Thérésa Cabarrus, ou Thérésia Cabarrus, souvent appelée Madame Tallien, née le , au Carabanchel, près de Madrid, et morte le , au château de Chimay en Belgique, est une salonnière française et une femme d’influence sous la Révolution française.

Opportuniste et ambitieuse, Thérésa Cabarrus saura s'attirer les faveurs de certains des hommes les plus riches ou puissants de France à la fin du et au début du .

Aristocrate fille d'un richissime financier franco-espagnol, le comte François Cabarrus, elle épouse en 1788 le riche et puissant parlementaire Jean-Jacques Devin, marquis de Fontenay. Elle adhère ensuite aux idéaux des Lumières mais, après la chute du roi, elle fuit Paris et trouve refuge à Bordeaux chez sa famille. Cherchant à émigrer en Espagne, elle accepte la demande de Jean-Lambert Tallien, représentant de la Convention à Bordeaux, de revenir dans cette ville. Devenue sa compagne, elle use alors de son influence sur lui et parvient à sauver de la guillotine de nombreux nobles et grands bourgeois de Bordeaux, d’où son surnom de « Notre-Dame de Bon Secours ». En , soupçonné de mollesse et de corruption, Tallien est convoqué à Paris et Thérésa est arrêtée. C'est à ce moment que Tallien mène la conspiration qui conduit à la chute de Robespierre le 9 Thermidor (). Son amante devient « Notre-Dame de Thermidor ».

Par la suite, elle est la compagne de Barras, l’homme fort du Directoire, le nouveau régime, faisant d'elle la « reine du Directoire ». Elle tient un salon où se pressent les plus importants politiques, militaires et financiers, de même que des artistes et muses proches du pouvoir, comme Joséphine de Beauharnais ou Juliette Récamier. Alors que la misère et la famine sévissent à Paris, Thérésa est l’une des « Merveilleuses » qui célèbrent la fin de la rigueur révolutionnaire par leurs extravagances et leur dissipation. Elle est alors surnommée « la plus grande putain de Paris » ou encore « la nouvelle Marie-Antoinette ». À cette même époque, elle rejette les faveurs galantes d’un jeune officier, Napoléon Bonaparte, lui préférant Ouvrard, le richissime fournisseur des Armées. Enfin, avant la Restauration, et malgré son passé d’égérie révolutionnaire, elle épouse en 1805 un fervent monarchiste, François Joseph de Riquet de Caraman, prince de Chimay. Conservant une réputation sulfureuse, elle est surnommée la « princesse de Chimère ».

Biographie

Riche famille de banquiers, négociants et armateurs vignette|redresse|Son père, François Cabarrus, peint par Goya.|gauche

La famille Cabarrus est originaire de la Navarre espagnole et vient au début du se fixer à Capbreton (Gascogne) puis Bayonne. Par son dynamisme dans le commerce elle acquiert une grande fortune.

Juana Maria Ignazia Teresa Cabarrus naît le dans un château de Carabanchel près de Madrid. Elle est la petite-fille de Dominique Cabarrus, banquier, négociant et armateur négrier de Bayonne. Son père est le richissime financier François Cabarrus (Bayonne, 1752 - Séville, 1810), fondateur de la banque de San Carlos (ancêtre de la Banque centrale espagnole) en 1782, anobli en 1789 par Charles IV d'Espagne avec le titre de comte, puis ministre des Finances de Joseph Bonaparte. Sa mère, Maria Antonia Galabert est la fille d'un industriel français établi en Espagne.

Entre l’Espagne et la France

Élevée en Espagne par une nourrice jusqu’à l’âge de trois ans, Thérésa Cabarrus est ramenée par son grand-père à Carabanchel. Elle ne reste que deux ans au milieu de sa famille avant d'être envoyée à Paris chez son oncle maternel, Pierre Lalanne. Ce dernier la confie au convent des sœurs de la Présentation, rue des Postes, de 1778 à 1783. À Paris, elle bénéficie également de la protection de la puissante famille de Jacques Jean Le Couteulx du Molay, partenaire financier majeur de son père François Cabarrus.

Elle retourne ensuite en Espagne où, déjà très belle, un jeune frère de sa mère demande sa main à François Cabarrus. Celui-ci, scandalisé, chasse son beau-frère de chez lui et envoie Thérésa à Paris pour y parfaire son éducation et se marier, traduction d'un article publié le 15 janvier dans Historia y vida à Barcelone.. Elle n’a que douze ans, mais cette fois-ci sa mère l’accompagne.. Ensemble, elles s'installent dans un appartement de la rue Vivienne, puis, à partir de 1787, dans un hôtel particulier qu'elles louent place des Victoires.

Mariage avec le marquis Devin de Fontenay

Henri Forneron, auteur d’une Histoire Générale des émigrés, fait le récit de la première aventure amoureuse de Thérésa avec François de Laborde. Les deux tourtereaux se plaisent beaucoup, mais, bien que leurs deux pères soient originaires de Bayonne et financiers, le marquis Jean-Joseph de Laborde n’accepte pas ce qu’il considère comme une mésalliance.

François Cabarrus veut renforcer ses positions en France et cherche à tout prix l'alliance avec les Le Couteulx, riche et puissante famille avec qui il a des affinités financières et maçonniques. Il réalise son projet en mariant sa fille, à l'âge de 14 ans, à Jean-Jacques Devin de Fontenay (1762-1817), 26 ans, conseiller à la troisième chambre des enquêtes du Parlement de Paris, fils d’un président à la Chambre des comptes (Jacques-Julien Devin de Fontenay, 1734-1817, qui acheta le domaine de Maligny) et petit-fils d’une Le Couteulx. De son côté, la société Le Couteulx et Cie compte sur ce mariage pour retrouver en Espagne son influence qui s’était dégradée.. Les biens de l'époux sont estimés à et sa charge lui en rapporte . La dot de la mariée de quinze ans est de , comprenant 4 maisons à Paris, dont une sur l'allée des Veuves (avenue Montaigne). Le contrat de mariage est signé chez Pierre Lalanne le 2 février 1788, en présence de l'ambassadeur d'Espagne en France et d'une cinquantaine de représentants de la noblesse et de la haute finance. Puis le mariage est célébré par le curé de Saint-Eustache le . dans la chapelle du duc de Penthièvre. vignette|L'hôtel de Chenizot dans le quartier du Marais. Devin de Fontenay est un libertin, et Thérésa subit la présence de maîtresses au domicile conjugal. Elle décide alors que leur union ne serait plus que de façade.. Bien que ce mariage soit un échec sur le plan affectif, il représente pour Thérésa Cabarrus une formidable ascension sociale puisqu'elle devient marquise. Le couple vit entre l'hôtel de Chenizot, rue Saint-Louis-en-l'Île, et le château de Fontenay.

Malgré son âge, Thérésa de Fontenay est déjà considérée comme une des plus belles femmes de Paris. Dans ses mémoires publiées en 1820, Jean Balthazar de Bonardi du Mesnil en fait un portrait flatteur : « Je n'ai jamais vu de plus jolie personne... Elle avait un mari petit et laid qui la négligeait. Cette pauvre femme s'est lassée, s'est guérie d'un amour aussi peu mérité. Elle a donné dans le travers, mais elle a porte dans son inconduite, la même grâce, la même amabilité, le même charme qu'elle avait mis dans la pratique de la vertu. »

Le , elle accouche d'un fils, Théodore Devin de Fontenay (1789-1815). Félix Le Peletier de Saint-Fargeau et Théodore de Lameth sont parmi ses géniteurs probables.

La Révolution (1789-1793) gauche|vignette|346x346px|Gravure de Thérésa Tallien durant la Révolution française. Après le déclenchement de la Révolution à l'été 1789, son mari intègre le Club des Jacobins en compagnie des oncles Cabarrus et Lalanne. Thérésa de Fontenay côtoie ainsi de nombreux révolutionnaires parmi lesquels Félix Le Peletier de Saint-Fargeau, François de Laborde, Pétion, Alexandre de Beauharnais ou encore Roberspierre.

Elle est initiée à la loge Olympique, une loge maçonnique féminine qui se réunit au Palais-Royal, quartier général du duc Philippe d'Orléans qui, en encourageant les clubs révolutionnaires, cherche à nuire à son cousin Louis XVI.

Fin 1789, le couple Fontenay se rend en Espagne pour visiter la famille de Thérésa et être présenté à la cour d'Espagne.

De retour à Paris, Thérésa de Fontenay reçoit dans les salons de son hôtel du Marais le général La Fayette, les trois frères Lameth (dont Alexandre, avec qui elle a aussi probablement une relation amoureuse), Félix Le Peletier de Saint-Fargeau, Antoine de Rivarol, Dominique de La Rochefoucauld, et Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau. L'ambiance mêle libertinage et libéralisme.

Le , sur ordre du nouveau ministre espagnol , le père de Thérésa est mis aux arrêts et accusé de détournements de fonds. Depuis la mort du roi Charles III en 1788, François Cabarrus ne bénéficie plus de la confiance de la monarchie espagnole.

En tant qu'ancienne aristocrate, femme riche et étrangère, Thérésa de Fontenay se sent menacée à Paris à partir de l'été 1792 et l'arrestation du roi. Elle souhaite émigrer et entreprend de quitter la capitale pour Bordeaux, une ville plus calme et proche de l'Espagne. Avant son départ, les époux Devin de Fontenay déposent le 30 novembre une demande de divorce, un droit tout juste reconnu par la Révolution. Celui-ci est prononcé le 5 avril 1793.. Puis, en compagnie de son oncle Galabert et de , Thérésa Cabarrus part s'installer à Bordeaux où elle est accueillie par son grand-oncle Dominique Cabarrus dit le Jeune, richissime négociant, armateur, négrier et propriétaire viticole. Elle loge chez ce dernier, rue Neuve, où elle retrouve ses deux frères, Domingo et Francisco, venus d'Espagne s'y réfugier après l'arrestation de leur père.

À l'été 1793, Thérésa part à Bayonne avec son oncle Galabert et son frère Francisco. Ils s'installent chez son grand-père Dominique Cabarrus dit l'Aîné. C'est à Pau que Thérésa fait la connaissance de Jean-Lambert Tallin, représentant en mission dans les départements.

Tallien thumb|Jean-Lambert Tallien, gravure de François Bonneville (fin du ). Séduit par Thérésa, Tallien lui demande, en septembre 1793, de le rejoindre à Bordeaux où il a pour mission de ramener l'ordre en écrasant l'insurrection fédéraliste. Celle-ci est lancée par des députés girondins en fuite mais cette «jeunesse dorée » de Bordeaux n'est pas soutenue par la population locale, et les sections montagnardes prennent le pouvoir dans la ville.

Thérésa Cabarrus accepte de retrouver Tallien en octobre 1793. Toutefois, ses motivations véritables ne sont pas connues. Il peut s'agir d'amour, de dette, d'intérêt familial, financier ou politique. Madame de Lage cite Thérésa en 1795 : « Quand on traverse la tempête, on ne choisit pas toujours sa planche de salut [...]. Cette société de Tallien me répugne, mais je ne peux m'en tirer car c'est le seul moyen de contenter ma soif de parvenir. » À Bordeaux, elle s'installe à l'étage noble de l'hôtel Franklin (aujourd'hui 23 cours de Verdun), à proximité du Champs-de-Mars (Jardin public). Là, alors que la Terreur se met en place à Bordeaux, elle reçoit les deux représentants en mission, Tallien et Ysabeau. Elle intervient alors auprès d'eux pour faire libérer des membres de la haute société bordelaise, dont des personnes de sa famille.

Les interventions de Thérésa soulèvent vite des critiques de la part de révolutionnaires locaux. En novembre 1793, Matte et Héron, deux membres du Comité de surveillance de Bordeaux, envoient une lettre de dénonciation à Paris signalant que « Tallien entretient des relations avec la nommée Cabarrus divorcée de l'ex-noble Fontennelle [sic], protectrice de sa caste, nobles, financiers, accapareurs... » Selon les dires de la marquise du Hallay, Thérésa aurait alors été arrêtée début et aurait été détenue au château du Hâ, la prison de Bordeaux. Puis, quand Tallien, en déplacement à Libourne, aurait appris la nouvelle, il l'aurait alors fait libérer. Toutefois, aucune trace de cette histoire n'a été retrouvée dans les archives policières et judiciaires de Bordeaux.