Robert Delaunay est un peintre français né le Selon l'acte , dans l'état-civil de la ville de Paris arrondissement, naissance de 1885. à Paris et mort le à Montpellier. Avec sa femme Sonia Delaunay et quelques autres moins impliqués, tels que František Kupka, Francis Picabia, Fernand Léger et Vassily Kandinsky, il est le fondateur et le principal artisan du mouvement orphiste, nom inventé par Apollinaire et branche du cubisme, au début du . Ses travaux sur la couleur prennent pour origine plusieurs théories de la loi du contraste simultané des couleurs, formulées par Michel-Eugène Chevreul. Par un travail concentré sur l'agencement des couleurs sur la toile, il cherche l'harmonie picturale.
Delaunay fait partie d'une génération d'avant-garde, particulièrement prolifique sur le plan artistique entre 1912 et 1914. Il est très lié (en correspondance, en art, voire en amitié) avec les poètes Guillaume Apollinaire et Blaise Cendrars, les peintres russes Vassily Kandinsky et Michel Larionov, les peintres allemands August Macke ou Franz Marc, le peintre slovaque Geza Szobel.
Après la guerre, il se lie d'amitié avec les artistes du mouvement surréaliste, dont il réalise plusieurs portraits, sans pour autant adopter leurs points de vue et leurs visions artistiques. Il aura notamment une amitié forte et durable avec le poète Tristan Tzara.
Son nom est également associé à la tour Eiffel, dont il a vu la construction alors qu'il avait quatre ans, et qu'il a peinte de nombreuses fois dans sa carrière, en utilisant des méthodes différentes, d'abord néo-impressionniste puis cubiste, et ensuite avec sa méthode simultanéiste.
Biographie Jeunesse Les parents de Robert Victor Félix Delaunay, George et Berthe Delaunay, habitent, lors de sa naissance le , dans un immeuble cossu de la rue Boissière à Paris dans le . Robert Delaunay s'oppose rapidement à son éducation bourgeoise alors que sa mère le materne excessivement, l'habille à l'anglaise, et le promène ainsi sur l'avenue des Champs-Élysées.. Malgré ce refus de la vie bourgeoise, il reste marqué par ses origines. Il demeure par ailleurs toujours indifférent aux aspects matériels de la vie, et se crée, à l'instar de Don Quichotte, une conception chevaleresque de la vie. Ce caractère le pousse à transformer chaque instant de la vie en un moment poétique..
À quatre ans, ses parents l'emmènent à l'Exposition universelle de 1889, pour laquelle est construite la tour Eiffel, monument qui fascine l'artiste durant toute sa vie. Il s'enthousiasme pour les techniques scientifiques modernes, notamment pour la vitesse et l'électricité. Il visite par la suite l'exposition universelle de 1900, et notamment le pavillon de l'électricité. Cette visite forge son esprit de « peintre de la vie moderne.
Les parents de Robert Delaunay divorcent quand il a neuf ans, le . Il est alors élevé par une sœur de sa mère, Marie de Rose, et son mari, Charles Damour..
Très tôt, il se passionne pour les fleurs. Dans le château de La Rongère, à Saint-Éloy-de-Gy, lieu des vacances familiales, il passe de longs moments seul dans le jardin, à faire des croquis de fleurs, qui sont sa passion naturelle principale, avec le soleil.
L'école ne l'intéresse pas, et il profite de ses études pour dessiner et peindre avec des pastels cachés dans sa case. Il quitte le lycée à l'âge de dix-sept ans, et est engagé en tant qu'apprenti dans la conception scénique deux années durant (1902 à 1904), dans les ateliers du décorateur de théâtre Eugène Ronsin. C'est là qu'il développe son goût pour les grandes surfaces et la monumentalité, qu'il est sensibilisé au rôle de la lumière et aux jeux de distorsion perspective de l'espace scénique.
Il s'initie à la peinture avec son oncle Charles Damour, qui est un peintre traditionnel, loin de toutes les théories et de tous les mouvements de son époque. Robert Delaunay défend très souvent son point de vue artistique, très éloigné de celui de son oncle, ce qui conduit à des scènes de ménages burlesques. raconte Sonia Delaunay.
Premières œuvres vignette|L'homme à la tulipe, portrait de Jean Metzinger, 1906. En 1904 et 1905, Robert Delaunay réalise ses premières peintures : des paysages et des fleurs de facture néo-impressionniste et fauve. En 1907, il fait son service militaire à Laon, dans l'Aisne. Il est fasciné par la cathédrale, et en fait de nombreux croquis. Il est affecté au service des auxiliaires, dans la bibliothèque des officiers. Son compagnon de chambrée, Robert Lotiron, écrit qu' Le , il est réformé pour « troubles fonctionnels du cœur », et « endocardite », puis il retourne à Paris.
En 1906, il participe au salon des indépendants, où il présente de nombreux tableaux peints au cours de l'été précédent. En 1907, il fréquente un groupe de jeunes artistes cherchant un art nouveau parmi lesquels Jean Metzinger, Henri Le Fauconnier et Fernand Léger. Dans le même temps, il entreprit un travail important sur des monuments de Paris. Le résultat de ses recherches a pour conséquence de proposer une théorie personnelle sur la couleur, en prenant comme point de départ son œuvre Paris - Saint-Séverin (1909).
Rencontre avec Sonia Terk vignette|Sonia Delaunay, photographiée vers 1912. Début 1909, il rencontre Sonia Terk alors qu'ils fréquentent tous les deux des artistes renommés. Ils assistent ensemble au triomphe de Louis Blériot qui traverse la Manche, et font ensemble un séjour dans la Drôme. Elle est alors mariée avec Wilhelm Uhde, mais ce n'est qu'un mariage blanc. Elle divorce aussitôtMariée à Londres en décembre 1908, le divorce est prononcé en août 1910, selon l'acte , dans l'état-civil de la ville de Paris arrondissement, mariage de 1910. pour se remarier le avec Robert Delaunay, dont elle est enceinte. Le naît un garçon, Charles. Robert peint une petite tour Eiffel, qu'il offre à Sonia Terk en cadeau de fiançailles.
1910-1914 : la reconnaissance En 1910, influencé par le cubisme, notamment celui de Cézanne, Robert Delaunay réduit sa palette de couleurs jusqu'au monochrome, puis, sous l'influence de Sonia Delaunay, il réintroduit les couleurs chaudes. Dès 1912, il se tourne vers l'orphisme avec sa série des Fenêtres (conservées au musée de Grenoble et au ). Avec Sonia Delaunay, il crée le simultanéisme, basé sur la loi du contraste simultané des couleurs. Il entre en correspondance avec le pionnier de l'abstrait Vassili Kandinsky, dont le texte théorique Du spirituel dans l'art (que Sonia Delaunay lui traduit de l'allemand) va beaucoup l'influencer et le guider. vignette|Robert Delaunay, La Tour Eiffel, 1911, huile sur toile, , Art Institute of Chicago. Les deux artistes s'entraident également pour obtenir des places dans les expositions et dans la critique ; ils sont véritablement des amis. C'est grâce à Kandinsky que Delaunay peut être exposé à Moscou, et où il présente trois œuvres sans titre. L'année 1912 est dense en évènements pour Robert Delaunay : il expose à Moscou, Munich, Berlin, Paris, Zurich, se lie d'amitié avec le poète Guillaume Apollinaire (qui vient vivre à son atelier pendant les mois de novembre et décembre) et Blaise Cendrars, rencontre Paul Klee (avec qui il entre en correspondance), Alberto Giacometti, Henri Matisse, Henri Le Fauconnier et peint la série des Fenêtres, qui marque un tournant majeur dans son œuvre.
En 1913, Delaunay part exposer à Berlin en compagnie de Guillaume Apollinaire, et profite de l'occasion pour rencontrer les artistes allemands de l'époque : Franz Marc, Max Ernst ou encore August Macke. raconte ce dernierLettre de August Macke à B. Koehler, citée par G. Vriessen dans August Macke, 1953, page 116. Paul Klee traduit en allemand le texte théorique de Delaunay, « La Lumière », qui paraît dans la revue en janvier sous le titre « ». Apollinaire écrit le poème Les Fenêtres qui sert de préface à la série de tableaux homonymes du peintre. En février, Alexandra Exter écrit au couple Delaunay pour leur demander de les inscrire au Salon des Indépendants, ainsi que Michel Larionov et Nathalie Gontcharoff. Robert Delaunay entre en correspondance avec tous ces artistes de l'avant-garde russe ; c'est lui qui les présente au public français. À cette époque, Apollinaire considère qu'il est le peintre le plus influent avec Picasso : (Guillaume Apollinaire Die Moderne Malerei [La peinture moderne] dans Der Sturm, ), traduit dans Chroniques d'art 1902-1918, Paris, éditions Gallimard, 1993, 350-356.
Il collabore cette même année avec le cinéaste Abel Gance pour son projet d’« Orgues lumineuses », un vaste écran constitué d’ampoules qui doivent s’allumer et s’éteindre au rythme d’une musique d’accompagnement, et pour lequel il propose un visage de femme composé de signaux lumineux rouges, blancs et bleus.
Durant toute cette période, il peint ses tableaux dans la petite ville de Louveciennes, où il a une résidence avec Sonia Delaunay, et ne va à Paris ou à l'étranger qu'une fois son œuvre terminée, pour la présenter ou alors pour voir ses amis peintres et poètes.
La rupture de la guerre D'abord appelé sous les drapeaux puis déclaré déserteur, Robert fit jouer ses relations et obtint sa réforme au consulat de France de Vigo, le in Robert Delaunay. 1906-1914: de l'impressionnisme à l'abstraction, . Sonia Delaunay et lui vont donc rester toute la durée de la guerre, et jusqu'en 1922, en Espagne et au Portugal. Il continue de peindre, avec notamment une série sur Les Marchés portugais, mais aussi Les Natures mortes et le Nu à la toilette. Les Delaunay en profitent pour passer de longues journées au musée du Prado, et Robert Delaunay se passionne pour les œuvres de Rubens et du Greco. Durant cette période, il a une abondante correspondante avec des peintres portugais. Une influence réciproque se met en place : Delaunay introduit les conceptions de la peinture moderne chez plusieurs de ces peintres, qui lui font en retour découvrir l'art populaire portugais. Il revient à un art figuratif : il peint les séries Femmes au marché, Femmes nues, Gitanes, Verseuses*, paragraphes 7 et 8.
Retour à Paris et amitiés surréalistes De retour à Paris, l'ami Guillaume Apollinaire mort, les Delaunay vont fréquenter de nombreux poètes comme Blaise Cendrars et des musiciens, mais peu de peintres, car beaucoup considèrent Robert comme un déserteur dans le contexte nationaliste à lire sur https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/sophie-chauveau-donne-sa-grosse-biographie-de-sonia-delaunay des années 1920, hormis Fernand Léger qui se fait l'avocat du pardon. Il côtoie les milieux surréalistes, comme en témoignent les nombreux portraits d'amis réalisés à cette époque, dont ceux de Tristan Tzara, ami fidèle des décennies 1920 et 1930, d'André Breton et de Philippe Soupault. Ils sont liés également à Louis Aragon, Jean Cocteau ou Igor Stravinsky, et reçoivent le poète russe Vladimir Maïakovski. Les réunions amicales permettent à Robert Delaunay de présenter ses théories littéraires, qu'il met sur papier plus tard.
Sonia Delaunay impose son travail dans le domaine de la mode et du design, et obtient plus de reconnaissance que lui, en particulier lors l'exposition des Arts décoratifs de 1925. Elle s'impose également dans les décors et vêtements de films.
Robert peint plusieurs fois la tour Eiffel, car la « géante » se prête bien à ses recherches sur les contrastes simultanés de la couleur. Mais, comparé aux tours réalisées dans sa jeunesse, le travail est sensiblement différent.
Dans les années 1920, Robert diversifie son travail, en s'attelant par exemple aux arts décoratifs avec Fernand Léger avec qui il participe notamment à l'exposition des Arts décoratifs de 1925 pour le hall qui récapitule les recherches de tous les pays dans le domaine des arts appliqués. Il participe sous la direction de Sonia la même année à des décors de plusieurs films.
Retour à l'abstraction et dernières années