right|thumb|La descente de la Courtille, gravure datant de 1839Gravure publiée dans La Caricature Provisoire, 17 février 1839, reproduite dans la Revue encyclopédique en 1892, p. 467..
La descente de la Courtille reste avec la Promenade du Bœuf Gras et le cortège de la Reine des Blanchisseuses un des trois cortèges centraux du Carnaval de Paris. À la différence des deux autres, la descente de la Courtille n'a existé que durant une quarantaine d'années au .
Toponymie Courtille est issu de l'ancien français courtil, « petite cour », désignant généralement un jardin clos attenant à une maison.
Histoire left|thumb|La Descente de la Courtille, gravure du . left|thumb|Scène de la Descente de la Courtille en 1843Les rues de Paris ancien et moderne. 358-1843, origine et histoire. Monuments, costumes, mœurs, chroniques et traditions par Louis Lurine..., illustré par Gavarni, Daumier, Célestin Nanteuil... G. Kugelmann éditeur, Paris 1843.. right|thumb|Le Constitutionnel, daté du parle de la descente de la Courtille qui vient de se déroulerLe Constitutionnel, 5 mars 1840, page 2, . Voir l'article reproduit sur la base Commons.. left|thumb|La Descente de la Courtille vue par Gustave Doré en 1860Source : Émile de Labedollière, Le Nouveau Paris, illustrations de Gustave Doré, Gustave Barba Libraire Éditeur, Paris 1860, page 305.. right|thumb|Le Petit Journal, du parle de la descente de la Courtille et sa disparition après 1860Extrait de l'éditorial de Timothée Trimm 9 février 1864, Le mercredi des Cendres, Le Petit Journal, 10 février 1864, page 1, . Il s'agit ici d'une partie des propos sur la descente de la Courtille que contient cet éditorial.. right|250px|thumb|Le Gaulois, du regrette la disparition de la descente de la CourtilleLe Gaulois, 11 février 1875, page 3, .. En 1788, Paris finit d'être entouré par le mur des Fermiers générauxIl en subsiste aujourd'hui quelques bâtiments : pavillons d'octroi de Ledoux : place Denfert-Rochereau (la barrière d'Enfer), place de la Nation (la barrière du Trône) et la rotonde de la Villette.. Il y avait beaucoup de guinguettes près des barrièresLes grilles qui fermaient les portes de l'enceinte. juste après la sortie de ParisElles attiraient la pratique par leurs tarifs qui n'incluaient pas le montant des taxes prélevées par l'octroi en entrant dans Paris.. Si on avait économisé assez d'argent durant la semaineOn était payé à la semaine, d'où l'expression, quand on congédiait une bonne : « je vous donne vos huit jours ». on venait y faire la fête le dimanche et aussi le lendemain, jour de la Saint Lundi. Car les Parisiens doublaient leur repos dominical en chômant le lendemain« Suivant l’ancien calendrier (le calendrier julien), outre 52 dimanches et beaucoup de fêtes, les ouvriers avaient assez généralement, surtout dans les villes, l’habitude de ne point se rendre les lundis, c’est-à-dire, pendant 52 jours de l’année, à leurs ateliers. » Observations sur le calendrier républicain, Le 15 Floréal, an 3 de la République. Texte anonyme du 4 mai 1795 (extrait)..
Le moment le plus intense des réjouissances aux barrières c'était bien sûr la période du Carnaval de Paris. Cette période durait depuis le , jour de la Saint Martin, jusqu'aux jours gras en février-marsÀ cette période s'ajoutait à mi-parcours entre mardi gras et Pâques le jeudi de la Mi-Carême.. Le paroxysme de la folie festive était atteint avec les jours gras qui prenaient fin avec la grande fête qui durait toute la nuit du mardi gras au mercredi des CendresSur le modèle de la saint lundi certains choisissaient de poursuivre fête et mascarades jusque dans l'après-midi du mercredi des Cendres.. Le matin des Cendres les guinguettes fermaient et on descendait des barrières dans Paris.
Ce phénomène certainement toujours bruyant et agité (on buvait dans les guinguettes du vin qu'on achetait au litre) prit une ampleur gigantesque et une forme organisée en 1822 à la barrière de BellevilleElle était située à la hauteur de l'actuel métro Belleville..
située juste là à la sortie de Paris.
Cette année-là les membres de la troupe du Cirque Moderne eurent l'idée de rentrer dans Paris en parade. Comme ils avaient passé la nuit à fêter Carnaval tout en haut de la rue de BellevilleCertains auteurs écrivent que cette rue s'appelait alors rue de Paris à Belleville et ajoutent qu'elle devint rue de Belleville seulement après janvier 1860. Mais, l'appellation rue de Belleville parait avoir été utilisée avant cette date, peut-être n'était-elle pas officielle, mais usuelle. dans le village du même nom, la parade passa devant la masse des fêtards de la Courtille qui sortait des guinguettes qui fermaient. La foule emboîta le pas. Ce fut la première édition de la très célèbreEncore aujourd'hui parmi les personnes qui ont connaissance du Carnaval de Paris la descente de la Courtille reste l'événement le plus cité. descente de la Courtille.
L'événement frappa les esprits. Par la suite et chaque année la foule s'accrut. D'autant plus que durant la nuit du mardi gras au mercredi des Cendres et le matin de celui-ci on accourait de tous les bals du Carnaval de Paris, les plus chics comme les plus populaires, pour participer à la fameuse parade.
Cette parade fut immortalisée par des gravures et peintures. Artus Despagne a daté son tableau La descente de la Courtille de 1823. Il s'agit donc soit de la première parade de 1822 dont la peinture est achevée en 1823, soit de la seconde parade, qui se déroula en 1823. Ce tableau est exposé au musée Carnavalet à ParisHuile sur toile signée Mercredi des Cendres, A. Despagne, 1823 – . Inv. P. 418 (musée Carnavalet, Paris). Ce tableau figure page 21 du catalogue de l'exposition De Belleville à Charonne promenade historique à travers le Arrondissement. Mairie annexe du arrondissement, Paris 1979..
La parade mettait bien deux heures pour effectuer le trajet suivant, de direction générale NE/SO : départ : barrière de Belleville (aujourd'hui en haut de la rue du Faubourg du Temple, au niveau du métro Belleville), rue du Faubourg du Temple, place du Château d'Eau (aujourd'hui place de la République), rue du Temple, arrivée : place de l'Hôtel-de-Ville.
Les spectateurs s'agglutinaient le long du parcours. Des malins louaient très cher des places à leurs fenêtres ou sur de petits escabeaux installés dans les terrains vagues.
La descente de la Courtille se répéta tous les ans et exista durant bien longtemps. Elle se passa très vite de la troupe du Cirque Moderne, car ce cirque fut détruit par un incendie et sa troupe ne reparut plus à la parade qu'elle avait fait naître.
La Presse, le , se plaint de l'envahissement du Carnaval de Paris par la publicité. À cette occasion, le journal parle de la descente de la Courtille : ... « aujourd'hui, on ne fait plus que des affaires, n'est-à-dire de la publicité. Nous ne serions pas surpris que le personnel de cette grande débâcle carnavalesque qui s'appelle la descente de la Courtille se composât en grande partie, demain matin, d'hommes-affiches, de colporteurs de prospectus et de crieurs d'adressesLa Presse, 25 février 1852, page 3, colonne.. »
Le , Le Nouvelliste apprend que la descente de la Courtille va apparaître à Paris sur la scène du théâtre des VariétésLe Nouvelliste, 8 février 1854, p.3, colonne. .
Ce que les Parisiens venaient chercher à la Courtille et aux autres barrières de Paris c'était des plaisirs moins chers, car hors Paris et non taxés par l'octroi. Celui-ci allait bientôt s'appliquer à Belleville et la Courtille. L'événement est déjà annoncé en 1858 dans une chansonDernier des six couplets de la chanson Hommage au choral de Belleville, œuvre anonyme citée intégralement par Émile de Labédollière Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire-Éditeur, Paris 1860, page 304..
En , l'extension de Paris qui engloba la Courtille et Belleville porta un coup fatal aux établissements de plaisir de la Courtille ainsi qu'aux guinguettes des autres barrières de Paris et par voie de conséquence à la descente de la Courtille.
Elle résista plusieurs années. En 1864 Alfred Delvau dans son livre Cythères parisiennes écrit « La descente de la Courtille est en train de rendre l'âme parisienne qu'elle avait avalée de travers. Cette tradition se perd d'année en année, comme tout d'ailleurs ce qui jure avec nos goûts, sans que nous soyons devenus plus moraux. »Citation faite, page 218, dans Les plaisirs de la rue, ouvrage d'André Warnod, paru en 1913. Ce qui prouve qu'à cette date on descendait encore la Courtille.
Détracteurs La descente de la Courtille a connu des détracteurs. Elle est essentiellement stigmatisée comme un lieu d'intempérance alcoolique et populaireUne caricature de Cham illustre cette réputation : Mercredi des Cendres, Boulevard de la Courtille Grande exposition de produits vinicoles (en ligne sur arts-graphiques.louvre.fr).. L'alcoolisme au Carnaval n'était pas alors l'apanage des milieux populaires. Sur les estampes de Gustave Doré consacrées au très renommé Bal de l'Opéra, se remarquent quantité de soûlards chics.
Les critiques de la descente de la Courtille ont pratiqué aussi une politique consistant à affirmer qu'elle n'existe plus ou guère, en des temps où elle existait encore. À lire certains d'entre eux l'événement a cessé d'exister dès 1838C'est le cas par exemple de Émile de Labedollière qui écrit dans son ouvrage Le Nouveau Paris, paru en 1860, : . Un ouvrage de 1848Chapitre « Le Mardi gras et la descente de la Courtille », in : Satan, Le Carnaval à Paris, 1848. déclare qu'il n'y a plus rien de significatif depuis au moins 25 ans. Affirmations fausses, car contradictoirement, Le Constitutionnel écrit en 1840, juste après la fin du Carnaval de Paris :
Description de la descente de la Courtille en 1830 left|thumb|Évocation de la Descente de la Courtille faite par Albert Robida en 1885La Caricature, 14 mars 1885.. Extraite de Promenade à tous les bals publics de Paris, barrières et guinguettes de cette capitale, ou revue historique et descriptive de ces lieux par M. R***, habitué de toutes les sociétés dansantes de Paris et des barrières - Paris, Terry jeune, Libraire 1830 – Pages 168-170 :
Mais c'est le mercredi des cendres qu'il est beau de voir la Courtille. Sur les sept ou huit heures du matin, ceux qui ont passé la nuit du mardi gras à la barrière n'attendent plus, pour rentrer dans la capitale, que l'arrivée des masques des différens bals de Paris. Bientôt ils arrivent en foule chez DesnoyezTrès grande et fameuse guinguette de la Courtille., et, après s'être régalés du bouillon bien faisant, ils se disposent tous à partir. C'est ici que le tableau devient intéressant : des hommes et des femmes masqués sortent de tous les côtés, parcourant la rue de Belleville, les habits en désordres, crottés jusqu'aux genoux, la figure pâle et remplie de poussière ; des femmes hurlant, véritables bacchantes, excitant leurs maris à s'enivrer et leur en donnant l'exemple ; des menuisiers, des cordonniers, des marchands, des commis, des étudians, toute espèce de gens mêlant et confondant les conditions, et ne connaissant plus aucune distance ; des filles de joie, à pied ou en voiture découverte, proférant des paroles auxquelles les oreilles ne sont pas accoutumées ; des hommes trébuchant à chaque pas, se querellant, se battant, cherchant leurs femmes qu'ils viennent de perdre dans la foule, jurant, les traitant d'infidèles, en se servant de termes plus expressifs ; des chiffonniers se roulant par terre sans pouvoir se relever, des buveurs crians aux fenêtres et inondans les passans, des cris de joie, des paroles obscènes, des gestes et des manières dégoutans : voilà ce que l'on voit et ce que l'on entend pendant la matinée du mercredi des Cendres, voilà ce que l'on nomme la descente de la Courtille. Un célèbre voyageur prétendait que dans ce jour les Français étaient méconnaissables ; sans vouloir appuyer cette opinion, nous nous contenterons de dire qu'ils donnent une grande preuve de légèreté.