vignette|Le tapis rouge sur les marches du Palais des Festivals à Cannes. vignette|La Palme d'or, récompense suprême du festival, dans son format de 1979.
Le Festival de Cannes (appelé Festival international du film de 1946 à 2002) est un festival de cinéma international se déroulant chaque année à Cannes en France durant le mois de mai. Les principales projections ont lieu au Palais des festivals sur la Croisette.
Il est fondé le d'après une idée de Philippe Erlanger soumise à Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, et Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur. La première édition, fixée au , est annulée en raison de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale.
Parallèlement à la sélection officielle du festival (films en et hors compétition), plusieurs sections sont créées au fil des ans dont la Quinzaine des cinéastes, la Cinéfondation, la Semaine de la critique ou Un certain regard. Le Marché du film de Cannes attire .
Le festival est à l'origine créé pour récompenser le meilleur film (grand prix), le meilleur réalisateur (prix de la mise en scène), le meilleur acteur et la meilleure actrice (prix d'interprétation masculine et prix d'interprétation féminine) de la compétition internationale. D'autres prix décernés par un jury de professionnels, d'artistes et d'intellectuels, apparaissent plus tard comme le prix du jury et surtout, récompense suprême, la Palme d'or qui remplace le grand prix en 1955.
Le Festival de Cannes fait partie des trois principaux festivals cinématographiques internationaux avec la Mostra de Venise et la Berlinale. Ces trois festivals reconnus pour leur prestige du point de vue de la critique cinématographique ont tendance à être opposés aux Oscars du cinéma américains.
Il est également désigné, localement, sous l'acronyme (Festival international du film), notamment par les professionnels de l'hôtellerie.
Le , le conseil d’administration de l’Association française du Festival international du film nomme comme présidente du Festival de Cannes Iris Knobloch. Elle succède à Pierre Lescure.
Histoire Genèse et première édition annulée (1939) vignette|Note de 1939 avec la décision du gouvernement français de ne plus participer à la Mostra de Venise, mais d’organiser son propre festival à Biarritz, Cannes ou Nice.
La France ressent dès l'Exposition universelle de 1937 le désir de consolider son prestige culturel en organisant une compétition internationale de films. À la fin des années 1930, choqués par l’ingérence des gouvernements nazi allemand et fasciste italien dans la sélection des films de la Mostra de Venise , Philippe Erlanger, directeur de l'Association française d'action artistique, et les critiques de cinéma Émile Vuillermoz et René Jeanne, tous trois membres du jury international de la Mostra, soumettent à Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts (qui a conservé dans le nouveau gouvernement son portefeuille du Front populaire) et Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur., l'idée d'un festival international de cinéma, politiquement indépendant, en France... Jean Zay, intéressé par la proposition, donne une réponse favorable le . et est encouragé par les Américains et les Britanniques qui ont boycotté la Mostra de Venise : Harold Smith, représentant à Paris de la Motion Picture Association of America et Neville Kearney, délégué officiel du cinéma britannique en France, s'engagent à soutenir ce « festival du monde libre » et à y amener des vedettes.. Le festival se veut un partenariat franco-américain qui crée le plus grand marché du film mondial..
Plusieurs villes françaises de villégiature disposant des capacités d'accueil en hôtellerie sont candidates, Aix-les-Bains., Biarritz, Cannes, dont Henri-Georges Clouzot apprécie l’agrément et l’ensoleillement, Le Touquet et Vichy mais aussi . Finalement, le responsable du projet, Philippe Erlanger, qui forma l'idée du festival dans le train lors de son retour de la Mostra de Venise en 1938., retient deux villes : Biarritz et Cannes, les autres ne pouvant en quelques mois construire et aménager une salle de projection pouvant accueillir un millier de spectateurs.. Les comités de tourisme et les directeurs de palace des deux villes se livrent alors une bataille pour obtenir le festival. Deux personnalités cannoises, les directeurs de palaces Henri Gendre, propriétaire du Grand Hôtel, et Jean Fillioux, propriétaire du Palm Beach, mettent en avant leurs chambres, leurs équipements ainsi que la salle de projection du Casino municipal de Cannes pouvant accueillir un millier de spectateurs. Le gouvernement décide alors de créer un comité de coordination composé des représentants des différents ministères concernés par le festival, pour étudier les atouts de chaque ville, envoyer ses représentants sur place et les départager. Alors que la rumeur donne Cannes gagnante, c'est Biarritz qui est choisie le pour des raisons financières, cette ville ayant décidé de verser une subvention.
Mais la ville de Cannes contre-attaque. Les directeurs des palaces recontactent les ministères et le comité décide de réétudier le dossier. La ville de Cannes s'engage à augmenter sa participation financière à , à mettre à la disposition du comité ses salles de réception et promet de construire un palais spécialement destiné au festival.. Biarritz fait une contre-offre mais pas suffisante et décide finalement de retirer sa candidature. Le festival est officiellement attribué à Cannes avec la signature le d'un contrat entre cette ville et l'État.
Philippe Erlanger est le premier délégué général du Festival ..
En 1939, la sélection française est arrêtée et comprend L'Enfer des anges de Christian-Jaque, La Charrette fantôme de Julien Duvivier, La Piste du Nord de Jacques Feyder et L'Homme du Niger de Jacques de Baroncelli.
Parmi les films étrangers figurent Le Magicien d'Oz de Victor Fleming, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Au revoir Mr. Chips (Goodbye Mr Chips) de Sam Wood et Les Quatre Plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda.
Le peintre Jean-Gabriel Domergue, cannois d'adoption crée la célèbre affiche du qui montre une femme applaudissant, le dos nu, la chevelure luxuriante, aux côtés d'un homme en habit, les deux premiers spectateurs du Festival.... La « Coupe Lumière », du nom de Louis Lumière, président d'honneur du « festival du monde libre », ainsi nommée pour s'opposer à la coupe Mussolini de la Mostra de Venise, doit récompenser le meilleur film...
Dès le mois d'août, les vedettes affluent et la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot transatlantique pour amener les stars d'Hollywood : Tyrone Power, Gary Cooper, Annabella, Norma Shearer et George Raft. On prévoit des fêtes ; inspirés par le film Quasimodo, les Américains projettent de construire une réplique de Notre-Dame de Paris sur la plage de Cannes. Le , jour de l'ouverture, les troupes allemandes pénètrent en Pologne, et le Festival est définitivement annulé. Une seule projection a lieu à titre privé, avec le film américain Quasimodo de William Dieterle..
Débuts du Festival vignette|220px|Charles Boyer, ici dans Elle et lui (1939), est le narrateur de La Bataille du rail de René Clément, Palme d'or du premier festival en 1946. La première édition du Festival se déroule à l'automne, après la guerre, du au ., dans les salles du Casino municipal de Cannes, sur les volontés de Philippe Erlanger, chef du service des Échanges artistiques au ministère des Affaires étrangères, et de la Confédération générale du travail.. (CGT), dont le réalisateur Louis Daquin est membre.
Le Service cinématographique des armées (SCA) et le Comité de libération du cinéma français (CLCF) ont fait partie des premiers producteurs juste après la guerre ou même pendant les derniers épisodes de celle-ci. Le CLCF a notamment filmé des actions réelles de Résistants. Les « premiers films libres » sont ainsi inspirateurs de l'image de la Résistance intérieure française au cinéma.
Sur fond de pénurie de pellicule et d'électricité, la coopérative du CLCF a produit quelques films à gros succès, dont La Bataille du rail de René Clément, avec l'aide de la SNCF, et Le 6 juin à l'aube de Jean Grémillon"Le Parti communiste français et le cinéma (1944-1953)" par l'historien Jean-Pierre Jeancolas en 2018 dans la revue 1895 ..
Le ministère des Affaires étrangères et la ville de Cannes... prennent en charge le financement.
Il est un temps question que le Festival de Cannes et la Mostra de Venise aient lieu chaque année en alternance.. La France et les professionnels du cinéma ignorent cet accord.. En 1946, le Festival est un succès et les cinéastes attendent une nouvelle édition en 1947. Lorsque l'accord est dévoilé, il est vivement critiqué : certains parlent d'une , d'après le magazine La Technique française.
Le gouvernement refuse de financer un festival annuel et le Palais des Festivals est construit dans la précipitation par le syndicat pour accueillir l'édition de 1947 .. Encore aujourd'hui (2023), la Fédération CGT des syndicats du spectacle siège au conseil d'administration du Festival... , les organisateurs du Festival décident que le jury se compose d'un représentant par pays..
Le Palais des Festivals (également appelé palais Croisette), construit grâce au maire de Cannes, le docteur Raymond Picaud (fils du docteur André Picaud et de Marthe Pabot du Chatelard) est inauguré le soir du (le Festival dura du 12 au 25). La toiture, inachevée., s'envole lors d'un orage à la fin du Festival. Le bal de clôture et la remise des prix ont lieu au Casino municipal..
Robert Favre Le Bret rejoint la direction du Festival en 1947 et instaure le principe de la commission de sélection : le Centre national de la cinématographie doit donner à la commission de sélection les dates et règlements des autres festivals internationaux en précisant les délais de l'envoi des films. Les producteurs sont ensuite informés et peuvent envoyer leurs films à la Commission, qui établit ensuite la sélection. Ces films doivent alors être conformes aux règles de censure de l'époque. Pendant la guerre froide, la liste est validée par le ministère chargé de la Cinématographie et celui des Affaires étrangères.. Ainsi, durant l'année 1947, le Festival s'institutionnalise et trouve ses marques au sein de l'Europe, où les festivals de cinéma se multiplient. Christiane Rochefort devient l'attachée de presse du festival à partir de 1947.
Le Festival n'a pas eu lieu en 1948 ni en 1950, officiellement en raison de problèmes budgétaires., et peut-être à cause d'un contrat avec la Mostra de Venise qui les faisait se dérouler en alternance un an sur deux.
Depuis 1951, le Festival a lieu durant le printemps, et abandonne une date proche de celles de la Mostra de Venise et du Festival de Locarno. La Palme d'or est créée en 1955, à l'initiative de Robert Favre Le Bret, pour remplacer le « grand prix du Festival international du film » que l'on décerne au réalisateur du meilleur film de la compétition. Le délégué général réunit le conseil d'administration et invite des joailliers de toute l'Europe présenter le trophée de la Palme d'or.. Le conseil opte pour un dessin de Lucienne Lazon. La première Palme est remise cette même année à Delbert Mann pour Marty. Le grand prix reprend sa place de 1964 à 1974 puis disparaît à jamais au profit de la Palme d'or.