La première bataille de Bull Run, aussi nommée première bataille de Manassas par les forces sudistes (ce nom est encore fréquemment employé dans les États du Sud), fut le premier affrontement majeur de la guerre de Sécession entre l'Union (Nord) et la Confédération (Sud).

La bataille se déroula le près de la petite ville de Manassas, en Virginie, à au sud-ouest de Washington. Alors qu'elles sont persuadées d'obtenir une victoire facile, les forces nordistes, non aguerries, sous les ordres du brigadier généralL'article utilise les grades des forces armées des États-Unis écrit en français (e.g. brigadier general est traduit comme brigadier général, mais c'est un grade de général contrairement au brigadier de l'armée française qui est un militaire du rang) Irvin McDowell, traversent la rivière Bull Run pour affronter l'armée sudiste guère plus aguerrie sous les ordres des généraux Joseph E. Johnston et Pierre Gustave Toutant de Beauregard. Malgré un engagement de la bataille qui leur est d'abord favorable, les forces nordistes subissent un échec cuisant et, mises en déroute, doivent se replier sur Washington.

Forces en présence

Forces de l'Union Les forces de l'Union, fortes de dont environ effectifsLes chiffres varient selon les sources. Eicher, : , ; Esposito, map 19: , ; Ballard, ( effectivement dans la bataille), (); Salmon, : , ; Kennedy, : , ; Livermore, : « effectifs », effectifs. Dans The Century Magazine, l'adjudant général James Barnet Fry donne les chiffres de (en incluant les retardataires qui ne participèrent pas à la bataille) et 24 canons, Thomas Jordan donne et 37 canons., sont commandées par le brigadier général Irvin McDowell et composées de 4 divisions.

Forces de la Confédération Les forces de la Confédération, fortes de dont à effectifs, sont commandées par le brigadier général Joseph Eggleston Johnston et composées de 11 brigades.

Préparation thumb|La bataille de Bull Run où les armées de l'Union sont défaites. La guerre de Sécession commence le par la bataille de Fort Sumter. Aucun des deux camps n'avait préparé ses effectifs, ne voulant pas paraître comme l'agresseur. La mobilisation commence ainsi à partir de la deuxième quinzaine d'. Les deux camps prévoient une guerre de courte durée, le premier appel à volontaires porte donc pour un engagement de trois mois. Une partie des troupes doit théoriquement être démobilisée fin juillet, alors qu'aucune bataille importante n'a été livrée.

Les premiers appels à volontaires ont été couverts sans problème par la population des deux adversaires. Paradoxalement, il y avait parfois trop d'hommes pour les capacités logistiques des deux camps (voir plus loin équipements).

Effectifs

Depuis la prise de Fort Sumter, l'armée de l'Union n'est pas restée inactive, ses effectifs ont quintuplé (passant de en 1860 à environ de l'armée régulière auxquels s'ajoutent du premier appel à volontaires. sur tous les théâtres d'opérations) à la veille de la bataille. Toutefois si les effectifs de l'Union sont corrects en quantité, ils sont loin de l'être en qualité, en particulier il manque beaucoup de bons officiers, un certain nombre (dont le colonel Robert E. Lee) a quitté l'Union pour rejoindre la Confédération. L'armée de l'Union rappelle donc des anciens de West Point revenus à la vie civileMcClellan par exemple..

Les confédérés possèdent un plus grand nombre de bons officiers que les fédéraux, beaucoup d'entre eux sont diplômés de West PointBeauregard en 1838, Johnson et Lee en 1829 et ont une tradition de milice.

De plus, les soldats des unités confédérées sont généralement plus habitués à la vie de plein air que les nordistes, ce qui constituera un avantage dans les premières campagnes de la guerre.

Équipements Les unités sont levées État par État, chaque État devant assurer l'équipement de ses régiments en armes et en uniformes.

Les industries d'armements sont majoritairement au nord, les unionistes n'ont donc pas de mal à se fournir en fusils et canons, alors que la seule usine a beaucoup de mal à suivre la demande (dans les premiers temps de la guerre, certains régiments ne sont pas levés faute de fusils). Certains hommes de troupe confédérés commencent la guerre avec leurs fusils de chasse et , page à trouver ; par la suite ils utiliseront les fusils pris aux nordistes.

Les uniformes ne sont pas normalisés au début de la guerre, certaines unités de zouaves unionistes combattent en grisBallard, ,22,24. Dans d'autres unités, il n'y a pas d'uniforme, les hommes combattent en tenue civile. Les deux partis cherchèrent à standardiser leurs tenues réglementaires dans les mois qui suivirent.

Par ailleurs, et jusqu'au , les drapeaux fédéraux et confédérés sont très semblables.

Objectifs

Les unionistes ont pour objectif une bataille décisive qui entraînerait la capitulation des États confédérés et leur retour dans l'union. Au fur et à mesure que l'espoir d'une bataille décisive s'éloigne, il devient clair que seule la prise de Richmond, la capitale des États confédérés, peut mettre fin à la guerre.

Le plan de McDowell était de séparer son armée en trois colonnes, la colonne de droite devait faire diversion, celle du milieu lancerait le gros de l'attaque, pendant que la colonne de gauche encerclerait l'ennemi et couperait le chemin de Richmond.

Les confédérés ont pour objectif d'obtenir un arrêt des combats qui leur permettrait de facto de gouverner les territoires qu'ils contrôlent. Au début de la guerre la prise de la capitale fédérale paraît possible, ou du moins son encerclement.

Le plan de Beauregard était d'attendre que l'armée du Potomac fasse mouvement, puis par un mouvement tournant de la couper de ses arrièresRapport du général Beauregard. Informé de ce plan, Jefferson Davis, président de la Confédération, y mit son veto. Le plan demandait en effet des effectifs importants, et en particulier le rappel de Jackson qui tenait alors la vallée de Shenandoah, ce qui signifiait abandonner cette vallée et ses ressources aux unionistes. Les confédérés devaient retenir les unionistes à Manassas, puis se replier sur la rivière Rappahannock jugée plus facile à défendre et plus près de la capitale confédérée.

Opinion publique

Chez les unionistes, la pression est grande pour livrer une bataille décisive, la presse et les milieux politiques harcèlent les généraux. Les militaires de carrière souhaitent prendre le temps afin de former les troupes. Le président Abraham Lincoln tente de rassurer McDowell à ce sujet : Detzer, ; Williams, ; McPherson, ; Davis, , attribue cette remarque à Winfield Scott..

La bataille

La mise en place

Malgré ses réticences, McDowell part de Washington le avec une armée de . À la suite de désertions (principalement les hommes dont l'engagement arrive à expiration), les effectifs Unionistes ne sont plus que de . McDowell pensait arriver à Centreville le grâce à une marche forcée, mais les troupes n'étaient pas habituées à ce régime de marche dans une chaleur étouffante, les hommes s'arrêtaient fréquemment pour prendre de l'eau ou manger des mûres. Ce ne fut que le que l'avant-garde commandée par le brigadier général Daniel Tyler arriva à Centreville.

Ses ordres étaient d'observer la route de Warenton et les abords de la Bull Run, mais Tyler s'engagea plus avant et eut une escarmouche (connue sous le nom de la bataille du Gué de Blackburn) avec des éléments avancés du général James Longstreet, les unionistes perdant 81 hommes tués, blessés ou portés disparus, tandis que les confédérés eurent 15 tués et 33 blessés dont certains moururent plus tardBallard, . Le général Tyler fut sermonné par McDowell en personne qui lui rappela qu'il avait pour mission d'observer et de ne pas se lancer dans des combats hasardeux.

À la suite du général McDowell, un certain nombre de députés et sénateurs, ainsi que des civils partent de Washington pour le site de la bataille afin d'assister à la confrontation qui semblait être perdue d'avance pour les Confédérés, Ballard .

McDowel avait prévu d'immobiliser l'armée du général Johnston dans la vallée de Shenandoah par une attaque de Robert Patterson et des de la première armée de la ShenandoahPlan qui a échoué, Johnston parvint à tromper Patterson avec des mouvements de cavalerie le et parvint sur le champ de bataille le 19 (Ballard, ). Il avait informé le général Scott que le plan d'attaque ne pouvait réussir que si Johnston était bloqué dans la vallée de la Shenandoah.

Grâce à des informateurs, Beauregard est informé du mouvement de McDowell vers dans la soirée du , il peut donc se préparer, il demande au général Jackson d'emmener l'armée de la Shenandoah par le col de Blue Ridge. Il doit ensuite attaquer McDowel sur son aile droite.

Le déroulement de la bataille

À , le matin du , McDowell envoie les divisions de Hunter et Heintzelman (environ ) depuis Centreville en direction du sud-ouest vers Warrenton Turnpike, puis vers le nord-ouest en direction de Sudley Springs. La division de Tyler (environ ) avançant avec précaution, le général, n'ayant pas digéré l'affront qui lui avait été fait la veille, bloqua l'avance des colonnes latérales. Les unités qui avaient pu passer le pont trouvèrent la route vers Sudley Springs impraticable, et ne purent passer à gué la Bull Run que vers . Les hommes de Tyler ne passèrent le pont que vers Beatie, ; Esposito, text for Map 21; Rafuse, ..

Vers , la brigade de Richardson tira quelques coups de canon vers le gué de Mitchell sur le flanc droit des Confédérés. Certains de ces tirs atteignirent le quartier général du général Beauregard, ce qui lui indiqua que l'ennemi avait attaqué avant lui. Il ordonna alors une attaque de diversion sur le flanc nord qui toutefois n'eut jamais lieu, à cause de la défaillance des moyens de communications. Alors qu'il souhaitait voir le général Richard S. Ewell lancer une attaque, les ordres que celui-ci reçut disaient simplement . Le brigadier général Jones devait attaquer en soutien d'Ewell, mais ne reçut aucun ordreEicher, ; Esposito, Map 22..

Tout ce qui restait sur le chemin des de l'Union sur le flanc gauche des confédérés était le colonel Nathan George « Shanks » Evans et sa brigade réduite de Rafuse, .. Evans avait envoyé des hommes pour parer la menace directe de Tyler au pont de pierre de la route de Warrenton, mais il commençait à suspecter que les faibles attaques du général Schenck n'étaient que des feintes. Il en fut informé via le quartier général de Sudley Spring par le capitaine Edward Porter Alexander, officier de transmission de Beauregard, qui observait la scène depuis une distance de . C'est le premier exemple d'utilisation de signalisation par fanions pour transmettre des ordres pendant une bataille durant cette guerre, Alexander envoya le message : Brown, ; Alexander, .. Evans envoya alors 900 hommes depuis le pont de pierre vers les pentes de Matthews Hill, au nord de leur précédente position.

Evans reçut bientôt en renfort les deux brigades du brigadier général Barnard Elliott Bee, Jr. et du colonel Francis S. Bartow, amenant le total des forces du flanc nord à . Ils parvinrent à ralentir la brigade de tête de Hunter (commandée par le brigadier général Ambrose E. Burnside) qui tentait de passer à gué la rivière Bull Run et d'avancer vers la rivière Young Branch au nord de la colline Henry House. L'un des chefs de la brigade de Tyler (le colonel William Tecumseh Sherman) traversa un gué non protégé et chargea le flanc droit des confédérés. Cette attaque surprise, combinée à la pression de Burnside et du major George Sykes, provoqua une rupture de la ligne confédérée peu après , les confédérés se replièrent en déroute vers Henry HillRafuse, ; Esposito, Map 22; Eicher, ..