vignette|Guerrier zoulou.
Impi (ou iMpi, pluriel iziMpi) est un terme de la langue zoulou qui signifie « guerre » ou « combat » et, par analogie, désigne les personnes regroupées pour faire la guerre ; ainsi impi ya mashosha signifie « une armée ». Cependant, la plupart du temps, pour les Occidentaux, le terme impi désigne soit un régiment zoulou, appelé ibutho dans la langue concernée, soit l'ensemble de l'armée elle-mêmePaul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Editions Complexe, 1992, .
L'origine remonte aux guerres tribales d'Afrique australe, lorsque des groupes d'hommes armés, appelés impis, se combattent. Le roi Chaka, alors qu'il n'est que général dans l'armée du roi Dingiswayo, compose les régiments sur la base des impis, notamment à l'occasion de la guerre contre les Ndwandwe en 1817-1819. Il prend le pouvoir après la mort de Dingiswayo, organisant la société zouloue de manière régimentaire. Cette organisation perdure après sa mort, jusqu'à la défaite zouloue et la colonisation britannique. La société militarisée zouloue, tournée vers son armée, sert de modèle aux royaumes qui se créent au moment du Mfecane, qui imitent l'organisation sociale et les tactiques militaires zouloues.
Historique
Limpi zoulou est associé à l'ascension de Chaka, lequel est à l'origine le dirigeant d'un clan relativement mineur (celui des Zoulous) à l'intérieur de la confédération Mthethwa. Mais son origine est celle des armées du roi Dingiswayo. Les innovations concernant les impis s'appuient sur des traditions préexistantes, telle celle de lintanga. Lintanga est une organisation traditionnelle par classe d'âge, commune parmi les populations bantoues du sud du continent africain, où les jeunes gens sont organisés en groupes d'âge, chaque groupe étant chargé d'assurer certaines tâches et cérémonies. Lorsqu'ils avancent en âge, les jeunes gens sont convoqués dans les kraals des indunas pour participer aux rituels (ukubutbwa) leur permettant d'accéder au statut de guerrier et d'adulte. Les indunas sont des « chefs » intermédiaires, agissant sous le contrôle et pour le compte des chefs de clan, collectant les taxes et réglant les différends entre les personnes. En temps de guerre, les indunas dirigent les guerriers de leur zone. Les intangas (groupe de jeunes gens d'une même classe d'âge), sous la direction des indunas, forment la base du système régimentaire connu aujourd'hui sous le nom dimpi.
Forme des guerres tribales Avant l'ascension de Chaka, les guerres tribales sont fréquentes quoique de faible intensité. Il s'agit pour l'essentiel de raids pour se procurer du bétail, pour venger des insultes ou pour régler des litiges concernant les terres et le pâturage des animaux. Les groupes qui combattent, généralement inorganisés, sont appelés « impis ». Il n'y a pas de campagne d'extermination des ennemis vaincus. Ces derniers se déplacent simplement en un autre endroit du veld. Les arcs sont rarement utilisés. La guerre, comme la chasse, est menée par les hommes expérimentés, les meilleurs chasseurs et pisteurs. L'arme la plus couramment utilisée est la sagaie, une lance d'environ , que chaque homme emporte en plusieurs exemplaires. Les armes défensives comprennent notamment un bouclier en peau de vache, qui sera ultérieurement amélioré par Chaka. La plupart des batailles sont organisées, les guerriers se rencontrant dans un endroit et à un moment convenus à l'avance. Les femmes et les enfants assistent, à distance, aux combats. Les insultes ritualisées, les combats singuliers et les attaques simulées sont typiques de ce type d'affrontements. Si l'affaire n'est pas réglée de cette manière, l'une des deux parties trouve parfois assez de courage pour mener une véritable attaque afin de chasser les ennemis. Les pertes sont faibles, les vaincus payent en terres ou en têtes de bétail, les ennemis capturés font l'objet de rançons, mais les exterminations de masse sont rares. Les tactiques militaires sont rudimentaires. En dehors de ces combats ritualisés, les raids sont la forme la plus fréquente d'affrontement, où l'on brûle les kraals, saisit des captifs et s'empare du bétail. Éleveurs pastoralistes et, un peu, agriculteurs, les populations concernées ne construisent habituellement pas de fortifications permanentes pour se protéger. Un clan ou un groupe menacé remballe simplement ses possessions, rassemble son bétail et prend la fuite jusqu'à ce que les pillards aient disparu. Il est alors possible de revenir sur les pâturages abandonnés, typiquement un jour ou deux après. L'institution de ce qu'on appelle impi repose donc sur des pratiques nettement antérieures à l'arrivée des Européens et à l'époque de Chaka.
Dingiswayo Au début du , un ensemble de circonstances change cet état de fait, notamment l’accroissement de la population et la pénurie de terres qui en découle, l'avancée du peuplement des colons blancs et l'esclavagisme associés à la colonie du Cap et au Mozambique portugais. Ce moment voit l'émergence d'un homme ambitieux, appelé Dingiswayo, un guerrier qui se hisse à la tête de la fédération Mthethwa. L'historien Donald Morris soutient que son génie politique consiste à instaurer une domination relativement modérée. Il parvient au faîte du pouvoir par une combinaison de diplomatie et de conquêtes, n'usant ni de l'extermination ni de l'esclavage, privilégiant les conciliations stratégiques et l'usage raisonné des armes. Sa domination permet de réduire les querelles et les batailles parmi les petits clans qui composent la fédération Mthethwa, canalisant leurs énergies vers des forces militaires plus centralisées. Sous le règne de Dingiswayo, les hommes, regroupés par classe d'âge, commencent à être considérés comme des forces militaires et sont plus fréquemment déployés pour maintenir l'ordre. Chaka est issu de ces petits clans, eLangeni et Zoulou, le concernant.
Innovations de Chaka Chaka devient l'un des meilleurs guerriers de Dingiswayo lorsqu'il est en âge de servir dans les forces Mthethwa. Il combat avec son régiment, appelé iziCwe, mais, dès le début, il adopte une stratégie particulière. Il met en place son propre style et sa propre méthode, créant notamment la fameuse lance iklwa ainsi qu'un bouclier plus grand et plus résistant et abandonnant les sandales en cuir qui ralentissent les guerriers. Ces innovations prouvent leur efficacité à petite échelle, mais il est réfréné par son roi, car sa conception de la guerre est beaucoup plus extrême que les méthodes plus conciliantes de Dingiswayo. Chaka cherche à emporter la décision par des actions rapides et sanglantes, à l'inverse de la pratique des duels entre champions, des raids dispersés et des escarmouches qui causent des pertes beaucoup plus faibles. Tant que Dingiswayo est en vie, les méthodes de Chaka sont peu appliquées ; mais, après la disparition du roi, la domination zouloue s'accroît, amenant à la création du royaume zoulou (premier tiers du ). C'est sous la férule zouloue que les guerres tribales deviennent beaucoup plus dures. Ce changement vers la force brutale exige des changements dans les armes, dans l'organisation et dans les tactiques.
Armes et équipement vignette|Guerrier Zoulou armé d'une iklwa (sagaie) et d'un iwisa (knobkierrie). Son pagne est fait de queues de genettes. vignette|"Prêts pour la guerre" ; "Un Zoulou" ; "Policiers Zoulous". L'homme figurant à droite porte un anneau sur la tête (isicoco), montrant son statut d'homme marié.
On attribue à Chaka l'introduction d'une nouvelle variante de l'arme traditionnelle, qui consiste à remplacer la longue lance effilée, destinée à être lancée, par une lance à lame lourde et à manche court ; ce n'est plus une arme de jet, mais une arme d'hast, utilisée pour frapper l'ennemi à courte distance. On lui attribue aussi l'usage généralisé d'un bouclier en peau de vache plus grand et plus lourd (isiHlangu), plus efficace pour le corps-à-corps auquel il entraîne ses troupes. Ces armes s'intègrent mieux à une nouvelle organisation tactique fondée sur la mobilité et l'agressivité.
L'armement du guerrier zoulou consiste donc en une sagaie iklwa et un casse-tête en bois dur, appelé iwisa (knobkerrie en anglais et knopkierie en afrikaans), utilisé comme une masse d'armes. Les officiers portent aussi souvent une hache à la lame en demi-lune, mais il s'agit plus d'un symbole de rang que d'une arme. Liklwa doit son nom, prétend-on, au bruit de succion qu'elle produit lorsqu'elle est retirée d'un corps humain. Elle supplante la lance, appelée, quant à elle, « pa-pa », en imitation du bruit qu'elle fait lorsqu'elle vole dans les airs. Chaka interdit à ses guerriers de jeter leur lance, ce qui les désarme, donne à l'ennemi une arme à lancer en retour et empêche le combat au corps-à-corps.
Les guerriers portent en outre un bouclier ovale en peau de vache, avec un raidisseur central en bois, qui sert de poignée. Les boucliers sont la propriété du roi ; lorsqu'ils ne sont pas utilisés, ils sont stockés dans des structures isolées du sol, afin de les mettre à l'abri des nuisibles en tous genres. Le grand bouclier isihlangu de l'époque de Chaka fait à peu près de haut ; il est ultérieurement, vers 1850, remplacé progressivement par un plus petit, lumbumbuluzo, fabriqué de la même manière, mais faisant environ . Le combat rapproché repose sur la coordination entre l'utilisation de la sagaie et du bouclier. Le guerrier cherche à placer le bord de son bouclier derrière celui de son adversaire afin de l'écarter de manière à pouvoir lui porter un coup avec la sagaie, dans la poitrine ou l'abdomen.
Dès le début du règne de Chaka, quelques armes à feu, souvent obsolètes, sont achetées par les Zoulous auprès des Européens. La défaite de l'armée britannique à la bataille d'Isandhlwana, en 1879, fait que de nombreux fusils Martini-Henry se retrouvent en possession des Zoulous, ainsi qu'une grande quantité de munitions. Cependant, l'avantage apporté par ces armes semble restreint ; les Zoulous sont réputés fermer les yeux lorsqu'ils tirent avec ces armes. La tactique militaire ne change d'ailleurs pas, l'armée zouloue continuant à privilégier une approche rapide afin d'engager l'ennemi en combat rapproché.
Le successeur de Chaka, son demi-frère Dingane, réintroduit ultérieurement l'usage généralisé de la lance de jet, sans doute pour contrer les armes à feu des Boers.
Logistique Une armée en campagne nécessite des fournitures. Elles sont apportées par les jeunes garçons, attachés à une unité militaire, et qui transportent rations, marmites, matelas, armes supplémentaires… Le bétail est parfois utilisé comme garde-manger sur pied. Cette organisation systématisée apporte de grands avantages lorsque l'armée est engagée dans des opérations de type raid ou razzia.
Système régimentaire fondé sur l'âge Les regroupements par classe d'âge sont fréquents dans la culture Nguni de l'époque, et encore de nos jours. Les groupes de jeunes gens sont responsables de diverses tâches, garder les camps et le bétail par exemple, ainsi que de certaines cérémonies et certains rituels. Il est courant dans la culture zouloue que les jeunes assurent un service limité auprès des chefs locaux jusqu'au moment où ils se marient. Chaka utilise ce système, transformant le service coutumier bénéficiant au chef local en un service rendu à sa personne, renforçant ainsi son emprise sur la société. Ces regroupements par classe d'âge ne forment pas une armée permanente et rémunérée au sens occidental du terme, ils fournissent cependant une base stable pour une mobilisation militaire, plus efficace que la conscription ad hoc.