Les Textes des pyramides sont les plus anciens écrits religieux de l'Égypte antique connus à ce jour. C'est la somme des conceptions funéraires des Égyptiens de l'Ancien Empire, c'est-à-dire d'il y a (même plus, si l'on considère que ces conceptions ont dû naître antérieurement, avant d'être retranscrites sur la pierre).
Ces textes, d'abord uniquement inscrits dans les pyramides des rois, vont ensuite aussi figurer dans celles de leurs reines à la fin de l'Ancien Empire. Certaines formules se retrouvent au Moyen Empire dans le corpus des Textes des sarcophages. Dans les pyramides à textes, ces écrits sont gravés en colonnes sur les murs des corridors, des antichambres et des chambres funéraires. Les murs qui entourent le sarcophage ne portent généralement pas de textes. Les plafonds sont couverts d'étoiles. Il semble que la pyramide la plus tardive inscrite partiellement avec les textes des pyramides soit celle du « chef des scelleurs » Rêhérychefnakht, dans la nécropole entourant la pyramide de .
En 1881, Gaston Maspero découvre ces textes dans la pyramide d'Ounas.
Découvertes et études Fouilles archéologiques
L'archéologue et égyptologue français Auguste Mariette, alors directeur du Service de conservation des antiquités de l'Égypte, avait toujours pensé que, à l'instar des pyramides de Gizeh, les pyramides étaient vierges de toute inscription. À l'inverse, son compatriote Gaston Maspero, alors directeur de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire, était convaincu du contraire. Il choisit dès 1880 un site au sud de Saqqarah, une colline cartographiée par l'égyptologue prussien Karl Richard Lepsius en 1842, pour ses premières fouilles archéologiques. Émile Brugsch est alors envoyé dans les ruines et découvre une grande structure, qu'il identifie comme étant la pyramide de Pépi de la . Au cours des fouilles, il peut accéder aux chambres souterraines et découvre que les murs de la structure sont couverts d'inscriptions hiéroglyphiques. Maspero contacte alors Auguste Mariette pour l'informer de sa découverte. Ce dernier conclut que la structure devait être le mastaba d'un personnage important du nom de Pépypen Méryrêpen, composé à partir de ceux du roi, car aucune inscription n'avait été découverte auparavant dans une pyramide.
Mariette donne alors l'autorisation d'ouvrir une seconde structure, à environ un kilomètre au sud-ouest de la première, à la recherche de preuves supplémentaires. Cette seconde structure fut alors identifiée comme la pyramide de Mérenrê , successeur de . Maspero y découvre le même texte hiéroglyphique sur les murs que dans la pyramide de , ainsi que la momie d'un homme dans le sarcophage de la chambre funéraire. Cette fois, il rend visite en personne à Mariette, qui rejette à nouveau les découvertes, déclarant sur son lit de mort : « En trente ans de fouilles en Égypte, je n'ai jamais vu de pyramide dont les chambres souterraines présentaient des hiéroglyphes inscrits sur leurs murs. » Tout au long de l'année 1881, Maspero, devenu entretemps le directeur du Service de conservation des antiquités de l'Égypte, continua de diriger les investigations sur d'autres sites de Saqqarah, et d'autres textes furent découverts dans chacune des pyramides d'Ounas, de Téti et de Pépi au cours de la première moitié de l'année 1881. Maspero commença à publier ses découvertes dans le Recueil des Travaux à partir de 1882 et continua de participer aux fouilles de la pyramide où les textes avaient été trouvés jusqu'en 1886.
Entre 1926 et 1932, l'archéologue et égyptologue suisse Gustave Jéquier mena les premières fouilles systématiques des pyramides de et de ses épouses – , et Oudjebten. Jéquier dirigea également les fouilles de la pyramide de Qakarê Ibi. Il publia par la suite l'intégralité des textes découverts dans ces cinq pyramides.
Depuis 1958, dans le cadre de la Mission archéologique française de Saqqâra, des expéditions dirigées par Jean-Philippe Lauer, Jean Sainte Fare Garnot et Jean Leclant ont entrepris un important projet de restauration des pyramides de Téti, et , ainsi que de la pyramide d'Ounas. À partir de 1987, cette mission commença la fouille systématique du complexe de : les débris furent dégagés de la pyramide, tandis que les recherches se poursuivaient sous la direction d'Audran Labrousse. Le corpus de textes pyramidaux de la pyramide de put alors être publié pour la première fois dans leur intégralité en 2001. La Mission archéologique française de Saqqâra, devenue Mission archéologique franco-suisse de Saqqâra en 2007, continua de fouiller les abords de la pyramide de , ce qui permit de découvrir successivement les pyramides de reines autour du complexe, dont notamment deux qui possédaient des textes des pyramides : en 2000, la pyramide d', puis en 2010 la pyramide de BéhénouDes fragments des textes de la pyramide de Béhénou avaient été mis au jour dès 2005, avant la découverte du tombeau lui-même ().. Une pyramide d'un particulier nommé Rêhérychefnakht, construite au tout début du Moyen Empire sur les ruines du cimetière des reines de et découverte en 2005, présente également quelques passages des Textes des pyramides peints sur les parois.
Philologie et traductions
Maspero publia le premier corpus du texte, avec sa traduction, en 1894 en français sous le titre Les inscriptions des pyramides de SaqqarahCette édition regroupe en fait en un seul volume le travail qu'il avait publié dans une série d'articles entre 1882 et 1893 dans plusieurs numéros du Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes. ; ce volume comprend les passages les mieux conservés des cinq pyramides royales ouvertes en 1880 et 1881. Maspero s'était appuyé sur les copies et les estampages que lui et son équipe avaient réalisés pendant les fouilles, et les hiéroglyphes avaient alors été reproduits au moyen d'une fonte hiéroglyphique.
Une édition en deux volumes fut réalisée en allemand par l'égyptologue allemand Kurt Heinrich SetheCet égyptologue très connu en Allemagne est à l'origine de l'égyptologie en tant que science et analyse scientifique des textes sacrés de l'Égypte ancienne. entre 1908 et 1910 dans Die altägyptischen Pyramidentexte, édition complétée par deux autres volumes en 1922. La version publiée par Sethe est considérée comme la version de référence des textes : il avait en effet réalisé une copie manuelle des hiéroglyphes, permettant une plus grande précision quant à la lecture ; il avait également présenté la première étude mettant en avant l'organisation interne des textes, identifiant , nommées Sprüche, c'est-à-dire « récitations », divisées en .
À partir de l'édition de Sethe, plusieurs traductions des textes ont été publiées. On peut noter notamment : les éditions de Louis Speleers, Les Textes des pyramides égyptiennes, publié en 1923 pour la traduction et 1924 pour le vocabulaire (une nouvelle édition rassemblant les deux tomes parut en 1934) ; cette traduction prit le parti d'être pleinement littérale, ce qui nuit souvent à la bonne compréhension des textes, et outre l'absence d'un véritable commentaire de ces textes, cette édition fut souvent critiquée, Samuel A. B. Mercer publia une traduction anglaise en 1952, nommée The Pyramid Texts in translation and commentary ; il s'agit de la première version complètement commentée des textes funéraires, Sethe, après la parution de Die altägyptischen Pyramidentexte, s'attela à la rédaction d'une traduction commentée, qu'il n'eut cependant pas le temps de finir ; ses collègues complèterent le travail et publièrent alors entre 1935 et 1962 les six volumes posthumes de Übersetzung und Kommentar zu den Altägyptischen Pyramidentexten, en 1968 fut publiée la première traduction intégrale d'un seul texte, sous la plume d'Alexandre Piankoff, disparu deux ans auparavant : The Pyramid of Unas. Texts translated with Commentary ; l'auteur a tenu compte pour sa traduction de la position des textes sur les parois et non plus du classement établi par Sethe ; l'ordre de lecture proposé par l'auteur a cependant été revu depuis ; l'originalité de ce travail tient également au fait qu'il s'agit de la première édition d'une documentation photographique de qualité et intégrale d'un des corpus, dès 1969, les différentes traductions précédentes furent supplantées par celle de Raymond O. Faulkner, publiée dans son ouvrage The Ancient Egyptian Pyramid Texts Translated into English, accompagné d'un supplément la même année, Supplement of Hieroglyphic Texts, incluant des ajouts aux textes de et l'ajout des textes de Neith, d' et de Qakarê Ibi ; ce travail porta alors le nombre de « récitations » à 759, en 2001 est sorti un ouvrage collectif aux presses de l'IFAO, Les Textes de la pyramide de ; cet ouvrage, premier d'une longue série (voir ci-dessous), est le fruit d'un fastidieux travail d'assemblage, de restauration, de remontage, de copie, de prise de vue et d'étude des milliers de fragments découverts dans le tombeau, dont certains sont aujourd'hui conservés dans divers musées du monde ; ce travail a permis d'apporter de nombreux ajouts et corrections à l'identificaton des « formules » , amenant ainsi à doubler la numérotation de Sethe et adoptant une désignation tenant compte de l'emplacement des textes dans les appartements funéraires, James Peter Allen publia en 2005, puis 2015 dans une édition révisée, un ouvrage qui est devenu la référence en la matière : The Ancient Egyptian Pyramid Texts ; cette traduction est issue d'un travail de refonte complète de l'approche des textes, adoptant une lecture « spatiale » des textes, en fonction de leur emplacement dans les appartements funéraires.
Parmi les éditions et traductions récentes en langue française se trouvent deux principales séries d'ouvrages : les ouvrages de Claude Carrier publiés entre 2009 et 2010 aux éditions Cybèle ; ces ouvrages couvrent les textes des pyramides d'Ounas, de Téti, de , de , de , de , d', d'Oudjebten, de Qakarê Ibi et de diverses tombes de particuliers, les ouvrages de la MAFS publiés à l'IFAO ; ces ouvrages, pour certains publiés, pour d'autres en préparation, concernent les textes des pyramides de Téti, de , d', de Béhénou, de , de , de et de Qakarê Ibi.
Les Textes des pyramides constituent un corpus ouvert car toutes les sources ne sont pas encore connues. Toute évaluation définitive de leurs extensions est donc encore de l'ordre de l'impossible. D'autant plus que les anciens Égyptiens n'ont pas perçu ces textes comme immuables. Des transpositions et des adaptations apparaissent ainsi dans le corpus des Textes des sarcophages et dans le Livre des Morts.
Lorsque l'égyptologue néerlandais Adriaan de Buck collecta et rassembla les Textes des sarcophages, il prit le parti de ne pas tenir compte des chapitres qui figuraient déjà dans le corpus des Textes des pyramides. Cependant, cet important travail philologique devint la référence égyptologique en matière de littérature funéraire du Moyen Empire. Il se créa alors une distorsion involontaire dans la perception de l'usage des Textes des pyramides. La tradition des Textes des pyramides ne prend pas fin avec l'Ancien Empire mais se poursuit jusqu'à la fin de l'Égypte antique (occupation romaine). Les Textes des pyramides ont ainsi accompagné les défunts égyptiens durant vingt-cinq sièclesTome . Préambule .
Bénéficiaires Pyramides royales vignette|Vestiges de la pyramide d'Ounas.