1137 à 1166 ou 1169)Michel Parisse, « Agnès, abbesse de Sainte-Glossinde de Metz et de Notre-Dame d'Herbitzheim », Les Cahiers lorrains, 1965, , ici , notes 21-23..
La cathédrale gothique () right|thumb|250 px|La cathédrale dans le tissu urbain à la fin de la Renaissance. Contrairement à de nombreuses sources mal interprétées, et en dépit de la volonté de l’évêque Conrad de Scharfenberg, l’édification de la cathédrale, dédiée à saint Étienne, n'est pas entreprise vers 1220 : il s'agit en fait de confirmations de prébendes de la Cathédrale. La reconstruction en parallèle de la collégiale Notre-Dame-la-Ronde et de la cathédrale commence vers 1240, voire probablement dès 1235. Dans la seconde moitié du , l’architecte Pierre Perrat lance l'édification des voûtes à du sol.
La construction s’étale sur trois siècles pour s’achever vers 1525.
Premières campagnes de construction (1237-1380) La construction de la cathédrale actuelle fut peut-être voulue par l’évêque Conrad de Scharfenberg, en même temps que les cathédrales de Reims (1211), de la toute proche Cathédrale de Toul (1210-1220), du Mans (1217), d’Amiens (1221). Seule la nef ottonienne fut à cette époque détruite, jusqu’au niveau des fondations, le chevet et le transept, ainsi que Notre-Dame-la-Ronde, étant épargnés. De cette première campagne de construction datent les parties basses des murs de la nef et les bases des supports d’arcades.. Sous l’épiscopat de Jacques de Lorraine (1239-1260), le parti de l’élévation fut modifié. L’élan gothique devait l’emporter devant toute autre considération. C'est donc aux alentours de 1240 que débutent les travaux de l'édifice gothique actuel, d'abord une première campagne concernant les nefs collatérales en style gothique primitif, puis un nouveau plan pour la nef principale en style rayonnant. thumb|left|Vaisseau central de la cathédrale et la verrière occidentale.
Il fut également choisi de reconstruire la collégiale Notre-Dame, pour l’intégrer au nouveau style de la cathédraleCette surélévation du projet initial se traduit par une disproportion, entre les grandes arcades () et les fenêtres hautes (), proportions inverses de celles de la cathédrale d’Amiens ( et ).. La reconstruction de Notre-Dame-la-Ronde est entreprise en conservant, semble-t-il, les piliers ronds de celle-ci, alignés sur l’ancienne nef ottonienne. Le nouveau chœur de la collégiale, épaulé par les deux premiers contreforts sud de la cathédrale, indique une construction concertée dès cette époque. Dans la deuxième moitié du , les bases des deux tours harmoniques de la cathédrale, à double fenestrage, sont achevées. Les supports en attente, actuellement visibles vers les troisième et cinquième travées des faces nord et sud, indiquent que le projet de double fenestrage devait s’appliquer à tout l’édifice. Une frise d’arcs trilobés masque judicieusement l’épaississement des murs, au-dessus des grandes arcades.