vignette|James R. Flynn en juin 2007.

L’effet Flynn désigne l'accroissement des scores aux tests calculant un quotient intellectuel. Cet effet a été constaté à la suite de l'observation comparée de populations données, sur plusieurs générations, et ce jusqu'au début des années 1990.

Cet effet tire son nom du chercheur James R. Flynn, qui en fit l'observation. L'invention du terme est imputée à Richard Herrnstein et Charles Murray, auteurs de The Bell Curve.

Dans les années 1990, l'effet semble s'être arrêtéPlafonnement des résultats de QI, revue Sciences humaines, juillet 2008, voire inversé, dans plusieurs pays occidentaux. La nature (temporaire ou irréversible) et les causes de cet hypothétique anti-effet Flynn restent discutées. Certaines interrogations portent sur les conditions d'étude de ce phénomène, sur des facteurs tels que les pratiques nutritionnelles, la pollution, le milieu social, éducatif ou biologique. Ces propositions sont aujourd'hui insuffisantes pour expliquer à elles seules l'effet Flynn, et son pendant, l'anti-effet Flynn. Elles fournissent des pistes de recherches à explorer.

Des études scientifiques publiées dans les années 2020 remettent en question la réalité de l'effet Flynn au XX siècle et son inversion à partir des années 1990. En effet, les variations des scores aux tests de QI observées depuis le début du XX siècle s'expliqueraient davantage par des évolutions éducatives et culturelles que par un réel progrès des capacités cognitives fondamentales. Ainsi, l'effet Flynn refléterait une amélioration dans notre capacité à réussir les tests de QI, sans pour autant témoigner d'une augmentation réelle de notre intelligence.

Origines de l'expression Étudiant des résultats individuels de tests de QI mesurés depuis plusieurs décennies, James R. Flynn ...

Ulric Neisser effectua une démarche similaire, mais en étudiant les facteurs de développement et observa les mêmes résultats..

Dans leur ouvrage The Bell Curve, Richard Herrnstein et Charles Murray parlent d'effet Flynn pour décrire ce phénomène.

Description du phénomène

Le test dont les résultats ont connu l'augmentation la plus significative est celui des matrices progressives de Raven.

Les Norvégiens ont fait passer des tests de QI à de 18 à éligibles au service militaire. Ces tests ont démontré une progression de l'ordre de entre 1952 et 1982. Lors d'une étude de 1987 sur les populations hispaniques (immigrants originaires d'Amérique latine), Teasdale et Owen ont déterminé que ce phénomène était surtout visible pour les plus faibles résultats, les transformant en résultats moyens..

Dans d'autres études, les améliorations ont essentiellement été observées sur les tests portant sur les matrices de Raven. Sur la plupart des tests, on observe une progression des résultats. Deux larges groupes d'enfants hispaniques ont ainsi été testés sur un intervalle de .

La comparaison de QI a montré que. : le QI de compréhension avait augmenté de ; les gains concernaient essentiellement la moitié inférieure de l'échantillon et de manière négligeable la moitié supérieure ; il existe une corrélation entre la proportion du gain et le QI original, le gain étant quasi nul pour les hauts QI. Ulric Neisser, qui fut à la tête de l'Association américaine de psychologie, a en comparant les enfants de 1932 et ceux de 1997. Il pourrait même alors être considéré comme ayant une défaillance intellectuelle légère (score inférieur à ). Se fondant sur les chiffres de Raven, Neisser estima que l'on pouvait l'extrapoler et que 21 à de progression pouvaient être démontrés entre 1952 et 1982.

250px|vignette|William T. Dickens et James R. Flynn écrivent que les noirs américains gagnent 5 ou 6 points de QI par période sur les blancs non-hispaniques entre 1972 et 2002. Ce graphique montre des gains sur différents tests..

Stagnation et régression hypothétiques L'effet Flynn semble s'être arrêté dans certains pays industrialisés depuis le milieu des années 1990. Au Royaume-Uni, en ce qui concerne les adolescents, il pourrait même avoir stagné depuis les années 1980. Teasdale et Owen déclarent : Ils estiment qu'British teenagers have lower IQs than their counterparts did 30 years ago. The Telegraph. Feb 7, 2009...

En 2016, une synthèse de la littérature scientifique fait état de neuf études documentant un effet Flynn inversé pour sept pays distincts.

La réalité de cette régression est sujette à caution pour d'autres scientifiques, tels que Franck Ramus, pour qui certaines études sont peu fiables et tendancieusesDemain, tous crétins ? Ou pas... Des études récentes sur le sujet portent, en effet, sur des effectifs limités ou recourent à des tests non validésQI : sommes-nous vraiment en train de devenir moins intelligents?..

Causes potentielles de l'effet Flynn Les essais d'explication incluent la nutrition, la diminution de la taille des familles, une meilleure éducation, l'égalité homme-femme, une plus grande complexité d'environnement ainsi qu'une forme d'eugénisme. Une autre proposition serait que nous sommes de plus en plus familiarisés avec ces types de test..

Éducation Beaucoup d'études montrent que les enfants n'ayant pas une scolarité régulière, ou pas de scolarité du tout, obtiennent de moins bons résultats aux tests, même si les parties scolaires des tests sont celles dont les résultats stagnent le plus, voire régressent. Dans les années 1960, aux États-Unis, certains comtés de Virginie ont fermé leurs écoles afin de lutter contre la mixité ethnique. Des écoles privées, uniquement accessibles aux blancs, ont été créées (Mouvement des droits civiques aux États-Unis). Le résultat est qu'une chute de de QI par an a été observée chez les enfants afro-américains à niveau d'âge comparable.

Le problème de cette étude est qu'elle mélange des sujets à la fois plus récents et plus anciens. En effet, durant la ségrégation, les enfants noirs n'allaient pas dans les mêmes écoles que les enfants blancs. Leur niveau n'était donc pas comparable, d'une part parce que le programme n'était pas suivi de la même manière et d'autre part parce que les enfants noirs étaient perturbés par un climat de violence permanente. Cependant, ces influences semblent finalement avoir été nulles, ou seulement temporaires. Les aptitudes en mathématiques paraissent dans ce cas avoir subi l'effet le plus important« Rising mean IQ: Cognitive demand of mathematics education for young children, population exposure to formal schooling, and the neurobiology of the prefrontal cortex » Clancy Blair, David Gamson, Steven Thorne, David Baker. Intelligence 33 (2005) 93-106..

Une autre théorie affirme que beaucoup de parents s'investissent désormais dans le développement intellectuel de leurs enfants et les encouragent nettement plus que dans le passé (avant les guerres mondiales). Des programmes de développement précoce ont donné des résultats mitigés. Certains programmes pré-scolaires (), tel , n'ont pas produit de changement significatif sur les QI, mais plus sur d'autres compétences.

Le projet d'alphabétisation précoce est un programme journalier fournissant une panoplie importante de stimulations environnementales dans la vie des enfants. Il a montré qu'un gain de QI persiste durant toute la scolarité primaire. Cette intervention intensive a permis un gain moyen de de QI.

Tous les projets de ce type n'ont pas rencontré autant de réussite. Les gains ont fini par disparaître à l'âge de . D'autres projets n'ont pas démontré de gains en termes de QI, mais ont eu un résultat significatif sur des aptitudes cognitives Cathy Wylie, Edith Hodgen, Hilary Ferral et Jean Thompson. New Zealand Council for educational research / Te Rûnanga O Aotearoa Mö Te Rangahau I Te Mätauranga, Wellington 2006..

Nutrition Les citoyens des pays industrialisés sont aujourd'hui nettement plus grands que leurs ancêtres, même sur un siècle. L'évolution de la taille peut être attribuée à une amélioration de la nutrition. Le développement cérébral durant la grossesse et ses répercussions sur l'enfance en seraient une conséquence logique. Le gain en taille est de près d'un centimètre par décennie, avec un gain en volume cérébral appréciable. Le problème de cette piste est que les résultats de QI des personnes de petite taille, et plus globalement, des femmes ou des Asiatiques, ne montrent pas de baisse de QI significative à âge, scolarité ou milieux sociaux comparés.

Une étude de 2005 revient sur ceci : les gains observés en fonction de la nutrition ont essentiellement un effet sur les parties inférieures des échantillons, où les carences alimentaires sont les plus sévères. L'interprétation de cet effet, largement validé, est délicate : les gains les plus importants sont observés pendant l'enfance, la population adulte est peu concernée par ce bénéfice. Sont mises à part les personnes souffrant de malnutrition qui développent des problèmes intellectuels liés à leur état général physique dégradé.

La taille et la forme de la boîte crânienne ont été légèrement modifiées aux États-Unis ces années. Ces changements doivent avoir lieu durant les premières années de la vie pour avoir une influence"Changes in vault dimensions must occur by early childhood because of the early development of the vault." Secular change in craniofacial morphology"During the 125 years under consideration, cranial vaults have become markedly higher, somewhat narrower, with narrower faces. The changes in cranial morphology are probably in large part due to changes in growth at the cranial base due to improved environmental conditions. The changes are likely a combination of phenotypic plasticity and genetic changes over this period." Cranial change in Americans: 1850-1975...

Effet plafond Dickens et Flynn ont présenté en 2001 un modèle essayant de résoudre une série de contradictions dans ces études. Ils parlent d'effets bilatéraux, avec des mesures d'héritabilité qui ont des effets sur le génotype. Ce génotype va influencer l'environnement général, qui va lui-même influencer à nouveau le génotype, et donc affecter le QI. Le QI crée le QI en quelque sorte.

Ce type d'effet de mise en résonance finit par s'étouffer. Il peut aussi présenter une phase d'accélération fulgurante à certains moments. Ainsi, l'effet se constate sur une certaine durée : les tests sont effectués sur trois, voire quatre générations coexistantes, avec chacune leurs expériences et leur niveau. L'emballement a lieu quand toutes les générations coexistantes bénéficient pleinement d'un gain positif. Inévitablement, quand toutes les conditions requises sont réunies sans que de nouvelles conditions apparaissent, le gain se stabilise, voire régresse légèrement, faute de carburantWilliam T. Dickens and James R. Flynn, Heritability Estimates Versus Large Environmental Effects:The IQ Paradox Resolved, Psychological Review 2001. Vol. 108, No. 2. 346-369.William T. Dickens and James R. Flynn, "The IQ Paradox: Still Resolved," Psychological Review 109, no. 4 (2002).The g factor by Arthur Jensen pg 336..

Génétique Aptitudes spécifiques ou intelligence générale Des chercheurs, tel le professeur J.P. Rushton., argumentent que l'effet Flynn ne traduit pas une modification de l'intelligence générale, mais porte seulement sur quelques aptitudes. Des études récentes confirment néanmoins l'augmentation importante de l'intelligence générale de la population...

Évolution des tests