Shimon Peres ( , ), né Szymon Perski le à Wiszniew (en Pologne à l'époque, actuellement en Biélorussie) et mort le à Ramat Gan (Israël), est un homme d'État israélien. Il est Premier ministre d'Israël en 1977 (par intérim), de 1984 à 1986 et de 1995 à 1996, puis président de l'État d'Israël de 2007 à 2014.

Après une carrière diplomatique entamée à la suite de la guerre d'indépendance israélienne de 1948, il devient haut fonctionnaire au service du gouvernement israélien comme directeur adjoint, puis directeur général du ministère de la Défense entre 1953 et 1959. Il entre ensuite en politique.

Membre du Mapaï, du Rafi puis du Parti travailliste, il siège comme ministre au sein de douze gouvernements, ce qui lui confère une longévité inédite. Il occupe à trois reprises la fonction de Premier ministre entre 1977 et 1996. Respecté dans le monde occidental, il reçoit, avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, le prix Nobel de la paix 1994 pour sa participation aux pourparlers de paix avec les Palestiniens ayant mené aux accords d'Oslo.

Après avoir rejoint le parti centriste Kadima, fondé par Ariel Sharon, il est élu à la présidence de l'État d'Israël lors de l'élection de 2007, devenant ainsi le premier ancien chef du gouvernement désigné chef de l'État dans l'histoire d'Israël. À l’issue de son septennat, âgé de , il met un terme à sa carrière politique.

Après la mort d'Ariel Sharon en 2014, Shimon Peres était le dernier survivant de la génération des « pères fondateurs » de l'État d'Israël.

Situation personnelle De la Pologne à Israël La famille de Szymon Perski (né en 1923) émigre vers Tel Aviv, alors en Palestine mandataire, en 1934, quand ce dernier est âgé de 11 ans. Il suit des études à l'école de Geula de Tel Aviv, puis à l'école agricole de Ben-Shemen. Il vit dans un kibboutz durant plusieurs années.

Formation et carrière vignette|140px|gauche|Shimon Peres en 1936. En 1941, il est élu secrétaire du Hanoar Haoved Véhalomed, un mouvement de jeunesse socialiste et sioniste. En 1944, il retourne au kibboutz Aloumot où il avait reçu une formation agricole et avait travaillé comme agriculteur et comme berger.

En 1947, Shimon Peres s'enrôle dans la Haganah, prédécesseur de l'Armée de défense d'Israël. David Ben Gourion le désigne responsable du personnel et des achats d'armes. Il est nommé à la tête du service naval quand Israël reçoit son indépendance en 1948.

Il est nommé, en 1953, directeur général du ministère de la Défense, quatre ans après sa rencontre avec le Premier ministre David Ben Gourion. À cette fonction, il s'implique particulièrement dans l'achat d'armes pour le jeune État d'Israël, ce qui contribue à en faire la atomique mondiale.

Chargé de la supervision du programme nucléaire israélien, il se rend en France en 1954 et fait la rencontre d'Abel Thomas, directeur général du ministère de l'Intérieur, qui lui présente Maurice Bourgès-Maunoury. Ensemble, ils mettent en place une coopération entre les services de renseignements dans la lutte contre l'ennemi commun égyptien, accusé par la France de soutenir les indépendantistes algériens. En 1956, Bourgès-Maunoury devient ministre de la Défense dans le gouvernement Mollet. Une étroite coopération franco-israélienne s'amorce. Les efforts de Peres sont efficaces et il réussit à acquérir, auprès de la France, le premier réacteur nucléaire de Dimona grâce à l'intervention du physicien Jules Horowitz et, auprès de l'avionneur français Marcel Dassault, le Mirage III, un avion de combat à réaction.

Tout en ayant fait d'Israël une puissance nucléaire, Shimon Peres revendique la « politique d'ambiguïté nucléaire », qui veut qu'Israël ne confirme ni n'infirme jamais la possession de la bombe nucléaire. Ses détracteurs jugent que cette stratégie vise à ne pas avoir à signer le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968 ou à se soumettre aux contrôles de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)..

Vie privée et familiale En 1945, Shimon Peres épouse , née en 1923 à Mizocze en Pologne (aujourd'hui en Ukraine) et morte en 2011 à Tel Aviv. De leur union, naissent trois enfants : une fille, Himara Walden-Peres, linguiste, et deux fils, Yoni et Chemi, président de Pitango, une importante société israélienne de capital risque.

Lauren Bacall, née Betty Joan Perske en 1924, actrice américaine de cinéma hollywoodien, est de la famille de Shimon Peres (originellement Perski). Elle disait être sa cousine germaine quand elle le retrouve au début des années 1950 mais lui, reconnaissant être de la même famille qu'elle, n'accréditait pas un lien aussi précis.

Parcours politique Ascension gauche|vignette|Shimon Peres en 1963. En 1959, il est élu pour la première fois député à la Knesset, le Parlement israélien, sur la liste Mapaï (composante du Parti travailliste). Il est constamment réélu depuis.

Shimon Peres est vice-ministre de la Défense de 1959 à 1965, au moment de son implication dans l'affaire Lavon avec Moshe Dayan. Avec celui-ci, il quitte le Mapaï de David Ben Gourion pour former un nouveau parti, le Rafi, qui se réconcilie avec le Mapaï en 1968.

En 1969, Peres est à nouveau nommé ministre et, en 1970, il devient ministre de l'Immigration, des Transports et des Communications. Après avoir été brièvement ministre de l'Information, il est nommé ministre de la Défense dans le gouvernement d'Yitzhak Rabin, de 1974 à 1977. Durant ce mandat, il est rapporté qu'il aurait tenté un rapprochement avec le régime d'apartheid sud-africain et aurait tenté de lui vendre l'arme nucléaireLe jour où Shimon Peres voulut vendre l'arme nucléaire au régime de l'apartheid, Slate Afrique, 28 septembre 2016.. Il aurait par ailleurs apporté un soutien militaire à des milices chrétiennes maronites durant la guerre civile libanaise.

Premier ministre Bien qu'il n'ait jamais mené son parti à une victoire aux élections, Shimon Peres a assumé, à trois reprises, la charge de Premier ministre.

vignette|gauche|Shimon Peres, quittant sa fonction de ministre de la Défense, en présence de son successeur, Ezer Weizman (1977).

Devenu chef du Parti travailliste, il occupe cette fonction par intérim, d'avril à , à la suite de la démission d'Yitzhak Rabin. Mais la gauche perd les élections législatives cette année-là, et Shimon Peres devient le chef de l'opposition jusqu'en 1984.

Il redevient Premier ministre en , à la tête d'un gouvernement de coalition avec le Likoud. Dans le cadre d'un accord avec Yitzhak Shamir, il cède comme prévu sa place à ce dernier, en . Il occupe alors la fonction de vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères jusqu'en 1988. À ce poste, il tente en vain de trouver une solution à la question palestinienne, conjointement avec la Jordanie. En 1985, à la suite d'un attentat sur un yacht mené par l'OLP, il autorise un raid de l'armée de l'air israélienne contre le siège de l'organisation à Tunis en Tunisie, détruisant le siège.

vignette|redresse|gauche|Shimon Peres en 1986.

Ministre des Finances au sein d'un nouveau cabinet de coalition, Shimon Peres retourne dans l'opposition de 1990 à 1992. Cette même année, battu par Yitzhak Rabin à la direction du Parti travailliste, il est de nouveau nommé ministre des Affaires étrangères, et se bat en faveur de négociations sur l'avenir des territoires occupés, avec l'OLP de Yasser Arafat. En 1993, Shimon Peres est l'un des artisans des accords d'Oslo. Cela lui vaut, l'année suivante, de se voir décerner le prix Nobel de la paix, avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.

Quelques minutes avant l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, le , Shimon Peres se trouve aux côtés de ce dernier. Alors qu'Yigal Amir s'apprête à les abattre tous les deux, le Premier ministre retourne remercier les organisateurs de la manifestation en faveur du processus de paix israélo-palestinien, tandis que Peres, hésitant, décide finalement de partir« Yitzhak Rabin, le “camp de la paix” frappé au cœur », Marianne, , août 2009.. Yigal Amir se résout à lui laisser la vie sauve, et conserve ses munitions pour Yitzhak Rabin.

À la suite de cet assassinat, Peres redevient Premier ministre et réaffirme sa volonté de poursuivre le processus de paix. Il décide d'avancer de six mois le scrutin qui doit désigner le Premier ministre israélien au suffrage universel par les citoyens. Pendant la campagne électorale de la Quatorzième Knesset, pendant qu'il cumule le rôle de Premier ministre et celui de ministre de la Défense, il lance l'opération militaire Raisins de la colère contre le Hezbollah dans le Sud du Liban. Le bombardement de Cana, où 102 civils qui s'étaient abrités auprès de la FINUL moururent sous les bombardements israéliens, met un terme à l'opération. L'image de Shimon Peres est fortement endommagée à l'étranger, mais l'impact national est également important. Un débat politique a lieu entre Peres et Benjamin Netanyahuאילן בן עמי, האישה שאיתו, 2010, עמ' 193. Les semaines précédant l'élection, la cote de popularité de Shimon Peres s'effondre. Son adversaire Benyamin Netanyahou met alors l'accent sur le mauvais bilan des travaillistes en matière de sécurité et les critiques à l'international fusent, certains demandant un retrait du prix Nobel à Peres. Le , le Premier ministre sortant est battu de justesse par le candidat du Likoud, qui recueille 50,5 % des voix. Pour beaucoup, cet échec sonne le glas de sa carrière politique.

L' historien Ilan Pappé considère que Shimon Peres a été, malgré son rôle d' dans le conflit israélo-palestinien, l'un des plus grands responsables de la ; l'opinion palestinienne le considère comme un qui a encouragé la Nakba ; selon le journal libanais L'Orient-Le Jour, le monde arabe lie directement Peres au massacre de Cana.

Traversée du désert vignette|gauche|Shimon Peres (à droite) et le roi Hassan II du Maroc (Rabat, 30 novembre 1994). Shimon Peres continue d'agir en tant qu'« ambassadeur » non officiel d'Israël, grâce au prestige et au respect dont il jouit dans l'opinion publique internationale et dans les cercles diplomatiques. Il s'efforce de contrecarrer l'activité de propagande des cercles internationaux pro-palestiniens. L'année de sa défaite, le président de la Confédération suisse, Jean-Pascal Delamuraz, lui décerne le « prix de la fondation » lors du forum de Crans-Montana.

En 1997, il fonde le Centre Peres pour la Paix, et reste un défenseur résolu des accords d'Oslo et de l'autorité palestinienne, en dépit des deux Intifadas.

Nommé ministre de la Coopération régionale par Ehud Barak le , il subit un nouvel échec personnel lors de l'élection présidentielle de 2000, lorsqu'il est battu, à la surprise générale, par Moshe Katsav. Contre toute attente, il accepte la fonction de vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Ariel Sharon.