L'Acathiste ou l'Hymne acathiste ou l'Acathiste à la Mère de Dieu (en ) est une hymne que l'on chante ou que l'on écoute debout, par révérence à son objet, c'est-à-dire, littéralement, en n'étant pas assis — de a-kathiste, en grec ancien ἀκάθιστος, qui signifie « non [a] assis [cathistos] ». S'il y a différents acathistes, le plus connu d'entre eux est l'Acathiste à la Mère de Dieu, qui a été composé en l'honneur de Marie, la mère de Jésus-Christ, et qui compte parmi les plus célèbres de la liturgie chrétienne. Par ailleurs, on appelle Salutations (en grec , Chairétismoi) l'office durant lequel cette hymne est chantée — appellation qui s’explique par la répétition du mot , « Salut ! » ou « Réjouis-toi ! » dans cette hymne.

L'Acathiste à la Mère de Dieu est le premier des acathistes, le plus connu et l'archétype de tous les autres. Ce cantique marial par excellence de la liturgie byzantine est un chant d'action de grâces généralement attribué à Romanos le Mélode ou à Germain Ier de Constantinople, et dont la source principale serait le polyéléos. Il est chanté lors de l'Orthros du samedi de l'Acathiste, à la cinquième semaine du Grand Carême, quinze jours avant Pâques. Les autres acathistes ont été composés sur son modèle.

À côté de cette hymne, on trouve d'autres acathistes, sur des thèmes différents. Les acathistes, en particulier celui dédié à Marie, ont aussi été mis en images, inspirant des icônes ou des peintures murales dans des églises, par exemple en Russie ou en Moldavie.

Histoire de l'Acathiste à la Mère de Dieu Cette hymne acathiste fut chantée la première fois pour célébrer la protection que la Mère de Dieu offrit à la ville de Constantinople, lors de son siège en 626 par Avars, alors que l'empereur byzantin Héraclius était confronté aux Perses sassanides qui avaient alors atteint Chalcédoine, en face de Constantinople. Tandis que les quelques forces grecques présentes organisaient la défense de la Ville, le patriarche Serge implora la protection de la Mère de Dieu (dont l'attribut est , Hodighitria c'est-à-dire « celle qui guide ») et le peuple de Constantinople fit une procession en portant son icône. La bataille fut gagnée.

En 678 et en 718, Constantinople fut à nouveau sauvée par l'intercession de la Mère de DieuLouis Bréhier, La Civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, 326 et note 1835. ; les citoyens de cette ville invoquèrent l’aide de la Vierge Marie à laquelle Constantinople était consacrée. En 678, la flotte du calife de Damas assiégea la ville mais dut se replier devant la résistance byzantine. Ainsi, après avoir expérimenté la protection de la Mère de Dieu, ils la remercièrent par des chants et des veilles en son nom. Debout, pendant toute la nuit, le peuple chanta l’Akathistos, la grande hymne à la Mère de Dieu, dont l’auteur est inconnu. Et lorsque Constantinople finit par tomber le , prise par les forces ottomanes conduites par Mehmet II, le patriarche Georges Scholarios s’adressa à la Mère de Dieu en disant : « Les fidèles ont cessé de vous invoquer pour sauver la ville, mais ils continuent à vous invoquer pour les garder toujours dans la foi des Pères de l’Église ».

L'Hymne acathiste dans la tradition byzantine (orthodoxe ou grecque-catholique)

Cette hymne adressée à la Mère de Dieu est l’une des expressions les plus hautes et les plus célèbres de la piété mariale de la tradition orthodoxe byzantineDirectoire sur la piété populaire et la liturgie Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Chapitre 207. Cité du Vatican 2001.. Selon les mots du byzantiniste Louis Bréhier, Louis Bréhier, La civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, 326..

Il est considéré comme un chef-d’œuvre littéraire et théologique qui présente, sous la forme d’une prière, la foi commune et universelle de l’Église des premiers siècles au sujet de la Vierge Marie. Les sources qui ont inspiré cette hymne sont les Saintes Écritures, la doctrine définie par le Concile œcuménique de Nicée, ceux d’Éphèse et de Chalcédoine, ainsi que la réflexion des Pères de l'Église orientale des . Durant l’année liturgique, l’hymne acathiste est chantée solennellement et intégralement le cinquième vendredi de Carême (P - 15)P est le jour de Pâques. par les orthodoxes et les grecs-catholiques. L'usage s'est établi chez les orthodoxes de Grèce de faire précéder cette célébration intégrale par quatre offices durant chacun desquels sont chantés successivement, lors des quatre premiers vendredis du Grand Carême, chacun des quatre quarts de l'hymne (stances 1 à 6, puis 7 à 12, puis 13 à 18 et 19 à 24). Le chant de l'hymne est repris en de nombreuses autres occasions à l'église ou à la maison. Son usage est recommandé à la piété du clergé, des moines et des fidèles. Sa haute valeur spirituelle s’est prolongée dans le temps, dans les pays de tradition byzantine :

L'Hymne acathiste dans l'Église catholique

Au début du , l'inspiration du poète catholique français Charles Péguy est très proche du ton solennel de l'Acathiste à la Mère de Dieu et il use de métaphores semblablesCela ne signifie pas que Péguy se serait inspiré du texte de l'hymne, dont il n'avait probablement pas connaissance, mais que le poète français du puisait aux mêmes sources bibliques et liturgiques que l'hymnographe grec du ..

Dans les années récentes, cette hymne s’est répandue aussi dans les communautés de fidèles de rite latin. Certaines célébrations solennelles mariales, qui ont eu lieu à Rome en présence du Saint-Père, ont contribué à la diffusion de l’hymne acathiste, qui a ainsi bénéficié d’un retentissement très important dans toute l’Église. Cette hymne très ancienne, considérée comme un exemple magnifique de la tradition mariale la plus antique de l’Église indivise, est à la fois une supplication et un appel et une prière d’intercession en faveur de l’unité des chrétiens. Cette hymne est considérée comme un élément majeur pour l'unité de l'Église orientale et occidentale.

Le synode des évêques catholiques qui s'est réuni en sur le thème de « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église » et dont les conclusions ont été reprises dans l'Exhortation apostolique Verbum Domini du pape Benoît XVI, considère que « prier en utilisant les mots de l'akathistos dilate l'âme et la dispose à la paix qui vient d'en-haut, de Dieu, à cette paix qui est le Christ lui-même, né de Marie pour notre salut ».

Composition de l'hymne Le tropaire « À toi guide invincible » Le chant de l'hymne proprement dit est précédé et suivi par un tropaire de gratitude à la Mère de Dieu pour la protection qu'elle accorde à la cité chrétienne. Ce tropaire (dont les premiers mots sont « À toi guide invincible » ; en ) est devenu, dans le rite byzantin, le kontakion de la fête de l'Annonciation (à laquelle le vendredi de l'Acathiste est étroitement relié dans l'histoire du carême byzantin), et plus généralement une hymne célèbre, chantée par dévotion à la fin de tout office de vigile.

Les vingt-quatre stances L’Acathiste appartient à la catégorie d’hymnes appelées kontakions. Il comporte vingt-quatre oikoi (« maisons »), qui sont des unités, ou stances, composées en acrostiche alphabétique.

La première moitié d’entre elles – les stances portant un numéro impair – commencent par une exposition poétique qui décrit un événement, et se poursuivent par six actions de grâce adressées à la Toute Sainte Mère de Dieu. Chacune de ces actions de grâce, pleines d’émerveillement et de louanges à son adresse, se conclut par une exclamation caractéristique de la prière, « Réjouis-toi, Épouse inépousée ! » (dans le texte original, en grec ancien, ).

L’autre moitié – les stances portant un numéro pair – est composée d’un tropaire qui se termine par l’exclamation de louange « Alléluia ! ». Réparties en quatre groupes de six stances Les stances 1 à 6 célèbrent le mystère de l'Annonciation à la Vierge, les stances 7 à 12 celui de la Nativité et de l'Épiphanie du Seigneur, les stances 13 à 18 celui de la Parole de Dieu et les six dernières la vie de l'Église et le salut du monde. Dans le cadre de la cinquième semaine du Grand Carême, l'acathiste se concentre sur la gloire de la Mère de Dieu, et plus marginalement sur la rédemption du genre humain, ce qui confère à l'hymne une grande douceur et une grande allégresse, qui contraste avec d'autres offices plus pénitentiels. Stance n°Incipit en grec, acrostiche alphabétiqueIncipit en françaisAcclamationTitre de l'image1Ἄγγελος πρωτοστάτηςUn ange éminent fut envoyé du cielRéjouis-toiL'Annonciation (icône de la fête)2Bλέπουσα ἡ ἉγίαLa sainte, connaissant son étatAlléluiaL'Annonciation (la Vierge se lève pour accueillir l'ange)3Γνῶσιν ἄγνωστον γνῶναιPour comprendre un mystère inconnuRéjouis-toiL'Annonciation (la Vierge dialogue avec l'ange)4Δύναμις τοῦ ὙψίστουLa puissance du Très-HautAlléluiaLa conception virginale5Ἔχουσα θεοδόχον ἡ ΠαρθένοςPortant le Seigneur DieuRéjouis-toiLa visitation 6Zάλην ἔνδοθεν ἔχων λογισμῶν"L'âme secouée par d'inquiètes penséesAlléluiaLes doutes de Joseph dissipés7Hκουσαν oἱ ποιμένεςLes bergers entendant les angesRéjouis-toiLa Nativité du Seigneur (icône de la fête)8Θεοδρόμον ἀστέραAyant aperçu l'étoileAlléluiaLes mages guidés par l'étoile9Ἴδον παῖδες ΧαλδαίωνLes mages de ChaldéeRéjouis-toiL'adoration des mages10Kήρυκες θεοφόροι γεγονότεςDevenus les héraults porteurs de DieuAlléluiaLes mages revenant à Babylone11Λάμψας ἐν τῇ ΑἰγύπτῳSur l'Égypte brilla ta véritéRéjouis-toiLa fuite en Égypte et les idoles renversées12Mέλλοντος ΣυμεῶνοςComme Syméon allait trépasserAlléluiaLa Présentation du Christ au Temple (icône de la fête)13Nέαν ἔδειξε κτίσινDieu renouvelle son œuvreRéjouis-toiDieu révélé à l'Église14Ξένον τόκον ἰδόντεςVoyant l'étrange naissanceAlléluiaLes hommes se convertissent au ciel15Ὅλως ἦν ἐν τοῖς κάτωSans être absent du cielRéjouis-toiLe Christ présent au ciel et dans l'Église16Πᾶσα φύσις ἈγγέλωνTous les anges furent troublésAlléluiaLe Christ Emmanuel trône entouré d'anges17Ῥήτορας πολυφθόγγουςLes rhéteurs bavardsRéjouis-toiLa Mère de Dieu et son fils en majesté parmi des savants18Σῶσαι θέλων τὸν κόσμονVoulant sauver le mondeAlléluiaLe Christ en gloire tire les justes des enfers19Τεῖχος εἶ τῶν παρθένωνDes vierges le rempartRéjouis-toiLa Vierge du Signe parmi les vierges saintes 20Ὕμνος ἅπαςToute hymne est impuissanteAlléluiaLe Christ assis reçoit l'hommage des liturges 21Φωτοδόχον λαμπάδαFlambeau flamboyantRéjouis-toiLa Vierge à l'Enfant debout dans la colonne de feu guide les égarés 22Χάριν δοῦναι θελήσας ὀφλημάτωνVoulant faire grâceAlléluiaLe Christ déchire la cédule de nos dettes23Ψάλλοντές σου τὸν τόκονExaltant ton enfantementRéjouis-toiLa Mère de Dieu, diadème des princes chrétiens24Ὦπανύμνητε ΜῆτερÔ Mère toute digne de nos chantsAlléluiaLa Vierge debout protège l'Église

Le sens de l'Acathiste à la Mère de Dieu vignette|Icône russe de l'Hymne acathiste. Au centre, la représentation de la Vierge Marie, entourée par vingt-quatre icônes périphériques, chacune se rapportant à la narration des 24 « maisons » (oikoi) de l’hymne Akathiste. Cathédrale de la Dormition de Moscou, . Chaque stance naît d’un événement de la vie de la Mère de Dieu, ou parfois de la vie de Jésus-Christ qu’elle a enfanté, ou encore d’autres personnages qui leur sont proches, pour exalter la participation de Marie ou de Jésus-Christ à l’épisode en question et son importance pour le salut des hommes.

Le tout début commence par une prière de la ville de Constantinople (qui peut aujourd'hui être le symbole de n'importe quelle communauté), pour rendre grâce à la Mère de Dieu pour sa protection. Elle y est appelée « Général en chef de nos armées » (en ) :