vignette|Catalogue de motifs de soies, musée des Tissus de Lyon.|alt=Photo d'un catalogue de motifs de soies.

L’histoire de la soierie à Lyon comprend l'étude de l'ensemble des acteurs de l'industrie de la soie à Lyon. Le secteur soyeux lyonnais tout au long de son histoire comprend toutes les étapes de la fabrication et de la vente d'un tissu en soie à partir de la soie grège : filature, création d'un motif, tissage, apprêt, commercialisation. L'ensemble du secteur est dénommé la « Fabrique ».

S'étendant sur cinq siècles, cette histoire commence sur les bords de Saône à la Renaissance, grâce aux foires qui permettent l'installation de marchands de tissu. Sur décision royale, les premiers tisserands s'installent sous François et prospèrent rapidement. Ce premier élan industriel est rompu par les guerres de religion.

L'arrivée, au début du , du métier à la tire permet à la Fabrique de maîtriser les tissus à motifs. Son essor européen commence avec le règne de Louis XIV, la mode de la cour de Versailles s'imposant à toutes les autres cours européennes, et entraînant la soie lyonnaise du même coup. Au , les soyeux lyonnais maintiennent leur position grâce à de constantes innovations techniques, des dessinateurs de qualité et une innovation stylistique permanente.

La Révolution française porte un rude coup à la Fabrique, mais Napoléon soutient vigoureusement le secteur qui traverse le en connaissant son apogée. Lyon est alors la capitale mondiale de la soie. Elle s'impose à toutes les autres industries soyeuses d'Europe et exporte largement dans le monde entier tous les types de tissus possibles. Sous le Second Empire, elle est la plus puissante industrie exportatrice française.

Si les premières difficultés apparaissent dans les années 1880, l'arrivée des textiles artificiels aura raison de la production industrielle lyonnaise de soie au cours du , les fabricants traditionnels ne parvenant pas à s'adapter, ou trop tardivement. L'industrie soyeuse s'effondre dans les années 1930 et, malgré de nombreuses tentatives de relance après la Seconde Guerre mondiale, l'activité dans la ville se trouve réduite à la haute couture et à la restauration de tissus anciens.

La soie avant son arrivée à Lyon L'origine chinoise La technique de fabrication du fil de soie à partir du cocon de ver à soie est découverte en ChineCorinne Poirieux Lieux de la Soie à Lyon et ses environs, Éditions lyonnaises d'Art et d'Histoire, Lyon 2012. sous la dynastie des Shang (s ). Longtemps demeurée monopole chinois, elle est importée à grand frais par l'Empire romain jusque vers le , où dit-on des moines envoyés par l'empereur byzantin Justinien rapportent en Europe des œufs de ver à soie volés.

L'introduction en Europe vignette|Manteau du roi Roger II de Sicile, conservé dans le trésor de Hofburg à Vienne (1133/1134).|alt=Photo du manteau du roi Roger II de Sicile.

La soie existe en Europe depuis le dans le monde byzantin. La technique du tissage de la soie est ensuite transmise à la civilisation musulmane, où elle prospère durant le Moyen ÂgePour cette période du tissage de la soie, se reporter à Anne Muthesius, « Silk medieval world » dans David Jenkins (dir.), The cambridge history of western textiles, I, Cambridge, 2002 ou Sophie Desrosiers, soieries et autres textiles de l'Antiquité au , Paris, 2004.. C'est par ce biais que le tissage de la soie est introduit dans le monde médiéval chrétien. Quand Roger de Hauteville conquiert la Sicile musulmane, dans la deuxième moitié du , il en conserve en partie la culture et il se crée alors une civilisation originale, nommée culture de la Sicile normande. Un objet emblématique de cette transmission est le manteau de couronnement en soie brodée de Roger II, roi de Sicile. Jusqu'au , le tissage de la soie en Europe chrétienne se limite à la Sicile et à la Calabre, avant de se diffuser vers Lucques, Venise, et d'autres villes italiennes.La place de la soie dans l'économie des cités italiennes du Moyen Âge au est étudiée dans : Luca Molà, Reinhold C. Mueller et Claudio Zanier (dir.), La seta in italia dal Medioevo al seicento. Dal baco al drappo., Venise, Marsilio, Fondazione Giorgio Cini, 2000, 568 p. .. Un autre canal de transmission est l'Espagne musulmane, reconquise par les chrétiens sur plusieurs siècles, mais dont les apports techniques et artistiques sont bien réels, ainsi qu'en témoignent des motifs typiquement espagnols reproduits dans les cités italiennes..

La Renaissance : la naissance de la Fabrique

La fabrication de la soie à Lyon apparaît à la Renaissance. Profitant d'un environnement très favorable grâce aux foires, à une grande liberté dans l'organisation du métier et à la présence régulière de monarques, l'industrie soyeuse se développe rapidement.. Elle atteint un premier âge d'or sous le règne d'Henri II avant de subir une crise sévère durant les guerres de religion..

Première tentative vignette|Marchands de tissu d'après une illustration d'un manuscrit du Tacuinum sanitatis.|alt=Enluminure de marchands de tissu de la Renaissance. Au , Lyon est un lieu d'échanges important auquel Charles VII donne le droit d'organiser deux foires libres de taxes. Passant progressivement à trois, puis à quatre par an en 1463, elles se développent rapidement et prennent une grande importance dans le commerce européen de la Renaissance.. Il s'y vend, entre autres marchandises, de nombreuses soieries en provenance principalement d'ItalieSur les tissus italiens de la Renaissance, consulter : Maria-Anne Privat-Savigny, Au temps de Laurent le Magnifique [Livre] : tissus italiens de la Renaissance des collections du Musée des tissus de Lyon : exposition du 11 avril au 7 septembre 2008, Lyon, EMCC, 2008, 112 pages, ..

Pour enrayer la fuite des devises due au goût immodéré des élites françaises pour la soie étrangère., Louis XI souhaite créer une manufacture de soie à Lyon.. Par l'ordonnance du 23 novembre 1466Publiées par M. V. de Valous : Étienne Turquet et les origines de la Fabrique lyonnaise. Recherches et documents sur l'institution de la manufacture des étoffes de soie (1466-1536). Notice historique accompagnée d'une généalogie de la famille Turquet, (Lyon, 1868) selon Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome III, , note ., il enjoint aux bourgeois lyonnais de financer l'établissement d'ateliers dans leur ville. Toutefois ces derniers, soucieux de ne pas gêner leurs principaux partenaires commerciaux et bancaires italiens, traînent les pieds et la tentative achoppe. Les quelques ouvriers installés dans la cité sont envoyés à Tours, au château de Plessis-lèz-Tours, en 1470Amable Sablon du Corail, Louis XI ou le joueur inquiet, Paris, Belin, 2011, 496 p. ...

Ce refus des marchands lyonnais s'explique également par une conjoncture qui ne leur semble alors pas favorable à cette industrie. La main-d'œuvre n'est pas assez abondante en ville pour permettre une production bon marché et les gains du simple commerce de la soie sont, en comparaison, certains et réguliers. Les marchands soyeux italiens sont alors indispensables à la bonne marche des foires naissantes, et soutenir la naissance d'une industrie qui concurrencerait leurs cités d'origine risquerait de les faire fuir. C'est la modification de cet environnement qui permettra, une cinquantaine d'années plus tard, la véritable naissance de la soie lyonnaise..

Entre-temps, un marchand lucquois, Nicolas de Guide, tente de tisser de la soie à Lyon en 1514, mais il est violemment pris à partie par des compatriotes, qui l'accusent de faire concurrence à sa propre cité. Non soutenu par le consulat, il abandonneSur cet épisode, consulter : abbé L. Bossebœuf, Histoire de la Fabrique de soierie de Tours des origines au , Mém. Soc. archéol. de Touraine, 1900..

Turquet et Naris : la naissance de l'industrie soyeuse lyonnaise En 1536, Étienne Turquet et Barthélemy Naris, négociants piémontais fixés à Lyon, souhaitent y établir des manufactures pour la fabrication des étoffes précieuses. François , par lettres patentes, accepte de leur donner les mêmes privilèges qu'à la ville de Tours, et installe ainsi la corporation des ouvriers en .. Turquet, Naris et leurs ouvriers sont déclarés francs de tout impôt et de tout service de garde ou de milice, à la condition qu'ils travaillent dans la ville et non au dehors.Texte original présent aux archives municipales de Lyon. Il est cité dans , Le texte peut être lu ici : .. Turquet monte la société de la « Fabrique lyonnaise de soierie », avec l'aide de bourgeois lyonnais, dont les frères Senneton, et de banquiers, dont les Camus, La Porte, Faure ; il fait venir des ouvriers d'Avignon ou de Gênes..

L'essor immédiat de l'industrie de la soie vignette|gauche|Marchands de soie, d'après une illustration d'un manuscrit du Tacuinum sanitatis.|alt=Enluminure de marchands de soie à la Renaissance.

Soutenue par le roi, qui donne à Lyon le monopole de l'importation de soie grège en 1540, l'industrie soyeuse connaît tout de suite le succès. En 1548, lors du défilé pour l'entrée de Henri II, 459 maîtres de métiers défilent ; entre 800 et vivent de la soierie à Lyon.. Cette croissance rapide s'explique en partie grâce à un contexte économique favorable, une main-d'œuvre disponible abondante et un cadre réglementaire souple. En effet, Lyon est alors une ville très libre et où les artisans ne sont pas sous la contrainte de corporations fermées, cette liberté étant protégée par les lettres patentes royales de 1486 et 1511.. La première compagnie de Turquet et Naris est dissoute en 1540, chacun poursuivant l'activité isolément. Apparaissent alors plusieurs maîtres soyeux dont Gibert de Crémone (qui fait également tisser à Saint-Chamond), Leydeul ou Rollet Viard, lequel possède également des métiers à Avignon..

L'essor important de l'activité impose, dès 1554, l'établissement des premiers règlements pour organiser l'activité et la corporation.. Ceux-ci sont rédigés par les maîtres des métiers et les notables du consulat, puis officialisés par le roi.. D'après Roger Doucet, l'apogée de cette première période de la soierie lyonnaise a lieu durant le règne de Henri II.. Estimer l'évolution réelle de la production est délicat. Les chiffres fournis par le consulat sont difficiles à exploiter car souvent grossis par les intéressés et mélangeant dans un même groupe les travailleurs de la soie et de la laine. Néanmoins, cette industrie nouvelle parvient à s'imposer face aux importations de soieries italiennes dans le royaume de France, en étant moins chère que les étoffes d'entrée de gamme de ces dernières.. Richard Gascon s'appuie sur l'entrée des balles de soie non-ouvrée ou semi-ouvrée, et donc destinée à la production de tissu, pour proposer l'estimation suivante : entre 1522 et 1544, le volume aurait pu être multiplié par et par huit entre 1544 et 1569..

Cette réussite ne doit pas cacher que pendant toute cette période, la Fabrique ne sait fabriquer que des tissus unis, qui ne concurrencent pas les productions haut de gamme des cités italiennes.. Malgré quelques motifs obtenus à l'aide de ligatures ou de baguettes par les artisans lyonnais, les artisans transalpins restent seuls maîtres de la fabrication des façonnés. Il faut attendre les années 1600 pour que Lyon y parvienne, avec les évolutions techniques apportées par Claude Dangon., très probablement importées d'Italie..

Crise des guerres de religion vignette|Charles IX, roi de France qui précipite la crise de la soie lyonnaise, tableau de François Clouet, Musée d'Histoire de l'art de Vienne.|alt=Tableau de Charles IX.

L'occupation par les forces protestantes de la ville en 1562 et 1563 provoque une crise qui pourrait être passagère, mais qui, accompagnée d'autres évènements négatifs, entraîne la soierie lyonnaise dans la première dépression cyclique de son histoire.