Eugène Verboeckhoven, né à Warneton le et mort à Schaerbeek le , est un peintre, sculpteur, graveur, et lithographe belge.

Il est également connu pour sa participation à la révolution belge de 1830 en tant que combattant et patriote. Après avoir rejoint les insurgés, il s'engage avec son frère Charles-Louis Verboeckhoven, dans le corps franc des chasseurs Chasteler avec lequel ils participent à la guerre belgo-néerlandaise.

Son champ pictural couvre essentiellement la peinture animalière et les paysages animés. Il se distingue par la précision de ses représentations et des compositions similaires incluant notamment des moutons, du bétail et des paysages pastoraux.

Biographie Famille Eugène Joseph Verboeckhoven, né pendant la période française de l'histoire de la Belgique, le à Warneton, alors situé dans le département de la Lys. Il est le fils du sculpteur bruxellois Barthélemy Verboeckhoven (1759-1840)Eugène Verboeckhoven dans : Dictionnaire d'Histoire de Bruxelles, Collection Dictionnaires, Éditions Prosopon Bruxelles, 2013, .. et de Jeanne Thérèse Six (1772-1833), mariés en 1792. Il est le frère aîné du peintre Charles-Louis Verboeckhoven (1802-1889).

Le tempérament de Barthélémy a une influence importante sur toute la vie de famille. Issu des amours illégitimes de Philippe Verboeckhoven et d'Isabelle Welders, il est recueilli et adopté par l'avocat bruxellois François Friquaert. La profession de Barthélémy l'amène à voyager régulièrement et c'est un de ces contrats qui l'amènent à emménager à Warneton. Son mariage avec Thérèse Six, bien plus jeune que lui, ne modifie en rien son style de vie itinérant.

Eugène Verboeckhoven épouse à Gand le Pauline Hebbelinck (1798-1882). Le couple a quatre enfants : Euphrosine (1821-1902), Stéphanie (morte un mois après sa naissance en 1824), Eugène-Barthélemy (1825-1907), artiste peintre, puis industriel et Louis-Hippolyte (1827-1883), père de l'artiste peintre Marguerite Verboeckhoven..

Formation Il est l'élève de son père Barthélemy Verboeckhoven, sculpteur d'un certain mérite qui lui apprend à dessiner et à modeler.. À l'âge de douze ans, son père l'envoie travailler dans une usine de jouets pour gagner un peu d'argent.

Vers 1815, la famille Verboeckhoven se rend à Gand. Il parvient à suivre quelques cours de dessin à l'Académie royale des beaux-arts de Gand, cependant il obtient une mauvaise place lors des examens et son père décide de lui donner un enseignement par ses propres moyens. Il obtient également pour son fils un emploi au sein d'une imprimerie dans laquelle il doit dessiner des lettres commerciales, des bons de commandes et des affiches. Ce travail lui permet d'obtenir une certaine maîtrise du dessin et de rencontrer le sculpteur gantois Albert Voituron.

Sous la direction d'Albert Voituron, il effectue du modelage, du dessin ainsi que la copie de peintures flamandes, et notamment celles de Paulus Potter et Karel Dujardin. Il s'essaie à la lithographie ainsi qu'à la peinture. Son premier tableau représente deux vaches auprès d'un arbre dans un pré date de 1816 et est acheté par Albert Voituron.

En 1818, il devient élève de Balthasar Ommeganck et, en 1820, il expose au Salon de Gand : Un hiver avec figures et Paysage d'Arcadie., marquant le début de sa carrière.

Carrière Débuts thumb|Statue de Sainte-Barbe par Bernard Van Bosterhaudt et Ferdinand De Bruyne, d'après un dessin de Verboeckhoven (Église Saint-Sauveur, Gand) Les débuts du peintre sont modestes. Il expose une Dame à cheval, dessin aux trois crayons, un Capitaine à cheval et un Paysage avec animaux au Salon de Bruxelles de 1821. Il expose également une sculpture en plâtre, intitulée Hébé, mais retourne rapidement à sa préférence animalière. Il produit durant ses premières années de nombreux croquis et études d'après nature, notamment sur les lions de la ménagerie gantoise. Afin de se perfectionner, il effectue de nombreux voyages dans la périphérie gantoise ainsi que dans les Ardennes françaises. En 1824, lors d'un voyage en Angleterre, il découvre le zoo royal de Londres et est particulièrement captivé par le lion.

Il profite également de ses voyages pour exposer : à Douai (1823) où il obtient la médaille d'argent et au Salon de Paris (1824) où il obtient la médaille d'or ou encore en Allemagne. De retour en Belgique, il apparaît sous un jour nouveau au Salon de Bruxelles de 1824 : le dessinateur aux essais timides est devenu un peintre, dont les trois tableaux sont remarqués et achetés, dont : Paysage (avec une mare au premier plan, traversée par une charrette de foin, et à l'arrière plan, un berger avec son troupeau) et une marine, Des pêcheurs étalant leur poisson sur la plage.

En parallèle, il s'investit davantage dans l'école de peinture de Courtrai qui se consacre à la peinture animalière et paysagiste fondée par Balthasar Ommeganck et Jean-Baptiste de Jonghe. Ces derniers collaborent avec le jeune peintre en intégrant du bétail en illustration de ses peintures paysagères. Au sein du cercle artistique de l'Académie de Courtrai, Eugène devient enseignant dès 1825 et forme de nombreux élèves avec lesquels il travaille également. Il forme Louis-Pierre Verwée qui suit les traces de Verboeckhoven et peint plusieurs tableaux en collaboration avec celui-ci au point que leurs tableaux soient parfois confondus. Il enseigne à Louis Robbe qu'il tente de convaincre de se dédier aux peintures animalières, sans succès puisqu'il se dirige ensuite vers le réalisme.

En 1827, il quitte Gand avec sa famille, son père et son frère Louis pour s'établir à Bruxelles, non loin du Palais royal. Il y envoie trois tableaux et trois lithographies pour l'exposition bruxelloises et sa notoriété est telle que les œuvres sont vendues avant l'ouverture de l'exposition. Ce succès lui permet de rapidement établir un atelier à la rue des Arts de Saint-Josse-ten-Noode.

Lithographe En parallèle de ses débuts en peinture, Eugène Verboeckhoven s'intéresse à la lithogravure. Ses premiers essais sont des emblèmes de la franc-maçonnerie et sa première épreuve complète est un Petit chien datant de 1821. Il fait ses impressions chez l'éditeur Kierdorff avec lequel il a travaillé en 1816. Il imprime ensuite une série de six dessins à destination du parc zoologique de Gand. Puis il réalise des illustrations pour livre, comme pour le récit de voyage Les Hindous de Frans Balthazar Solvyns.

Plus tard, il travaille sur une série de pièces animalières très appréciées dans l'Album Pittoresque en collaboration avec Jean-Baptiste Madou, Paul Lauters et Théodore Fourmois. Vers 1828-1829, il produit une série lithographiée de portraits d'artistes. Puis à partir de 1833, il effectue des lithogravures pour le magazine L'Artiste. À partir de là, ses productions lithographiques se réduisent progressivement, avec tout de même quelques parutions dans les magazines artistiques.

Révolution Belge vignette|alt=Au bas d'une pyramide de gens armés tenant le drapeau belge, une femme étanche la plaie d'un homme, entourée de cavaliers et gens en armes ou battant tambour. |Le célèbre tableau de Gustave Wappers, Épisode des Journées de Septembre 1830 sur la place de l'Hôtel de ville de Bruxelles, dépeint Eugène Verboeckhoven avec la lance qu'il avait prise à un soldat de l'armée néerlandaise à Diegem le . thumb|alt= Queue levée, pattes avant ployées posées sur les débris de chaine d'un boulet de prisonnier, un lion nous regarde fixement. |Le Lion belge brisant ses fers, dessin d'Eugène Verboeckhoven, allégorie de la révolution belge lors de laquelle la Belgique (représentée par le Lion Belgique) se sépare du royaume uni des Pays-Bas. En 1830, Eugène Verboeckhoven joue un rôle actif en rejoignant les combattants de la révolution belge et en participant à la guerre belgo-néerlandaise qui s'ensuit. Il adhère tout d'abord à l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux en créant une compagnie de volontaires bruxellois qui attaquent l'armée du prince Frédéric aux alentours de Diegem le . Il y désarçonne un militaire et s'empare de sa lance. Deux jours plus tard, il participe aux Quatre Jours de Bruxelles avec son frère Louis. Eugène est parmi les défenseurs de la porte de Schaerbeek dès le , puis se porte à l'attaque du parc de Bruxelles, le 24. On le retrouve lors de l'occupation de l'athénée, rue de Namur. Les deux frères rejoignent ensuite les chasseurs Chasteler, unité à laquelle Eugène offre un drapeau dont la hampe n'est autre que la lance dont il s'était emparé lors des combats de Diegem. Ils sont engagés dans la campagne d'Anvers, où ils se distinguent, entre autres, à la bataille de Walem puis dans la campagne du Limbourg, où ils font encore parler d'eux lors de la bataille du château de Caestert, le .

Après le refus du roi des Français, Louis-Philippe Ier, d'accepter que son fils, Louis d'Orléans, monte sur le trône de Belgique, Eugène figure parmi les signataires de la pétition adressée par les chasseurs Chasteler au Congrès national belge en faveur du prince de Saxe-Cobourg, qui deviendra le premier roi des Belges le . Lors de la campagne des Dix-Jours, Eugène Verboeckhoven prend part à la défaite belge lors de la bataille de Louvain, qui le marque profondément. Pour ces différentes actions en tant que combattants, les deux frères Verboeckhoven seront décorés de la croix de fer.

Cependant, Eugène revient à la peinture animalière et expose au salon de Bruxelles de 1830 Un tigre devant une caverne, Trois moutons et Voyageur à cheval donnant l'aumône à un mendiant avec enfant. Ses tableaux sont particulièrement remarqués et il reçoit notamment des commandes provenant du roi Léopold , qui s'avère un grand admirateur de son œuvre. Eugène peint une composition allégorique en souvenir de la remise des Drapeaux d'Honneur de 1830, attribués le aux communes qui se sont distinguées durant la révolution. Il effectue également un dessin en l'honneur de Jenneval, auteur de La Brabançonne, qui a trouvé la mort le lors de la bataille de Lierre.

Le gouvernement provisoire belge lui confie pendant quelques mois la direction du Musée des beaux-arts de Bruxelles, mais ce décret ne reçoit pas son exécution, étant donné l'opposition du conseil communal de la ville de Bruxelles, arguant que le musée ne relevait pas de l'autorité de l'État.

Attiré par la franc-maçonnerie, il rejoint avec son frère Charles-Louis la loge bruxelloise Les Amis philanthropes, où il est initié le . Il appose dès lors les trois points caractéristiques à la suite de la signature de ses œuvres. La loge, sous l'impulsion de Pierre-Théodore Verhaegen, parvient à créer, en 1834, l'université libre de Bruxelles, dont Eugène Verboeckhoven est l'un des membres fondateurs..

Un atelier fécond Entre 1840 et 1845, Eugène Verboeckhoven réside rue royale extérieure à Saint-Josse-ten-Noode. En 1845, il acquiert un ensemble de ares à la rue de Haecht à Schaerbeek, sur lequel il fait bâtir, en 1853, une somptueuse villa et un vaste atelier, divisé en deux salles. Dans ces pièces de travail, il accueille ses collaborateurs. Le domaine comprend également une écurie, deux chenils et un poulailler, abritant plusieurs de ses modèles animaliers qu'il a constamment sous les yeux.

L'artiste quitte peu son atelier, même s'il parcourt parfois l'Ardenne. Cependant, il effectue un long périple en 1841 et 1842 passant par la Suisse, l'Italie, et notamment la ville de Florence. Le gouvernement belge lui avait commandé, par arrêté royal du , un tableau représentant des Animaux dans la campagne de Rome, qu'il acquiert en 1847. Quelques années plus tard, il effectue un voyage d'études en Écosse. Durant sa carrière il peint plus d'un millier de tableaux, et réalise autant de dessins, esquisses, lithographies et eaux fortes. Son succès devient tel qu'il reçoit des commandes pour plusieurs années d'avance et qu'à Anvers, il existe des ateliers frauduleux où l'on ne produit que de « faux Verboeckhoven » destinés à l'exportation..