vignette|250px|Sourire d'une jeune femme au Laos.

vignette|250px|Un homme souriant.

Le sourire est une expression du visage témoignant en général de la sympathie.

Le mot sourire est apparu au Moyen Âge, issu du verbe latin sub-ridere qui signifie prendre une expression rieuse ou ironique, destiné à tromper, mais le sens se rapproche plus du mot latin risus qui appartient au vocabulaire du rire.

Le sourire est une expression du visage qui se forme par la tension de muscles, plus particulièrement aux deux coins de la bouche, mais aussi autour des yeuxArmindo Freitas-Magalhães et Érico Castro (2009), « The Neuropsychophysiological Construction of the Human Smile », in A. Freitas-Magalhães (éd.), Emotional Expression: The Brain and The Face (p. 1-18), Porto, University Fernando Pessoa Press . Il exprime généralement le plaisir ou l'amusement, mais aussi l'ironie, et joue ainsi un rôle social important.

Le cerveau humain serait capable d'isoler un sourire du reste du visage, ce qui se vérifie en observant une photo retournée verticalement où le sourire est, lui, resté dans le bon sens.

Le sourire est une attitude assimilée par renforcement comme positive, et cela dès la naissance, mais il est considéré comme inné et génétiquement déterminé, puisqu’il apparaît chez des enfants sourds et aveugles de naissance.

Origine animale

Chez les singes, un sourire est généralement un signe de peurUn « sourire » chez un chimpanzé est un signe de peur. C'est également un comportement instinctif de soumission qui consiste à montrer ses dents supérieures afin d'affirmer son intention de ne pas mordre.

Histoire des expressions faciales chez les animaux Les expressions faciales, telles qu’on les connaît ont surtout comme fonction de nous apporter des informations sur l’état d’esprit de l’individu que l’on croise. .

Chez les reptilesCharles Darwin, 1874, L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, trad S. Pozzi et R. Benoît, 1890, Paris : C. Reinwald, la musculature faciale se développe avec la mastication mais les mouvements possibles se réduisent à l'ouverture et à la fermeture et la peau, épaisse est très peu mobile. Avec l'apparition de l'homéothermie, la peau gagne en souplesse, et avec l'apparition de poils et de plumes, la succion s'additionne à la mastication, et des vibrisses protègent désormais les yeux et les naseaux. Cette souplesse et cette musculature mise en place permet l'émergence de la configuration faciale pouvant évoluer en mimique.

Selon que l'animal est proie ou prédateur, l'évolution des expressions diffèrent : les proies ont une vision globale pour surveiller un environnement vaste alors que les prédateurs ont une vision plus restreinte mais beaucoup plus précise, grâce à la macula. Pour les premiers, la communication se base essentiellement sur les postures et les cris, alors que pour les seconds, la communication faciale peut être perçue et donc apparaître en devenant toujours plus significative chez les prédateurs et les primates.

De nombreuses mimiques sont similaires chez les animaux et les hommes, comme les regards menaçants, la vigilance, ou la crainte. Pour Darwin, les expressions qui, originellement, servaient l'adaptation dans le milieu, ont été conservées par le lien avec l'état d'esprit qui les promouvait ; ensuite, la ritualisation aurait perpétué et modelé ces expressions chez les primates. Leurs vestiges sont présents aujourd'hui mais leurs significations ont plus ou moins changé.

Par exemple, on sait que l'expression la plus ancienne est la menaceJean-Charles Guyomarc'h, 1980, Abrégé d'éthologie, Masson : bouche ouverte, dents visibles qui révèlent une intention de morsure. En ce sens, le sourire et le rire, complets, où les dents sont visibles « descendent » des réponses aux agressions.

Les sourires des primates et leurs significations

Chez les primates supérieurs Desmond Morris, 1978, L'éthologie des primates, édition Complexe (chimpanzés, gorilles, babouins, macaques...), deux expressions s'apparentent au rire et au sourire humain : « rictus » ou « figure silencieuse, dents découvertes ». Les yeux sont fixes, les dents sont serrées mais la bouche est ouverte avec les commissures des lèvres retroussées mais peu de vocalisations sont observées. C'est une figure de défense face à une menace, le corps dressé. L’observation nous apprend que c’est une expression de fuite ou d'invitation à l'approche prudente, pour calmer l'adversaire ; en ce sens, elle a une fonction apaisante d'attraction sociale. Elle inhibe les attaques d’un dominant et, si celui-ci présente cette face, il calmera les craintes du dominé. Pour les individus de même niveau hiérarchique, elle peut aussi être une invitation au jeu. « mimique relaxée » ou « figure détendue, bouche ouverte » Une tension des zygomatiques tire les commissures des lèvres et les bords externes des yeux vers le haut ou l'arrière. Le reste de la face est relâché. La lèvre supérieure, tendue, recouvre les dents du haut, celles du bas sont partiellement visibles. La posture du corps varie rapidement, de manière imprévisible. Il n'y a pas de vocalisation mais une respiration forte et rythmique se fait entendre. On retrouve cette face lors des jeux (esquives, poursuites, simulation, voire agression plus ou moins amicale), ainsi que lorsqu'un individu regarde tranquillement un objet particulièrement agréable. Le rire découle de la mimique relaxée, bien que chez les primates, ce soit une respiration haletante audible alors que chez l’homme les sons du rire entrecoupent une expiration. Le sourire, lui, semble prendre son origine soit dans le rictus, soit dans la mimique relaxée, les interprétations diffèrent selon les auteurs. Intuitivement, on peut constater la très grande variété des sourires, selon la situation et l'état d'esprit de l'individu. On peut alors supposer qu'il découle à la fois de l'une et de l'autre, par ritualisation convergente.

Convergence du rire et du sourire chez l’Humain

Traditionnellement, le « sous-rire » était considéré comme un « en dessous du rire », qui apparaissait, avec le rire, dans les cérémonies d’accueil, dérivés de la menace, comme une morsure ritualisée par le jeu. La langue française garde cet aspect mais les avis sur le sujet ont changé. Le rire et le sourire ne sont pas toujours en continuité : un grand sourire ne se prolonge pas en petit rire. Les situations où apparaissent ces expressions cousines sont variées et distinctes. Leurs rôles dans la communication sont différents, ainsi que les émotionsJean-Didier Vincent, 1986, Biologie des passions, Odile Jacob qui les sous-tendent. Cependant, ce sont tous les deux des déclencheurs sociaux, une invitation aux échanges, à la détente. Ils sont présents dans diverses circonstances plus ou moins stressantes des relations sociales, mais le positionnement de l'individu pour ces deux expressions est différent.

Le sourire, à l'origine, est surtout un mouvement de défenseBoris Cyrulnik, 1989, Sous le signe du lien, Pluriel, Hachette Littérature, de soumission. Son ambivalence est évidente : il est utilisé lorsque les relations entre les individus sont mal définies, par prudence ou par convention, mais on le retrouve aussi dans les rapports amicaux, bienveillants ou amoureux, ou encore dans la reconnaissance, la connivence. Le rire, a contrario, est un comportement réflexe plus agressif, les dents sont découvertes ; c'est ce que l'on retrouve dans la moquerie. Il est également présent dans le jeu et la séduction, il permet aussi de briser la glace avec des étrangers. On considère que le rire est une fonction vitale comme l’éternuement ou le clignement des yeux, on ne peut le réprimer. Il apparaît au quatrième mois de la vie, mais on ne connaît pas vraiment son utilité dans l’évolution, ni pourquoi il a été conservé des primates à l’homme.

Malgré son origine agressive, il a une fonction anti-stress voire antalgique, grâce à une libération d’endorphines. De la dopamine et de la sérotonine sont également libérées, ce qui entraîne des modifications physiologiques : le rythme cardiaque augmente brutalement puis diminue avec la respiration, les muscles et les artères se relâchent sous l’action du système parasympathique. Le rireAntonio Damasio, 1995, L'erreur de Descartes, la raison des émotions, Odile Jacob agit comme un massage des viscères.

Ces deux expressionsJacques Corraze, 1996, Les communications non verbales, PUF, Le Psychologue ont été ritualisées dans de très diverses circonstances. Elles expriment de nombreuses émotions, selon les types de rires et de sourires. On distingue le sourire réflexe lors du bien-être et le rire réflexe dans une situation d’incongruité ou comique. De la même manière, il existe un sourire forcé dans les rapports polis et un rire forcé dans la moquerie et le cynisme. (Ce terme toutefois ne sera pas pris au sens philosophique, ou il acquiert — du fait par exemple de Diogène ou d'Hipparchia — une noblesse d'attitude reconnue même par leurs adversaires H. Lethierry Diogène nom d'un chien, Petit pavé, 2013. Pour l'application en classe (du même collectif) : Mourir de rire (2 tomes, E.P.U, 2015)).

Le sourire chez le nourrisson Pour le nourrisson et sa mère, le sourire est un comportement d'attachementHubert Montagner, 1988, L'attachement, les débuts de la tendresse, Odile Jacob puissant. Il a une valeur de rapprochement spatial, dont le résultat prévisible est que la mère répond affectueusement à son enfant, prolongeant ainsi l’interaction sociale entre eux. Sa fonction, avec les pleurs, est de maintenir sa mère, ou la personne qui s'occupe de lui, à proximité. Il semblerait que le bébé et la mère ont, dans leur bagage génétique, les « outils » pour communiquer et s'attacher, sûrement pour assurer une bonne perduration de l'espèce. Pour BowlbyJohn Bowly, 1984, Attachement et perte, tome 1, L'attachement, PUF, Paris, le sourire, pendant le développement du nouveau-né passe par les quatre étapes suivantes :

Sourire spontané et réflexe Ce sourire, observé par Wolf, en 1963, apparaît dans les heures consécutives à la naissance. Il est passager et incomplet, c'est-à-dire unilatéral et sans mouvement des yeux. Pendant les trois premières semaines, il est tellement incomplet et la plupart du temps hors contexte qu'il est sans conséquence fonctionnelle, autrement dit, il est si peu visible qu'il a peu d'effet sur autrui - Il faut noter que les sens du nourrisson de cet âge sont encore peu développés.

Pendant la quatrième et la cinquième semaine, le sourire est de plus en plus complet, il peut être spontané, après avoir mangé ou pendant le sommeil paradoxal ou suscité par un son mélodieux, une lumière douce, un contact, mais la réponse est incertaine et le temps de latence assez long. Ce sont des semaines de transition où les premiers effets sociaux apparaissent. La mère - ou la personne qui s'occupe de l'enfant - interprète ce premier sourire perçu et entoure le bébé d'une sensorialité plus ou moins chaude selon son interprétation, son histoire personnelle, ses appréhensions, par des contacts, le son de sa voix, sa chaleur... Les fantasmes faits par la mère avant la naissance de son enfant influent sur la richesse des interactions qu’elle aura ensuite avec lui. Elle donne un sens au sourire qui, à l’origine n’est qu’une manifestation du programme génétique . Cette projection, par l'effet qu'il produit sur l'enfant, rendra, à terme, le sourire significatif, social. On est alors témoin du basculement du sens du sourire, de purement génétique, utile pour la survie du bébé, à la signification sociale, utile pour la survie, parmi la société des hommes.