La période médiévale en Savoie s'étend de la concession de la Sapaudie ou au peuple germain des Burgondes, au , en passant la Saboia des Carolingiens jusqu'à l'apparition d'un comté de Savoie au , qui devient duché en 1416, considéré comme l'apogée du territoire savoyard. Cette période est marquée par l'intégration, en 1032, des territoires de la Sapaudia dans le Saint-Empire romain germanique, et à l'affirmation féodale sur ces terres, avec la naissance de grandes maisons seigneuriales.

Le jeu politique régional lie et délie, jusqu'à l'absorption, les grands seigneurs de Savoie et de Genève ainsi que leurs vassaux, mais aussi les représentants du pouvoir spirituel, les évêques de Belley, les évêques et archevêques de Tarentaise, les évêques de Genève, ou encore de Saint-Jean-de-Maurienne.

Féodalité en Savoie () Du royaume burgonde à l'affirmation féodale Vers 443, le général romain Aetius concède la Sapaudia à un peuple germain, les Burgondes d'après une courte notice du « La Sapaudia est donnée aux débris du peuple burgonde pour être partagée avec les indigènes »., ayant passé le Rhin vers 407 et originaire du Main. Le territoire de la Savoie correspond à cette période à la cité de Genève, une partie du pays de Gex, du nord de la Savoie (Genevois, Faucigny) et la moitié occidentale du plateau suisse.. Les Burgondes forment un premier royaume, la Burgondie, de 435 à 534, fixant leur capitale à Genève, un centre religieux dès le , qu’ils brûlent et qu’ils reconstruisent. En 502, le roi burgonde Gondebaud rédige un code de loi dit Loi gombette (recueil de lois germaniques fortement influencées par le droit romain).

En 534, dans la construction de leur royaume, les Francs par l’intermédiaire des fils de Clovis, Childebert et Clotaire, annexent la BurgondieLe roi Godomar III est mis à mort en 534. Cet événement marque la fin du premier des Royaumes burgondes., avant de conquérir la Provence. Toutefois, les Mérovingiens laissent la gestion du territoire aux premiers comtes, burgondes ou gallo-romains. La Burgondie retrouve même une sorte d’autonomie durant cette période avec le règne de Gontran (561-593). Toutefois, sa mort est suivie d'une période d'anarchie et un morcellement territorial.

left|260px|thumb|Première partition de l'Empire d'Occident par le traité de Verdun (843). Avec les Carolingiens, la Savoie prend forme. Un acte de 806 mentionne une Sabaudia. Celle-ci relève d'une importance stratégique grâce au passage du Mont-Cenis, emprunté par les pèlerins, les marchands et les militaires. Ainsi Charlemagne l'emprunte, tout comme Pépin le Bref avant lui, pour soumettre les Lombards. Le puissant évêché de Moûtiers, correspondant à l’ancienne province romaine des Alpes Pennines, devient archevêché. Charlemagne en profite aussi pour diviser la Savoie en comtés dont les noms et les contours correspondent toujours aux provinces traditionnelles du Genevois, de la Savoie Propre, de la Maurienne, de la Tarentaise, du Chablais, du Faucigny, de l’Albanais et du Bugey. Lors de la préparation de l'héritage, en 811, Louis II de Germanie reçoit en lot cette Sabaudia, qui devient Saboia, la Maurienne, la Tarentaise, le Mont-Cenis et le val de Suse.

Avec le partage de l’Empire (traité de Verdun, 843), la Savoie est attribuée au royaume de Lothaire. Face aux difficiles successions, les comtés de Savoie sont partagés entre Boson de Provence et Rodolphe II de Bourgogne. Une certaine unité est retrouvée lors du règne de Rodolphe III de Bourgogne vers 993 qui voit l'avènement du second royaume de Bourgogne.

Durant cette période, la Savoie subit des invasions sarrasines. Novalaise, Genève sont pillées et incendiées. , selon l'historien Henri Ménabréa.. Ainsi, en Maurienne quelques fables circulent, notamment au sujet de l'étymologie du nom de la province. Le royaume burgonde survit à ces passages.

vignette|gauche|Carte du royaume de Haute-Bourgogne (en vert) vers 1000. Le dernier roi, Rodolphe III de Bourgogne, rapproche son royaume du Saint-Empire romain germanique. Il choisit pour successeur un descendant d’Othon, Conrad II, à qui il envoie la lance de saint Maurice, symbole mystique de la royauté burgonde. La Savoie devient terre d'Empire en 1032. Pour l’Empire, ce territoire signifie le contrôle des Alpes occidentales et le Mont-Cenis. Toutefois, la fin de règne du dernier roi de Bourgogne marque l'avènement de la féodalité sur les terres de Savoie, une confusion entre la propriété et la souveraineté (François Guizot), les grandes familles profitent des rivalités entre l'Empire et les comtes de Champagne.

Les seigneurs thumb|upright=1.5| sous l'époque carolingienne. On retrouve sur cette carte, les pagi savoyards : le pagus Savogensis (Sapaudie ou Savoie propre), le pagus Bellicensis (Bugey), le pagus Genevensis (Genevois), le pagus Tarentasia (Tarentaise) et le pagus Maurianensis (Maurienne).

D'après Léon Ménabréa (1839), on compterait une trentaine de feudataires au en province de Sapaudia : .. Liste à laquelle, on se doit de rajouter les évêques de Belley.

Avec l’intégration à l’Empire, dans les territoires de Savoie, les seigneurs revendiquent une certaine autonomie politique. La Savoie compte environ 250 familles nobles..

Toutefois, .

Entre comtes de Genève et Humbertiens Deux familles s'imposent sur la région, les comtes de Genève, au Nord, autour de la ville de Genève, et les Humbertiens, comtes en Maurienne, futurs comtes de Savoie, à partir de la Maurienne.

75px|left|thumb|Armoiries du comté de Genève : Cinq points d'or équipollés à quatre d'azur. Les Genève. L'origine des comes gebennensis (Comte de Genève et non du Genevois comme on le traduit parfois) est douteuse, mais est attestée dès le . Toutefois, on sait qu'elle possède les terres situées entre le Léman et le lac du Bourget, de même qu'en pays de Vaud et de Gex, ainsi que la ville de Michaille, le Genevois et la cité d'Annecy, la vallée de Chamonix, donnée à l'abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse vers 1090. Seul le Chablais échappe à cette famille. Bien que contrôlant la ville de Genève, ils sont en conflit avec les évêques de Genève et à partir du ils sont opposés aux comtes de Savoie.

Les Humbertiens. L'origine des Humbertiens - comtes de Maurienne - est controversée. Les historiens du attestent l'hypothèse de Georges de ManteyerGeorges de Manteyer, 1901-1904, Les origines de la maison de Savoie en Bourgogne, Grenoble, qui assigne à la maison de Savoie, et au premier de la lignée - Humbert aux Blanches-Mains (v. 980-v. 1048), Umbertus Comes - une origine bourguignonne. Henri Ménabréa indique ainsi . Les historiens Avezou et Comby reprennent également cette version.. Selon la légende entretenue par les Grandes chroniques de Savoie de Jean Servion, d'après une commande de Philippe de Bresse, la famille aurait une origine impériale et allemande, Berold descendrait ainsi du fils du roi de Cologne Ezeus qui aurait épousé Ysobie, fille de l'empereur de Constantinople. Toutefois, la cathédrale d'Aoste mentionne les donations de Humbert, comte de Maurienne, fils de l'illustre Bérold de Saxe.

Dans tous les cas, Humbert possède de hautes fonctions auprès du dernier roi de Bourgogne, Rodolphe, et surtout de la reine Hermengarde ou Ermengarde.. Il contrôle ainsi tout ou partie des comtés de Savoie et de Sermorens en 1003, puis celui de Belley, de Nyon en 1018, enfin celui d’Aoste en 1024. Il domine le nord du comté de Viennois avant 1025. Il prête serment pour ces différents comtés au concile d'Anse de 1025. Il obtient, grâce à son mariage, des droits en Valais et dans le Chablais. En 1043, il obtient le comté de Maurienne. La Tarentaise, apanage de l'évêque de Moûtiers, n'échappe pas au contrôle humbertien, de même que la Marche de Turin. L'extension engagée rencontre vite une limite au Nord avec les Genève et au Sud avec les Dauphins. Toutefois, il est le seul à contrôler les principaux cols permettant l'accès aux terres italiennes (col du Mont-Cenis, cols du Petit et du Grand-Saint-Bernard). Rôle qui donne naissance du titre de "Portiers des Alpes" que porteront les futurs comtes de Savoie., en concurrence que les comtes d'Albon en Dauphiné..

L'affirmation des premiers comtes de Savoie thumb|left|350px|

Au cours des siècles suivants, la dynastie savoyarde s'évertue à accroître ses fiefs au gré des mariages et des traités. Le fils d'Humbert, Amédée, obtient de l'empereur la ville d'Asti. Son fils, Odon ou Othon, épouse la comtesse Adélaïde de Suse, en 1045, permettant la mainmise sur la marche de Turin, à savoir le val de Suse et le Piémont. Le comte décédant, elle devient régente des fiefs. Leurs fils, Pierre , qui obtient le Bugey et le marquisat d'Ivrée, et Amédée II, ne règnent pas longtemps. Adélaïde, régente, garde le contrôle sur politique familiale. Elle accueille ainsi son beau-fils, l'empereur Henri IV . à Chignin (Combe de Savoie), en 1077, et reçoit une , sans nul doute le Chablais. en échange du droit de passage par le Mont-Cenis, pour aller à Canossa...

thumb|left|75px|Blason des premiers comtes de Savoie. À sa mort, en 1091, Humbert II devient comte mais perd l'héritage du Piémont, à la suite du démantèlement de ce fief opéré par l'empereur Henri IV, qui veut ainsi interrompre l'essor des grandes familles féodales. Toutefois, il garde encore le val de Suse et Pignerol. Il réussit aussi à marier sa fille Adèle avec Louis VI le Gros, engageant ainsi la Savoie dans une diplomatie que ces descendants maintiendront, entre le royaume de France et l'Empire. Il affirme sa domination sur la Tarentaise, principalement la haute vallée de l'Isère et établit des communications constantes entre ses possessions du Rhône et de la Vallée d'Aoste.

À la mort de Humbert, survenue en 1103, le futur Amédée III est trop jeune pour régner et sa mère, Gisèle de Bourgogne-Ivrée, gouverne les États de Savoie comme tutrice. Il est marié à la fille du comte de Genève, Mathilde ou Mahaut d'Albon de Viennois, fille de Guigues III d'Albon.

À sa majorité, le comte Amédée III conserve le caractère féodal des institutions dans les terres alpines. En revanche, il favorise en deçà des Alpes les franchises communales. Il avait obtenu le titre de comte de l'Empire en 1111, vicaire perpétuel et vice-roi d’Arles, abbé séculier de Saint-Maurice d’Agaune, jusqu'en 1116.. Il récupère le comté de Turin perdu par son père. Il épouse, en 1123, sur les instances d'une . la fille du dauphin, Mahaut d'Albon. Par ailleurs, la politique des mariages complique le rôle de la Savoie. Le comte doit en effet lutter contre la tutelle de sa mère et de Louis VI le Gros et combattre les troupes du dauphin Guigues IV d'Albon lors du siège de Montmélian, en 1142. Le dauphin meurt au cours des combats. Il échange l'année suivante le titre de comte de Maurienne pour celui de comes sabaudiae. Participant, aux côtés de Louis VII de France à la deuxième croisade, et meurt à Nicosie en 1149. thumb|75px|left|Blason des comtes de Savoie à partir du

Au-delà de l'action militaire, son action politique et symbolique est primordiale pour la dynastie. Il fonde ainsi en 1125 l'abbaye de Hautecombe, qui devient, du au , la nécropole des comtes de Savoie. Par ailleurs, il modifie le blason dynastique, abandonnant l'aigle impériale de sable sur champ d’or, armes des empereurs du Saint-Empire romain germanique dont les comtes sont les vassaux, pour celui de gueules à la croix d'argent..