Saddam Hussein Al-Majid (), communément appelé Saddam Hussein, est un homme d'État irakien, présumément né le à Al-Awja, près de Tikrit, et exécuté par pendaison le à Bagdad. Cinquième président de la république d'Irak, il occupe ce poste du au . Membre dirigeant du parti Baas arabe socialiste, il conserve sa position d'influence lors de la scission du parti et dirige la branche régionale irakienne de l'organisation. Dévoué à l'idéologie baassiste, qui combine socialisme arabe et nationalisme panarabe, Saddam Hussein joue un rôle déterminant lors du coup d'État du qui porte le parti Baas au pouvoir en Irak. Sa position de chef de l'État irakien et du Parti Baas irakien a fait de lui le chef de la faction pro-irakienne du parti Baas. Son idéologie a parfois été appelée le Saddamisme qui est une variante de droite du baasisme.
En tant que vice-président du pays dirigé par le vieillissant général Ahmed Hassan al-Bakr, Saddam Hussein tire profit de l'instabilité politique qui règne en Irak, du fait de l'existence de nombreux groupes armés capables de renverser le gouvernement en place, et forme des forces de sécurité qui lui permettent de contrôler les rapports entre gouvernement et forces armées du pays. Il est également l'initiateur de nombreuses réformes économiques qui améliorent considérablement le niveau de vie moyen, notamment sa nationalisation du pétrole et de diverses autres industries au début des années 1970. Au cours des années 1970, Saddam consolide son autorité sur les appareils gouvernementaux grâce à l'industrie pétrolière florissante qui permet à l'économie irakienne de croître de manière stable pendant cette période. Les positions d'influence sous l'administration de Saddam Hussein sont principalement occupées par des personnes de confession sunnite alors qu'elles ne représentent qu'une minorité de la population irakienne. Bien que Saddam ait été le dirigeant de l'Irak pendant la décennie précédente, il n'accède officiellement au poste de président du pays qu'en 1979. Sa répression sévère de plusieurs mouvements de contestation révolutionnaires et séparatistes à la fois chiites et kurdes lui permet de se maintenir en tant qu'homme fort du pays.
De 1980 à 1988, l'Irak connaît huit ans de guerre avec l'Iran. En 1990, il envahit le Koweït, déclenchant la guerre du Golfe. Ce conflit s'achève par une défaite pour l'Irak, qui doit évacuer le pays début 1991 et demeure ensuite isolé sur le plan international ; Saddam Hussein parvient cependant à se maintenir au pouvoir. En 2003, une coalition d'États menée par les États-Unis et le Royaume-Uni envahit l'Irak pour renverser Saddam, alors accusé par les Américains (déclaration de Colin Powell le ) de détenir des armes de destruction massive et d'entretenir des relations étroites avec des organisations terroristes telles qu'al-Qaïda ; ces allégations se révéleront toutefois mensongères. Après son renversement, le Parti Baas irakien est aboli et des élections démocratiques sont organisées par le gouvernement de transition irakien. Il est ensuite capturé, après huit mois de fuite, par les troupes américaines le et comparaît devant la justice irakienne, faisant alors face à de multiples chefs d'accusation allant jusqu'au crime contre l'humanité. Le , il est jugé coupable du massacre de 148 chiites irakiens à Doujaïl en 1982 et est condamné à mort. Saddam Hussein sera finalement exécuté par pendaison le .
La brutalité de sa dictature demeure largement condamnée : outre ses multiples violations des droits de l'Homme, divers gouvernements et ONG ont dénoncé ses actions en matière de crimes de guerre, meurtres, crimes contre l'humanité et génocide. Certains secteurs d'opinion dans le monde arabe continuent cependant de le considérer comme un héros pour sa farouche opposition aux États-Unis et à Israël, ainsi que son rôle déterminant dans le développement économique de l'Irak. Le gouvernement de Saddam a été décrit par plusieurs analystes comme autoritaire et totalitaire, et par certains comme fasciste, bien que l'applicabilité de ces qualificatifs ait été contestée. Depuis le renversement de Saddam Hussein, l'Irak demeure en proie à une grande instabilité.
Origines et jeunesse On ne sait que peu de choses sur les premières années de sa vie. Il serait né le dans une famille très pauvre de paysans sans terre du village d'Al-Awja, à environ au sud-est de Tikrit. Selon sa biographie officielle, son père, Hussein Abd al-Majid, serait mort au moment de sa naissance (soit avant, soit après), mais selon d'autres biographies, non officielles et généralement écrites par des opposants, celui-ci aurait en fait abandonné sa femme et ses enfants.
Il est issu d'une famille de la tribu Al Bu Nasser, d'ascendance chérif husseinite (descendants de Hussein Ibn Ali)Sa lignée est : Saddam ben Hussein ben Majid ben Abd al-Ghafour ben Sulayman ben Abd al-Qader ben Omar ben Bakr ben Emir Omar ben Emir Shabib ben Emir Hassan ben Emir Ali ben Emir Hussein ben Emir Nasser al-Din (fondateur d'Al Bu Nasser) ben Hussein al-Iraqi ben Ibrahim al-Arabi ben Mahmoud ben Shamsedin Abd al-Rahman ben AbdAllah Qasim Najimeddin ben Mohamed Khazam al-Sulaym ben Shamsedin Abd al-Krim ben Salah Abd al-Razzaq ben Sadr al-Din Ali al-Siadi ben Azzedine Ahmed al-Siad ben Abd al-Rahim Mamhad al-Dawla ben Othman Saif al-Din ben Hassan ben Mohamed Asslah ben Ali al-Hazam ben Ahmed al-Murtadah ben Ali al-Ashbili ben Rifa'a al-Hassan al-Makki ben Mahdi ben Mohamed al-Makki ben Al-Hassan al-Qassim ben al-Hussein al-Reda ben Ahmed al-Akbar ben Musa al-Thani ben Ibrahim al-Murtadah ben Musa al-Khazhim ben Jaafar al-Siddiq ben Mohamed al-Baqr ben Ali Zin al-'Abidin ben Hussein ben Ali ben Abu Taleb ben Hashim ben Abd Manaf ben Qussay. Voir .
Le jeune Saddam aurait été élevé par le nouvel époux de sa mère, un homme qui aurait été brutal et illettré, et qui l'aurait traité rudement« Approche comparative des discours de Michel Aflaq et de Saddam Hussein » (consulté le ).. Il aurait alors vécu dans une petite maison en torchis, qui n'aurait été composée que d'une pièce et où, comme dans la quasi-totalité des demeures irakiennes de l'époque, il n'y aurait pas eu l'électricité. Dès l'âge de six ans, il aurait commencé à travailler comme berger. Sa famille n'ayant pas les moyens de lui payer des chaussures, il serait allé travailler dans les champs pieds nus. Saddam aurait quitté le domicile familial à l'âge de . Une voisine, l'ayant aperçu la nuit de sa fugue, lui donna de la nourriture et le mari de cette dernière lui donna une arme, car la route jusqu'à Bagdad pouvait être dangereuse. Il aurait été recueilli dans la capitale par un oncle maternel, Khairallah Talfah, ancien officier qui aurait soutenu la révolution de Rachid Ali al-Gillani et qui serait devenu maître d'école. Avant de le connaître, Saddam Hussein aurait été appelé ibn aziqa ou littéralement, « fils des ruelles ». Son oncle l'aurait scolarisé dans l'école municipale ; Saddam Hussein aurait alors été l'élève le plus âgé de sa classe. Khairallah serait ensuite parti pour Bagdad avec le jeune Saddam où, en plus d'aller à l'école, il aurait exercé de petits métiers, comme celui d'assistant de chauffeur de taxi et de vendeur de cigarettes à la criée. Son oncle lui aurait également appris le maniement des armes, et l'aurait instruit sur l'histoire de l'Irak, Nabuchodonosor pour l'histoire antique de l'Irak, et Saladin pour l'histoire médiévale de l'Irak« Genèse et déchéance d'un tyran », liberation.fr..
vignette|gauche|Hussein en 1956 portant le ghutra. vignette|gauche|Saddam Hussein en compagnie d'étudiants baasistes pendant ses études au Caire de 1959 à 1963.
Son oncle lui aurait « donné » sa fille en mariage. Celui-ci serait ainsi rentré de plain-pied dans la tribu des Albou Nasser. Admiratif de son oncle, il aurait décidé de devenir, comme lui, officier. Il se serait présenté à l'École militaire pour passer le concours d'entrée, mais il aurait échoué — ce qui n'aurait eu rien d'étonnant, compte tenu de l'éducation qu'il aurait reçue de son oncle.
Après la fin de ses études secondaires, le jeune Saddam rejoint une cellule clandestine du parti Baas (le parti socialiste de la Renaissance arabe). Ce parti, cofondé par un Syrien chrétien, Michel Aflak, et par un musulman, Salah al-Din al-Bitar, affilié à la socialiste, présent de façon officielle ou clandestine dans tous les pays arabes, prône un nationalisme arabe laïc et l'unité du monde arabe, mélangé de références socialistes modérées (nationalisation des richesses nationales, notamment du pétrole) (source : « Saddam : Ascension et chute », Arte, )..
Membre du parti Baas, il milite dès le début des années 1950, pour l'unité arabe. Quelques années plus tard, il est condamné, avec son oncle, à six mois de prison pour avoir tué un informateur de la police. Il participe en 1956 à un coup d'État avorté contre le souverain du royaume d'Irak, soutenu par le Royaume-Uni. En 1958, un autre groupe, communiste, sous la direction du général Kassem, officier marxiste, parvient à renverser le roi.
Le , il fait partie d'un groupe qui tente d'assassiner le général Kassem et d'instaurer un régime nationaliste en Irak, mais ils échouent, et Saddam Hussein est blessé lors de cette opération où il n'a eu finalement qu'un rôle subalterne. Plus tard, ses services de propagande tenteront d'embellir son action, jusqu'à en faire le personnage central de ce complot manqué et le héros d'une nouvelle « geste ».
Après sa tentative d'assassinat du général Kassem, il se serait enfui à cheval, aurait traversé l'Euphrate à la nage et, avec l'aide de réseaux syriens, aurait traversé le désert, puis se serait réfugié parmi des Bédouins. Il se réfugie alors à Damas où il reste pendant trois mois. Durant ce court séjour il rencontre Michel Aflak, secrétaire général du Baas et c'est grâce à à lui qu'il devient membre à part entière de l'organisation. Puis, il part au Caire, à l'époque de la République arabe unie. Il est condamné à mort par contumace par le gouvernement irakien. Il continue sa scolarité au Caire, où il obtient son « diplôme » en 1961, puis, en 1962, il entame des études de droit« Biographie d'un dictateur ».. Mais il est contraint d'abandonner ses études pour retourner en Irak.
Après la révolution irakienne du , lors de laquelle le régime marxiste du général Kassem est renversé par des groupes nationalistes baasistes commandés par le général Aref, Saddam Hussein revient en Irak en passant par la Syrie, où il rencontre une nouvelle fois Michel Aflak, qui lui transmet un message qu'il devait donner à Ahmad Hassan al-Bakr. Il se fait l'intermédiaire des baasistes syriens et irakiens. Il participe également à plusieurs conférences panarabes du parti à Damas, où il expose les mêmes idées qu'Aflaq. Avec son retour en Irak, il travaille au recrutement de nouveaux militants.
En 1964, Saddam Hussein aurait projeté d'assassiner le président Abdel Salam Aref. L'attentat, qui était prévu pour le , est découvert par la police la veille, et Saddam Hussein, ainsi qu'un complice, sont emprisonnés. Durant sa détention, sa femme Sajida lui apporte des livres qui lui permettent d'approfondir sa culture nationaliste. Il parvient à s'évader le , au cours d'un transfert entre deux prisons. Il se consacre alors à la constitution d'une branche clandestine du Baas, qui implique une centaine de personnes.
Parcours politique Débuts et ascension