André Malraux, né le à Paris. et mort le à Créteil (Val-de-Marne), est un écrivain, aventurier, résistant, homme politique et intellectuel français.

Essentiellement autodidacte et tenté par l'aventure, André Malraux gagne l’Indochine à 22 ans avec son épouse Clara Malraux.. Il tente de dérober des statues dans un temple avant d’être arrêté et emprisonné en 1923-1924 pour vol et recel d'antiquités sacrées khmères.. Suite à cette expérience, il retourne en Indochine pour fonder un journal anticolonialiste. Revenu en France, il transpose cette aventure dans son roman La Voie royale publié en 1930, et gagne la célébrité dans la francophonie avec la parution en 1933 de La Condition humaine, un roman d'aventures et d'engagement qui s'inspire des soubresauts révolutionnaires de la Chine et obtient le prix Goncourt..

Militant antifasciste, André Malraux combat en 1936-1937 aux côtés des républicains espagnols. Son engagement le conduit à écrire son roman L'Espoir, publié en , et à en tourner une adaptation filmée Espoir, sierra de Teruel en 1938. Il rejoint la Résistance en et participe aux combats lors de la Libération de la France.. Après la guerre, il s’attache à la personne du général de Gaulle, joue un rôle politique au RPF, et devient, après le retour au pouvoir du général de Gaulle, ministre d'État, ministre de la Culture de 1959 à 1969..

Il écrit alors de nombreux ouvrages sur l'art comme Le Musée imaginaire ou Les Voix du silence (1951) et prononce des oraisons funèbres mémorables comme lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon le ou lors des funérailles de Le Corbusier le dans la cour du Louvre, ou de Georges Braque.. En 1996, pour le vingtième anniversaire de sa mort survenue le , ce sont les cendres de Malraux qui sont à leur tour transférées au Panthéon..

Biographie Jeunesse Origines familiales Georges André Malraux, dit André Malraux, naît le au 53 rue Damrémont dans le arrondissement de Paris, dans une famille originaire de Dunkerque. ; il est le fils aîné de Fernand-Georges Malraux (1875-1930), d'abord employé de commerce, puis directeur de l'agence parisienne d'une banque américaine, et de Berthe Félicie Lamy (1877-1932), fille d'épiciers vivant à Bondy, dans l'est du département de la Seine.. Il a un frère cadet, Raymond Fernand Malraux (1902-1903), mort à trois mois.. En 1905, alors qu'il a trois ans et demi, ses parents se séparent. Son père aura d'un second mariage, avec Marie-Louise Godard (1879-1946), deux autres fils : Roland Malraux (1912-1945) et Claude Malraux (1920-1944).

À la séparation de ses parents, André Malraux est élevé par sa mère, sa grand-mère maternelle Adrienne Lamy (née Romagna) et sa tante maternelle Marie Lamy, qui tiennent une épicerie au de la rue de la Gare à Bondy. Il a huit ans lorsque son grand-père paternel, Émile-Alphonse dit Alphonse Malraux, commerçant flamand, fabricant de futailles, vendeur d'alcool, maître-tonnelier et enfin armateur.., gérant une flotte de dix navires et nommé expert maritime par la mairie de Dunkerque, meurt en 1909 à 77 ans en (selon l'expression de Malraux lui-même)L'expression est de Malraux lui-même dans les Antimémoires., après avoir subi plusieurs revers de fortune. Contrairement à ce qu'André laissa souvent entendre, il semble que la mort de son grand-père ne soit pas due à un suicide ; cependant, le , son père Fernand-Georges Malraux, lui, se suicide et aura pour dernières paroles, souvent répétées par André Malraux : .

Formation vignette|gauche|redresse|École de la rue de Turbigo après 1904, fréquentée par André Malraux à partir de 1915. En 1915, il entre à l'école supérieure de la rue de Turbigo à Paris (le futur lycée Turgot) .. Il fréquente déjà assidûment les bouquinistes, les salles de cinéma, de théâtre, d'expositions, de concerts Ainsi commence sa passion pour la littérature contemporaine..

En 1918, après avoir été refusé au lycée Condorcet à Paris, il abandonne ses études secondaires et n'obtiendra jamais son baccalauréat, ce qui ne l'éloignera pas pour autant de la littérature. Il cultive déjà, parmi beaucoup d'autres, trois admirations profondes : Victor Hugo, Michelet et Michel-Ange.

Il travaille en 1919 pour le libraire-éditeur René-Louis Doyon, qui pratique le commerce des livres rares ; c'est ainsi qu'il fait la connaissance de Max Jacob, amateur d'occultisme, dont il fait le sujet de son premier article. Il fréquente les milieux artistiques de la capitale, étudie partout les œuvres d'art anciennes et modernes et suit très librement des cours au musée Guimet et à l'École du Louvre. René-Louis Doyon fonde en 1920 sa revue La Connaissance et ouvre ses colonnes à Malraux, qui publie ses premiers textes dès 1920 : petits essais de théorie littéraire, comptes rendus critiques et premières proses. Les œuvres de cette époque appartiennent au genre farfelu proses poétiques influencées par l'expressionnisme allemand et la poésie cubiste d'Apollinaire ou de Max Jacob. C'est aussi l'époque où il joue au Père Ubu et lit Alfred Jarry. Il s'en souviendra après 1948, en adhérant au Collège de 'Pataphysique. Il entame également une collaboration à la revue Action dans laquelle il publie des articles sur Lautréamont et André Salmon, éditant aussi des textes peu connus du poète Jules Laforgue. Il n'a que dix-huit ans lorsqu'il publie son premier livre, Lunes en papier, dédié à Max Jacob.

Débuts professionnels André Malraux devient directeur littéraire chez Simon Kra, en 1920, côtoie notamment Jean Cocteau, Paul Morand, Raymond Radiguet, Pierre Reverdy, André Salmon, André Suarès, André Derain, Léger et Vlaminck. Il livre des articles pour la revue Action, de Florent Fels. Simon Kra, libraire, lui confie la direction artistique des Éditions du Sagittaire. Il y publie Le Livret de l'imagier de Remy de Gourmont, Carnet intime de Laurent Tailhade, des textes de Baudelaire présentés comme inédits alors qu'ils ne le sont pas et des extraits de Sade donnés comme des ouvrages complets. Il peut maintenant voler de ses propres ailes et s'installe à Paris, rue Rachel à Montmartre en 1919, puis dans une chambre au Lutetia, au boulevard Raspail en 1920.

Il fait la connaissance de sa future épouse, Clara Goldschmidt, au cours d'un dîner organisé par Florent Fels. Ils séjournent ensemble en Italie, à Florence et Venise et rentrent d'urgence, n'ayant plus d'argent. Le couple se marie le et part en voyage de noces à Prague, puis à Vienne et passe les fêtes de fin d'année à Magdebourg, ville d'origine de la famille de Clara Goldschmidt. Début 1922, le couple va à Berlin, puis en Tunisie et en Sicile. Malraux compte gérer l'argent et les actions de son épouse ( dit-il à Clara Goldschmidt. En 1936, lorsque leur couple se délitera, il lui lancera ). Le divorce d'André et de Clara Goldschmidt sera prononcé le .

Max Jacob le présente au marchand de tableaux Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), qui l'engage comme éditeur à la galerie Simon.

À cette époque, il est présenté à Charles Maurras, dont il partage quelque temps le nationalisme et l'aversion pour l'anarchie, et dont il préface élogieusement le livre Mademoiselle Monk.

En 1922, il réussit à faire ajourner son service militaire, alléguant ses tics et, selon Olivier Todd, quelques maux imaginaires. Malraux est réformé en 1929, ce qui ne l'empêche pas de risquer sa vie dans les combats de la guerre civile espagnole et dans ceux de la Résistance.

Séjour en Indochine Affaire du vol d'œuvres d'art à Angkor À 22 ans, poussé par son goût de l'aventure, son érudition et son amour de l'art, Malraux décide de partir avec son épouse Clara Malraux et son ami d'enfance Louis Chevasson en Indochine, pour y voler des statues et les revendre, après s'être renseigné sur les prix et les débouchés auprès de Paul Cassirer et Daniel-Henry Kahnweiler et avoir pris contact avant son départ avec de riches collectionneurs américains et allemands qui pourraient être intéressés par un « lot de statues khmères ». Pour obtenir une mission archéologique gratuite, il prétend faussement qu'il suit des cours à l'École des langues orientales, fait miroiter la promesse d'un don financier important à l'École française d'Extrême-Orient (EFEO), s'engage à laisser la direction des fouilles à cette école et à ne prétendre à aucun droit de propriété personnelle sur les œuvres d'art découvertes, devant uniquement faire des moulages de statues pour le musée GuimetPatrick Liegibel, « Le procès Malraux », émission Au fil de l'histoire, France Inter, 5 décembre 2012.. La mission lui est accordée par une commission du ministère des Colonies en . Il part de Marseille pour Hanoï où il rencontre Léonard Auroussea, directeur par intérim de l'EFEO (qui émet des réserves, la région des fouilles étant insoumiseLes Khmers ont déjà exécuté deux chargés de mission de l'École française d'Extrême-Orient.) puis il s'établit à Siem Reap à proximité du complexe archéologique d'Angkor le .

vignette|Temple de Banteay Srei, Cambodge. À la mi-décembre, Malraux et son compagnon Louis Chevasson découpent à la scie, au temple de Banteay Srei, une tonne de pierres sculptées et quatre grands morceaux de bas-reliefs.Philippe Flandrin, Trésors volés : les dessous du trafic, Éd. du Rocher, 272 p. . qu'ils emballent et emportent pour les revendre à un collectionneur. La valeur marchande totale du larcin atteint environ un million de francs. Alertées des projets de l'expédition, les autorités coloniales, qui voient d’un mauvais œil ce jeune intellectuel aux sympathies surréalistes et anarchistes, le font surveiller discrètement.. Après une intervention du conservateur du Musée du Cambodge et ethnologue George Groslier pour empêcher ce vol, ils sont arrêtés à leur arrivée à Phnom Penh le et assignés à résidence à l'hôtel Manolis, dont ils ne pourront plus payer la note au bout de quatre mois .. La nouvelle met du temps à filtrer en France.

André Malraux est condamné, le , à trois ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction de séjour et son ami Louis à un an et demi. Clara Malraux, qui est censée n'avoir fait que suivre son mari, n'a pas été inculpée. Elle repart pour Paris en et mobilise en faveur de son mari les intellectuels de l'époque comme Marcel Arland, Charles Du Bos, Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide, Jean Paulhan et Max Jacob, qui signent une pétition réclamant un statut privilégié pour . En appel, le , la peine de Malraux est réduite à un an et huit mois avec sursis, sans interdiction de séjour ; celle de son ami à huit mois, également avec sursis.

Cette affaire lui vaut quelques ennemis, dont le rédacteur en chef du journal L'Impartial de Saïgon, le journaliste eurasien Henry Chavigny de Lachevrotière (avec qui il engagea une vive polémique dans la presse.), et surtout le gouverneur de la Cochinchine, Cognacq. De retour en France, Malraux se pourvoit en cassation dans l'espoir d'obtenir la restitution des bas-reliefs. L'arrêt d'appel sera annulé par la Cour de cassation en 1925 et un nouvel arrêt sera rendu le O. Todd ne précise pas quelle fut exactement la décision judiciaire du . Il dit seulement que le tribunal retint la culpabilité mais accorda des circonstances atténuantes aux prévenus..

Cette affaire connaît un épilogue inattendu : alors qu'il était promis à la destruction, le temple de Banteay Srei, bénéficiant de la médiatisation du procès, est classé et restauré par l’École française d'Extrême-Orient sous la responsabilité d'Henri Marchal, le « conservateur d'Angkor »..

Critique du colonialisme Malraux rentre en France en sur le paquebot Chantilly des Messageries maritimes avec son ami Chevasson. Il demeure quelque temps à Paris au boulevard Edgar-Quinet. C'est là qu'il fait ses débuts à la NRF et rencontre Pablo Picasso. Il décide cependant de regagner l'Indochine, dans l'intention d'y combattre les injustices du système colonial avec l'avocat progressiste Paul Monin, qui a déjà commencé ce combat sur place.