Une politique linguistique, aménagement linguistique ou planification linguistique, est une politique conduite par un État ou une organisation internationale, à propos d'une ou plusieurs langues parlées sur son territoire, pour modifier trois composantes de leur évolution : leur statut : langue officielle ou non; leur corpus ou code : standardisation de la langue ; leur acquisition, notamment à l'école.
La politique linguistique est un domaine interdisciplinaire, qui fait partie pour certains de la sociolinguistique, pour d’autres de la linguistique appliquée. En tant que domaine, la politique linguistique était connue sous le nom de planification linguistique et est liée à d'autres domaines tels que l'idéologie linguistique, la revitalisation des langues, l'enseignement des langues, entre autres.
Aménager le statut relatif des langues peut s'opérer explicitement ou implicitement. C'est par exemple attribuer des fonctions particulières à une langue donnée, par exemple en la déclarant langue officielle ou en en faisant la langue unique de l'administration et de la justice, ou bien au contraire, en lui enlevant ces rôles. L'emploi de la signalisation routière bilingue est sans doute le principal instrument symbolique de perception et d'institutionnalisation de la réalité bilingue d'un territoire. Les organisations internationales reconnaissent un nombre limité de langues de travail, six pour l'ONU.
Planifier le corpus d'une langue, c'est par exemple adopter un système d'écriture, en fixant le vocabulaire par l'établissement de lexiques ou de dictionnaires, en arrêtant des règles grammaticales et orthographiques, en favorisant ou non la création terminologique pour limiter ou non les emprunts aux langues étrangères, etc. Des institutions ont été établies dans beaucoup de pays pour définir les normes linguistiques, comme l'Académie française dès 1635 ou la Real Academia Española (1713). C'est encore consister à modifier le nom d'une langue, en le calquant sur le nom de la région ou de l'État que l'on veut distinguer (Moldavie, etc.) ou sur des références historiques, culturelles et linguistiques différentes (Hindi/Ourdou, Malais/Indonésien, Bosnien/Croate/Monténégrin/Serbe). Dans l'ex-URSS les noms de beaucoup de langues minoritaires avaient été changés (Toungouses = Evenki, Zyrianes = Komi…).
Planifier l'acquisition des langues, c'est décider de la place relative dans le système d'enseignement des langues nationales, de communication internationale, régionales et de l'immigration : obligation d'apprentissage d'une ou plusieurs langues; politiques de promotion, de soutien, de limitation ou même parfois d'éradication de langues minoritaires.
Dans certains cas, il y a modification du statut, du corpus et de l'acquisition, quand par exemple une langue nouvelle est créée à partir d'une autre langue. C'est le cas de l'hébreu moderne en Israël à partir de l'hébreu ancien ou de l'indonésien à partir du malais.
Politique linguistique : entre laisser-faire et interventionnisme Tous les États ont une politique linguistique, déclarée ou non. Si la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, la politique linguistique est à l'inverse une forme civile de la guerre des langues. Il y a plusieurs manières implicites ou cachées d'opérer quand les gouvernements ne déclarent pas de politique linguistique officielle, comme c'est le cas aux États-Unis. La langue majoritaire est de fait favorisée : c'est celle de l'État et de son administration, de l'enseignement, des médias, du commerce, etc. Compte tenu de l'hégémonie de ces langues dominantes dans un ou plusieurs pays, les locuteurs des langues minoritaires sont obligés ou incités fortement à apprendre ces langues dominantes pour survivre et s'intégrer, et ceci aux dépens de leurs langues maternelles qui sont généralement de plus en plus minorisées et pour beaucoup peuvent aller jusqu'à disparaître.
Les politiques d'assimilation linguistique ou plus modérément d'accès à la maîtrise linguistique sont justifiées par la volonté de promouvoir la culture nationale dont la langue officielle est le véhicule privilégié, de favoriser la convergence culturelle, la délibération démocratique et l'accès égal aux opportunités qui facilitent l'acceptation de l'Etat social redistributif moderne,
Si l'existence de minorités linguistiques dans leur juridiction a souvent été considérée comme une menace potentielle pour la cohésion interne, les États comprennent également que l'octroi de droits linguistiques aux minorités peut être plus dans leur intérêt à long terme, en tant que moyen d'obtenir la confiance des citoyens dans le gouvernement central.
Les politiques linguistiques prennent une importance particulière dans les États multilingues, qui sont très majoritaires. Ils sont parfois amenés à légiférer jusque dans les détails. C'est notamment le cas en Belgique pour le néerlandais et le français. C'est aussi un sujet délicat dans nombre de pays, dont la France, face à l'hégémonie grandissante de l'anglais.
Politiques de défense des langues nationales Les politiques linguistiques prônent souvent la protection d'une ou de plusieurs langues. Ainsi, on est parfois proche du "protectionnisme linguistique" pour certaines mesures qui, en France, tendent à juguler la domination de l'anglais dans l'Hexagone (quota de chansons francophones de 40 % à la radio, loi Toubon…) ou au Québec avec la Charte de la langue française au Québec. Ces lois peuvent être ou non appliquées selon la volonté politique des gouvernements.
Politiques vis-à-vis des langues minoritaires L'existence d'environ 200 États reconnus, -voir Liste des États du monde par continent-, et de dans le monde indique que cette question se pose dans la grande majorité des États. La Liste des langues officielles, au nombre de 140 environ, indique l'importance numérique des langues minoritaires. Le degré de répression ou de protection des langues minoritaires dans un pays peut être très variable selon les époques, les pays et les gouvernements.
Assimilation forcée par l'interdiction de langues minoritaires à l'école ou dans l'administration et les lieux publics (certains pays d'Amérique latine jusqu'au , Turquie une partie du ), pouvant aller parfois jusqu'au linguicide, voire à l'ethnocide (une grande partie des langues amérindiennes aux États-Unis). Monopole dans l'enseignement et l'administration de la langue nationale : France, notamment au et au début du . Enseignement minoritaire des langues régionales. Ainsi en France, surtout à partir des années 1980. Autonomie régionale forte et bilinguisme scolaire généralisé entre la langue régionale et la langue nationale principale : Espagne après 1980 - Catalogne, Pays basque -, Québec, etc.
La France ne mène officiellement aucune politique linguistique déclarée contre les langues autochtones autres que le français, ni aucune en leur faveur. Ces langues sont appelées langues régionales. L'attitude de l'administration peut être cependant parfois hostile ou à tout le moins sujette à caution. Certaines langues régionales peuvent théoriquement néanmoins être choisies en LV2 (deuxième langue vivante étrangère) dans les établissements publics. On ne connaît cependant aucune section LV2 débutant, comme les langues étrangères, au niveau de la classe de dans les collèges publics.
Droit et force L'usage des langues régionales et de leur place face à une langue officielle dominante est un sujet parfois très délicat. La Diglossie ou expression alternative d'un même locuteur dans deux langues est souvent asymétrique entre une langue dominante et une langue dominée. La politique linguistique reflète souvent le rapport de force politique entre le pouvoir central et le pouvoir régional : volonté d'assimilation à la "langue de la République" en France, ou bien, à l'inverse, tendances à une autonomie plus large, comme en Catalogne.
Types de politique linguistique On peut distinguer deux grandes formules de traitement politique du plurilinguisme, bien qu'il existe des situations mixtes : Les politiques linguistiques basées sur le principe de territorialité, selon lequel l'État est divisé en différentes régions ayant chacune une langue officielle déterminée : c'est le cas par exemple de la Suisse, de la Belgique, de l'Inde. L'utilisation de la langue est donc liée au sol ; Les politiques linguistiques basées sur le principe d'individualité, selon lequel l'État reconnaît sur l'ensemble de son territoire plusieurs langues officielles, qui sont toutes utilisées par l’administration, chaque citoyen étant en principe libre de faire usage et d'être pris en charge par les institutions dans la langue de son choix. L'utilisation de la langue est rattachée à la personne dans ce cas (d'où principe d'individualité). Le principe d'individualité est appliqué au Canada. Enfin, le principe de personnalité collective permet aux individus de parler leur langue dans le domaine public. À nouveau, l'utilisation de la langue est rattachée à la personne et non au sol.
Les différents pays mènent une politique linguistique, qu'elle soit officielle ou implicite.
Pas de statut officiel des langues minoritaires : Maroc États-Unis France
Expérimentation de politique linguistique publique
avec l'Office public de la langue basque : http://www.mintzaira.fr/
Turquie
Statut officiel pour les langues minoritaires : Royaume-Uni Russie Moldavie Espagne Maroc
Bilinguisme ou plurilinguisme : Belgique Biélorussie Cameroun Canada Irlande Pakistan Suisse Maroc Luxembourg
Politique de renomination d'une ou plusieurs langues : Indonésie Moldavie Monténégro Pakistan ex-URSS
Politique de reconstruction d'une langue : Israël
De la même manière, les pays (ou organisations) qui se lancent dans la concrétisation d'une politique linguistique voient plusieurs options s'offrir à eux : Ils peuvent décider d'aménager le statut de la langue (types de statut possibles: officiel, co-officiel (comme c'est le cas du français, du néerlandais et de l'allemand en Belgique), national ou prioritaire). Définir le statut d'une langue implique également de déterminer dans quels domaines elle sera utilisée ( dans l'enseignement, les médias, les relations commerciales, dans le monde professionnel, etc.). Ce type d'intervention vise à promouvoir une langue, lui permettre de survivre, voire de renaître. Il permet aussi de faire respecter les droits des minorités linguistiques.
Il est également possible d'aménager le code. Il faut définir si l'on s'intéresse davantage à la langue générale ou à la langue de spécialité, puis choisir si l'on va s'occuper de l'écrit (création d'un alphabet, réforme orthographique, enrichissement du vocabulaire, etc.) ou de l'oral. L'aménagement du code a pour objectif de réformer ou standardiser la langue en simplifiant la stylistique, en normalisant et en modernisant la terminologie.
Politique linguistique internationale Les empires avant 1920 Plusieurs politiques ont été observées historiquement.
Plurilinguisme de fait dans la majorité des empires. Ainsi, celui de de Charles Quint avec les langues espagnole, allemande, néerlandaise, etc.
Imposition de la langue impériale comme seule langue administrative et souvent d'enseignement : Rome antique à l'origine des langues romanes, Amérique latine coloniale, ou à partir de l'enseignement du second degré l'anglais dans l'Inde coloniale.
Répression de ceux qui parlent une autre langue, voire linguicide qui peut aller dans certains cas extrêmes jusqu'au génocide, comme celui des Arméniens dans l'Empire Ottoman en 1915.
Des coalitions militaires se coordonnent dans la langue dominante de l'époque, comme en français à Waterloo par les généraux prussiens, anglais, autrichiens. Le français est la langue diplomatique de référence à partir de la fin du .