Ounas (ou Ounis, égyptien ancien : wnjs) est un roi, le neuvième et dernier souverain de la de l'Égypte sous l'Ancien Empire. Ounas règne pendant quinze à trente ans, au milieu du avant notre ère-2353 à -2323 (J. P. Allen), -2380 à -2350 (), -2342 à -2322 () -2404 à -2374 (), -2341 à -2311 (J. Málek). Il succède à Djedkarê Isési et précède Téti.
On sait peu de choses sur les activités d'Ounas pendant son règne, qui fut une période de déclin économique. L'Égypte entretenait des relations commerciales avec la côte levantine et la Nubie, et des actions militaires ont pu avoir lieu dans le sud de Canaan. La croissance et la décentralisation de l'administration, conjuguées à la diminution du pouvoir du roi, se sont poursuivies sous Ounas, contribuant finalement à l'effondrement de l'Ancien Empire quelque deux-cents ans plus tard.
Ounas a construit une pyramide à Saqqarah, la plus petite des pyramides royales achevées sous l'Ancien Empire. L'ensemble mortuaire qui l'accompagnait, avec ses temples funéraire et de la vallée reliés par une chaussée longue de , est richement orné de reliefs peints, dont la qualité et la variété dépassent l'iconographie royale habituelle. De plus, Ounas fut le premier pharaon à faire graver et peindre les textes des pyramides sur les murs des chambres de sa pyramide, une innovation majeure qui a été suivie par ses successeurs jusqu'à la Première Période intermédiaire. Les hiéroglyphes disposés en successions de colonnes verticales sont soigneusement ouvragés et rehaussés d'une couleur bleue ; entourent la dépouille royale, telle une récitation silencieuse mais permanente. Ces textes identifient le roi à Rê et à Osiris, dont le culte était en croissance au temps d'Ounas, et étaient destinés à aider le roi à atteindre l'au-delà. Ces inscriptions influenceront toute la littérature funéraire des Égyptiens.
Manéthon, un prêtre égyptien qui vivait au avant notre ère durant la période ptolémaïque, auteur de la première histoire de l'Égypte, affirme que la a pris fin avec la mort d'Ounas. Son règne est suivi par celui de Téti, premier souverain de la , peut-être après une courte crise. L'archéologie suggère pourtant que les Égyptiens de l'époque n'étaient pas conscients de rompre avec la dynastie précédente, et que la distinction entre ces deux dynasties était peut-être illusoire.
Le culte funéraire d'Ounas, apparu à sa mort, s'est maintenu jusqu'à la fin de l'Ancien Empire et a peut-être survécu pendant la Première Période intermédiaire. Il existait encore, ou a été ressuscité, au cours du Moyen Empire tardif. Cela n'a pas empêché et de démanteler partiellement son complexe mortuaire pour en réutiliser les matériaux.
Parallèlement au culte officiel, Ounas a peut-être bénéficié de la vénération populaire en tant que dieu local de Saqqarah jusqu'à la fin de la Basse Époque, presque deux mille ans après sa mort.
Généalogie
Ascendance
Ounas est peut-être le fils de son prédécesseur Djedkarê Isési, mais aucune preuve formelle ne le confirme. En tout cas, la succession entre les deux souverains semble s'être passée sans heurt. Les hauts fonctionnaires ont conservé leurs postes, et le cartouche d'Ounas, retrouvé sur des vestiges de relief du temple mortuaire de la reine Setibhor enterrée dans la pyramide située à côté de celle de Djedkarê Isési à Saqqarah, semble démontrer le lien étroit qui relie les deux souverains, ainsi qu'entre Ounas et cette reine. Cependant, cela reste incertain, le titre de « mère du roi » n'ayant d'ailleurs pas été retrouvé parmi les reliefs mentionnant la titulature de Setibhor, même si certains chercheurs, dont Vivienne Gae Callender, semblent privilégier un tel lien.
Épouses
Ounas avait au moins deux épouses, les reines Nebet et Khenout, qui furent enterrées dans un grand mastaba adjacent à la pyramide de leur mari.
Descendance
Ounas et Nebet eurent peut-être un fils, le « fils du roi », le « chambellan royal », le « prêtre de Maât » et le « surveillant de Haute-Égypte » Ounasânkh, qui meurt durant la dixième année du règne d'Ounas. La filiation d'Ounasânkh est indirectement suggérée par son nom et ses titres, et par la présence de sa tombe près de celles de Nebet et d'Ounas. Mais cette filiation n'est pas universellement acceptée.
Probablement mort sans héritier mâle, un autre fils a tout de même été proposé : Ptah-ShepsesIl est peut-être identique au Shepespouptah de la tombe de Mehou ( ; ), bien que cela ne fasse pas l'unanimité (). . Ce prince est attesté par un sarcophage retrouvé dans le temple bas du complexe funéraire d'Ounas ; la ceinture en or retrouvée dans le sarcophage était décorée d'un personnage assis portant l'uræus royal et protégé d'un faucon, ce qui semble signifier que ce prince était héritier du trône. Le fait de le considérer comme un fils d'Ounas ne fait pas l'unanimité car il s'agit d'une réinhumationIl a par exemple été considéré comme un fils de ou de l'un de ses proches successeurs par Aidan Dodson car il considérait qu'il s'agissait d'une inhumation originale d'un prince de la toute fin de la ou du début de la Première Période intermédiaire () ; cependant, l'hypothèse de Dodson reste marginale et a été réfutée avec vigueur par Michel Baud, car cette inhumation est tellement contraire aux pratiques habituelles qu'il ne peut concevoir qu'il s'agit d'une inhumation originale ().
Un certain nombre de filles lui est également attribué : la « fille aînée du roi de sa chair » Hemitrê Hemi, connue par son mastaba (D65) situé à l'est du complexe funéraire de Djéser ; l'un de ses titres, « fille du roi de sa chair de la pyramide d'Ounas », premier exemple d'un titre de filiation associé au nom de la pyramide d'un roi, fait d'elle la fille d'Ounas, la « fille aînée du roi de sa chair » Khentkaous, dont la tombe a été retrouvée à l'ouest de la pyramide d'Ounas ; si la princesse est souvent considérée comme une fille de ce roi, les chercheurs ne sont pas unanimes ; en effet, Michel Baud a souligné que la nécropole royale d'Ounas s'est plutôt développée à l'est de la pyramide, et non à l'ouest, mais, comme il le souligne lui-même, les mastabas entourant la tombe de la princesse ne sont pas datées avec certitude non plus (il est possible qu'elle soit identique à la « fille du roi de sa chair » homonyme, représentée dans le mastaba de son époux Senedjemib Mehi), la « fille du roi de sa chair » Néferout, connue par un unique fragment de relief découvert près du mastaba de Khenout ; l'origine exacte de ce fragment n'est pas connue, mais il semble qu'il n'ait pas été découvert in situ, la « fille du roi de sa chair » Néfertkaous Ikou, représentée dans la tombe de son époux le vizir Mehou, située dans la nécropole de la pyramide d'Ounas, la reine , épouse du roi Téti et enterrée à l'origine dans un mastaba remanié par son fils le roi en une pyramide ; la stèle fausse porte du complexe, datée du règne de son filsLa reine Ipout porte en effet sur cette stèle fausse porte le titre de « mère du roi de Haute et Basse-Égypte », titre qu'elle n'a pu acquérir que sous le règne de ., indique qu'elle était « fille du roi de Haute et Basse-Égypte » ; s'agissant de la seule attestation de ce titre et ayant été inscrit sur une stèle datée du règne de son fils, ce titre a été remis en cause par certains chercheurs ; par exemple, Yannis Gourdon considère qu'il s'agit d'un titre rituel et honorifique et posthume accordé par son fils à sa mère ; ce point de vue n'est pas partagé par tous les chercheurs, et d'autres considèrent qu'il s'agit d'un véritable titre, tandis que d'autres sont plus réservés sur la question, l'absence systématique du titre de « fille royale » du reste du complexe funéraire restant en effet étrange, la reine , épouse du roi Téti et enterrée dans une pyramide ; le titre de « fille royale » est attestée sur un bloc de son temple funéraire et découvert en 1996 par Zahi Hawass et publié en l'an 2000 ; l'identité de la détentrice de ce titre diffère selon les chercheurs : en effet, selon le fouilleur Hawass, la fouille du complexe funéraire a montré que le décor insiste sur le statut de fille du roi et d'épouse du roi de ; plusieurs chercheurs suivent cette position et font donc de cette reine la fille d'Ounas et Stasser souligne d'ailleurs que cette reine semble avoir été la reine la plus importante du règne de Téti, probablement épousée avant son avènement ; cependant, Yannis Gourdon doute que ce titre correspondent à la souveraine, il associe plutôt ce titre à une fille de Téti et Khouit, peut-être la « fille aînée du roi de sa chair » Ouâtetkhethor Sechséchet, fille de Téti qui semble déjà être une jeune adulte au début du règne de Téti (il appuie son raisonnement en faisant la comparaison avec une scène similaire du complexe funéraire d' qui la représente avec l'une de ses filles).
D'autres enfants lui sont parfois attribués, sans pour autant qu'il y ait unanimité parmi les chercheurs. Deux vizirs d'Ounas, Akhethétep Hemi et Ihy, s'étaient fait construire chacun un mastaba, situé à l'extrémité d'une rangée de mastaba située au nord de la chaussée d'Ounas ; or, ces deux vizirs ont été disgrâciés, semble-t-il par Téti, et ces deux mastabas ont été réattribués d'une part au « fils aîné du roi de sa chair » Nebkaouhor, surnommé Idou, pour le mastaba d'Akhethétep Hemi (les inscriptions et représentations dans la tombe d'Akhethétep Hemi n'ont d'ailleurs pas du tout été retouchées, montrant une inhumation très rapide du fils royal), et d'autre part à la « fille du roi de sa chair » Sechséchet, surnommée Idout, pour le mastaba d'Ihy. Certaines hypothèses faisaient d'eux les enfants d'OunasLe prince Nebkaouhor Idou a également été daté du règne de , voire de la Première Période intermédiaire ()., principalement en raison de la localisation de leurs tombeaux : Michel Baud explique par exemple que Sechséchet Idout serait une fille tardive d'Ounas qui serait décédée jeune au début du règne de Téti. Comme ce que laisse suggérer leur surnom respectif, ces deux enfants semblent avoir été frère et sœur ; or, premièrement, Sechséchet est un nom donné à beaucoup de filles de Téti, deuxièmement, elle est représentée avec la tresse de l'enfance, et, troisièmement, l'enterrement de la princesse a eu lieu très probablement sous le règne de TétiDans la tombe d'Ihy réutilisé pour la princesse se trouve une mention d'un scribe nommé Tétiânkh, la partie Téti étant entourée d'un cartouche ()., il est certain que Sechséchet Idout soit une fille de Téti, et il est donc très probable que Nebkaouhor Idou soit également un fils de Téti. Thierry Stasser suppose qu'ils ont été enterrés dans la nécropole d'Ounas car ils seraient morts au tout début du règne de Téti : la nécropole associée au complexe funéraire de Téti n'était donc pas prête à recevoir les sépultures de ces deux enfants royaux. En conséquence, il suppose que la mère de ces deux enfants royaux devait être une reine que Téti aurait épousé avant de monter sur le trône ; or la pyramide la plus ancienne des trois pyramides de reine appartient à la reine , qu'il fait donc la mère de ce prince et de cette princesse. Naguib Kanawati considère quant à lui que ces deux enfants seraient nés de la reine , qu'il considère comme la fille d'Ounas, ce qui justifierait l'enterrement de ces deux enfants royaux dans la nécropole de leur grand-père maternel.
Fin d'une dynastie